Techno-Logique #RECTO



  • Techno-Logique
    Posté le 15 avril 2017 par Shaoran

    Coucou les plumes,

    Ce trimestre nous nous intéressons de près à la technologie et ses divers liens avec la littérature. Dans cet article, nous allons tenter succinctement de voir quel rôle joue la technologie dans la littérature actuelle et passée, avant de poser la question à Audrey Alwett, auteure de la bande dessinée Princesse Sara, une interprétation steampunk de l’histoire éponyme que nombre d’entre vous connaissent.

    Vous êtes prêts ? Alors c’est parti.
    De tous temps, le monde a fasciné l’Homme, qui, pour tenter de le comprendre a élaboré nombre de stratagèmes plus ingénieux les uns que les autres. C’est ainsi que sont nées les sciences que l’on peut diviser en deux catégories que sont les sciences dures ou autrement appelées sciences exactes, c’est-à-dire des disciplines comme les mathématiques ou la physique dans lesquelles sont mis au point des process précis et reproductibles, par opposition à d’autres sciences comme la sociologie, dans lesquelles le facteur humain fausse la prédictibilité des résultats. Au sein des sciences dures, il est également possible de répartir les disciplines en plusieurs catégories selon qu’elles s’intéressent de près aux sciences naturelles ou aux technologies.

    On définit par sciences naturelles, l’ensemble des phénomènes physico-chimiques observables, mesurables voire reproductibles qui existent dans la Nature. Leur objectif est de comprendre le monde qui nous entoure. Contrairement aux technologies qui elles s’intéressent plutôt à l’ensemble des techniques, des connaissances et des savoir-faire nécessaires à toutes les créations artificielles de l’Homme. Qu’elles soient utilitaires, artistiques ou de confort, leur but s’orientera vers la maîtrise et l’adaptation de l’environnement à l’Homme.

    La technologie et par extension la science en général est en permanente évolution. Elle se modèle au gré des progrès techniques. La littérature ne fait pas exception à cette transformation, puisque la technologie l’influence parfois sur le fond, parfois sur la forme. Dans cet article on ne traitera que de la technologie présente dans les genres littéraires, et non des nouvelles technologies actuelles comme l’avènement d’internet, de l’auto-publication, des ebooks et des nouveaux modes de communication qui ont transformé l’approche du livre en tant qu’objet et la perception qu’en a le lecteur.

    • La science-fiction

    Lorsque l’on évoque la technologie dans les genres littéraires, la première chose qui nous vient à l’esprit c’est bien sûr la science-fiction. Elle se définit comme un genre littéraire dans lequel l’auteur s’appuie sur la science, ses progrès et ses limites pour modeler son histoire. Si dans certains cas, la technologie ne sert que de décor plus ou moins travaillé pour étoffer une intrigue, dans d’autres, elle en fait partie intégrante, en invitant le lecteur à réfléchir sur des faits de société. Dans ce dernier cas, il est souvent question d’explorer les limites de tel ou tel progrès.

    Si l’on reprend la dichotomie précédemment évoquée entre les sciences naturelles et la technologie, il est possible d’établir le même parallèle avec la science-fiction : on distinguera la hard science, qui se rapprochera réellement des considérations technologiques, et la science-fiction spéculative qui, elle, tendra plus vers le roman d’aventure sur fond de technologie anticipative.

    Dans la première approche, la Hard SF, la technologie est omniprésente. Elle se caractérise par un intérêt pour les technologies actuellement présentes dans la société et leur évolution cohérente à l’échelle de l’humanité. Elle se base sur des connaissances actuelles en matière de technologie, se servant de l’exploration des phénomènes physiques ou astronomiques. Elle exige une forte cohérence scientifique, contrairement à la SF spéculative qui ne rentre pas dans les détails de fonctionnement interne de la technologie. Si au départ, le genre puisait son inspiration principalement dans des disciplines telles que les mathématiques, la physique voire la chimie, son évolution l’a amené à considérer également la biologie pour introduire la notion d’exobiologie. Parmi les piliers du genre on peut citer Isaac Asimov avec le Cycle de la Fondation.

    La seconde en revanche, la science-fiction spéculative, se rapproche davantage du roman d’hypothèse qui explore la réaction sociétaire de l’humanité face au développement de la technologie. La psychologie des personnages prime sur l’aspect technique qui ne sert que de background pour lancer l’intrigue. La fiction spéculative peut même s’appuyer sur une extrapolation des connaissances actuelles en matière de technologies afin d’explorer telle facette de la société et de l’évolution humaine. On peut par exemple citer Dune de Frank Herbert, Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley ou encore 1984 de George Orwell.

    Thématiques récurrentes de la SF

    Si chacun de ces domaines, hard SF ou fiction spéculative, se subdivise lui-même en une infinité de sous-genres, la frontière entre eux est parfois difficile à identifier clairement. Mais, tous ont en commun des thématiques récurrentes servant plus ou moins clairement l’exploration de la pensée et de la société humaine. Nous n’évoquerons ici que celles en rapport avec la technologie.

