La Co-écriture recto verso avec Philippe Madignier #VERSO



  • La Co-écriture recto verso
    Posté le 11 mars 2015 par Shaoran

    Bien, maintenant que nous avons vu les différents types d’écriture collaborative, voyons un peu ce que pensent quelques écrivains célèbres. Pour cela, je laisse la place à Cricri qui nous présentera le point de vue de différents auteurs de renom, glanés au hasard des salons. Puis nous verrons le point de vue de « l’artisan de l’ombre » d’un roman auto-publié au doux nom de « Le souffle lointain des songes ».

    Cricri à toi le micro :

    Ici Cricri, de retour des Oniriques de Meyzieu

    Ce week-end, je me suis déguisée en auteure pour m’introduire dans la place et m’approcher au plus près des Grands de l’Imaginaire. Ma mission ? Récolter des petits témoignages pour le PAen autour du thème esprit d’équipe. Et ça tombe plutôt bien, car l’esprit d’équipe, j’en ai trouvé là-bas sous toutes les déclinaisons !
    Le rêve. Si vous êtes un amateur de Steampunk, vous connaissez peut-être Xavier Mauméjean, spécialiste incollable de Sherlock Holmes. J’ai été frappée par la beauté des illustrations d’un livre dont il a écrit les histoires, Steampunk : De vapeur et d’acier. Il m’a alors confié, avec une étincelle au fond des yeux, que Didier Graffet et lui s’étaient vraiment bien trouvés et s’inspiraient mutuellement, l’un puisant ses images dans les mots de l’autre et vice versa. L’auteur a imaginé tout un univers et l’illustrateur lui a donné forme. Une parfaite complémentarité pour un livre de toute beauté ; deux êtres qui se sont retrouvés au sein du même monde intérieur. J’ai aimé cette étincelle dans ce regard et j’ai trouvé l’histoire de cette collaboration plus belle encore que l’œuvre qui en est née. Un esprit d’équipe comme celui-là, ça fait vraiment rêver.
    L’humour. Avec son allure de père Noël, Alain Grousset sait raconter des histoires aussi bien à l’écrit qu’à l’oral. J’étais assise juste à côté de lui quand nous avons rencontré les clubs de lecture ados et lorsqu’on lui parle « esprit d’équipe », lui, ça lui évoque directement ça : « Il y a deux écoles (imaginez la voix profonde de père Noël). Les Structurants et les Scripturants. Les Structurants, ce sont ceux qui ne peuvent pas écrire une histoire sans établir d’abord un plan minutieusement détaillé et sans maîtriser leur univers jusque dans les moindres recoins, la moindre branche généalogique. Je SUIS un Structurant. Les Scripurants, ce sont les auteurs qui se lancent tête baissée sur leur page blanche et qui suivent le fil de l’improvisation sans avoir la moindre idée de la tournure que va prendre l’histoire. Susie Morgenstern EST une Scripturante. Nous avons co-écrits un roman, elle et moi : Tout amour est extraterrestre. Un chapitre chacun. J’ai fait le plan précis et méticuleux de l’ensemble du roman, en bon Structurant, puis j’ai écrit le premier chapitre, je l’ai envoyé à Susie avec le plan détaillé de son propre chapitre. Je lui ai demandé de surtout bien respecter le plan. Elle m’a répondu « Yes, yes, okay ! » (elle est Américaine). Quand elle m’a renvoyé son chapitre, il n’y avait absolument rien de ce que j’avais écrit dans le plan. J’ai été obligé de complètement revoir mon programme, moi, le Structurant, et d’écrire un chapitre à l’opposé de ce que j’avais prévu. Tout le livre s’est déroulé ainsi ! Ça a été une expérience nouvelle pour moi (on sent une vibration de souffrance dans la voix d’Alain Grousset, comme une blessure qui n’a jamais vraiment guéri). Il faut savoir que dans le roman, le personnage principal est un extra-terrestre qui s’ignore… et qui change de sexe. Ça nous a permis, à Susie et à moi, d’explorer les deux versants de l’adolescence. Susie n’hésitait pas à écrire des scènes vraiment… (Alain Grousset se gratte la gorge) …vraiment osées. Quant à moi, j’ai la fierté de vous annoncer que j’ai réussi à décrire un passage où l’héroïne doit s’épiler les jambes. Je ne vous raconte pas les heures de recherche et de documentation acharnées sur Internet qu’il m’a fallu pour écrire cette seule scène. »* Alain Grousset ou un esprit d’équipe comme vous ne l’avez jamais vu.

