Les cinq sens de l’écrivain avec Bénédicte F Parry #VERSO



  • Les cinq sens de l’écrivain
    Posté le 10 juillet 2015 par Shaoran

    Nous voilà maintenant paré pour comprendre l’importance des sensations dans le roman, voyons un peu ce qu’en pense une auteure : Bénédicte Fleury, plus connue sous le nom de B.F. Parry, auteure de la série Oniria qui se composera de quatre tomes, dont les deux premiers sont actuellement publiés par Hachette Hildegarde sous les titres :

    Oniria – Le Royaume des Rêves, paru le 1er octobre 2014.
    Oniria – Le Disparu d’Oza-Gora, paru le 8 avril 2015.
    

    Le résumé :

    Eliott, 12 ans, est un garçon en apparence comme tous les autres.

    Jusqu’au jour où il découvre un sablier magique qui lui permet de voyager dans un monde aussi merveilleux que dangereux : Oniria, le monde des rêves. Un monde où prennent vie les milliards de personnages, d’univers, et toutes les choses les plus folles et les plus effrayantes rêvées chaque nuit par les êtres humains. Collégien ordinaire le jour, Eliott devient la nuit, parmi les rêves et les cauchemars qui peuplent Oniria, un puissant Créateur, qui peut faire apparaître tout ce qu’il souhaite par le simple et immense pouvoir de son imagination. En explorant Oniria pour sauver son père, plongé depuis plusieurs mois dans un mystérieux sommeil, Eliott est finalement confronté à son extraordinaire destin. Car Eliott est l’ « Envoyé » : il doit sauver le Royaume des rêves, menacé par la sanglante révolution des cauchemars.

    Pour la preview du tome 1 c’est par ici :

    Les présentations faites, voyons maintenant son point de vue sur la question.

    • Votre roman se déroule dans un monde onirique bâti de toutes pièces sur l’imagination et la sensibilité. Comment vous est venue cette idée ? Est-elle venue d’un rêve particulièrement réel comme certains l’expérimentent parfois, ces rêves où les sensations perdurent même après le réveil ?

    Presque ! Je fais depuis toujours des rêves très mouvementés : je me bats contre des pirates, je me perds dans un labyrinthe poursuivie par des monstres… De vrais films d’aventure pour enfants ! Un matin où le réveil a sonné au milieu de l’un de ces rêves, j’ai réalisé que l’endroit que je visitais chaque nuit était une mine d’aventures extraordinaires. J’ai décidé d’inventer ce lieu, de lui donner une consistance, une réalité, et j’ai créé Oniria. En parallèle j’ai inventé des personnages, des péripéties pour « habiter » ce monde… Tout cela est devenu la saga Oniria. Aucun de mes propres rêves n’est présent dans les romans. D’ailleurs je les oublie très vite après le réveil. En revanche, les sensations perdurent souvent en effet : l’exaltation de l’aventure, la peur du danger, les émotions fortes… les mêmes que lorsqu’on lit un roman, finalement. Ce qui est drôle, c’est que depuis que j’ai commencé à écrire, je ne fais plus ce type de rêves, ou très rarement. Peut-être ai-je trouvé une autre manière de canaliser mon imagination et ma soif d’aventure ?

    • Un autre principe de base de votre roman est de mêler le rêve aux sensations, d’expliquer que malgré le caractère onirique du voyage du héros, il ressent tout. Quelle est la place des sens dans votre roman ?

    La place des sens est au cœur de mon écriture, et cela remonte à la classe de 5e ! Notre professeur de français nous avait proposé une rédaction en marge de l’étude des « Lettres de mon moulin » d’Alphonse Daudet. Il fallait raconter une journée de Tistet Védène. La consigne : utiliser les 5 sens du protagoniste. J’avais tellement bien réussi la rédaction que la prof m’avait convoquée pour me demander si elle n’avait pas été écrite par un adulte de ma famille… Affront mis à part, pour moi cet exercice a été une révélation. J’ai compris que pour faire partager une aventure à un lecteur, il ne faut pas seulement la lui montrer, il faut la lui faire ressentir. Et quand on a un corps le ressenti passe nécessairement par les cinq sens : nous ne sommes pas de purs esprits ! Si le héros est debout en haut d’une falaise, la réalité de la scène vient du vent qui lui fouette le visage.

    Pour en revenir plus spécifiquement à Oniria, c’est vrai que pour moi se pose la question de la sensation de réalité : lorsqu’on rêve, on a l’impression que tout est vrai : on ressent des émotions, on a chaud, on peut avoir mal. Tout est déformé bien sûr, et les sensations sont créées par notre cerveau au lieu d’être ressenties par notre corps. Mais tout est là je crois, même si on ne s’en souvient pas toujours au réveil.

    • Perception, ressenti, émotions, il est de coutume d’associer ces mots, de les considérer comme des synonymes. Quelle nuance apporteriez-vous à chacun d’entre eux ?

