Festival du Livre de Mouans-Sartoux #IRL


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    Festival du Livre de Mouans-Sartoux

    24 octobre 2013

    Vendredi 4 octobre 2013 – 9h30. Ici Cricri, votre dévouée plumeporter, envoyée en mission spéciale au Festival du Livre de Mouans-Sartoux. Je viens de retirer mon badge à l’accueil. Je vais profiter de ma couverture d’auteur pour pénétrer dans les coulisses de l’espace Jeunesse et vous révéler comment se passe un événement du genre, vu de l’autre côté des stands.

    Le Festival a investi le centre ville de Mouans-Sartoux. À ciel ouvert, ce sont les marchands de livres d’occasion qui se sont installés sur chaque pan de trottoir. Tandis que je cherche l’espace Jeunesse où je dois me rendre, je vois déjà défiler un nombre impressionnant de vieux livres. Le temps est dégagé, l’atmosphère lumineuse, la ville empreinte d’un charme ancien. Le gymnase, la médiathèque et le cinéma sont réquisitionnés pour l’occasion, mais moi, je dois aller plus loin encore. Là, j’y suis ! Un grand chapiteau blanc est pris d’assaut par des bus scolaires. Je me faufile au milieu des enfants, présente mon badge et cherche l’emplacement de mon stand.

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    Vendredi 4 octobre 2013 – 10h00. Voilà, je suis installée devant une forteresse de romans flambants neufs… et un tantinet dépitée. Sur le programme, j’avais vu que je partagerais le stand avec quatre autres auteurs dont il me tardait de faire la connaissance : pour le moment, je suis seule. Seule avec ma timidité d’auteure débutante. Seule devant le va-et-vient des classes qui déambulent le long des autres stands : les albums, les imagiers et les illustrateurs attirent davantage l’intérêt des enfants que les romans pour grands. Enfin non, c’est incorrect, je ne suis pas vraiment seule. Deux jeunes hommes représentent la librairie qui héberge le stand ; ce sont eux qui feront les encaissements et ils me proposent déjà de quoi boire. Je décline poliment. J’ai l’estomac noué de stress, une vraie bleusaille !

    Vendredi 4 octobre 2013 – 11h00. Youhou, ça commence à s’animer ! Les institutrices m’amènent des groupes d’enfants pour qu’ils me posent quelques questions. Comment vous appelez-vous, madame ? Qu’avez-vous écrit, madame ? Quel est votre genre de roman, madame ? Vous écrivez depuis quand, madame ? Quel est votre livre préféré, madame ? Armés d’un calepin comme des mini-journalistes, ils notent consciencieusement mes réponses. Il y a parfois de drôles de quiproquo : j’ai parlé de ma fanfiction sur Harry Potter et les enfants se sont persuadés que j’étais J.K.Rowling en personne. Je fais mes toutes premières dédicaces pour des institutrices et des bibliothécaires qui m’ont lue cet été et qui m’encouragent à continuer sur cette voie. Je vais faire de mon mieux, mesdames !

    Vendredi 4 octobre 2013 – 12h00. Pause déjeuner. Je quitte le chapiteau en compagnie d’un autre auteur jeunesse de mon stand, Thomas, le premier dont je fais enfin la connaissance. Le temps que nous traversions la vieille ville, j’apprends qu’il a 18 ans, que le lancement de son premier roman démarre au quart de tour et qu’il a été interviewé par TF1 la veille au soir. Mama mia, il fallait que je tombe sur un petit génie ! Il dégage une telle assurance que j’ai l’impression qu’on a interverti nos âges. Le déjeuner se déroule dans le parc du château de Mouans-Sartoux : le cadre est d’un charme fou et l’air sent bon le Midi de la France. À notre table, d’autres auteurs ne tardent pas à se joindre à nous. On échange nos premières impressions et j’ai le sentiment que beaucoup se connaissent déjà. Je manque de m’étouffer avec mon taboulé en écoutant ma voisine de gauche : elle écrit de trois à cinq romans par an ! Tout en mastiquant mon repas, je suis absolument subjuguée par ces écrivains expérimentés, drôles, bons vivants et chaleureux qui siègent à côté de moi. Je culpabilise un peu de ne connaître aucun des noms écrits sur les badges et je me promets d’être plus curieuse à l’avenir.

    Vendredi 4 octobre 2013 – 15h00. Je viens de commettre mon premier cafouillage. Les visites de classe continuent et cet après-midi, ce sont les collégiens qui défilent. Certains viennent me poser des questions pour le journal de leur école, ils sont d’un professionnalisme impressionnant ! À force de répondre à des questions très simples, j’ai baissé ma garde, j’avoue. Et puis voilà, j’étais en pleine digestion, je commençais presque à somnoler, vous comprenez ? Bref, tout ça pour justifier mes inavouables bégaiements quand deux adolescentes-journalistes sont venues vers moi pour m’enregistrer sur leur iPhone : « Qu’évoque pour vous la naissance d’un livre ? » Si un auteur doit être éloquent, je crois que je viens de faire une tache indélébile sur la réputation de toute la profession. Résolution du moment : rentrer à la maison, dormir comme une souche et être plus concentrée demain !