    • M. Grousset, j’ai rapporté vos paroles de mémoire, j’espère n’avoir pas déformé vos propos !
      L’émotion. À l’occasion des Oniriques, j’ai également eu la chance formidable de siéger à la gauche d’Erik L’Homme. Il m’a même fait la bise (si, si), mais passons, là n’est pas le sujet. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’Erik L’Homme avait la veille remis le Prix Pierre Bottero et au moment de son discours, j’ai compris qu’il avait bien connu cet auteur avant son tragique accident. C’était un sujet un peu délicat à aborder, mais j’ai voulu en savoir plus et j’ai appris qu’ils avaient co-écrits ensemble la série A comme Association, qu’Erik L’Homme a finalement été obligé de terminer seul. J’ai toujours pensé, du fond de ma naïve ignorance, que la co-écriture d’un roman se faisait plus ou moins à la façon d’Alain Grousset et Susie Morgenstern, en alternance de scènes ou de chapitres. Erik m’a expliqué que A comme Association repose sur un principe différent. Pierre Bottero et lui ont écrit en alternance, oui, mais un tome entier à chaque fois. Un livre, un personnage. Erik L’Homme a écrit du point de vue d’un adolescent de 16 ans (Jasper) quand Pierre Bottero écrivait du point de vue d’une jeune femme de 18 ans (Ombe Duchemin). J’ai demandé à Erik comment se passait cette co-écriture, si elle se faisait uniquement à distance, par Internet, mais j’avais tout faux encore une fois : les deux auteurs étaient unis par une véritable amitié et ils avaient souvent l’habitude de se retrouver chez eux pour avancer le projet. Je n’ose même pas imaginer ce que ça a dû être de terminer seul cette série née dans la complicité de l’amitié. Et pourtant, n’était-ce pas aussi le plus beau des hommages, la plus belle expression que pouvait prendre cet esprit d’équipe ?

    Cristal

    Un grand merci à Cricri pour son témoignage vraiment super.
    Passons maintenant à un autre témoignage. Eh oui, il n’y a pas besoin d’être un auteur célèbre et reconnu pour vouloir s’essayer à l’exercice de l’écriture coopérative. Parfois, il arrive qu’un auteur débutant ressente le besoin de s’entourer d’un de ses confrères pour parvenir à lancer son récit et voler de ses propres ailes. C’est le cas de l’auteur que je vais vous présenter. Il s’appelle Philippe Madignier, auteur du livre Le souffle lointain des songes. Roman initiatique d’un adolescent, dont je vous laisse apprécier le résumé.

    Le résumé :
    Nul ne se connaît vraiment, avant de s’être affronté lui-même. Quand Albert vient emménager avec sa famille à Mont-sur-Mer, c’est avec soulagement qu’il quitte son ancienne ville. Discret, gentil, naïf même, sa perception de la vie est très différente d’un ado ordinaire. Auparavant chahuté et tourmenté, ce changement de vie va enfin lui offrir ce qu’il n’espérait plus trouver : des amis. Mais les vieux démons rôdent… Une vie qui le rattrape, un passé qui le hante, et l’Autre monde, à l’univers trouble et mystérieux, lui ouvre ses portes… Si vous aviez des certitudes sur le bien et le mal, Albert va vous les ébranler.

    Preview du livre

    Les présentations faites, voyons maintenant son point de vue sur la question.

    1. Si je vous parle d’esprit d’équipe en écriture, qu’est-ce que ça vous évoque ?
    L’inspiration. Il me plaît de savoir que j’écris pour quelqu’un qui me connaît. C’est une sorte d’expiation, de recherche de soi, où mon lecteur privilégié, qui n’est autre que ma meilleure amie, est à la fois lecteur, critique, directeur artistique et psy. Mais je ne crois pas que je pourrais travailler avec quelqu’un d’autre. Mon écriture doit rester personnelle, et ma collaboratrice sait parfaitement travailler avec moi sans changer l’essence même de ce que j’écris, d’autant qu’elle a son propre style d’écriture qui est à la fois fluide et concis, et dont je manque cruellement.