    L’exploration spatiale
    Cette thématique regroupe plusieurs sous-genres. Parmi eux, le vol spatial apparaît comme le plus ancien. Présent depuis la Grèce Antique, il sert dès la Renaissance à mettre en avant les théories avant-gardistes, comme l’héliocentrisme ou encore la révolution industrielle puis l’ingénierie du voyage spatial à proprement parler pour finalement donner naissance aux sous-genres du Space Opera, caractérisé par la conquête spatiale ou encore le Planet Opera, conquête de nouvelles planètes. On peut citer par exemple Jules Verne et le célèbre De la Terre à la Lune, ou encore Edward Elmer Smith avec le Cycle du fulgur.

    L’exploration temporelle
    Le sous-genre le plus évident sur cette thématique est le voyage dans le temps. Tout est dit dans le titre, qu’il s’agisse de l’exploration du passé, du futur ou des paradoxes temporels, ce thème a de tous temps inspiré nombre d’auteurs comme H.G.Wells dans La Machine à explorer le temps.

    L’uchronie quant à elle traite de variations temporelles en partant du principe qu’un événement du passé ne s’est pas déroulé de la manière dont l’Histoire nous le raconte. En découlent toutes sortes de modifications technologiques permettant à l’intrigue de répondre à des questions sociétaires actuelles. Dans ce sous-genre les exemples sont nombreux, comme Rêve de gloire de Roland C.Wagner.

    Traitons maintenant le cas, un peu particulier, du steampunk. Avant de devenir un genre à part entière, il a d’abord été une sous-catégorie d’uchronie baroque basée sur le postulat que le monde a évolué à partir de la machine à vapeur au lieu du moteur à explosion. Il peut ou non mêler technologie et sciences naturelles comme c’est le cas de la trilogie Léviathan de Scott Westerfield.

    Par opposition au steampunk, on trouve un autre sous-genre qu’est le cyberpunk, lui aussi plutôt récent (né en 1984 avec William Gibson et son roman Neuromancien). Il renvoie à l’amélioration de l’humanité par la technologie, sur fond de décadence sociétaire en partant de trois hypothèses différentes. La première est l’idée d’une société dirigée par des multinationales surpuissantes en lieu et place des gouvernements actuels. La seconde a trait à la manipulation du vivant par le biais d’un croisement entre l’homme et la machine (organes synthétiques, clonages, puces cybernétiques…). Et enfin la troisième hypothèse explore la dimension des réalités virtuelles que ce soit via l’ordinateur ou la console de jeu.

    Mention spéciale aux réalités virtuelles dont le thème préexistait avant l’apparition du cyberpunk avec la notion de monde simulé par des supers-calculateurs comme dans le livre Le temps désarticulé de Philip K.Dick.

    L’exploration sociétaire humaine
    Cette thématique recoupe parfois celle du cyberpunk que l’on pourrait considérer comme une évolution du sous-genre traitant des cyborgs, comme c’est le cas du livre Homme-plus de Frederik Pohl. Si le cyberpunk pose plutôt la question des limites des technologies, leur omniprésence dans le monde, et la dépendance des hommes à leur encontre, la thématique de l’Homme en science-fiction interroge quant à elle sur la frontière entre l’être humain et la machine. L’objectif est de répondre à une question simple : qu’est-ce qui différencie l’homme de la machine ? Isaac Asimov, auteur incontournable du genre, tente une réponse en inventant les trois lois de la robotique dans sa nouvelle Cercle Vicieux publiée en 1942. Une seconde approche du thème est celui de l’androïde, qui vise à explorer la naissance des sentiments et le cheminement des sensations à travers la création d’êtres ni réellement humains, ni complètement cybernétiques, comme c’est le cas dans le roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K.Dick.

    On peut également citer les sous-genres un peu particuliers traitant des univers parallèles. Née après la vulgarisation de la notion d’espace-temps issue de la physique quantique et de la théorie de la relativité, la thématique des univers parallèles se situe à la frontière entre la découverte spatiale et temporelle visant à explorer la complexité de la notion d’humanité. Il s’agit donc d’une catégorie recoupant tous les autres genres, comme c’est par exemple le cas de À la croisée des mondes de Philip Pullman.

    La technologie dans les autres genres littéraires

    Si la science-fiction est le domaine le plus évident pour chercher la technologie, il n’est pas le seul genre littéraire dans lequel elle se glisse. De manière générale, n’importe quel récit réaliste se doit d’utiliser et de décrire les techniques actuelles, en matière notamment de communication ou de médecine par exemple. Après tout, il faut bien vivre avec son temps. Mais soyons honnête, dans une histoire d’amour, à part poser le décor, ça n’a pas grand intérêt. En revanche, dans le domaine de la littérature policière, la technologie moderne se taille une part belle dans la résolution de l’énigme. Que seraient les enquêteurs d’aujourd’hui sans les techniques d’analyse d’ADN, les marqueurs de fluorescence ou encore les balises GPS et les historiques de recherches google ?

    Vous l’aurez compris, la technologie est partout et elle influence la littérature pour amener le lecteur à réfléchir sur son bien-fondé. Maintenant, voyons le point de vue d’Audrey Alwett sur la vaste question du rôle des technologies dans un roman.


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