    Samedi 5 octobre 2013 – 10h00. Je commence à me demander sérieusement si je suis dans le coup. Mon camarade de stand, Thomas le surdoué, vend livre sur livre alors que je passe, moi, presque complètement inaperçue. Comment puis-je rivaliser avec ce jeune homme plein de feu, qui harponne et aimante tous les visiteurs à grandes exclamations, qui les fait rire, qui les emballe, qui les convainc que son livre est un incontournable du genre ? Cet auteur est doublé d’un vendeur dans l’âme. Moi et mes pauvres sourires, on ne fait pas le poids. Mon dieu, sont-ils tous comme lui ?

    Samedi 5 octobre 2013 – 14h30. J’ai la réponse à ma question. Les autres auteurs du stand sont arrivés en cours de journée et je m’aperçois que chacun a une approche du public totalement différente. Hop, je sors mon petit carnet mental et je prends note !

    Cendrine, l’une des co-auteures des déjà célèbres « Oksa Pollock », m’explique qu’un auteur doit savoir s’entourer de mystère, ne pas entrer dans une relation copain-copine avec ses lecteurs, que cette juste distance fait partie du charme de la profession. J’écoute son expérience sur les précédents salons auxquels elle a participé et je ne la sens pas tellement emballée par celui-ci. Je trouve formidable qu’elle écrive en binôme avec une autre auteure. Elles se mettent à deux pour monter une histoire, l’une écrit le premier jet d’un chapitre, l’autre l’étoffe, etc. Elle et sa partenaire ont une affinité si forte qu’en lisant le livre, on ne ressent pas deux mais une seule âme tapie derrière l’histoire.

    À ma gauche se tient Philippe : c’est un auteur de best-sellers connu pour ses polars pour adultes, mais il s’est récemment lancé dans des romans d’ados (en plus soft ou en moins trash, ça dépend sous quel angle on considère la chose). Cet homme possède une douceur, une discrétion et une humilité qui l’auréolent de ce mystère fascinant dont me parlait Cendrine. Il est tout le temps en train d’écrire : quand ce n’est pas pour faire ses dédicaces, il griffonne des notes dans un beau cahier de cuir. C’est l’incarnation même de l’écrivain traditionnel.

    Enfin, il y a Marilou, l’auteure de « la Lune mauve », avec qui j’ai très rapidement sympathisé. Elle a une personnalité proche de la mienne, avec une touche d’expérience en plus. J’ai su qu’on allait s’entendre dès qu’elle a renversé son verre d’eau sur la table pour la deuxième fois consécutive. Marilou, c’est l’exemple même de l’écrivain en phase avec son époque : un iPad dans une main, un iPhone costumisé dans l’autre, elle maîtrise les nouvelles technologies sur le bout des doigts. Elle n’hésite pas à donner son mail personnel à des jeunes qui lui demandent des conseils d’écriture. À moi, elle file des petites astuces pour personnaliser les dédicaces : une couleur de stylo en rapport avec le livre (mauve pour elle, en l’occurrence) et un petit tampon personnalisé. Je trouve ça trop fort ! Elle me fait part de son propre ressenti d’auteur, le stress inhérent aux attentes des lecteurs quand on écrit la suite d’une saga, le décalage entre l’avant édition et l’après édition. Je me reconnais beaucoup dans son témoignage, c’est très réconfortant.

    Dimanche 6 octobre 2013 – 17h30. Le festival touche à sa fin. J’ai beaucoup gagné en assurance au fil du temps et des rencontres. J’ai pu faire la connaissance de mes lecteurs, acquis ou à venir, et mes petites dédicaces sont devenues de moins en moins tremblotantes. J’ai aussi appris à m’adapter au type de public qui s’adresse à moi : parler d’ambiance Fantasy Steampunk à une mère de famille, ça ne lui évoque strictement rien ; par contre, lui dire que mon univers est proche du « Château Ambulant » de Miyazaki, là, ça fait mouche à tous les coups ! J’ai aussi appris qu’en matière de littérature jeunesse, venir à un Salon armé d’un simple stylo noir, c’est un peu prosaïque. Les autres auteurs offraient des affiches, des marques-pages, des extraits gratis, ou faisait des dédicaces personnalisées… ça aussi, ça fait partie du rêve.

    Mais ce que je retiens surtout de cette expérience, ce sont les échanges humains : des adolescents en quête d’évasion, des grands-parents qui veulent donner le goût de la lecture à leurs petits-enfants, des illustrateurs et des auteurs amateurs qui essaient de se lancer. Je me suis finalement rendue compte qu’un Festival, ce n’étaient pas les auteurs d’un côté du stand et les lecteurs de l’autre. C’est avant tout une réunion d’amoureux des livres.


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