Ecrire et féminisme



  • @liné a dit dans Ecrire et féminisme :

    Il y a trois jours encore, je parlais d’un spectacle féministe (Chattologie de Klaire fait grrr, pour ceux qui connaissent). Un mec de 21 ans m’a demandé si j’étais féministe et a exprimé son inquiétude : “ça veut dire que tu veux dominer les hommes ?”. Je lui ai (trop sèchement, j’avoue) répliqué que, si j’avais été noir(e) et que je me réclamais militant(e) anti-raciste, il n’aurait jamais songé à me demander si j’œuvrais à la suprématie des Noirs sur les Blancs… (je l’ai pris au dépourvu, il n’a pas su répondre).

    Oh lalala… il reste encore tellement à faire… ça fait du bien de te lire, je me retrouve à plusieurs reprises dans ton témoignage <3 (oui, je sais ça n’apporte pas plus à la semoule mais ça fait du bien de l’écrire aussi )



  • Je suis pour les photos ^w^/
    Et je comprends ta frustration x.x moi aussi ça m’épuise… du coup j’arrête d’en parler, je le fais. Mais c’est épuisant aussi. °lui offre du thé et chamallow pour remonter le moral èoé°
    J’ai bien ris à ta remarque au jeune homme, qui est une comparaison tout à fait pertinente ^w^/ même si un peu brusque comme tu dis.
    C’est clair que la plupart du temps, il y a un tel climat de “rejet”… ceci dit je râle beaucoup, mais j’ai aussi des perles régulière à la boutique (ouf !) comme un petit garçon qui prend “Bergère Guerrière !” et qui sort “interdire à un garçon d’être une bergère guerrière c’est aussi bête que de dire à une fille qu’elle peut pas être chevalier èoé” (qui est ma préférée de tous les temps =D )

    Pour l’Académie française, j’ai toujours un léger grincement de dents à ce sujet depuis mes cours sur la langue française… je ne suis pas sûre qu’il y ai un masculinisation de la langue, mais plutôt raccourcit pour compenser l’absence du neutre présent jusque là dans le Latin, qui était la langue des lettres et des sciences. Comme je disais plus haut, la règle “le masculin l’emporte sur le féminin” a été abrogée y’a un petit moment (heureusement ^^) mais il me semble qu’à l’origine, c’était simplement pour créer une règle de grammaire et d’accords là où la langue française, avant l’Académie, n’en avait pas. Mais je dis peut-être des bêtises c’est @Fannie l’experte dans le domaine ^w^
    Par exemple doctoresse, poétesse, écrivaine, docteure, artisane, auteure, professeure, maçonne, sont des mots que j’utilise souvent et qui sont encore dans le dictionnaire du coup j’avoue être un poil dans le flou xD

    Bon après, il est clair que malheureusement, l’Académie était à l’époque composée d’hommes uniquement :/ merci la Renaissance et la fin du 14e siècle.



  • J’ajoute mon grain de sel pour dire que l’égalité dans les deux sens me tient aussi beaucoup à coeur, je suis très sensible aux textes/vidéos/autres qui essaient de déconstruire les clichés du type “men will be men” ou “sois un homme mon fils” (comme dernièrement une pub américaine pour un déo ou un rasoir, je crois ? J’ai plus la référence, faut que je fasse des recherches).
    Mon mari a les cheveux longs (et une barbe) et adore se faire des coiffures considérées comme “féminines” (couettes, demi-queue tressée, tresse torsadée, chignon bun…), et malheureusement en se baladant dans la rue nous avons déjà subi quelques agressions verbales pas très très agréables à vivre. Il apprécie aussi jouer les transformistes à l’occasion, mais voilà, à l’heure actuelle il doit se contenter des scènes théâtrales, parce que si les gens s’offusquent pour une simple coupe de cheveux, j’imagine même pas leur réaction si on mettait tous les deux notre plus belle robe du dimanche pour se promener… Bref, il y a encore du boulot dans notre société (et j’ai l’impression qu’en France, on n’est pas les mieux lotis sur le sujet…).


  • Plume d'Argent

    Je ne suis pas aussi cultivée que vous sur le féminisme mais je ne peux pas m’empêcher d’apporter mes cailloux à la montagne du débat:

    • Je partage beaucoup l’idée d’une valorisation de la neutralité que Vava met en avant. Ces histoires de genre féminin/masculin, je commence à trouver ça dépassé. J’aimerais bien qu’on enlève la notion de genre et qu’on conserve dans la notion de sexe que ce qu’elle a de médicalement ou physiquement intéressant. Je trouve qu’en recourant sans cesse à l’idée de genre et en essayant de mettre en avant ses implications sociologiques, on conforte son existence, alors que dans une société égalitaire idéale, il ne devrait pas y avoir de genres différents… Vous me suivez? L’identité sexuelle ne permet d’expliquer qu’une partie infime des différences entre les individus. J’ai l’impression qu’on insiste trop dessus, que ça crée des angoisses du style: suis-je vraiment un homme/une femme? qui n’ont pas lieu d’être, dans le fond.

    • Pour la PM, je suis aussi d’accord avec Vava, à mes yeux ce n’est pas un ouvrage féministe, même s’il peut susciter plein de questions à ce sujet. J’avoue avoir souvent eu envie de secouer Ophélie et de lui dire de tracer un peu sa route à elle, au lieu de suivre Thorn :p Ceci dit, j’ai beaucoup aimé le tour que prend sa relation avec Thorn à la fin du tome 3.

    • Tous ces débats me font angoisser sur mon propre rapport au féminisme littéraire XD c’est un sujet que j’ai essayé de traiter dans mon roman, mais j’ai peur de l’avoir abordé trop lourdement sur certains points, et pas assez sur d’autres… Trop versé dans le tell et pas assez dans le show, en somme.



  • @Keina c’était un rasoir et oui elle était forte (preuve que l’antisexisme devient marketing comme mettre des femmes qui ne se rasent pas les jambes côté shoes devient déclencheur d’un mouvement derrière le coup marketing …) .
    C’est dingue qu’encore aujourd’hui on se retrouve livré aux brimades parce que l’on est homme et que l’on porte les cheveux longs (attachés etc) :( ici c’est mon fils qui prend régulièrement des brimades depuis qu’il a 3 ans parce qu’il aime jouer avec les filles, qu’il a des attitudes classées par certains adultes et enfants comme féminines, qu’ il est trop sensible pour certains ou qu’il adorait se déguiser en fée ou princesse…ce que j’ai trouvé grave, c’est de devoir entendre des adultes dire qu’il serait gay plus tard sur le ton de la brimade de la moquerie…mais qu’est ce qu’ils en ont à f**tre de la future vie sexuelle de mon tit loup, comme si c’était grave, une tare que d’être gay! (il y en a vraiment, on a droit à tout…et au pire surtout)

    Comme quoi il y a tout un travail à accomplir dans les films, séries, livres, dans les écoles, lycées collèges dans les médias etc concernant l’anti sexisme et l’égalité.

