Réussir son méchant #Plume&Astuce


  • Administratrice

    Réussir son méchant

    22 octobre 2009

    Comme beaucoup d’auteurs, lorsque vous vous lancez dans la rédaction d’une histoire, vous allez tôt ou tard vous confronter à la création d’un vrai bon méchant. Ce peut être l’incarnation du mal absolu dans votre nouveau roman fantasy, la rivale machiavélique qui met des bâtons dans les roues de votre romance ou encore le frère tant chéri qui n’a pas bien tourné. Il peut prendre n’importe quel visage, mais il y a toujours quelque part un antagoniste qui ne demande qu’à se faufiler entre vos lignes pour corser un peu l’intrigue et éprouver votre « héros ».

    La question se pose alors à vous : comment réussir votre méchant ? La tentation est forte de le rendre parfaitement antipathique pour mieux faire ressortir les qualités et les valeurs incarnées par votre personnage principal. Rien de tel qu’un être malveillant, sarcastique, ambitieux, égocentrique, immoral et, tant qu’à faire, puissant pour faire remonter la cote d’un héros. Vous avez là le méchant de base.

    Cette vision manichéenne, héritée des dessins animés qui ont bercé notre enfance, gagnerait toutefois à être dépassée. Et si votre méchant était un personnage plus trouble que cela ? Vous pourriez, par exemple, faire coexister en lui deux facettes inattendues : l’une d’elles viendrait adoucir l’autre ou apporter un éclairage nouveau sur ses motivations. Penchez-vous un instant sur ce méchant, essayez de comprendre ce qui l’a amené à en arriver là, son drame intime. Vous pouvez aussi le montrer tantôt abject, tantôt généreux, tantôt cruel, tantôt chevaleresque. N’hésitez pas à jouer sur les contrastes !

    Par ailleurs, n’oubliez pas non plus qu’une évolution est toujours envisageable. Pourquoi un méchant devrait-il être condamné à manigancer contre vos personnages principaux tout au long de l’intrigue ? Certains événements, certaines rencontres peuvent l’amener à douter et à changer de comportement, touche par touche, au point même de le rendre plus attachant aux yeux de votre lectorat. Parvenir à transformer ce méchant que tout le monde déteste au début en un personnage sinon sympathique, du moins plus nuancé, ce peut être un joli défi à relever !

    Un autre aspect qu’il vous faudra étudier -à l’instar de tous les autres personnages d’ailleurs- est le comportement à insuffler à votre méchant : sa façon de s’exprimer et d’agir. Par exemple, un méchant qui parle d’une voix très douce et qui ne perd jamais son sang-froid peut avoir beaucoup plus d’impact qu’un fou furieux qui postillonne et gesticule. Le méchant que vous prenez trop de plaisir à ridiculiser court le risque d’être un méchant raté. Le sarcasme peut produire un bel effet aussi, à condition d’être manié avec prudence. En effet, un méchant qui lance des piques par gargarisme, pour le plaisir de s’écouter, quand il ne tombe pas dans la vulgarité pure et simple, peut lasser. Si vous voulez conférer un certain charisme à votre méchant, donnez-lui les moyens de toucher là où ça fait mal d’un seul trait, tout en finesse, sans gaspiller sa salive.

    Un méchant réussi, somme toute, c’est un méchant qui parvient à surprendre votre lecteur. De même que votre héros devrait toujours porter en lui des zones d’ombre, votre méchant doit avoir sa part de lumière. En un mot comme en cent : humanisez-le.

    Le saviez-vous ?

    Nos belles histoires de Plume d’Argent présentent elles aussi une fameuse galerie de méchants très réussis. On songera par exemple à l’envoûtant Lucian dans Valériane de Moonchilds : à la fois calculateur et fascinant, froid et passionné, nous avons là un personnage dont on ne sait s’il est charmant ou détestable ; bref, un méchant de toute beauté. On pourra citer aussi Tom Winor dans SWAN de diabolica diaphana, un méchant ambigu et tragique qui présente la particularité d’être à la fois l’antagoniste et l’être désiré. Enfin, que penser du mystérieux assassin du 409 de Xay ? Voilà un méchant tout ce qui a de plus sanglant et soigneusement conservé dans l’anonymat, ce genre de personnage qui est dans l’intrigue tout en étant absent, dont on comprend qu’il est l’un des personnages présentés, sauf qu’on ignore lequel. Effet garanti : un véritable climat de psychose s’installe et le lecteur est aussi stressé que les héros !


  • Plume d'Argent

    Intéressant cet article. Je le pose cependant une question : est-il nécessaire d’avoir un “méchant” dans une histoire (parlons de sfff) ? Je voudrais soulever que le méchant est régulièrement un groupe (gouvernement, secte, …) parfois difficilement humanisable par conséquent.


  • Plume d'Argent

    @Olek normalement, même dans le cas d’une organisation il y a un méchant “charnel” que ce soit le chef ou un subordonné directement en contacte avec le héros. Mais je pense comme toi, un roman n’a pas forcément besoin de méchant, mais c’est difficile de faire progresser une histoire sans.


