Face à la critique #Plume&Astuce


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    Face à la critique

    22 janvier 2011

    Écrire ne consiste pas seulement à aligner des mots, faire jouer les sonorités, raconter une histoire, engendrer un monde, donner vie à des personnages. Ça, ce n’est que le recto de l’écriture. Au verso, il y a vos lecteurs. C’est ici que tout échappe à votre contrôle : votre œuvre ne vous appartient déjà plus, elle est entre les mains des autres, livrée à un faisceau de regards connus et inconnus, soupesée, jugée, disséquée, comprise… ou pas.

    On écrit pour être lu

    C’est enfoncer une porte ouverte de le dire, mais le fait est que chaque auteur, amateur ou professionnel, écrit en vue d’un lectorat potentiel. Alors bien sûr qu’on voudrait plaire à tout le monde, combler les attentes de chacun, mais autant se faire à l’idée : c’est impossible. Personne ne fait l’unanimité. Tôt ou tard, on se prend des claques et ça fait mal.

    Alors, comment gérer la critique ?

    Une question de personnalité ?

    Nous ne sommes pas tous égaux face à la critique. Il y a des auteurs qui encaissent très bien les attaques répétées quand d’autres remettent tout en question au premier mot de travers. Ce n’est pas forcément que les uns pèchent par excès d’orgueil et les autres par manque de confiance en eux. Paradoxalement, c’est parfois l’inverse ! Plus on a une haute estime de son roman, plus on est susceptible face aux critiques.

    Et puis il y a évidemment le lien qui rattache un auteur à son œuvre. Plus il est affectif, plus il est fusionnel, plus douloureuse est la remise en cause. Critiquer votre roman revient alors à vous critiquer vous-même, en tant que personne. Vous vous sentez mal aimé, incompris, nul, ce qui n’est évidemment pas objectif. Les auteurs qui mettent suffisamment de distance entre leur œuvre et eux ne le vivent pas du tout de la même façon.

    Apprendre à gérer la critique, c’est finalement apprendre à gérer ses propres émotions : ça peut exiger un vrai travail sur soi.

    Raison et sentiments

    Neuf lecteurs ont été emballés par votre roman ; un ne l’a pas aimé. Vous allez bien sûr ne vous focaliser que sur ce dernier ! C’est irrationnel : les statistiques voudraient que le positif l’emporte largement sur le négatif dans votre esprit. Mais voilà, c’est humain, on ne voit que ce qui ne va pas, quitte à occulter tout le reste.

    Tant que vos émotions dominent votre bon sens, accordez-vous un temps de « digestion ». Si vous êtes en mesure de répondre au détracteur, évitez de réagir à chaud. Changez-vous les idées, laissez couler, dormez, sortez. Quand vous reviendrez plus tard sur cette critique, elle n’aura plus la même résonance en vous et vous pourrez la reconsidérer avec du recul.

    Faire la part des choses

    Une critique n’est pas parole d’évangile : elle est subjective, dépend de la sensibilité de chacun, est imprégnée d’humeurs qui n’ont parfois aucun rapport avec votre histoire. Concentrez-vous déjà sur le public que vous visez. Quelqu’un qui n’aime lire que de la SF peut ne pas être emballé par une romance médiévale : il n’y a rien de fondamentalement vexant à cela, n’est-ce pas ?

    Face à une critique négative, vous devez apprendre à distinguer ce qui est fondé de ce qui ne l’est pas. Il y a autant de critiques différentes qu’il y a de lecteurs. Entre les hyperintellectuels qui pinaillent sur des détails insignifiants et les hyperémotifs qui montrent les dents dès que vous décevez leurs attentes, il faut prendre l’opinion des autres avec des baguettes. Vous pouvez aussi vous retrouver avec des retours complètement contradictoires !

    Faites preuve d’esprit critique.

    Rebondir

    Attention, il ne s’agit pas non plus rejeter en bloc les critiques négatives ! Certaines sont tout à fait constructives, il serait regrettable de passer à côté.

    On vous fait remarquer que vos personnages sont trop clichés ? Que votre style est trop ampoulé ? Que certaines situations manquent de vraisemblance ? Eh bien, c’est peut-être vrai ! Ce sont ces commentaires-là qui vous aident à progresser, qui mettent le doigt sur vos points faibles, qui vous ouvrent les yeux sur vos erreurs.

    Admettre qu’une critique est méritée (quand elle l’est vraiment, bien sûr), c’est un premier pas en avant. Servez-vous-en pour retravailler votre texte. Vous aviez peut-être besoin de ce déclic pour permettre à votre écriture de mûrir…

    La critique positive génère aussi du stress

    Vous avez des retours très positifs sur votre roman et, curieusement, la critique vous angoisse toujours autant ? Ça peut paraître bizarre, mais un auteur qui rencontre un succès bien au-delà de ses attentes est aussi soumis à une certaine forme de stress. C’est formidablement grisant, c’est infiniment valorisant, mais la pression subie en est d’autant plus forte. Les lecteurs qu’on a su séduire nous attendent désormais au tournant pour la suite : pas question de décevoir leurs attentes, et elles sont parfois énormes !

    À la base, vous écrivez aussi pour vous : ce plaisir-là, ne le perdez pas de vue. Être à l’écoute de son public, c’est bien, mais restez fidèle à vos propres envies. Si vous vous sentez dominé par la pression, isolez-vous le temps nécessaire. Faites-vous un nid de plumes, laissez-vous aller à vos rêveries, puis posez des mots dessus.

    Et surtout, n’oubliez jamais que vous êtes un être humain, que vous êtes faillible, et que vous avez le droit de ne pas être parfait.


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