    Après en soit, pour parler écriture, c’est parfois difficile de casser ces stéréotypes, notamment dans les albums jeunesse où l’on peut aisément tomber dans les clichés sans s’en rendre compte, c’est un exercice délicat, notamment concernant la neutralité abordée ici et qui commence à prendre place dans les lignes éditoriales…je ne retrouve plus l’article (lu cette fois) sur le sujet mais il y a avait des témoignages d’auteur-e-s et d’illustrat-eur-rice-s qui le démontrait particulièrement bien. C’est délicat, mais c’est à faire et finalement c’est aussi un travail sur nous mêmes et l’éducation que l’on a reçu ou que l’on véhicule inconsciemment quand bien même on dispose d’un esprit ouvert. Je dis ça pour les albums mais pour les romans ce n’est pas tout simple non plus (de plaire à tout le monde sachant que le féminisme ne se vit pas de la même façon selon si tu es engagé-e (différents degrés), adhérent-e, curieux-se en sachant qu’il y a divers courants également, de réussir à bien implanter sa réflexion sans tomber dans les clichés pour tenter d’apporter un tit caillou à l’édifice des luttes etc… )

    @Zénodote on est deux XD (pour le dernier point dont tu parles)

    Edit :

    J’ai retrouvé l’article littérature non genrée pour la jeunesse:
    https://www.ledevoir.com/lire/542544/litterature-non-genree-pour-faire-eclater-les-cliches?fbclid=IwAR1ANAXSxANoMl4kQ9Xgq0ng8eYUc4TuzODlKHpVf2p5awqR070tmXtPlIs

    et j’ajoute aussi cet article dont la conclusion est intéressante:
    https://revue.leslibraires.ca/articles/litterature-jeunesse/quand-la-transsexualite-s-invite-dans-les-romans-jeunesse
    "Comment saura-t-on que cette réalité est pleinement intégrée dans la littérature jeunesse? Peut-être, comme pour l’homosexualité, quand cette réalité sera celle d’un personnage, principal ou secondaire, mais pas le thème principal du livre, quand on ne sentira plus l’obligation de mettre l’accent sur le sujet et qu’on sortira des clichés dans lesquels on est encore généralement plongés, associant le rose et la douceur au féminin, le sport et le côté frondeur au masculin. Vite, brisons les moules!"


  • Plume d'Argent

    Bon. Après tout ce qui a été dit, je sens que je vais écrire un pavé.
    D’abord les questions (je ne joue pas bien le jeu, j’en conviens… text alternatif)
    Que pensez vous de cette vague féministe qui envahit les étagères de nos librairies?
    À vrai dire, je n’en ai pas conscience. Ce sont les discussions de ce forum qui m’ont appris son existence.
    Quelles sont les recettes pour un bon roman féministe?
    Je serais tentée de dire qu’il n’y a pas de recette. Si on applique une recette, il y a de fortes chances qu’on tombe dans les clichés.
    Et pour commencer, ce serait bien de définir ce qu’est un roman féministe.
    Politique et féminisme dans un roman ça te parle ?
    Non. Si j’écris un roman, je raconte simplement une histoire ; je ne milite pas, je ne tente pas de promouvoir une idée ou un système de valeurs. Si on veut transmettre des idées politiques, philosophiques, féministes ou autres, il vaut mieux écrire un essai.
    Freud et les femmes dans les romans ?
    J’ai été élevée par un père passionné de psychanalyse, qui se considérait comme féministe alors qu’à mes yeux, c’était un macho intellectuel. Il y a déjà bien longtemps que je me suis lassée des idées de Freud. Pour moi, le sujet est dépassé depuis belle lurette.
    Comment intégrer le féminisme dans une optique de sensibilisation ou d’éducation auprès d’un public jeune (ado enfant) ?
    Ce n’est pas mon truc. Je ne veux pas écrire de romans didactiques.
    Pour moi, le meilleur moyen d’intégrer les minorités, c’est de le faire comme dans la réalité. Il peut y avoir des personnages qui appartiennent à des minorités et, à part quelques imbéciles, les autres personnages trouvent ça normal.
    C’est quoi Ton féminisme au quotidien?
    Au quotidien, je n’y pense pas forcément et je ne milite pas.
    Tu vois ça de quel œil ?
    C’est paradoxal. D’un côté, tout est beaucoup plus genré aujourd’hui que lorsque que j’étais enfant (les jouets, par exemple) et d’un autre côté, il y a ce féminisme extrémiste qui tend vers une inversion des discriminations, et qui est franchement insensé, qui prend de plus en plus de place.
    On veut apprendre aux enfants à briser les stéréotypes à travers la littérature alors que depuis leur plus jeune âge, on donne des jouets roses et mauves aux filles (des Barbies, des poneys), des tricycles, des bicyclettes, des luges ou des patins, du linge de lit (quand ce ne sont pas carrément les meubles) en version princesse ou Barbie, alors que pour les garçons, ce sont les versions Batman et Spiderman. Il faudrait être un peu cohérent.
    pourquoi ne pas s’interroger sur le comment monter un binôme ou trio ou groupes de jeunes sur un pied égalitaire pour briser les stéréotypes sexistes?
    Pourquoi s’interroger sur des manières des briser des stéréotypes ? Ne peut-on pas tout simplement mettre en scène des groupes de jeunes qui fonctionnent sans stéréotypes sexistes ?

    Passons maintenant à la langue :
    Je suis pour l’égalité entre hommes et femmes, notamment au niveau des salaires et de l’accès aux postes à responsabilité.
    Mais je ne suis absolument pas d’accord de sacrifier la langue française sur l’autel du féminisme.
    Je suis totalement opposée à l’écriture inclusive (qui est illisible à l’oral) et j’en ai ras le bol de ces féminisations anarchiques et insensées, qui ne respectent pas la morphologie de la langue, parce qu’elles sont faites par des gens qui ne la maîtrisent pas.
    C’est vrai que dans ce domaine, l’Académie française ne nous aide pas ; elle est même conservatrice. Et malheureusement, son immobilisme est en partie responsable des féminisations anarchiques. Elle devrait les accompagner pour qu’elles se fassent dans le respect de la langue.
    Pour éviter de vous effrayer avec la longueur du pavé, je cache la suite dans un tiroir :