  • Plume d'Argent

    Ce post tombe à point nommé, je suis pas forcément hyper douée pour mon personnage de méchant…:thinking:
    C’est le personnage le plus dur à construire, je trouve, parce que tellement de choses dépendent de lui. Arriver à l’imbriquer efficacement dans la vie du héros, lui donner des raisons suffisantes pour faire ce qu’il fait, c’est parfois laborieux pour que ça reste cohérent.


  • Administratrice

    Hello !

    Si jamais ça peut être utile, nous avions un peu plus creusé la question de l’antagoniste ici :

    L’antagoniste est un personnage au moins aussi important que le héros. Il va jouer un vrai rôle de miroir face auquel votre personnage apprend qui il est vraiment face à l’adversité. Il peut révéler chez lui ses forces (la bonté, le courage, la détermination) comme il peut exacerber ses faiblesses (l’égoïsme, la lâcheté, l’obstination), ou les deux à la fois.

    L’antagoniste est celui qui va créer la plus grande force d’opposition de l’histoire, celui qui va empêcher votre personnage d’assouvir son désir. Et plus la force d’opposition est forte, plus le récit gagne en intensité.

    On se le représente souvent sous les traits du grand méchant sans scrupule qui veut dominer le monde, mais il peut être aussi une catastrophe naturelle, un système politique, un rival sportif, un être aimé, voire une facette à part entière du héros. L’antagoniste peut aussi être un personnage caché dont l’identité et la motivation ne sont révélées qu’à la fin, comme dans les romans policiers.

    Quoi qu’il en soit, s’il s’agit d’un personnage, connaître ses motivations (conscientes et inconscientes) en fonction de celles du héros sera déterminant pour l’écriture de toute votre histoire. Et si l’antagoniste n’est pas un personnage, il n’en est pas moins intéressant de voir le conflit qu’il créera à l’extérieur et à l’intérieur de votre héros.

    Je ne crois pas qu’une histoire ait besoin d’un méchant. En revanche, la notion de “force d’opposition” est importante car c’est elle qui génère le fil de tension et l’enjeu dramatique ^^


  • Plume d'Argent

    Merciiii @Cricri , ma pause déjeuner sera constructive !


  • Plume d'Argent

    @Cricri J’aime bien cette notion de force d’opposition!

    Un truc qui m’a aidée à construire mon méchant, c’est d’essayer d’articuler un raisonnement moral derrière ses actions. Dans la vie réelle, chaque individu se réfère à un ensemble de normes et de principes dans sa prise de décision, avec souvent la conviction de mener la meilleure vie possible étant donnée la situation dans laquelle il/elle se trouve. Parfois, il/elle ajustera même ses valeurs afin d’être toujours en phase avec ses actions (pour éviter ce qu’on appelle la dissonance cognitive). Le méchant est pareil - à moins d’être fou, il a toujours une raison de faire ce qu’il fait, et une raison qui lui semble valable à ses yeux.

    Un exemple, avec un anti-héros ici: en raison de l’éducation qu’il a reçue de son père, Artemis Fowl place la possession et l’accumulation de l’or comme une valeur suprême. A partir de là, voler l’or des fées lui semble parfaitement moral (dans sa vision bien à lui de la moralité).


  • Plume d'Argent

    @Zénodote je plussoie, mais j’ajouterai que même les fous ont une logique qui leur est propre. Pour ce qui est de la moral, généralement pour les “méchants” le curseur du bien et du mal est placé différemment, Et beaucoup ne reculent devant rien pour accomplir leur objectif, quitte à faire passer toutes leurs actions à leurs yeux comme bonnes.
    Et Zeno je valide cet exemple :grin:


  • Plume d'Argent

    Je relance ce topic car j’ai un léger souci sur mon personnage d’antagoniste. Admines, n’hésitez pas à déplacer le sujet s’il n’est pas tout à fait à sa place, car voilà, mon personnage est prêt, ses manières, ses motivations, son tempérament,
    MAIS

    Comment réussir sa confrontation finale avec le méchant?

    Je n’ai pas très envie de tomber dans le cliché du mec qui se met à table trop facilement. Ca n’a pas trop de sens, dans la vraie vie.
    En soi, ça pourrait marcher dans mon cas, il a une très haute estime de lui-même et n’hésiterait pas à fanfaronner un peu puisqu’il est persuadé qu’il va gagner, mais tout de même, ça fait classique.

    J’ai pensé aussi à en jouer, à lui faire dire une phrase du style “C’est le moment où tu viens me demander des comptes?” mais bon, ce sera ma dernière option, je pense, parce que ça sent le réchauffé aussi.

    Je me retrouve coincée en fait :confused: J’ai des choses très importantes à amener via ce perso, mais je bloque sur la forme.
    Comment avez-vous négocié ce virage? Est-ce que vous avez trouvé une parade qui vous convienne tout à fait? Bref, quel a été votre ressenti à ce stade-là de votre récit?


