Un imaginaire réaliste ? #Plume&Astuce


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    Un imaginaire réaliste ?

    23 décembre 2011 par Cricri et Shaoran

    Voici plusieurs numéros que je vous prodigue quelques conseils d’écriture sur la base de mon expérience personnelle. Vous conviendrez avec moi que je ne suis pas parole d’évangile. Pour élargir mon champ de vision, j’ai décidé de faire appel au savoir-faire d’autres plumes. Joignez-vous à moi pour remercier Shaoran qui a apporté sa généreuse contribution à cet article !

    Nous sommes nombreux sur Plume d’Argent à écrire de la SFFF*. Shaoran et moi nous sommes retrouvées autour d’une tasse de Nesquik bien chaude, nous nous sommes enroulées dans nos écharpes et nous nous sommes interrogées – tout en claquant des dents – sur la façon de rendre un univers « vrai ». Ce n’est pas parce qu’il est fictif qu’il ne répond pas à des lois et à des principes. Je l’ai déjà évoqué dans le dernier numéro : le contexte social, politique, géographique, historique, économique, culturel a son importance. Vous êtes le créateur d’un nouveau monde, ne vous contentez pas d’un décor en carton pâte.

    Une affaire de dosage

    La mise sur pied de votre background dépend déjà de la longueur de votre projet d’écriture. Selon qu’il s’agit d’une nouvelle, d’un petit roman ou d’une saga en plusieurs tomes, vous n’aurez pas à vous investir de la même façon. Plus vous visez le long terme, plus vous aurez à vous soucier des multiples petits rouages qui maintiennent la mécanique de votre monde en place.

    Doser les détails, c’est aussi les placer au bon moment et au bon endroit. Vous n’êtes pas impérativement tenus d’introduire votre monde avant d’introduire vos personnages : évitez les amorces historiques ou les descriptifs géographiques à rallonge. Une histoire commence dès la première ligne. Le background doit se dessiner au fur et à mesure que l’intrigue se déroule, par petites touches, pour éviter de perdre votre lecteur en route.

    Faune et flore : soyez inventifs

    Dans les récits de SFFF, chaque planète possède ses spécificités. Le monde cubique de la Septième Face de Sej en est un excellent exemple !

    Prenez le temps de vous poser certaines questions. Les lois physiques de votre monde seront-elles forcément les mêmes que celles du nôtre ? Les océans et les forêts y occupent-ils la même place ? Les animaux y ont-ils subi la même évolution ? Le Père Noël y existe-t-il ?

    Si vous êtes du genre créatif, c’est le moment ou jamais, tant que vous restez cohérents. Votre monde pourrait avoir pour paysages une nuit rouge sang, des déserts de diamants ou une mer-brouillard…

    En matière de bestiaire, faites-vous plaisir, mais adaptez-le à l’environnement. Après, si vos dragons crachent de l’eau moussante ou si vos vermisseaux font de la philosophique, pourquoi pas ? Quel que soit votre choix, créez vos propres créatures plutôt que de faire de la récupération : laissez ses castors parlants à Narnia et ses oliphants à Tolkien.

    Il était une fois l’Homme

    Une planète est née, reste à la peupler. Quels seront vos autochtones ? Les feriez-vous à votre image ou verriez-vous d’autres espèces pensantes ? Quel serait leur mode de vie ?

    Aucune de ces questions n’est anodine. Si vos « hommes » ont certaines caractéristiques, c’est souvent lié à un environnement donné. S’ils habitent sous terre, ils seront peut-être myopes comme des taupes. S’ils vivent dans les arbres, ils auront des queues pour conserver leur équilibre. S’ils sont amphibiens, leur langage sera différent du nôtre (puisque nos modulons des sons par la vibration de l’air).

    Là encore, ne vous limitez pas aux archétypes existants. Il n’y a pas que des méchants Orques, des Nains rouspéteurs et de beaux Elfes éthérés en Fantasy. Par contre, n’oubliez pas papa Noël et monsieur Grinch : un monde ne peut décemment pas être crédible sans eux.

    Le système social est également un axe de réflexion essentiel. Vos personnages ne vont pas se comporter comme vous et moi si vous adoptez une vision féodale ou post-apocalyptique. Ce que vous jugeriez injuste maintenant et aujourd’hui ne le sera pas forcément pour eux. Ils auront leurs propres préjugés, leurs propres croyances, leurs propres intérêts, leurs propres valeurs, leur propre sensibilité.

    Vous écrivez sur un « ailleurs », vous devez donc penser « autrement ».

    Science et Culture

    Plus vous peaufinerez le fonctionnement de votre société, plus vous aurez la maîtrise de votre background.

    Nouveau monde, nouvelle science. Il n’y aura pas forcément de Galilée, de Vinci et d’Einstein pour apporter leur pierre à votre édifice technologique. Quelles sont les connaissances et les ignorances de vos autochtones ? Réfléchissez à vos sources d’énergie selon le degré d’avancement de votre industrie : bois, charbon, vapeur, électricité… Plus vous vous dirigez vers un univers futuriste, plus il sera profitable de vous pencher sur la question. Vous pouvez également inventer vos propres ressources : Pullman, l’auteur de la Croisée des mondes, a bien imaginé l’énergie ambarique !

    En Fantasy, la magie joue souvent un rôle central. Pour qu’elle ne devienne pas un claquement de doigts facile à la façon de Joséphine, ange gardien, rendez-la crédible : donnez-lui des lois, des principes, des théorèmes, des limites. Un exemple ? « Tout corps soumis à l’emprise magique d’un fluctus aérianus sera dégagé de sa contrainte gravitationnelle pendant un temps inversement proportionnel à sa durée d’exposition » (principe de la lévitation universelle énoncé par… Shaoran).

    Enfin, un monde imaginaire possède sa propre culture, sa propre religion, ses propres références, (ses propres cadeaux de Noël). Réfléchissez un instant sur le rapport qu’ont vos personnages avec la mort et les questions existentielles. Imaginez leurs légendes, leurs contes, leur mythologie, ce en quoi ils croient et ce en quoi ils ne croient pas.

    Sans aller à jusqu’à inventer une langue de A à Z (tout le monde n’a pas les connaissances philologiques de Tolkien), vous pouvez créer un champ lexical propre à telle ou telle civilisation. Dans l’univers de Bohème, de Mathieu Gaborit, les habitants vénèrent l’électricité : il en découle tout un lexique de mots relatifs à cette énergie et couplés à la religion. Immersion garantie !

    Notre bonne vieille réalité

    Pour conclure, Shaoran et moi ne saurions que trop vous conseiller de vous inspirer de notre monde pour rendre le vôtre crédible. Préhistoire, Antiquité, Moyen-âge, Révolution industrielle, Modernité, documentez-vous selon l’époque dont vous aimeriez vous inspirer. Ne vous cantonnez pas à une approche strictement occidentale : le folklore des autres continents est une source d’inspiration fabuleuse, un réservoir à idées inépuisable.

    Enfin, ne vous réfugiez pas dans le vu et le revu. Cassez les codes, osez votre recette de monde et petit papa Noël n’oubliera pas votre petit soulier.


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