Improvisation VS organisation #Plume&Astuce


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    Improvisation VS organisation

    22 septembre 2011 par Cricri

    Se lancer dans la rédaction d’une histoire, ce n’est pas sorcier. On a une chouette idée en tête, on tapote fébrilement son clavier, les personnages s’animent déjà sous nos yeux émerveillés, tout paraît couler de source. Passées les premières pages, c’est généralement là que les choses se corsent. Quelle direction la narration va-t-elle prendre ? Quelle évolution les personnages vont-ils suivre ? Comment retenir l’intérêt du lecteur tout au long du roman ? Deux choix s’offrent alors à l’auteur : il improvise à mesure que l’inspiration vient au risque d’accumuler les incohérences ou il s’enferme dans le canevas d’un plan détaillé au risque d’y perdre tout plaisir.

    Certains ne surmontent pas ce dilemme. Ils accumulent des débuts d’histoire et franchi un certain cap, ça bloque. Il n’existe pas de recette miracle, mais comprendre les rouages de l’improvisation et de l’organisation peut aider à découvrir sa façon à soi de fonctionner.

    L’ivresse de l’improvisation

    Improviser, c’est ne se donner aucune contrainte, lâcher la bride de son imagination, aligner les mots sans anticiper la suite. Qui n’a pas déjà ressenti cet état de transe au moins une fois en écriture ? On est totalement emporté par le récit, les personnages prennent leur autonomie, on est le spectateur ébloui d’une histoire qui s’écrit d’elle-même. L’auteur devient son propre lecteur, il assiste au récit en vrai spectateur, ses doigts bougent tout seuls tandis que ses yeux s’écarquillent de surprise et d’émerveillement.

    Cette expérience indicible et bouleversante, c’est elle qui provoque l’étincelle, le déclic, la passion de l’écriture. Celui qui l’a vécue cherchera alors à la revivre à nouveau, encore et encore. L’improvisation joue donc un rôle primordial dans l’acte d’écriture : elle désinhibe, donne de l’élan et entretient le feu sacré. Un auteur peut avoir besoin de ça pour garder goût à la plume.

    Mais attention, ce plaisir-là suffit-il à écrire un bon roman ?

    Cheveux sur la soupe et lieux communs

    Si l’improvisation se prête plutôt bien à certains genres – le journal intime, l’envolée philosophique, la poésie – elle est piégeuse avec le roman. À moins que vous ne soyez capable, tel le chaton-garou, de retomber habilement sur vos pattes, improviser à tout va peut finir par vous jouer des tours.

    Quand on improvise, on ne prévoit rien à l’avance (ou si peu) et ça peut donner lieu à des dérives. Les rencontres les plus improbables sont presque toujours le fruit du hasard. Le rythme de la narration est trop poussif ou trop hâtif. Les personnages se répètent ou se contredisent. Les énigmes sont résolues par un concours de circonstances parfaitement invraisemblable. Beaucoup de petits détails, que vous aviez mis là parce que ça faisait bien, ne seront finalement jamais exploités.

    À force de tirer votre narration par les cheveux, vous allez soit vous décourager, soit décourager le lecteur.

    Un autre piège qui vous pend au nez, c’est de plonger tête baissée dans les clichés. Votre récit fantastique aura son lot de prophéties faciles, d’élus tombés du ciel et d’aides providentielles. Votre romance traversera tous les passages obligés du genre – coup de foudre, quiproquos, jalousie, trahison, réconciliation, malentendus – de façon complètement convenue. Votre polar… non, un bon conseil, évitez vraiment d’improviser avec les polars.

    Alors, un plan ?

    Certains auteurs de Plume d’Argent ont un avis suffisamment tranché sur la question pour avoir fondé la ligue « anti-plan ». C’est une position qui peut se comprendre. Si l’on sait déjà ce qui va se produire, si les personnages ne sont plus capables de nous surprendre, si tout est joué d’avance, alors où est la magie de l’écriture ?

    Mais avant toute chose, qu’est-ce qu’on entend par « plan » ? C’est un travail préalable à l’écriture où on construit l’ossature de l’histoire : la scène d’ouverture, la mise en place des éléments, les grandes étapes du récit, le dénouement.

    Formulé ainsi, ça a l’air simple, mais il faut garder à l’esprit qu’une histoire, c’est un véritable microcosme. Que l’intrigue se déroule dans notre réalité ou non, il faut veiller à avoir une bonne maîtrise de son monde, même si ça ne se remarque pas à la lecture. Le contexte social, familial, politique, géographique, économique, culturel, religieux a son importance : ça implique de faire des recherches, de se documenter, de cogiter.

    De plus, comme vos personnages ne sont pas des monolithes, ils vont évoluer au fil des événements. Vous avez autant de fils narratifs possibles que vous avez de personnages ! Ces fils interfèrent les uns avec les autres, créent des nœuds, se défont, se retrouvent, se cassent. Chaque protagoniste répond à une logique qui lui est propre et ses actions auront toujours des conséquences sur lui et sur les autres, fussent-elles minimes. Là, des fiches pourront être très précieuses pour développer votre galerie de personnages : leurs caractéristiques, leur passé, leur philosophie de la vie, mais aussi leurs petites manies et leurs hobbies.

    Organisation : à chacun sa méthode

    Faire un plan et s’y tenir, ça exige des efforts, de la discipline et de la persévérance. Ne dit-on pas d’ailleurs qu’écrire, c’est 10% d’inspiration pour 90% de transpiration ?

    Ceci dit, pourquoi ne pourrait-on pas briser l’image rébarbative du plan ? Si vous êtes un peu geek, essayez les logiciels organisateurs (KeyNote et yWriter sont gratuits) : vous pouvez copier-coller facilement, intégrer des images, des photos, des liens internet… Si l’informatique vous inhibe, au contraire, un tiroir et du bon vieux papier feront aussi bien l’affaire. Notez vos idées, faites des pâtés dans la chronologie de votre trame, collez des post-it partout et concoctez un album photo des personnages. On peut s’organiser tout en restant un minimum désordonné… en vérité, que serait un artiste sans son chaos ?

    Enfin, quoi qu’il arrive, n’oubliez pas de vous aménager une marge de liberté. Ne vous enfermez pas dans un canevas trop précis, faites de la place aux autres possibles. Votre héros doit aller d’un point A à un point B du récit, rencontrer tel personnage ? Il peut le faire de cent façons différentes ! N’y pensez pas trop à l’avance et le moment venu… improvisez. Et si vos personnages désobéissent et ne font pas ce qui était prévu dans le script, réadaptez le plan en conséquence.

    Vous verrez alors votre travail récompensé par de purs instants de grâce.



  • Merci @Cricri, tes explications sont limpides, joyeuses, inspirantes. Bravo!


  • Administratrice

    Muh, merci @respoumpi ! Ah ah, à chaque fois que je relis mes vieux articles, je me trouve trop affirmative, j’en suis presque gênée. Mais ça me fait plaisir de savoir que ça a pu t’aider :slight_smile:


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