Les cinq sens de l’écrivain #RECTO



  • Les cinq sens de l’écrivain
    Posté le 10 juillet 2015 par Shaoran

    Coucou les plumes,

    Dans ce nouveau numéro du PAen, nous avons choisi de nous intéresser aux « sens ». Cinq, c’est le nombre de sens du corps humain, mais c’est également le nombre de significations du mot sens. Son étymologie en fait un nom masculin tiré du latin sensus : percevoir par les sens, autrement dit ressentir. Son évolution linguistique en a fait un mot aux multiples visages. Ainsi, selon le contexte, il peut à la fois faire référence à :

    • La raison d’être d’une chose, d’une personne ou d’un lieu, sa valeur, son but (Ex : le sens de la vie).

    • La direction (Ex : le sens du vent).

    • La signification d’un mot ou d’une phrase, sa définition dans un dictionnaire (Ex : le sens d’un mot).

    • La capacité de connaitre ou apprécier quelque chose, représenter quelque chose aux yeux des autres (Ex : avoir du sens).

    • La fonction physiologique en charge de la réception et du traitement des stimuli extérieurs (Ex : les cinq sens)

    Selon le contexte, il appartiendra à chacun de décider quel sens donner au sens. Mais, dans cet article, la signification qui nous intéressera plus particulièrement est la cinquième. Le sens dans sa dimension corporelle, que l’on peut rapprocher de la perception de notre environnement. Recto mettra donc en lumière la place de la sensation dans le roman, là où Verso vous présentera le point de vue d’une auteure en la matière. En effet, Bénédicte Fleury, auteure de la série de romans Oniria a accepté de répondre à nos questions.

    Tout de suite, entrons dans le vif du sujet.

    Les sensations, autrement appelées perceptions, désignent toutes les formes de stimuli auxquelles est soumis un être vivant et qui induisent une prise de conscience, autrement dit, une réaction physiologique. Lesdits stimuli servent à apporter des informations au corps qui va les traiter et réagir en conséquence. Les sensations regroupent un éventail divers et varié de perceptions. On a coutume de citer parmi eux et avec raison, les cinq sens, mais ils ne sont pas les seuls. Tour d’horizon de ces sensations méconnues.

    **Les différentes facettes de la sensation**
    

    Dans le recensement des sensations, on dénombre deux grands groupes de perceptions que sont les perceptions conscientes et inconscientes.

    Dans le groupe des perceptions conscientes sont rangés les cinq sens, autrement dit l’ouïe, l’odorat, le toucher, le gout et la vue, mais également les perceptions de types chimiques, comme le changement de pression ou de température, et les perceptions de types mécaniques comme la tension d’un muscle, la raideur d’une articulation. Ils apportent des informations évidentes et immédiates au cerveau qui déclenchera après traitement une réaction adaptée.

    Du côté des perceptions inconscientes, on retrouve des mécanismes plus subtils et indirects qui font appel non pas à des organes particuliers chargés de reconnaitre et traiter l’information de manière directe, mais à l’interprétation de différents changements dans l’environnement du sujet, comme la perception du temps et de l’espace qui s’établi par le biais de la perception des alternances entre jour et nuit, ou encore la perception de la réalité qui se fait au travers du raisonnement déductif, de l’expérience ou encore de l’intuition.

    La subtilité des perceptions inconscientes, c’est qu’elles font appel à des informations recensées par les cinq sens, mais le traitement ne se fait pas de manière volontaire. Prenons un exemple : la vue. La perception consciente, c’est le meuble que je regarde, la personne qui passe dans mon champ de vision. La perception inconsciente, c’est la clarté du jour qui diminue et provoque dans mon corps non seulement la sécrétion d’hormones favorisant le sommeil, mais aussi une prise de conscience du temps qui s’est écoulé depuis le matin.

    Attention cependant à ne pas les confondre avec les émotions. Si ces deux processus sont très intimement liés, l’émotion est une conséquence de la sensation et non son équivalent. L’émotion est une réaction de l’organisme en réponse à une perception.

    Cas particulier de la perception extrasensorielle.

    Ce type de sensation fait appel à des mécanismes inconscients qui se mettent en place en dehors du schéma sensitif classique. Autrement dit, elles suscitent une réaction de l’organisme en dehors de tout stimulus conscient ou inconscient. Ce type de perceptions restant à l’heure actuelle un grand mystère scientifique pour ne pas dire une croyance de bonne femme tout juste bonne à exciter l’imaginaire des romanciers, les informations pertinentes à ce sujet sont peu développées. On peut néanmoins citer les principales perceptions extrasensorielles dont sont très friands les auteurs de tous horizons, spécialement dans le domaine de la littérature jeunesse, que sont la télépathie, la clairvoyance, la précognition ou encore la rétro-cognition. On notera également que les auteurs utilisant ces sensations hors normes, ont recours à un éventail de sensations classiques couplées ensembles afin de décrire les mécanismes de survenue de ces perceptions. Par exemple, pour illustrer un cas de précognition, on couplera la vision à l’audition pour décrire la perception du futur à travers un filtre semblable au rêve.

    **Sensations et écriture**
    

    Comme nous venons de le voir, la sensation est différente de l’émotion. La sensation sert donc essentiellement à donner une information. À ce titre elle a parfaitement sa place dans le roman et plus particulièrement dans les mécanismes descriptifs, où le but est d’informer le lecteur de ce qui se passe dans le récit.

    En effet, il n’est pas rare de rencontrer des auteurs qui se demandent comment rendre une description plus vivante, ou comment sortir de la traditionnelle et ennuyeuse description catalogue. La réponse est simple, en faisait appel aux sensations. La sensation suscite l’émotion. L’émotion maintient l’intérêt du lecteur jusqu’à l’action ou au dialogue qui suit.

    L’exemple le plus célèbre de contextualisation sensorielle dans la description est sans nul doute la madeleine de Proust. Dans ce passage, ce sont les sensations éprouvées par l’auteur qui font ressurgir le souvenir de jours heureux. La sensation sert la description. En quelques mots bien choisis se dégagent une odeur, une image, un souvenir, une ambiance particulière propre à trouver un écho dans chaque lecteur.

    La sensation constitue donc l’ingrédient secret d’une bonne description dans ce sens qu’il fait appel non seulement à l’imagination du lecteur mais également à ses expériences passées. Ainsi, une même description sera perçue de manière unique et originale par chaque lecteur, et permettra donc à un récit de prendre d’autant plus de profondeur. À la fin de sa lecture, chaque personne aura été marquée par telle ou telle phrase, passage, chapitre que son voisin n’aura que pas ou peu remarqué. La sensation fait ainsi la richesse d’une œuvre.

    Cas particulier du roman à sensations.

    Le roman à sensation peut se décrire comme un genre littéraire du 19ème siècle dérivant d’une évolution du roman mélodramatique. Ils abordent en général des thèmes sérieux que leur époque a tôt fait de qualifier de choquants comme par exemple le meurtre, l’adultère ou encore le vol, les faits répréhensibles. Un concentré de ce que nous rapprocherions aisément aujourd’hui comme un genre à part entière, très prisé des amateurs d’énigmes qu’est le polar. Si les deux genres sont en apparence très différents les sujets abordés et les thèmes traités se rejoignent et se confondent très fréquemment. Si les sensations y sont présentes comme dans tous romans, l’appellation du genre est plutôt trompeuse en ce sens qu’elle ne place pas les sensations ou les émotions sur le devant de la scène. Elle ne fait finalement référence qu’au fait que l’on traitera dans le roman d’un sujet tabou pour son époque.


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