La plume et la fourrure #Plume&Astuce


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    La plume et la fourrure

    11 mai 2016

    À travers cet article, j’aimerais réfléchir avec vous à la façon dont l’animalité ressort d’une façon ou d’une autre à travers l’écriture. Pourquoi et comment l’exploiter dans nos histoires ? Même si les petites bêbêtes, ce n’est pas votre truc, ça pourrait vous intéresser !

    L’animal symbole

    Depuis tous petits, les histoires que l’on nous raconte sont peuplées d’animaux. Avez-vous déjà remarqué à quel point ils sont présents dans les albums jeunesse et les dessins animés ? Ils finissent par s’inscrire dans notre imaginaire à notre insu et, tôt ou tard, ils refont surface dans les histoires que nous écrivons à notre tour.

    Il existe une véritable symbolique animale qui rejaillit dans le langage courant et, par voie de conséquence, dans l’écriture : l’innocence de la biche, la grâce féline, la fidélité du chien, la sagesse du hibou, la majesté du lion, la métamorphose du papillon. La figure emblématique du « grand méchant loup » incarne à elle seule le prédateur (sexuel) par excellence. Quand nous créons un personnage, nous tendons à lui donner des attributs qui font directement référence à ces animaux-symboles de l’imaginaire collectif. Prenons Voldemort, dans « Harry Potter » : voilà un personnage étroitement lié à la figure du serpent, tout en voix sifflante, en stratagèmes sinueux, en comportement venimeux. Et que dire du personnage d’Aslan dans « les Chroniques de Narnia », le lion dans ce qu’il incarne de plus royalissime ?

    Pour être franche, au moment de commencer cet article, je ne pensais pas être tellement concernée par le sujet en tant qu’auteure : l’univers de la Passe-miroir est essentiellement urbain et peuplé d’objets. À présent que je me penche sur la question, je me rends compte à quel point l’animal est omniprésent dans ma propre écriture. Ophélie la petite souris grise, Thorn l’ours mal léché, Berenilde à la grâce de cygne, la bienveillante tante Roseline et sa dentition de cheval, la grand-mère tortue, le débrouillard Renard et, évidemment, cette bonne vieille écharpe à mi-chemin entre le chat et le boa. Je me suis découvert un véritable zoo caché ! Sans m’en apercevoir, sans le vouloir vraiment, j’ai véhiculé toutes ces figures animales imprimées en moi depuis l’enfance. Et vous savez quoi ? Ça me chiffonne, parce que je ne me suis pas appropriée ce bestiaire de façon réfléchie et assumée, et c’est comme ça que se perpétuent les stéréotypes. Je pense que ça vaudrait la peine pour nous, auteurs, de nous interroger en profondeur sur ce que représente la symbolique animale à nos yeux, intimement, avant de l’exploiter de façon vraiment personnelle. Je veux dire, un geai moqueur, ça, ça du bec !

    L’animal personnage

    Laissons de côté la métaphore et abordons maintenant l’animal en tant que personnage à part entière.

    D’un côté, nous avons l’animal-compagnon qui fait généralement figure d’allié dans les histoires. C’est le brave hibou postal qui apporte les messages importants dans « Harry Potter » ; c’est le loup avec lequel Fitz de « l’Assassin Royal » entretient une amitié fusionnelle ; c’est l’anima de la « Croisée des mondes » où il tient lieu de prolongement de l’âme ; c’est le chat du Cheshire qui accompagne Alice dans son voyage au Pays des Merveilles. Il est intéressant de constater que ce personnage-animal développe une vraie communication avec le héros. Il est souvent doué de parole ou parvient à se faire comprendre d’une autre manière (télépathie, expressivité).

    De l’autre côté, nous avons la bête sauvage, féroce, indomptable : l’animal devient alors source de danger. Le grand méchant loup, vous vous rappelez ? Ce qui est particulièrement intéressant ici, c’est la façon dont le héros va affronter ce danger. L’animal est-il l’ennemi à abattre ou… à apprivoiser ? Dans « le Voyage de Pi », nous assistons à la cohabitation forcée entre un adolescent et un tigre : c’est l’un des traitements les plus intéressants que j’ai vus sur le sujet et je recommande chaudement le film qui en a été tiré.

    Une question intéressante à se poser, en tant qu’auteur, serait dès lors « en quoi l’animal-personnage complète-t-il votre héros ? » Incarne-t-il la force brute qui lui manque ? Est-ce l’ami, voire la famille qui fait défaut ? Lui sert-il de guide pour passer d’un monde à un autre ? Lui apprend-il quelque chose d’essentiel sur lui-même ? Un aspect intéressant serait de conserver la part de mystère animale, sa réponse instinctive aux situations qui ne serait pas nécessairement celle de l’homme. Bref, attention à la tentation anthropomorphique : projeter sur un animal une subjectivité typiquement humaine lui ferait perdre son essence première.

    Enfin, il y a les romans où l’animal EST le véritable héros de l’histoire, son personnage principal : « Croc-Blanc » de Jack London, « les Fourmis » de Bernard Werber, « les Mémoires d’un âne » de la comtesse de Ségur. Ici, tout le défi de l’auteur consistera à nous immerger dans une peau complètement étrangère à la nôtre et à nous faire observer l’humanité à travers le regard animal.

    L’animal en nous

    Je conclurai mon article sur une dernière forme animale, que je n’ai pas abordée jusque-là : celle qui sommeille en chacun de nous. Nos personnages sont des animaux. Quand nous les confrontons à un danger de mort imminent, à un isolement total et prolongé, à leurs besoins les plus vitaux, l’instinct primal pourrait (devrait) prendre le dessus. C’est dans ces situations extrêmes que se soulève la question la plus essentielle. Qu’est-ce qui, au fond, distingue foncièrement l’homme de l’animal qui est en lui ?


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