  • Plume d'Argent

    Personnellement, en général, j’essaie de dévoiler les infos importantes du méchant avant la confrontation finale, par des moyens détournés, d’autres points de vues, une conversation écoutée en douce… Parce qu’en effet, ça fait très film de James Bond sinon :/

    Ya pas moyen de faire ces révélations avant ?


  • Plume d'Argent

    @Flammy Tout ce que je pouvais caser avant, je l’ai fait.
    Là, il s’agit d’une confirmation, en fait, et de savoir comment il s’y est pris - ça, il n’y a que lui qui peut répondre - et il va donner des infos en plus, des trucs qui n’ont été deviné de personne.

    En fait, il faut que je case trois grands trucs:
    -Oui c’est moi
    -Je ressentais ça, alors j’ai fait ça
    -Et en plus, j’ai aussi fait ça.


  • Plume d'Argent

    Pour le comment, ya pas un homme de main qui peut cracher le morceau avant ? Est-ce que c’est vraiment important d’avoir tout le plan ? Est-ce que laisser une part d’ombre/de doutes ne peut pas être intéressant ? Est-ce que le héros ne peut pas le torturer pour avoir ses réponses ?


  • Plume d'Argent

    Je pense que c’est important de vraiment cerner les motivations de l’antagoniste, qui sont très basées sur des côtés à la fois émotionnels et pratiques. Il va être obligé de raconter un peu son histoire quand même (un peu) Je peux laisser quelques zones d’ombre, mais pas trop non plus, il faut que mon perso reparte avec ses réponses quand même.
    Non, on torture pas XD

    À voir au fil de la réflexion, mais je pense que pour le moment, le mieux, c’est de le laisser fanfaronner car il est sûr de gagner à la fin ET il pense que personne ne peut rien prouver. C’est quelqu’un de très vaniteux et manipulateur, il prendra beaucoup de plaisir à expliquer tout son truc en savourant le fait que ses interlocuteurs ne peuvent rien faire contre lui - c’est ce qu’il pense.
    En jouant sur les dialogues, le langage non-verbal, le ton, y’a ptet moyen de faire un truc décent…


  • Administratrice

    @Mary : et de temporairement renverser la perspective du récit et adopter son point de vue narratif pour qu’il se raconte de l’intérieur ?


  • Plume d'Argent

    :O Sujet qui m’intéresse beaucoup et que je vais suivre.
    J’aime les bons méchants, ceux qui finalement, ne le sont pas vraiment. Juste une personne à qui il est arrivé des choses horribles et qui, à un moment donné, a pris de mauvaises décisions, mais pour des raisons qu’il croit bonnes.

    J’ai fais un gentil du gros méchant de mon premier livre, et je vais maintenant me retrouver face une mission de taille : humaniser mes monstres des deux livres suivants. ^^


  • Plume d'Argent

    @Cricri Rien que pour l’exercice de style j’ai envie d’essayer ! :slight_smile: Le truc c’est que je suis en POV 3ème personne avec mon perso principal. J’ai peur que ça crée une grosse rupture dans la narration, mais je vais tenter le coup sur un ou deux passages voir ce que ça pourrait rendre.

    @LionneBlanche Moi aussi, y’a un des perso mauvais que j’ai entièrement refait dans la nouvelle version, mais bon, j’ai quand même un bon gros vilain :laughing: néanmoins, ses défauts sont des défauts humains (j’espère que c’est ce que j’ai réussi à rendre) il n’est pas méchant juste pour être méchant, même si c’est un véritable co****d. Il avait ses raisons, qui pour lui étaient bonnes, et une certaine tournure d’esprit (l’éducation, estime de soi etc) qui lui a permis de croire que oui, il pouvait faire ce qu’il a fait.



  • @Mary Et si tu changes de chapitre pour marquer justement la rupture ? Tu pourrais utiliser une police différente sur ce chapitre pour bien différencier ce passage du reste ?


  • Plume d'Argent

    @Litchie Le changement de chapitre était déjà prévu. Je pense que je vais essayer ce soir de voir ce que ça pourrait donner, ça peut vraiment être intéressant je pense. Surtout ça préciserai sa pensée, et ça éviterai que je me répète pendant que mes persos l’accusent. Je pourrais passer là-dessus et me concentrer sur son monologue intérieur :thinking:
    Ça pourrait ptet pas courir sur tout le chapitre, mais ça pourrait marcher.


  • Plume d'Argent

    @mary J’ai des vilains aussi ;) mais après, de ce que tu sembles dire, leur passé, les évenements de leur vie les ont poussés à devenir vilain. Ils ne sont pas juste vilains ‘‘parce que’’, et je trouve que c’est un super point :)


  • Plume d'Argent

    @LionneBlanche :smile: C’est ça. Il a fait une erreur, et il a définitivement franchi la ligne pour se couvrir.


Log in to reply
 

Looks like your connection to Forum Plume d'Argent was lost, please wait while we try to reconnect.