Techno-Logique avec Audrey Alwett #VERSO



  • Techno-Logique
    Posté le 15 avril 2017 par Shaoran

    Aujourd’hui dans Verso, nous sortons des sentiers battus pour nous intéresser à une discipline de la littérature qui mêle à la fois art et écriture, je veux parler de la bande dessinée. À cette occasion, nous recevons Audrey Alwett, auteure de Princesse Sara publiée chez Soleil Blackberry. Une interprétation très libre et personnelle de l’œuvre de Frances H.Burnett. Est-il encore besoin de présenter l’histoire de cette riche orpheline soudain confrontée à la déchéance de la pauvreté ? Pourtant, envers et contre tout elle se battra pour relever la tête. Dans les quatre premiers tomes de sa BD, Audrey nous présente l’enfance de cette fillette forte et déterminée sur fond d’ambiance steampunk.

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    Les quatre tomes suivants quant à eux, évoquent la vie d’adulte de Sara Crewe, une libre interprétation de son auteure sur la suite du roman de Frances H.Burnett.

    Preview :
    (vidéo

    )

    Sans attendre, la parole à Audrey :

    • 1- « Princesse Sara » est une œuvre qui a bercé l’enfance de nombreuses petites filles. Votre BD, qui s’en inspire, nous montre une interprétation mêlant une technologie proche du steampunk aux mains d’une jeune fille qui apparait bien plus forte et fière que dans la version animée. Pourquoi ce parti pris ?
    • Pour la fierté, c’est un parti pris que je ne suis pas allée chercher bien loin, puisque c’est celui du roman original de Frances H. Burnett : A Little Princess. Tout est dans le titre ! Le principe-même de l’héroïne, c’est qu’elle fonctionne à peu près comme un jedi : on peut toujours essayer de la briser, rien n’entamera sa volonté ! De mon côté, j’ai rajouté le steampunk, parce que je craignais qu’une adaptation fidèle de l’oeuvre originale ne soit pas très intéressante. Et puis ça permettait de sortir le roman du cadre historique et de s’autoriser des libertés et donc des réflexions supplémentaires sur les personnages. Ma Sara n’est pas la même que celle de F. H. Burnett, qui était résolument ancrée dans son époque. Ma Sara est résolument un personnage qui affronte les problématiques du XXIe siècle, même si j’ai gardé un cadre historique pour le décor.
    • 2- La place des automates étant centrale dans votre BD, avez-vous dû vous documenter, faire des recherches pour rendre l’ensemble cohérent ?
    • Non, pas vraiment. Une fois encore, c’est du steampunk et je ne voulais pas m’encombrer avec un réalisme historique qui aurait empêché mon héroïne de réaliser son destin (devenir chef d’entreprise au XIXe quand on est une femme, c’est tout bonnement impensable). Par contre, je me suis amusée à glisser pas mal de références à de célèbres automates : Vaucanson, Jaquet-Droz, Cox. Il y a aussi des clins d’oeil à d’autres œuvres steampunks, comme l’éléphant géant de la compagnie de théâtre Royal Deluxe ou la danseuse-fleur de Basile Détective privé.
    • 3- De l’avis de certains scientifiques, la technologie moderne inspire les genres de l’imaginaire, mais la recherche scientifique ne saurait s’inspirer des technologies extrapolées par la littérature. Cela vous semble-t-il exact ? Pour incorporer de la technologie à un roman, BD ou autre œuvre doit-on obligatoirement être issu d’une formation scientifique pour être crédible ? Peut-on considérer qu’une personne « littéraire » n’est pas à même d’imaginer les technologies du futur ?
    • Je suis vraiment surprise qu’on puisse penser que les littératures de l’imaginaire n’influencent pas la technologie ! Je ne suis pas la meilleure personne pour en parler, mais rien que la robotique (mot créé par Asimov, d’après le terme robot lui-même créé par Karel Capek, un autre auteur de SF) commence seulement à dépasser les 3 lois d’Asimov, quelque 65 ans après leur création ! La réalité passe son temps à courir après la fiction… qui s’appuie sur la première. C’est une saine émulation. L’Une Rêve, l’autre pas, de Nancy Kress évoque une société où ceux qui peuvent se dispenser de sommeil prennent l’avantage sur ceux qui ne le peuvent pas… et on commence à créer des traitements qui rendent la chose possible. Deux siècles après, on essaie encore de récréer des créatures de Frankenstein : la première greffe de tête aura lieu l’an prochain (comme dans Mars Attacks). Ne parlons même pas de séries comme Black Mirror ! Tous les ans, aux Utopiales, fleurissent des dizaines de conférences sur le sujet… C’est là qu’il faudrait enquêter, je pense, car j’arrive vite au bout de mes références.