    J’en ai marre de voir partout des “auteures” alors que le féminin autrice, formé de façon régulière, existe depuis longtemps. Auteur et acteur ont la même origine : le latin auctor. On dit une actrice et pas une “acteure”. Alors qu’on m’explique la logique du féminin “auteure” ! (C’est une question rhétorique).
    Concernant la médecine pour une femme médecin, pourquoi pas ? Il me semble que ce féminin a existé, mais je ne l’ai pas trouvé dans le dictionnaire historique. Après tout, si une cuisinière peut tout aussi bien être un appareil électroménager qu’une femme qui fait la cuisine, pourquoi médecine ne pourrait-il pas désigner la science médicale aussi bien que la femme médecin ?
    Ce qu’il faut éviter absolument, c’est la médecin. On ne peut pas décréter que n’importe quel mot est dorénavant épicène et on ne peut pas non plus transgresser la règle de grammaire élémentaire qui veut que le déterminant et l’adjectif s’accordent en genre et en nombre avec le nom auquel ils se rapportent.
    Alors que chef peut être considéré comme épicène, on a inventé l’horrible cheffe, qui ne respecte pas la règle des dérivations. D’un autre côté, on voudrait des féminins comme la médecin ou la mannequin, alors qu’on pourrait dire la médecine et la mannequine. Je suis pour l’emploi des féminins comme la doctoresse, la poétesse, etc. et on pourrait même en former d’autres sur ce modèle comme la professoresse, la provisoresse, etc.
    Cela dit, pourquoi vouloir trouver un féminin à tout ? Un homme peut être une vedette (personne ne tente de promouvoir “un vedet”), alors pourquoi une femme ne pourrait pas simplement continuer à être un médecin ou un mannequin ?
    Il y a beaucoup de mots féminins qui désignent, ou peuvent désigner, des hommes : vedette, star, célébrité, personnalité, sommité, estafette, vigie, ordonnance, sentinelle, personne, victime, âme, créature, proie, etc. ou (péjoratifs) canaille, racaille, fripouille, crapule, etc. Personne ne cherche à les masculiniser. Quant au sage-homme, l’idée est absurde, puisque le mot sage-femme désigne une personne qui connaît les femmes et ce qui les concerne, et pas une femme qui a la connaissance. Sage-femme pourrait donc être épicène. C’est curieux que les personnes qui peuvent dire sans vergogne “une médecin” n’arrivent pas à dire “un sage-femme”…
    En s’attaquant à la grammaire et à langue en général , on se trompe de cible. Ce n’est pas la langue qu’il faut changer, ce sont les mentalités.
    Le féminin et le masculin grammaticaux n’ont rien à voir avec le genre des personnes, ni avec le féminisme ou le machisme.
    En hongrois, il n’y a pas de genres grammaticaux ; il y a un même pronom pour dire “il” ou “elle”, et il pourrait aussi bien s’appliquer au neutre. Est-ce que pour autant, la condition des femmes est meilleure en Hongrie ? Est-ce qu’on y est plus féministe, plus tolérant envers la communauté LGBT+ ? Il est clair que la réponse est non. Je vous suggère d’aller voir.
    Bon, je crois que je vais m’arrêter là.

    @Babouhw, le titre de ce fil “Ecrire et féminisme” me fait tiquer à chaque fois: un verbe et un nom reliés par une conjonction de coordination. “Écriture et féminisme” me semblerait plus logique.



  • Si vous avez des suggestions de livres/films/blogs/spectacles également, au fil des débats ça semble se perdre ? si ça vous dit pour pas que tout se perde dans le fil de discussion autour du féminisme et ses controverses, je vais les référencer dans le message d’ouverture du topic avec vos noms à côté, ça sera plus simple de s’y retrouver. ;-)

    @Fannie, merci pour ton retour et ton vécu (ta réponse sur Freud rejoint la mienne, même vécu, même type de personnage)

    justement, je me posais la question pour la définition de roman féministe… j’ai l’impression qu’il n’y en a pas vraiment d’ailleurs (et dans un sens tant mieux), si ce n’est la définition du féminisme en lui même tout en sachant qu’il y a différents mouvements sous le mouvement mère, il y a donc tout autant de pensées, de conceptions, de romans, d’écritures touchant aux combats contre les oppressions … il n’y a qu’à regarder les lectures faites ici qui sont loin d’êtres essentiellement des essais d’ailleurs (c’est un peu réducteur), certains diront qu’elles n’ont rien de féministes et pourtant il en est ressorti un message ou un ressenti féministe pour celles et ceux qui les auront dévorées.
    Si l’on devait donner une définition à ce qu’est le roman féministe, l’on partira de la définition du mouvement et de ses différentes structures à travers le monde: https://www.universalis.fr/encyclopedie/feminisme-les-theories/ (d’autres définitions ont été déposées ici… de la même façon, je peux tout à fait les référencer dans le haut du topic en citant la personne qui l’aura posée) , une question intéressante à distinguer du roman féminin/ chick lit (Les expressions « chick lit » ou « chick literature » sont utilisées depuis 1996 pour désigner des romans et comédies sentimentales écrits par des femmes à destination du public féminin. ex: Bridget Jones… - sexiste comme genre? dans son appellation, oui tout à fait, heureusement qu’un livre peut tomber dans les mains de n’importe qui outre leur catégorie) . En parlant de cette catégorie qui me fait hérisser les cheveux, c’est aussi ça qui ne me donne pas envie de chercher plus loin dans la définition et donc la compartimentation d’un genre, les romans féministes font part intégrante de la littérature générale depuis X temps tout comme devrait l’être la chick lit qui ne devrait pas s’adresser qu’aux femmes, les mettre dans une case type “roman féminin” risquerait aussi de ne pas inviter tout un chacun à mettre le nez dedans sous prétexte que c’est un truc de bonne femme énervée… (ou que sais je ), le féminisme est un humanisme (le combat ne s’arrête pas qu’aux femmes mais plus largement accueil en son sein tous les opprimé-e-s) à ce titre il vaut tout autant que les meilleurs romans qui en font usage - de l’humanisme j’entends- et s’adresse à tou-te-s tout comme il peut se retrouver placé à petites gouttes dans un bon polar, de la fantasy etc etc…**il ne devrait pas y avoir une place spécifique dans un genre littéraire particulier pour une pensée, une philosophie, un combat mais une liberté de la glisser quand on le souhaite, de lui porter écho au fil de sa plume peut importe “l’étiquette” empruntée pour catégorisé son récit (polar, sf, sff, chick lit, litt contemporaine etc…) **…enfin c’est très subjectif tout ça (et peut être pas très clair) mais je serais heureuse d’échanger plus loin dessus avec vous autres <<

