Interview Mimi #NosImagineurs



  • Salut les Plumes ! C’est la rentrée ! Et qui dit rentrée dit reprise des cours et donc, un peu de sérieux que diable !
    Toutefois, je ne suis pas sûre d’être la mieux placée pour parler de ça. Je n’aime pas résoudre des problèmes, mon esprit logique est plutôt déficient et je suis carrément nulle question représentation spatiale. Je ne m’empresse pas de montrer mon compas à mes invités et connaître la racine carrée de 25 ne m’a jamais sortie d’une situation difficile.

    Bref, vous l’aurez compris, les maths c’est pas trop mon truc !
    Mais je connais une Plume qui saura à coup sûr rallier à sa cause les plus réticents d’entre nous.

    Merci d’accueillir chaleureusement @Mimi !

    1. Commençons par une question aux allures mathématiques… Depuis combien de temps précisément écris-tu (secondes, minutes, heures, jours, mois années, siècles…) ?

    Difficile à dire ! Il me semble que le premier livre que j’ai écrit était sur ma grand-mère et les oiseaux de son jardin. J’avais six ans, c’était pour un concours municipal que j’ai gagné (mais j’étais la seule dans ma catégorie…). Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire des histoires, mais je m’en racontais déjà beaucoup, avec mes playmobils ou mes poupées ! Depuis, j’ai écrit quelques romans, des nouvelles, des chansons, des pièces de théâtre, des scénarii…

    2. Qu’est-ce qui te plaît le plus dans l’écriture ?

    J’aime bien le fait qu’on puisse partir de pas grand chose, une idée, une image, un sentiment, et pouvoir construire une réflexion, des évènements, des personnes à partir de…rien ! C’est beau de se dire qu’une histoire n’existait pas avant qu’on ne l’imagine et qu’on ne l’écrive. J’aime bien aussi le travail que l’on fait autour, pour représenter un lieu, une scène, des personnages (même si j’ai moi-même du mal à me les représenter ; je les vois sans visage…), juste pour divertir quelqu’un (et se divertir soi !). Et puis, raconter des histoires pour faire passer un point de vue, des idées folles, des utopies.

    3. La logique veut que personne ne soit parfait : quels genres de difficultés peux-tu rencontrer dans tes écrits ?

    J’ai le plus grand mal à rester cohérente, à ne pas sortir des éléments incongrus, improbables ou des situations illogiques ! J’ai aussi un mal fou à trouver le bon ton pour les premiers chapitres. Je mets des mois à produire un premier jet des premières pages à force de les recommencer ! En fait, c’est ça mon problème. Je suis perfectionniste (mais loin d’être parfaite !).

    4. Tu lis certainement des textes sur le site, quel genre de commentatrice es-tu ?

    Je suis une maniaque de l’orthographe alors je commence toujours par noter les fautes, le manque ou le surplus de virgules, les endroits qui ne me parlent pas ou mal formulés en présentant toujours une suggestion de remplacement. Je pars du principe (pour moi aussi) que si ça bloque dans la lecture, même très peu, c’est que le passage est à revoir. Parfois, il n’y a presque rien à changer. Je ne m’attends donc pas à ce que l’auteur suive mon conseil mais j’espère pouvoir lui être utile. J’essaie toujours de dire ce que j’aime dans l’histoire et pourquoi je reviens la commenter. Pour l’instant, j’ai surtout lu des histoires de très bonne qualité alors je n’ai pas à me forcer pour revenir lire !

    5. Fais-tu partie de ces auteurs un peu fous qui pensent que leurs personnages ont une vie propre ? Est-ce qu’ils font parfois des choses auxquelles tu ne t’attendais pas ?

    Non, pas vraiment. À une époque, je m’étais créé un personnage d’écrivain un peu insupportable (bon ça va, j’avais quinze ans…), qui s’appelait Elisabeth (dite Elie) et j’avais presque l’impression de l’entendre parler, mais maintenant je me soigne ! Pour en revenir à la question, j’écrivais une série de romans policiers entre neuf et treize ans et j’avais pour enquêtrices deux cousines de vingt-cinq ans, respectivement journaliste et garagiste, Claire Delune et Jessica Dopourmaiparan (on se moque pas !). C’était assez naturel pour que j’imagine leur vraie vie, mais je ne sais pas ce qu’elles font maintenant. Claire a dû se marier à son cher Fernand-Nathan Personne. Quant à Jessica… je suppose qu’elle travaille toujours au garage de monsieur Ralf Or. Son chat Bégonia ne doit plus être de ce monde, malheureusement.

    6. Faisons maintenant plus ample connaissance avec l’histoire que tu as publiée sur La Plume d’Argent… Comment es-tu parvenue à donner naissance à Ciseaux ?