    2. Comment s’est passé votre collaboration sur le souffle lointain des songes ? Quel était le rôle de chacun dans cette collaboration ?
    J’avais déjà écrit l’intégralité du plan durant deux ans, mais j’avais besoin de quelqu’un pour me « pousser ». La collaboration est un tremplin pour moi. En dehors de toutes les corrections et soutiens dans l’évolution de mon histoire, je n’aurais rien écrit de plus que deux chapitres si je n’avais pas eu en tête constamment que ma « collaboratrice » attendait mes manuscrits.
    Ma manière de travailler à beaucoup évoluer en trois ans qu’ont demandé ce roman, mais d’une manière générale, je lui envoyais par mail les moitiés de chapitres et elle me corrigeait les fautes et améliorait les phrases lourdes qui étaient légions en réécrivant les parties les moins fluides. De plus, nous nous voyions régulièrement (comme nous l’avons toujours fait) pour discuter de mon histoire. Parler des personnages, du déroulement des évènements et des rebondissements, m’aidait à réfléchir et à trouver les articulations et enchaînements manquants. Et certains blocages ont été débloqués par ma collaboratrice elle-même.

    • 3. Si demain on vous proposait d’écrire à nouveau à quatre mains, cela vous paraîtrait-il envisageable ? Quels sont les avantages et les inconvénients de l’écriture à quatre mains ?
      C’est déjà le cas, l’écriture de la suite du premier opus est en cours, même si je n’ai encore rien donné à ma collaboratrice. L’écriture est une introspection, une découverte de soi. Je m’étonne moi-même de tant de manière d’aborder cette écriture. Je ne suis pas écrivain, écrire est un exercice difficile, mais j’ai besoin de m’extraire de la réalité par ce biais. Pour l’instant, je suis en recherche de mon moi profond mais par un autre angle que dans le premier opus. Je travaille avec ma collaboratrice en parlant de l’histoire. Nous sommes dans une phase où elle me pousse à écrire ! Parce que je ne sais pas si je me sens encore capable de me mettre de deux à huit heures par jour pendant trois ans dans cet exercice.

    L’avantage d’écrire à quatre mains, est qu’on peut s’appuyer sur l’autre pour confirmer ou réfuter une manière de faire, d’écrire, voire même de développer une idée. C’est réconfortant de ne pas avancer complètement en aveugle, même si j’ai à chaque fois le vertige quand je vois cette satané page blanche !

    L’inconvénient, pour ma part, c’est de se sentir « obligé » d’écrire. Mais c’est paradoxal avec le fait que c’est justement ce point-là qui m’a permis d’écrire ce premier roman.

    • 4. Quels sont vos projets scripturaux pour l’avenir ?
      Comme je l’ai dit précédemment, je suis dans l’écriture du deuxième tome. Mais ayant déjà écrit deux petites nouvelles, j’ai envie de poursuivre cet exercice jusqu’à pouvoir en éditer un recueil. Je dois aussi aller au bout de mon projet « Le souffle lointain des songes ». L’objectif premier était d’écrire un roman, de composer sa musique et de l’adapter en film. J’ai composé déjà une dizaine de musiques qui m’ont permis de m’aider dans l’écriture, reste maintenant à l’adapter en film. C’est beaucoup de travail…

    Voilà les Plumes c’est terminé pour cette nouvelle rubrique. Comme nous l’avons vu, contrairement aux idées reçues, l’écriture n’est pas toujours un acte solitaire, mais une belle collaboration née de l’amitié ou conduisant à elle, dans le but de produire une œuvre riche de l’imaginaire de ses auteurs. J’espère que cette nouvelle version de Paroles de Pros aura éclairé votre lanterne et je vous dis à bientôt pour un nouveau numéro inédit du PAen.

    À vous les studios !


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