    Je dirais que la perception est le message qui nous arrive par nos 5 sens, à travers les filtres de notre personnalité, de notre éducation, du contexte… Le ressenti a une dimension plus intellectuelle, on est déjà dans l’analyse. Quand on parle de son propre ressenti, il y a une certaine prise de recul.

    Quant à l’émotion, elle est ce qui naît en nous suite à la perception de quelque chose. Elle est primaire, incontrôlée, immédiate.

    Mais bon, je ne suis pas sûre du tout de coller aux définitions du dictionnaire : si ça se trouve c’est tout le contraire !

    • L’écriture est une activité solitaire qui demande temps et patience. Pour certains, c’est un passe-temps, pour d’autres un long processus de reconstruction intérieure. Quelle a été pour vous le déclic qui vous a décidé à prendre la plume ? Comment ressentez-vous l’écriture ?

    J’ai envie d’écrire depuis l’âge de 9 ans. Une écrivain jeunesse est intervenue dans ma classe de CM1, et ça a été le premier déclic. Ce jour-là, j’ai décidé qu’un jour j’en ferai mon métier. A l’époque j’avais commencé à écrire des choses, mais je faisais tout à l’envers et j’ai fini par laisser tomber. L’idée a continué à cheminer en moi, parfois en se dissimulant, en prenant des chemins de traverse. Et c’est finalement 20 ans plus tard que le deuxième déclic s’est produit, comme une évidence, ce fameux matin où je me suis réveillée avec en tête l’idée du monde d’Oniria. Pendant quelques mois je me suis contentée de prendre des notes dans un petit carnet, et puis je me suis décidée à faire le grand saut : j’ai quitté mon emploi, je n’en ai pas cherché d’autre, et je me suis plongée tout entière dans l’écriture. Je n’ai jamais été aussi épanouie. Inventer, raconter, mettre en mots, faire vivre des émotions… J’y passe mes journées et j’adore ça.

    Mais je dois admettre que lorsque je sors du « tunnel », j’ai grand besoin de m’aérer et de voir du monde !

    • Question bonus : En tant qu’auteur, il n’est pas rare de remettre souvent en question la qualité de ce que l’on écrit. Le doute fait partie intégrante du processus chez la plupart des écrivains, mais un jour on lance une bouteille dans la vaste mer du monde. Quelqu’un la trouve et un bébé d’encre et de papier voit le jour. Quelle sensation ressent-on à ce moment-là ?

    La comparaison avec la naissance d’un bébé est assez juste et d’autant plus parlante pour moi que j’ai vécu les deux à quelques mois d’écart. Voir son premier livre en librairie c’est un peu comme un accouchement : on l’a attendu, on l’a imaginé, on l’a nourri, peaufiné, on s’est demandé à quoi il ressemblerait, on a eu peur qu’il ne soit pas en bonne santé… Et puis tout d’un coup le voilà qui est là, on se sent un peu démuni, on ne sait pas très bien quoi faire, on se demande si c’est vraiment nous qui avons fait ça et en même temps on est si fier, on trouve que c’est lui le plus beau ! On est devenu auteur un peu comme on devient parent : l’aventure ne fait que commencer.

    Pour moi ça a été encore plus particulier : au moment où le tome 1 est sorti j’habitais encore au Maroc, et le livre n’était pas encore disponible sur place. Ma famille, mes amis et même des inconnus m’ont envoyé des photos de mon livre dans les librairies de France, de Belgique… Mais je ne pouvais pas le voir ni le toucher. En fait, j’avais l’impression d’avoir accouché d’un bébé prématuré qu’on aurait mis en couveuse !

    PS: J’ai l’immense plaisir de vous annoncer que ça y est, après plus d’un an de doutes et de suées, je viens de mettre un point final au tome 3 d’Oniria !!!

    Voilà les Plumes c’est terminé pour aujourd’hui. Remercions chaleureusement Bénédicte pour ses super réponses, et je vous invite à aller jeter un œil sur sa page facebook pour davantage d’informations sur le monde d’Oniria.

    Comme nous l’avons vu, le mot sens revêt de multiples significations, dont celle de perceptions sensorielles. Les sensations sont au cœur du roman même si nous n’en avons pas toujours conscience, et servent essentiellement à créer des ambiances en faisant appel à l’inconscient et au souvenir de chacun. La différence entre un roman banal et un roman sensationnel tient parfois à ce petit pas grand-chose que sont les sensations et leur retranscription efficace dans un texte, ces émotions que l’auteur parvient à faire passer à travers ses écrits, comme le rappelle si bien Bénédicte. Alors, n’oubliez pas, vous êtes votre premier lecteur, si vos mots éveillent vos sensations, pour sûr, ils parleront à d’autres.

    J’espère que cet article aura éclairé votre lanterne et je vous dis à bientôt pour un nouveau numéro inédit du PAen.

    À vous les studios !


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