    Un ami qui faisait ses études de maths dans la même promo que moi, avec qui j’aimais beaucoup parler, m’a un jour fait la leçon. En soit, ce n’est pas tellement le problème, je suis très sensible même si ça ne se voit pas toujours mais j’ai l’habitude qu’on me fasse la morale, je pense que c’est parce que je n’ai pas un comportement très habituel. Bref, toujours est-il qu’il m’a dit que je jouais un rôle et que j’essayais de prouver j’avais ma place en sciences alors que la logique me voyait en lettres. Ce qui m’a le plus touchée, je pense, c’est que j’avais moi-même du mal à faire cohabiter ces deux parties, ce que j’avais de scientifique et de littéraire. Que dire de ce type qui voulait devenir chercheur alors qu’il n’avait aucune imagination ? Finalement, c’est peut-être lui qui est le plus à plaindre.

    Ce n’est que quelques mois plus tard que j’ai pensé à ce qui se passerait si je lui présentais un ami que j’avais au lycée, un artiste fou avec des cheveux bouclés, des yeux noirs, des chemises à carreaux et le regard noir perdu dans le plafond des couloirs du lycée qu’il traversait au pas de charge. (Celui-là m’a aussi fait des remarques sur mon orientation, d’ailleurs ! Un jour, alors qu’on était dans un cours commun (on était peu nombreux à faire allemand en première langue, il avait un accent très drôle, avec son cheveu sur la langue), il a aperçu un ouvrage épais dans mon sac et il m’a demandé ce que je lisais. J’ai sorti mon bouquin d’exercices résolus de maths pour terminale S. Je n’oublierai jamais le regard apitoyé qu’il m’a lancé à ce moment-là !) J’étais alors en deuxième année mais je sentais bien que je n’étais pas à ma place. Les maths me passionnaient, mais j’avais fait une dépression au début de l’année et je me remettais beaucoup en question à ce moment-là. Je n’avais pas encore l’idée d’en faire un roman, je ne pensais pas avoir assez à dire là-dessus, même si je tergiversais beaucoup sur l’avenir que j’allais donner à mes études. Je pensais alors partir en sociologie ou en littérature pour contenter tout le monde.

    L’idée folle d’écrire Ciseaux vient d’un rêve que j’ai fait. Je me trouvais à l’extérieur d’une salle et j’attendais. Quand le moment est venu d’entrer, j’ai pris la rampe d’accès qui avait une particularité que je ne dévoilerai pas ici. Je suis rentrée dans la salle et j’ai vu tous les gens que j’avais rencontrés dans ma vie, ma famille, ceux que j’avais perdu de vue, absolument tout le monde. Je savais que j’étais là pour ma thèse de mathématiques, mais je ne sais pas si je l’ai eue. Je me souviens rarement de mes rêves pourtant. Celui-là est devenu l’épilogue de Ciseaux, et j’ai écrit le plan peu de temps après, et tout est parti de là.

    7. Quelles ont été les réactions de tes tous premiers lecteurs quand tu as commencé à mettre ce texte en ligne ?

    À la fin de ma première relecture, je l’ai envoyé à une amie de mes parents, que j’ai toujours connue et en qui j’ai confiance. C’est une habituée de la bêta-lecture, elle a d’ailleurs publié sur PA sous le pseudonyme de Molly59. Elle m’a envoyé un mot très touchant, que j’ai gardé précieusement, dans lequel elle me disait qu’elle avait vraiment bien aimé le concept de « démonstration », avec l’esprit mathématique du personnage principal qui imprègne la narration. J’ai commencé par le publier sur un autre site qui ne m’a pas apporté grand chose. Et pour finir, en arrivant sur PA, j’ai rencontré un excellent lectorat qui m’a fait des remarques très pertinentes, qui m’aident beaucoup à la correction.

    8. Tu décris Ciseaux comme une « métaphore autobiographique et mathématique ». Le fait d’écrire ce texte t’a-t-il apporté quelque chose d’un point de vue personnel ?

    Plus que je ne l’imaginais ! Cependant, je ne m’en suis pas rendu compte en l’écrivant. Je l’ai écrit dans la nature, il y a encore des insectes écrasés un peu partout entre les pages de mon manuscrit ! Je faisais toujours les mêmes promenades, chaque jour, j’écrivais aux mêmes endroits, comme Lise qui revient travailler chez Albert, comme Hugo qui fait son petit tour quotidien dans le parc. C’était une vraie mise en abîme, et je construisais l’histoire et les dialogues comme une véritable démonstration, à partir de lieux et de personnes de mon enfance dont je m’inspirais, un vrai retour aux sources ! J’aurais pu le voir comme une revanche, mais je considère ce roman comme une preuve. C’est ma réponse à l’analyse de mon « ami » mathématicien, pour lui montrer que finalement, où est le problème ? Pourquoi mes textes de rêveuse seraient-ils incompatibles avec la science que j’aime ? Ce n’est qu’à ma rentrée en deuxième année de physique que je me suis rendu compte que j’assumais beaucoup mieux ces deux facettes de ma personnalité. J’ai grandi dans ma tête, je suis moins perdue, je ne sais toujours pas où je vais mais je sais que je ne vais plus nulle part. J’ai répondu à la question : qui suis-je ? Je suis Albert. Je suis une scientifique qui écrit des histoires et qui s’y épanouit.