    Pour ce qui est d’être d’une formation scientifique pour être crédible, non, je n’y crois pas. Après tout dépend du sujet de votre livre. Si la technologie est omniprésente et est au cœur de votre histoire, il vous faudra évidemment des références solides (qui peuvent tout à fait s’obtenir en autodidacte). Mais la plupart des livres de SF ne reposent pas sur cet axe. Orwell n’avait aucune formation scientifique. Et la nouvelle la plus incroyable de SF que j’ai lue ces dernières années s’intitule La Vieille anglaise et le continent, et a été écrite par Jeanne A-Debats qui est… professeure de lettre.

    • 4- Quel rôle donnez-vous alors à la technologie présente dans votre œuvre ?
    • Je vais vous décevoir, mais la technologie n’est pas exactement le sujet de ma série, d’autant que Princesse Sara est plutôt une série jeunesse. Je voulais tout simplement féminiser un domaine traditionnellement ultra-masculinisé et esthétiser l’ensemble pour le faire sortir de son cadre habituel. D’ailleurs, l’esthétique de Princesse Sara n’est pas un esthétique steampunk traditionnel, on voulait briser cette bulle aussi.

    Un point qui nous a vraiment posé souci, c’est que nous ne voulions pas que Sara soit dans une situation d’oppresseur quand elle retrouve sa fortune. Donc, ses serviteurs deviennent très vite ses amis et on réintègre l’automate Mariette pour faire leur travaille. Mais après coup, Mariette aussi nous a posé souci, car nous avions choisi de l’humaniser pour des raisons d’intrigue. Du coup, la question se pose : l’oppression n’est-elle pas déplacée sur elle ? C’est la raison pour laquelle dans les derniers tomes, j’évite de faire intervenir Mariette autrement que pour des tâches qui pourraient presque être accomplies par une amie de Sara.

    • 5- Dans les genres de l’imaginaire, la technologie n’est-elle que le moyen de poser des questions éthiques et sociales ?
    • Non, je ne crois pas. C’est toujours un bon angle et je crois qu’il est indispensable que les littératures de l’imaginaire remplissent cette mission par ailleurs. Mais la technologie peut être tout simplement un outil ou un décor qui sert à déplacer un propos et à le dépouiller de son véritable cadre pour n’en garder que la moelle, que le message, si vous préférez. Voyez Doctor Who, par exemple. Soyons honnête, son tournevis n’est rien d’autre qu’un genre de baguette magique ! La technologie n’est absolument pas le propos et c’est pourtant une série extraordinaire !

    Dans tous les cas, je crois qu’on peut retourner la littérature dans tous les sens, à l’arrivée on traite toujours du même sujet : l’humanité.

    Voilà les Plumes, c’est terminé pour aujourd’hui.
    Remercions chaleureusement Audrey pour son témoignage à la fois complet et très intéressant. Pour davantage d’informations, je vous invite à aller jeter un œil sur la page

    .

    Quand la technologie sert le rêve, même les frontières de l’impossible reculent. J’espère que cet article aura éclairé votre lanterne et je vous dis à bientôt pour une nouvelle interview haute en couleurs.

    À vous les studios !


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