    J’ajoute cette réflexion : inclusion ou non exclusion ?
    http://www.socialter.fr/fr/module/99999672/746/tribune_arrtons_avec_la_socit_inclusive__parlons_de_non_exclusion?fbclid=IwAR2MTMkez28NsQSl6J1BOWrV22iU00S6zB3dVREVV_OBTimEFT5cou4At2M#.XD9uuVS20Dg.facebook
    "est-il besoin de préciser qu’en latin inclusio signifie « enfermement » ? Que ce terme soit utilisé pour chanter les louanges d’une société ouverte et tolérante laisse songeur. Finalement, une société égalitaire supposerait que chacun participe à la définition des critères d’inclusion. Mais a-t-on encore besoin alors de ce concept d’inclusion qui suppose nécessairement un dedans et un dehors, un cadre et un hors-cadre ? //
    Plutôt qu’une société inclusive, il nous semble ainsi important de défendre une société non-exclusive. // Renverser ainsi le regard depuis l’exclu vers l’excluant, comprendre en quoi des comportements inhabituels peuvent perturber à ce point nos fonctionnements que nous ayons besoin de les exclure ou de les corriger. C’est donc d’introspection dont nous aurions besoin, davantage que de tolérance ou d’acceptation. "

    Edit: pardon si vous avez reçu des notifs, je viens juste de faire une mise à jour des recommandations/lectures/films etc pour la liste en haut de topic histoire que l’on puisse trouver de l’inspiration plus aisément ;-)



  • @fannie a dit dans Ecrire et féminisme :

    Politique et féminisme dans un roman ça te parle ?
    Non. Si j’écris un roman, je raconte simplement une histoire ; je ne milite pas, je ne tente pas de promouvoir une idée ou un système de valeurs. Si on veut transmettre des idées politiques, philosophiques, féministes ou autres, il vaut mieux écrire un essai.

    Tiens, je rebondis là-dessus parce que je ne suis pas du tout d’accord avec toi sur ce point :) toute histoire est politique et transmet une idée ou un système de valeurs, que ce soit conscient ou pas. Même une histoire aussi classique que le modèle “prince bat un méchant dragon pour sauver la princesse” transmet des idées. Même si en écrivant le roman, ton but n’est pas directement de faire passer une thèse / philosophie / etc., dans les faits tu véhicules des valeurs (même si elles correspondent au système de valeurs “classiques” d’une société) ;)

    C’est d’ailleurs comme ça qu’on peut se retrouver avec des romans féministes (par exemple), même si l’auteur ne voulait pas forcément écrire un roman féministe à la base.


  • Plume d'Argent

    Les idées, les opinions et le mode de vie de mes personnages ne correspondent pas forcément aux miens ; alors je décline toute responsabilité pour ce que les gens vont vouloir trouver dans mes écrits. text alternatif :wink:



  • oui, c’est un peu réducteur d’enfermer les écrits féministes/politiques etc aux essais … je crois mais j’en parlais dans le spoiler un poil plus haut que les idées, les pensées, les philosophies, les concepts etc font part intégrante de ce qu’est un être humain, c’est même dans les clous des grands récits qui bercent l’humanité depuis… (lire Nancy Huston: l’espèce fabulatrice, quoi qu’un peu mystique c’est un bout de réflexion intéressante sur l’importance du récit dans l’évolution et la perpétuation de notre espèce) du coup que les personnages en portent même en petit pointillé et ce même si l’auteur est à dix mille lieux de s’intéresser au sujet, cela n’a rien d’étonnant quelque part, pas plus étonnant qu’un lecteur soit à même de lire un message là où dans la pensée créative de l’auteur il n’y avait pas lieu (je crois que c’est criri qui disait ça dans un intw, elle avait été surprise du nombre de gens qui voyait de la politique dans la passe miroir alors qu’elle n’y avait jamais vraiment pris intérêt) XD
    haha @Fannie elle est pas mal celle là! XD faudrait le mettre en avant garde d’un roman ! tout comme pour la ressemblance avec des personnes existantes XD



  • Ouaaaaah! Que de questions! Beaucoup d’interrogations qui me sont déjà venues à l’esprit donc je pense être en mesure de donner mes réponses:

    Que pensez-vous de cette vague féministe qui envahit les étagères de nos librairies? (dixit ma libraire)
    J’avoue ne pas l’avoir bien remarqué. J’ai tendance à jeter un coup d’œil sur les nouvelles sorties via le calendrier du site Booknode, à prendre en notes les références des livres qui m’intéressent et à me diriger ensuite en librairie sur ce que je veux. Et après, si je me sens plutôt de flâner, je regarde surtout les livres fantastiques. Après, savoir qu’ils sont féministes ou pas…C’est à la lecture. Je ne crois pas pouvoir juger juste à la couverture.

    Quelles sont les recettes pour un bon roman féministe?
    D’avoir de bons personnages féminins authentiques et auxquels on peut s’attacher dans le but de créer de bons personnages et une bonne intrigue. Je pense que créer des personnages féminins « forts » juste pour affirmer « j’ai créé des personnages de femmes forte pour faire un bouquin féministe » ce n’est pas un bon calcul. Cela se voit à des kilomètres à la ronde et ne sonne pas naturel. Il ne faut pas forcer la chose. Pour avoir un personnage fort, il faut tout d’abord qu’il soit authentique. Sa personnalité et son implication en feront un personnage fort, ou pas. Pour réemployer les propos de Philippa Boyens (l’une des complices de Peter Jackson pour la plupart de ses films) "On écrit un personnage de femme forte parce qu’il est authentique, vrai et qu’il reflète un aspect auquel les jeunes femmes pourront s’identifier, tandis qu’on sent tout de suite lorsqu’un personnage de “femme forte” n’a été écrit que pour être une “femme forte”. " Je ne suis pas assez présomptueuse pour affirmer que les histoires que j’écris sont féministes, mais j’écris toujours des histoires ayant pour personnage principal une jeune femme (par commodité, car j’en suis une moi-même) ayant à se tirer d’une situation désastreuse (selon l’univers et le personnage, ladite situation n’est jamais la même). Et pour ce faire, il lui faudra user de ses qualités et faire avec ses défauts. Je n’ai pas de volonté particulière d’écrire des romans féministes, mais si les lecteurs trouvent que c’est le cas…Ben tant mieux.

    Politique et Féminisme dans un roman ça te parle ?
    Euh…Alors pas vraiment dans les romans (Je ne suis pas hyper au fait du sujet qui, il faut bien l’avouer, ne m’intéresse pas plus que cela en tant que tel. Lorsque je lis un livre, c’est parce que l’univers et ses personnages m’intéressent, pas le message que l’auteur veut faire éventuellement passer, ça, j’en juge après. ), mais si je peux parler BD de la sorte, Olympe de Gouges de Catel et les Culottées de Pénélope Bagieu sont de bonnes œuvres. Pour Les Culottées, j’ai trouvé très intéressant de parler de femmes ayant eu un destin hors du commun et dont nous ignorions l’existence pour la plupart. Certaines étaient en politique, d’autres dans le domaine de l’art…Je les conseille aux personnes qui ne les ont pas encore lus.