    9. Question de fan : En sachant que f(x) = 48x³ + 25x² – 128x + 5, quelles sont les racines de x ? Et plus sérieusement (parce que le sérieux, c’est quand même bien), tu dis que tes personnages t’ont été inspirés de personnes réelles. Est-ce qu’elles sont au courant qu’elles sont devenues des êtres de papier ? Et si oui, comment le vivent-elles ? Et toi, comment procèdes-tu pour les écrire – copie conforme ou petits réarrangements scripturaux ?

    Les racines de x, je ne sais pas, mais les racines de f sont 1,370059567 0,03938843324 et -1,930281334 (merci à ma Casio Graph 35+ parce que j’avais commencé à résoudre à la main mais c’est vrai que c’est un peu long et difficile, quand même…) !
    Sur les quatre personnages principaux, j’ai totalement inventé Albert, le grand-père (mais je trouve que c’est celui auquel je ressemble le plus !), mais les trois autres sont inspirés de personnes réelles. Hugo est pour ainsi dire une copie conforme de l’artiste dont je parlais plus haut, et la grand-mère cumule de nombreuses ressemblances avec ma mère et ma grand-mère. D’ailleurs, son prénom est une référence à une tradition familiale, celle de donner le nom de Marguerite à chaque génération. Quant à Lise, elle représente bien sûr le mathématicien.
    J’ai parlé d’Hugo à mon ami dessinateur, qui m’a répondu, fidèle à lui-même : « Heureux d’être la source de tant d’inspiration ! » Mais j’avoue que je n’ai pas parlé de Lise ni même du sujet de ce roman au matheux. Je l’ai fait lire à sa petite amie qui m’a dit qu’elle le reconnaissait très bien dans ses états d’esprit, ses réflexions, ses paroles… que c’était même très déstabilisant. J’avoue que je me suis sentie un peu coupable, pourtant je n’ai pas l’impression d’avoir été trop dure ! À mon avis, je l’ai même rendu plus vivable. Je ne sais pas si à lui, je le lui ferai lire un jour.
    Pour l’adaptation, j’ai commencé par changer le genre de Lise. Pour moi, c’était plus simple, parce que ces deux-là ont leur fierté et je pense que dans la vraie vie, ils se seraient ignorés. Je me disais que si Lise était une fille, elle avait plus de chance de réussir à briser la glace que si elle était demeurée garçon, mais cela fait sûrement partie de mes préjugés. À part ça, je n’ai pas changé grand chose. Cependant, Lise a cette part de moi qui calcule tout et n’importe quoi, je ne pense pas que ce soit le genre de son modèle mais ça apportait une ambiance à l’histoire qui me plaisait bien.

    10. Pour finir, y aurait-il quelque chose en particulier que tu voudrais dire aux personnes qui sont en train de nous lire ? Un message à leur transmettre peut-être ?

    Je voulais remercier toutes les plumes, qui se sont intéressées à moi et à ma petite histoire depuis mon arrivée, j’ai été si bien accueillie ! Je tenais à dire merci très spécialement à Cristal qui m’a invitée très calmement sur le site alors que je jouais la groupie dans une lettre de fan hystérique, et je souhaitais dire que j’aime énormément l’ambiance de Plume d’Argent, que je m’y plais beaucoup et que je vous remercie de ne pas me regarder de travers, même si je connais les 72 premières décimales de pi ! (si si, c’est vrai 😉 ) Enfin, merci d’avoir lu jusqu’au bout, j’espère que je ne vous ai pas perdus en route !

    Ainsi s’achève cette interview.

    Je tiens à remercier Mimi puissance 3000 pour sa disponibilité, sa bonne humeur, sa motivation et son implication ! J’ai beaucoup apprécié nos échanges tout au long de la préparation de cette interview et je lui souhaite une excellente suite.

    Certes, la démonstration de Ciseaux s’est achevée mais je ne doute pas que d’autres textes consciencieusement planifiés et calculés viendront certainement compléter ce parcours. Alors, Mimi, je te souhaite la meilleure continuation possible : continue à nous surprendre et à nous faire raisonner !

    Merci à vous lecteurs et lectrices pour votre attention, je vous dis à la prochaine pour une nouvelle interview !

    Gardez vos plumes affutées,

    Slyth

    (interview du 24 septembre 2013)



  • Ça m’a fait plaisir de replonger dans cette interview de @Mimi. J’en profite pour clamer à tous ceux qui ne sauraient pas quoi lire sur FPA : foncez lire ses écrits ! J’avoue, j’ai une grosse faiblesse pour Marion et Carole, une histoire d’amour et d’amitié incroyablement belle et touchante du début à la fin. J’aime cette histoire d’un amour éternel et inaltérable. <3


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