Leçons de choses #RECTO



  • Leçons de choses
    Posté le 18 septembre 2016 par Shaoran

    Coucou les plumes,

    Le numéro d’aujourd’hui sera consacré à l’apprentissage. Comme le disait Socrate, cesser d’apprendre c’est commencer à vieillir. Et en effet, tout au long de sa vie, chacun d’entre nous est soumis à des situations dont il peut tirer un enseignement. S’il n’est pas toujours évident, il est propre à chacun. Aussi unique que l’est un individu. Nous allons tenter succinctement dans cet article de voir quel rôle jouent ces apprentissages dans la construction de notre écriture. Puis, afin d’enrichir le propos, nous recevrons Julia Loupiot, assistante d’édition chez Sarbacane pour une interview fort instructive et Marika, auteure amatrice, pour un témoignage sur son expérience des ateliers d’écriture.

    Vous êtes prêts ? Alors c’est parti.

    L’apprentissage est un acte quasi permanent dans la vie de tous les jours. Dès sa naissance l’Homme est soumis à tout un tas de stimuli le conduisant à en tirer des enseignements. L’acte d’apprentissage peut se scinder en deux ensembles. D’un côté, se trouvera l’apprentissage scolaire regroupant l’ensemble des mécanismes menant à l’acquisition de savoir-faire, de connaissances ou de savoirs. L’acteur de l’apprentissage et alors appelé apprenant là où celui qui le dispense est l’enseignant. A côté de l’apprentissage scolaire, se trouve ce que l’on peut qualifier de leçon de vie, autrement dit tous ces événements extérieurs qui de manière consciente ou non, impactent la construction mentale d’un individu, sa personnalité. L’apprentissage est alors vu comme la mise en relation entre un événement provoqué par l’extérieur et une réaction adéquate du sujet, qui cause un changement de comportement persistant, mesurable, et spécifique.

    Dans quelle mesure ces apprentissages permettent-ils de se lancer dans la rédaction d’un roman ?

    Apprentissage scolaire

    L’école dispense tout un tas de savoirs essentiels à la rédaction d’un roman. Le premier d’entre eux est l’acte d’écriture. Moyen de communication qui représente le langage à travers l’inscription de signes sur des supports variés, l’écriture est l’un des enseignements fondamentaux de l’école qui débute aussitôt l’entrée en cours préparatoire. Absolument nécessaire, elle est, avec la lecture, l’un des premiers contacts de l’enfant avec le langage transmissible. Jusqu’alors, l’enfant apprend par mimétisme vis-à-vis de son environnement. Dès lors que l’école lui enseigne la lecture et l’écriture, il s’ouvre à une nouvelle forme de savoir. Celle qui rend autonome.

    Une fois cette compétence, basée sur la forme, acquise, débute une deuxième strate d’apprentissage fondamentale qui est celle de la sémantique et de la syntaxe. Explorant non plus la forme des lettres et la constitution des mots, elle s’intéresse à celle des phrases et des textes.

    La syntaxe regroupe différentes matières que sont la grammaire, la conjugaison ou encore le vocabulaire. Elle s’intéresse à la construction du récit à proprement parler, l’organisation et l’articulation logique du texte, là où la sémantique se focalise plutôt sur le sens des mots et leur place dans le texte, leur sonorité ou encore leur rapport (homonymie, synonymie, antonymie…). Ainsi, avec la rhétorique, elle apprendra au futur auteur ce que sont les figures de style allant de la plus simple métaphore à la plus complexe des paronomases, ou encore les codes de rédactions des textes comme les différences entre le roman et la lettre ou encore le conte et le poème.

    Si ces apprentissages sont longs et pour certains laborieux, ils n’en restent pas moins superficiels au regard de la richesse du français. Une vie entière ne suffirait probablement pas à en faire le tour, toutefois, l’enseignement scolaire suffit à acquérir les bases permettant ensuite de prendre la plume pour se jeter à corps perdu dans le vaste monde de l’imaginaire. Ce qui nous amène au second point de nos apprentissages que sont les leçons de vie.

    Leçons de vie

    L’expérience est une source intarissable d’apprentissage. Par-delà les compétences théoriques que transmet l’école, elle apporte un panel de leçons pratiques améliorant la connaissance de soi. De cette dernière découle des comportements spécifiques à chacun, qu’il s’agisse de traumatismes ou de moments de grâce.

    Ces expériences influencent la façon d’écrire, mais aussi les thèmes traités par un auteur. Cela dit, ce ne sont pas les seuls facteurs qui conditionnent la plume d’un écrivain. L’un d’entre eux et non des moindres est celui qui développe l’imaginaire : la lecture. Elle est aussi complémentaire à l’écriture que l’est l’enseignement à l’apprentissage. Elle ne sert pas seulement à alimenter l’imaginaire mais aussi à enrichir les savoirs transmis par l’école, à les perfectionner, les reproduire.

    Les expériences et le vécu en général constituent le lisier dans lequel germent les idées. L’imaginaire ne se nourrit pas seulement des expériences de tout un chacun mais aussi de sa curiosité vis-à-vis de son environnement. S’intéresser à tout, lire de tout, voir de tout permet de se constituer une culture et un savoir qui rendent l’imaginaire de chacun unique et fertile. Grâce à cela, l’écriture de chaque auteur s’en trouve transformée et améliorée.

    Ainsi, l’acte d’écriture est une somme de ces apprentissages mesurables (ceux de l’école) et « intuitifs » (ceux de l’expérience) conduisant à la construction unique d’un roman reflétant plus ou moins fidèlement la personnalité de son auteur. Il n’est pas rare d’entendre un écrivain confesser qu’il a mis beaucoup de lui dans l’un de ses romans. Et pour cause, c’est un processus naturel dicté par le vécu des uns et des autres. Si l’écriture est un apprentissage bien défini, la rédaction d’un roman est déjà un peu plus floue.

    Elle se fait sur le mode de l’apprentissage par essai-erreur qui consiste grosso modo à tester différentes solutions pour choisir la plus adaptée, efficace, satisfaisante selon le contexte. L’écrivain commence donc son roman sans le moindre mode d’emploi. Il n’est alors armé que de sa seule imagination, les références et les maigres codes scripturaux dispensés par l’école. Il lui appartient ensuite de travailler, retravailler, peaufiner son texte piochant dans chacun de ses enseignements, cherchant de nouvelles solutions, enrichissant les bases de son texte et de son savoir jusqu’à façonner un manuscrit abouti.

    Ainsi, le roman est en constante expansion comme son auteur est en permanente évolution. Partant de là, il n’y a pas d’échec dans l’écriture, juste des idées qui méritent d’être développées ou reformulées. Comme le dit Nelson Mandela, je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends.

    Au final, mais ce n’est là que mon avis, il n’y a pas de bonne ou mauvaise manière d’apprendre à écrire, il n’y a que la façon qui vous convient le mieux, même si ce n’est pas celle du commun des mortels. L’imagination, comme le vocabulaire, peut s’enrichir de millions d’images, la syntaxe peut se modeler maintes et maintes fois, mais l’étincelle de la créativité ne peut s’exprimer qu’à travers la motivation et l’humilité. Ce sont elles qui rendent l’apprentissage productif, l’écriture efficace et la passion transmissible.

    Vous l’aurez compris, apprendre c’est évoluer. Au travers de nouvelles connaissances et d’expériences, l’être humain modèle sa personnalité et l’écrivain construit son roman. Maintenant voyons, le point de vue de Julia et Marika sur la vaste question de l’apprentissage.


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