    Freud et les femmes dans les romans ? ;-)
    Euuuh il les rapporte toutes à sa mère, c’est ça ?

    Comment intégrer le féminisme dans une optique de sensibilisation ou d’éducation auprès d’un public jeune (ado enfant) ?
    Sans forcer la main, déjà. Parce que marteler des choses et pointer du doigt, ça n’a jamais rien fait avancer. Au contraire, cela provoque défiance et rébellion contre ce qui est demandé (je suis bien placée pour le savoir, plus on me tanne avec quelque chose, moins j’ai envie de suivre.) Ainsi, je pense que montrer des livres comme étant « féministes » n’est pas forcément la meilleure des idées. Pourquoi mettre une étiquette alors que le but est justement l’égalité ? Pointer du doigt est le meilleur moyen de marginaliser. Le mieux est de continuer d’écrire de bonnes choses, en suivant ce que l’on aime et nos convictions. Des choses positives, afin d’obtenir des réactions positives et le plus objectives possibles. Pourquoi vouloir écrire de bons livres « féministes » alors que l’on peut écrire de bons livres toutes catégories confondues ? Un écrivain doit suivre son cœur et ne pas chercher à se limiter. Pour ma part je ne veux pas écrire des « livres fantastiques féministes » mais des « livres fantastiques ». Avec des persos principaux féminins (eeet oui !)

    C’est quoi Ton féminisme au quotidien?
    Etre moi-même, tout simplement.

    Tu vois ça de quel œil ?
    Des deux malgré une légère myopie.

    Je n’irai pas du côté des héroïnes fantasy il y a un autre topic super intéressant sur le forum mais pourquoi ne pas s’interroger sur le comment monter un binôme ou trio ou groupes de jeunes sur un pied égalitaire pour briser les stéréotypes sexistes?
    Ne nous interrogeons pas, faisons ! Parce que nous en sommes capables ! C’est si nous restons à nous questionner sans rien créer malgré les possibilités que cela devient inquiétant.



  • @Glywen beaucoup de résonance avec toi particulièrement sur l’interrogation concernant le mettre une étiquette sur un livre (enfin pour moi, c’est La question, c’est nécessaire de parler de toutes ces causes derrière le combat tant que les choses seront ce qu’elles sont mais il n’y a pas nécessité de poser une étiquette sur un livre, il n’y a qu’à voir le nombre de livres cités ici qui ne sont pas nommés comme étant féministes pourtant ils en portent une fibre dans nos interprétations) et ton point de vue sur l’effet inverse provoqué et la marginalisation possible: c’est aussi le risque tout à fait. bref, merci! C’était très intéressant de te lire! et au fait, il me semble que tu es nouvelle plume ici :D bienvenue !

    @Liné si tu passes par là, c’est de ce mouvement dont tu parles ? https://effrontees.wordpress.com/



  • Que pensez-vous de cette vague féministe qui envahit les étagères de nos librairies? (dixit ma libraire)
    Quoi… Il y a une vague féministe en librairie ? Mais pourquoi ne m’a-t-on pas prévenue ? Honnêtement, je n’ai pas la sensation qu’une vague ait submergé les rayons des librairies.
    Après j’ai peut-être raté une mode comme celle de la dystopie qui est en fait une romance ou encore la vague LGBT où le retournement de situation est en fait que le héros est une fille.

    Quelles sont les recettes pour un bon roman féministe?

    Ne pas vouloir surfer sur la vague des femmes fortes juste parce que ça fait vendre ?
    De toutes façons, un roman est féministe dès l’instant où il prône l’égalité entre les personnages quel que soit leur genre ou encore leurs origines. Un roman est féministe quand il décide de pointer du doigt une situation problématique pour la désamorcer. Un roman est féministe quand il démontre qu’il est absurde que les hommes soient supérieurs aux femmes. Il l’est aussi quand il montre qu’ils existent un panel de féminités et qu’aucune ne devrait être dévalorisés sous prétexte qu’elle emprunte au masculin ou qu’elle est trop passive. Il l’est quand il respecte ses personnages féminins.
    Il devient bon quand il le fait bien.

    Politique et Féminisme dans un roman ça te parle ?

    Le féminisme est politique. Du coup un roman féministe devient politique.

    Freud et les femmes dans les romans ?

    Pourquoi tout ramener à Freud ? Dans mes souvenirs d’étudiante en psychologie, sa manière de faire était déjà problématique et vouée à l’extinction.

    Comment intégrer le féminisme dans une optique de sensibilisation ou d’éducation auprès d’un public jeune (ado enfant) ?

    En respectant sa sensibilité. En discutant avec lui, en lui apprenant à déconstruire chaque élément problématique qu’il peut rencontrer. En arrêtant de l’obliger à faire la bise pour dire bonjour. Au niveau de la lecture, il est possible de l’accompagner pour lui expliquer que si une jeune fille peut être heureuse en trouvant l’amour, elle peut aussi s’épanouir sur le plan professionnel, amical ou dans les voyages. Si c’est un garçon, il faut lui rappeler que derrière un modèle de masculinité, il en existe d’autres où il a le droit de pleurer ou encore de se vernir les ongles.

    Et puis le protéger ou le consoler quand les autres viendront lui dire le contraire. Le rassurer et le soutenir dans ses choix.

    C’est quoi Ton féminisme au quotidien?

    Démonter les éléments problématiques au sein des livres, et notamment des romances où je n’en peux plus de voir l’héroïne se faire maltraiter et tomber amoureuse de psychopathes ou de mecs ayant eu une enfance difficile.
    Accessoirement : me faire râler dessus parce que je vois vraiment le mal partout.
    Au passage, la féminisation de la langue française fait partie de mes combats. J’apprécie le langage inclusif parce qu’il essaie de me faire exister… et j’avoue que si on pouvait trouver un neutre qui ne soit ni masculin, ni féminin, cela me comblerait de joie.
    Et j’apprends les choses via twitter où il est possible d’apprendre un tas de choses, de découvrir des courants, de comprendre pourquoi il n’existe pas qu’un féminisme, mais plusieurs. Qu’il faut se déconstruire sans cesse, tenter d’être le meilleur allié possible et écouter avant de couper la parole et faire dire à quelqu’un ce qu’il n’a pas dit.

    Tu vois ça de quel œil ?

