Mythes au Recto, légendes au Verso #RECTO



  • Mythes au Recto, légendes au Verso
    Posté le 9 janvier 2016 par Shaoran

    Coucou les plumes,

    Nous voici de retour en ce début d’année avec un nouveau numéro du PAen propre à vous faire rêver. La dernière fois, nous vous avons emmenés en voyage. Vos valises posées dans les lointaines contrées de l’imaginaire, nous vous proposons de continuer la visite touristique avec un peu de folklore local.

    Par définition, le folklore, de l’anglais folk le peuple et
    lore la tradition, englobe l’ensemble des us et coutumes propres à chaque pays voire même chaque régions, ainsi que les mythes, contes, légendes qui s’y rapportent. Ce sont ces derniers qui nous intéresseront plus particulièrement dans cet article.

    Vous êtes prêts ? Alors c’est parti.

    Mythes et légendes sont souvent considérés comme de parfaits synonymes alors que dans la réalité, il n’en est rien. Il existe entre ces deux termes une subtile nuance que beaucoup d’entre nous ont oublié ou n’ont jamais su. Et pour cause, à l’origine d’une légende ou d’un mythe se trouve toujours un conteur ou un groupe de conteurs qui transmettent à d’autres conteurs comme un infini jeu de téléphone arabe. A chaque version, l’histoire se transforme, s’enrichit, se modèle jusqu’à se graver dans la mémoire collective mais jamais dans le marbre, car légendes et mythes reposent à leurs débuts exclusivement sur une transmission orale ; par la suite, l’écriture a peu à peu figé ces récits épiques dans le temps.

    • Mythes…

    Dans son sens premier, le mythe désigne un récit fabuleux destiné ou non à transmettre une morale. Il met en scène des personnages merveilleux et admet l’existence d’autres mondes. Le mythe revêt également un caractère social et religieux. Il reflète la réflexion de toute une population sur sa condition à un moment donné. Comme il n’est pas rare que les sociétés d’une même époque, bien que géographiquement éloignées, soient en proie aux mêmes doutes et questionnements, on retrouve dans des mythologies différentes un socle commun de divinités, de héros, de magie et d’autres mondes. Ainsi, le mythe gagne un caractère sacré voire quasiment religieux. Il est codifié, sacralisé et répété à l’occasion d’événements déterminants de la vie sociale, comme les fêtes, les mariages, les naissances…

    S’il serait tendancieux de prétendre qu’un mythe repose sur des faits réels, il est admis par les théoriciens du mythe comme René Girard, qu’ils se basent à l’origine sur un événement marquant que s’approprie la société pour mieux le magnifier. Ainsi, la genèse d’un mythe suit un schéma déterminé. Il s’agit de transmettre un événement réel et marquant pour la communauté, souvent un meurtre ou une expulsion violente d’une personne lors d’un lynchage public. Ce déchainement de violence ayant apaisé la communauté, il a donc ramené la paix, prouvant que l’on a eu raison d’agir ainsi. La victime devient alors le « méchant de l’histoire », (le vilain loup-garou par exemple) et pour justifier son élimination, on l’affuble de tous les défauts qu’on lui reprochait, mais en leur donnant une connotation surnaturelle (la cupidité sans borne d’un individu, qui ainsi mettrait ses congénères dans une situation de pauvreté deviendrait alors un appétit insatiable, voire une faim de chair humaine.) La victime est alors assimilée à un dieu, un animal chimérique voire un ange ou un démon venu d’un monde ancien. Paradoxalement, dans ce processus de divinisation, la victime va également acquérir des qualités surnaturelles, en général celles qu’on lui attribuait de son vivant (le grippe sou du village peut également avoir été un tailleur de bois hors pair, ainsi on le verra comme le patron des menuisiers, un homme aux doigts d’or, capable pourquoi pas de donner vie au bois). Dans tous les cas, le mythe tente d’expliquer des phénomènes naturels inexplicables à l’époque comme des catastrophes naturelles en les attribuant à des individus supérieurs.

    • … et légendes

    Là où le mythe tend à répondre aux grandes questions philosophiques et sociales d’une communauté, la légende se contente d’un événement ponctuel. Elle fait le récit d’un élément clef de l’histoire, comme l’attaque d’une citadelle, d’un objet comme une épée (Excalibur) ou un vase (le vase de Soisson), ou encore d’un lieu ou d’une personne. Ainsi, un mythe peut se construire à partir d’un ensemble de légendes distinctes. Les religions elles-mêmes s’appuient sur des légendes pour illustrer leurs dogmes.

    Ainsi, là où le mythe se montre vague et généraliste, la légende se rapporte à quelque chose de beaucoup plus précis. Dans sa construction littéraire, la légende ressemble aux mythes puisqu’elles se transmettent préférentiellement de manière orale, jusqu’à sa reprise par les chrétiens qui en ont fait un récit écrit destiné à être lu dans les monastères et les églises pour convertir les fidèles. La précision historique n’a pas d’importance, seule la portée spirituelle de l’histoire a son importance. Elle fait appel au merveilleux et à l’inexpliqué, sans pour autant diviniser le personnage principal, l’objet ou le lieu, même si elle lui prête aisément des capacités surnaturelles.

    Une légende ne cherche pas à expliquer le monde ou la Nature, elle se contente de traduire un fait réel, embelli par l’imaginaire collectif.

    Vous me direz : et les épopées et les contes et les fables, alors ? quelles places ont-ils là-dedans ? Sont-ils des mythes ou des légendes ? Je vous répondrais bien ni l’un ni l’autre. Contes, épopées, fables et autres romans sont des supports littéraires servant à la transmission des mythes et légendes. L’alphabétisation massive de la population a peu à peu provoqué la disparition des conteurs et troubadours propageant les mythes et légendes de manière orale, pour les remplacer par les livres et autres productions écrites. L’épopée et la fable se présentent préférentiellement sous la forme de poèmes relatant des faits ou événements exacts, là où le conte et le roman se constitue de prose faisant appel à l’imaginaire collectif et aux superstitions locales.

    Mythes et légendes ont bien failli disparaitre sous l’hégémonie rapide et empirique de la christianisation, mais leur ancrage très fort dans l’inconscient populaire leur a tout de même permis de traverser les époques et nourrir l’imaginaire de générations successives. Au fil de l’évolution et de la montée du christianisme, tous ces récits païens, quel que soit leur support, ont été jeté dans le même panier. Au lieu de disparaitre, leur sens et leur vocation se sont modifiés pour devenir des supports d’éducation. Ils donnent des leçons, ou des exemples. Ainsi, mythes, contes, légendes, épopées, fables subissent une évolution linguistique commune qui tend à leur donner une connotation synonyme, celle du récit obscur d’une sorte de croyance populaire infondée ou erronée. Mais finalement, c’est pour ça qu’on les aime. Que seraient les légendes sans leur part de mystère ?

    Voilà c’est tout pour cet article. Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet, et plus encore d’exemples à donner tant le monde est riche de ses mythes et légendes, mais pour l’heure, il est temps de laisser la parole à notre interviewée du jour, j’ai nommé Edith Kabuya autrement connue dans nos contrées PAennes comme Aaricia.


Log in to reply
 

Looks like your connection to Forum Plume d'Argent was lost, please wait while we try to reconnect.