    Le féminisme ? C’est essentiel. Épuisant. Dangereux. Parce qu’un faux pas et le discours peut se perdre. Parce qu’il faut peser chaque mot avec attention et que parfois c’est dur d’avoir la patience de le faire. Parce que oui par moment l’envie de crier « il faut brûler les mecs ! » est présente quand une vague d’individus vient harceler une femme qui a juste donné son avis sur des poches de jeans ! Parce que lire toutes les histoires sordides autour du #metoo ou de la ligue du lol fait perdre foi en l’humanité…
    Et le plus déprimant c’est quand une femme vient te dire que le féminisme n’a plus besoin d’exister alors que le droit à l’avortement est remis en cause, que la PMA pour deux femmes, ce n’est même pas la peine d’y penser…
    Le féminisme, c’est essentiel. Et il n’y a pas un combat plus important que l’autre à l’intérieur parce que tous ces combats sont nécessaires pour atteindre l’égalité entre les individus.

    Je n’irai pas du côté des héroïnes fantasy il y a un autre topic super intéressant sur le forum mais pourquoi ne pas s’interroger sur le comment monter un binôme ou trio ou groupes de jeunes sur un pied égalitaire pour briser les stéréotypes sexistes?

    Éviter de les reproduire. Accepter l’idée de former des groupes où la fille n’est pas l’intérêt romantique, où l’amour amoureux n’est pas forcément présent parce qu’il existe aussi de belles histoires d’amitié. Faire en sorte que les personnages se respectent, leur donner aussi le droit à l’erreur et montrer qu’ils peuvent apprendre de cette dernière en écoutant celui ou celle qu’ils ont blessé. Il ne faut pas oublier que l’on apprend aussi des choses de nos erreurs, voire même davantage et que personne n’est parfait.
    Nous avons tous été problématiques un jour ou l’autre… et pour réussir à avancer, il faut accepter l’idée que nous avons commis une erreur et apprendre de cette dernière pour tenter d’évoluer dans le bon sens.

    Sinon si je peux vous conseiller des œuvres…

    Il y a le manga Aromantic (love) story où l’héroïne est une mangaka féministe en questionnement. J’ai eu très peur lors du second tome, mais ce manga déconstruit les clichés de la romance, aborde la question du harcèlement sexuel, du consentement et de l’agression sexuelle. Je l’adore ce manga du coup j’ai horriblement peur d’être déçue par la chute, ce qui n’ôte rien à la qualité des tomes déjà publiés.

    Et LA série qui aborde des thématiques féministes, LGBT et d’actualités : One Day at a time. Version 2017. Disponible sur Netflix. Elle est drôle, elle est touchante et elle est juste. Cette série t’aime, t’apprend des choses et te dit littéralement que ce n’est pas grave si tu es différent, si tu souffres… J’ai déjà dit que je l’adorais ? Non ? Si. Faudra que j’en fasse un topic :P

    PS : Une romance féministe, c’est juste l’histoire d’une relation amoureuse saine où il est question de respect mutuel sans qu’aucune lutte de pouvoir ne soit présente. Du coup, c’est juste une bonne romance.



  • @Jupsy j’ai bien ajouté tes recommandations dans le listing du 1er post en haut de topic du coup, merci !



  • Ce topic est tellement passionnant, et je suis heureuse de retrouver certaines références regroupées en premier post (et d’en découvrir d’autres au passage). Merci. :heart:
    J’ai hésité à remplir le petit questionnaire, mais je crois que je préfère opter pour une sorte d’immense vomissure que je vais tenter malgré tout de rendre la plus cohérente possible…

    En fait, ce topic me donne envie de m’attarder sur le sexisme en général, celui qui nécessite un travail de tous les jours, sur tous les mots, une forme de tentative de déconstruction du langage presque antérieure à celle des livres.
    Je travaille depuis plusieurs années dans des lycées, en tant que maîtresse d’internat. C’est une atmosphère particulière, l’internat : les élèves ont un chez-eux qui n’est pas chez-eux, encadré par des éléments du dehors (nous) face auxquels ils peuvent se révéler sous des coutures différentes de celles qu’ils et elles portent au jour, au clan, au grégaire. Parce que nous ne sommes pas membres de leur famille, tous peuvent choisir de nous écouter ou de ne pas nous écouter. Choisir de nous respecter, aussi.
    Travailler à leur contact m’a fait voir des choses que je soupçonnais, réentendre des choses que j’avais préféré oublier. Je mentirais si je n’écrivais pas qu’il m’arrive d’avoir tout autant peur pour la jeunesse que de la jeunesse… De me demander aussi à quoi ça rime, au fond, “la jeunesse”. Et puis, parfois, j’ai aussi pu être surprise par des prises de conscience - qu’elles soient masculines ou féminines - absolument précieuses et bouleversantes.

    Côtoyer des générations plus jeunes que la mienne, si profondément ancrées dans un échange d’informations perpétuel, simultané, virtuel (et parfois anonyme) m’a fait prendre conscience de ce qu’on pouvait (toujours) inculquer aujourd’hui, des schémas de pensées auxquels on pouvait justement ne pas penser. Des réflexes si profondément ancrés qu’ils se révèlent soudain cristallisés, voire revendiqués, dans une sorte de gigantesque effet de meute. Souvent, ils me donnent même l’impression que le sexisme est trop enraciné pour que quiconque puisse un jour espérer bâtir quoi que ce soit de viable sur un terrain aussi caduc, aussi malade.

    C’est, par exemple, ces adolescentes qui se traitent de putes pour rire. Parce que rire de ce mot, pute, c’est aussi une façon de ne presque pas lui prêter d’attention, d’esquiver le fait qu’avant, plusieurs fois, il a été utilisé par d’autres. Et pas nécessairement pour rire.
    Évoquer le slut-shaming ne suffit pas. Quand je suis atterrée d’apprendre qu’une fille a pu consentir à une pratique sexuelle pour une clope et n’y voir qu’un échange, je viens à douter du degré même de gravité des choses. Mais, Fauchelevent, toi tu vends bien ton cerveau, quand tu travailles. Non ? Moi, c’était juste ma bouche.
    C’était juste ma bouche. Mais est-ce qu’elle en avait envie, ta bouche ? Est-ce qu’elle avait autant envie de ça que de cette clope, au fond ? Peut-être. Peut-être pas.
    Tenter de leur faire prendre conscience, avec mes petits mots, de l’impact de l’hypersexualisation qu’on impose à leur corps et du sexisme dans lequel on les fait évoluer depuis leur toute première brassière, via les règles bleues des publicités ou l’injonction de l’épilation et jusqu’à une contraception presque exclusivement féminine, c’est difficile. Tenter de les aider à passer au travers de ce prisme qui voudrait qu’elles soient toutes blanches mais hâlées, fines, gracieuses, rasées, à l’aise, est impossible. Je ne saurais d’ailleurs même pas les y accompagner, pour m’être moi même perdue en route.

    C’est aussi cette jeune fille qui vient à une heure de matin pour souffler - à peine - que samedi dernier, elle a trop bu, qu’on l’a touchée. Qu’elle a dit non. Pas assez fort. C’est tenter de démonter avec les ongles l’un des petits et minutieux rouages de la culture du viol. Il m’a juste touchée. Se dire que faire ça, c’est peut-être aussi accentuer un traumatisme. J’avais qu’à pas boire. Avoir la sensation d’être condamnée à s’y prendre comme un manche parce que l’ampleur de la chose est trop vaste, et que parfois, on n’a juste pas envie de trouver les bons mots pour parler de choses laides.

    C’est cet adolescent qui ose porter un manteau à carreaux bleus et tous ces autres qui lui lancent - et se lancent - des pédale(s) à longueur de journée. Qui, quand tu les reprends, tentes de les faire réfléchir, te répondent en riant que c’est pas une insulte. C’est vrai. Si seulement ça n’était pas suivi d’une généralité sexiste. C’est juste qu’il ressemble à un gay. C’est juste qu’il est pas attiré par cette meuf. Pourtant elle est bonne.

    C’est ce petit clan qui utilise le terme d’enculé par moquerie. Avec lesquels tu t’arrêtes pour faire un point kamasutra afin de comprendre comment ce terme a pu atterrir là, dans la cage d’escalier. Bah l’enculé, c’est celui qui prend. Et ? C’est celui qui fait la femme.
    C’est s’attarder sur ce que ça signifie au fond pour eux, de prendre et d’être pris : leur vision en fish-eye de la pornographie, l’idée de soumission véhiculée par une simple posture, le rôle qu’ils attribuent à un ou une partenaire. La question de la virilité, de la masculinité, et loin derrière, presque paumées, les vastes notions de sexe, d’identité sexuelle, d’orientation sexuelle.

    Je m’égare sans doute beaucoup du sujet initial (pardon), mais plus je vieillis, plus j’ai tendance à me dire que la construction d’un égalitarisme va au-delà du féminisme. Je le suis (comment ne peut-on pas l’être ?), je le dis (même s’il arrive encore que l’on s’attende à ce que j’émascule mon interlocuteur avec les dents), mais cela ne m’empêche pas de songer que déconstruire ce que la société semble encore aujourd’hui attendre d’une femme ne peut qu’aller de paire avec l’abandon d’un modèle intrinsèquement vicié pour tous. La vision que l’on a de la simple notion de genre et les interrogations qu’elle a encore pu soulever récemment me terrifient. Lorsque je décide de choisir un hélicoptère pour l’anniversaire d’une petite fille ou un body rose comme cadeau de naissance d’un garçon, parce que c’est de loin le plus beau du rayon, je ne conçois pas qu’on puisse me dire que c’est dommage. Ce qui est dommage, c’est la porte close derrière laquelle tu t’apprêtes malgré toi - ou pas - à faire évoluer ton enfant. C’est croire et lui faire croire qu’un costume de princesse transformera ton fils en gay. C’est croire qu’être gay, c’est une transformation, une mutation, une aberration. C’est être une femme. C’est penser qu’un costume de princesse - un costume féminin - est synonyme de moins. De différent. De restreint. C’est penser qu’un garçon manqué est une fille ratée. C’est penser que ton enfant, quel que soit son sexe, son genre, son identité, son orientation, puisse être défectueux ou du mauvais côté. S’imaginer qu’il y en a donc un meilleur que l’autre, finalement.

    C’est moralisateur de ma part, ô combien, mais je ne parviens pas (plus) à omettre ce genre de choses. Ça influe quand j’écris, ça s’infuse dans mes personnages parce que je refuse de les voir évoluer dans un monde similaire au mien. J’écris trop pour fuir.
    Pendant des mois, j’ai tenté de genrer un personnage de Lazare. Parfois, il venait à moi en garçon, parfois non. J’ai fini par me demander si son sexe et son genre avaient une quelconque importance : pour l’intrigue, pour les autres et pour moi. La réponse était non.
    A mes yeux, un écrit non sexiste nécessite simplement d’être créé avec sens. Je ne parviens plus à poursuivre une lecture qui me préciserait trop souvent à quel point l’héroïne - même badass - est attirante, si cette apparente perfection n’est pas vouée à combler autre chose qu’un male gaze. Je ne parviens plus à poursuivre une lecture qui me suggérerait plus ou moins habilement à quel point un homme se doit d’être puissant ou viril - ce que c’est même qu’être puissant ou viril. Je ne suis pas nécessairement attirée, en tant que lectrice, par une finalité qui voudrait que ces deux êtres aient une relation sentimentale et/ou charnelle.

    Je me relis et je me suis tellement éloignée du sujet… Je suis désolée. :( Libre à ceux et celles qui le souhaitent de faire l’impasse sur le blabla. Je crois qu’avant même de songer aux livres et aux histoires, “la question” du féminisme et du sexisme en général m’évoque surtout toute la difficulté d’enrayer certains petits comportements de tous les jours, certains automatismes langagiers si puissamment ancrés qu’il est même parfois difficile de les relever…



  • @jupsy a dit dans Ecrire et féminisme :

    Tu vois ça de quel œil ?

    Le féminisme ? C’est essentiel. Épuisant. Dangereux. Parce qu’un faux pas et le discours peut se perdre. Parce qu’il faut peser chaque mot avec attention et que parfois c’est dur d’avoir la patience de le faire. Parce que oui par moment l’envie de crier « il faut brûler les mecs ! » est présente quand une vague d’individus vient harceler une femme qui a juste donné son avis sur des poches de jeans ! Parce que lire toutes les histoires sordides autour du #metoo ou de la ligue du lol fait perdre foi en l’humanité…
    Et le plus déprimant c’est quand une femme vient te dire que le féminisme n’a plus besoin d’exister alors que le droit à l’avortement est remis en cause, que la PMA pour deux femmes, ce n’est même pas la peine d’y penser…
    Le féminisme, c’est essentiel. Et il n’y a pas un combat plus important que l’autre à l’intérieur parce que tous ces combats sont nécessaires pour atteindre l’égalité entre les individus.

    Oui. Je n’ai absolument rien à ajouter à ça. Même sur ce topic, on voit beaucoup de gens reprocher au féminisme une “haine anti-homme” alors que le féminisme ce n’est pas ça. Le terme est trompeur, certains (y compris au sein du “mouvement” même hein on ne va pas se le cacher) voient ça comme le fait de hisser les femmes à un rang supérieur à celui des hommes, alors que tout le principe du féminisme est au contraire de déconstruire la hiérarchisation des sexes.

    @Fauchelevent Tout ce que tu dis, ce que tu vis au quotidien, c’est la preuve pour moi que le féminisme doit continuer. Et pas en tant que vague marketing, mais en tant que remise en question de ce qu’on prend pour normal et acquis.

    L’écriture inclusive par exemple, même si je ne suis pas fondamentalement pour, je trouve ça très intéressant qu’on se pose la question. Est-ce que les mots (et l’écrit) influencent notre manière de penser ?

    Et le questionnement de @Fauchelevent sur son personnage me fait penser au Fou de l’Assassin Royal, que Fitz (le narrateur) décrit toujours comme un homme, mais le personnage lui-même refuse de dire s’il est un homme ou une femme parce que tout ça n’est “qu’une question de tuyauterie”. À l’époque je n’y ai pas vraiment réfléchi mais je trouve ça chouette d’avoir un personnage ambigu, qui rappelle que finalement ça n’apporte rien de savoir s’il est un homme ou une femme.



  • @Fauchelevent ton témoignage et tout ce que tu avances concernant le sexisme est un des chevaux de bataille du féminisme, c’est tellement vaste de toute façon comme mouvement, tout combat contre une oppression y a sa place… tu n’étais pas du tout hors sujet ;-) j’ai retrouvé dans ce que tu dis beaucoup des combats de Steinem dans les 70 jusqu’à aujourd’hui (c’est d’ailleurs une de ses grandes douleurs de constater que malgré quelques évolutions, la société reste profondément meurtrie et empêtrée dans les pièges créés. ) et beaucoup de similitudes dans les réflexions… l’hypersexualisation dès le plus jeune âge qui se retrouve sous différents atours tout au long de nos vies est vecteur d’un matraquage qui s’insinue en nous au point de nous détruire parfois… et c’est très dur à combattre comme tu en témoignes, très dur de trouver les mots juste face à une jeunesse tout aussi victime que nous l’avons probablement était nous même dans le respect de notre intégrité, de notre corps, dans l’acceptation de soi et d’autrui. Tout ce que tu dis là fait terriblement froid dans le dos, l’on peut s’y reconnaître, y retrouver des souvenirs que l’on aurait voulu oublier et éviter à cette nouvelle génération (on en est tellement loin encore)… en tant que parents l’on peut se demander comment réussir à éviter toutes ces meurtrissures à son enfant, même si tu auras tenté de le protéger en lui offrant des flèches à tirer pour qu’elle ou il puisse en faire autant, finalement, la société est assez vicieuse pour retourner une flèche contre lui/elle, une seule flèche et tu peux le voir revenir blessé, à se détester, se haïr et s’infliger des souffrances pour ressembler à ce que les autres voudraient qu’elle ou il soit… pffffou… ventre serré rien que d’y penser.

    @fauchelevent a dit dans Ecrire et féminisme :

    mais je ne parviens pas (plus) à omettre ce genre de choses. Ça influe quand j’écris, ça s’infuse dans mes personnages parce que je refuse de les voir évoluer dans un monde similaire au mien. J’écris trop pour fuir.

    je ne sais pas si c’est un besoin de fuir puisqu’il s’immisce dans notre travail mais en tout cas écrire est un exutoire et si tu le fais en pensant à ces ados (ou peut importe le public), un bon outil pour transmettre d’autres possibles…
    Bravo pour le travail que tu mènes, les petits combats quotidien, les discussions avec ces jeunes <3

    @Litchie rien à voir, je ne sais plus si l’ouvrage dont tu parles est dans le listing ? faudra vérifier XD



  • @babouhw Non il n’y est pas, mais je ne considère pas non plus l’Assassin Royal comme une oeuvre féministe :) Pourtant écrit par une femme (sous pseudonyme masculin d’ailleurs).

    Mais dans la même idée, je lis actuellement la Main Gauche de la Nuit d’Ursula Le Guin, qui se passe sur une planète où les humains ont évolué de telle sorte qu’ils ne sont plus hommes ou femmes. Pendant une période de rut (le kemma), les hormones les font devenir biologiquement homme ou femme (aléatoirement, donc un humain peut devenir homme lors d’un kemma puis femme au suivant) ; et si certaines descriptions sont très stéréotypées (le narrateur est un homme-homme de la Terre), ça pose des réflexions très intéressantes, comme le rapport dominant-dominé, qui n’existe pas dans cette société non-genrée. Donc je mettrais celui-là dans la liste des fictions pour les pistes de réflexion qu’il propose :)



  • @Litchie ouh ça a l’air appétissant avec un tel résumé! tu donnes envie de s’y glisser rapidement dedans! (noté dans le listing et pas l’autre du coup, merci )


  • Plume d'Argent

    Je pensais justement aussi à la main gauche de la nuit, qui est une oeuvre engagée d’une auteure/autrice de SF (ce qui n’est pas si fréquent… :woman: ). En opérant une “soustraction” du genre dans la société, Ursula Le Guin interroge les rapports humains et nous décrit ce qu’ils seraient ou pourraient être dans une société sans genre, sans rapports systématiques dominants/dominés et sans désir sexuel omniprésent. Ça permet de réinventer les rapports humains en les “défamiliarisant”, de changer de perspective (le narrateur qui est un humain de la terre masculin est vu comme une aberration sur cette planète). Bref, je recommande vivement, c’est vraiment propice à la réflexion, en plus d’être une bonne histoire.

    @Fauchelevent, je trouve ton témoignage vraiment touchant et pertinent (pas du tout hors sujet) et je suis d’accord avec toi à 200 %… ben, sur tout à vrai dire !
    Malheureusement, je trouve qu’on a finalement peu progressé sur l’éducation depuis ma jeunesse et il est même possible qu’on soit revenu sur certaines évidences des années 70 “libérées”, à la faveur notamment du marketing qui a énooooormément sexué les jouets pour enfants (à mon époque, les légos, bah, c’étaient des légos, il n’y en avait pas pour filles et pour garçons… et idem pour beaucoup de jouets qui sont maintenant beaucoup plus sexués qu’avant). Avec à la clé, l’hypersexualisation et la conformité à une norme des jeunes filles ET jeunes garçons, ce qui est d’ailleurs (presque) aussi aliénant pour les uns que les unes. (Enfin, faut pas se voiler la face, c’est quand même en moyenne plus aliénant pour les dominés que les dominants)
    Les schémas de pensée “traditionnels” restent ancrés, malheureusement, et je vomis tout particulièrement la culpabilisation des victimes (culture du viol…) et le rejet de ceux qui ne se conforment pas à la norme.


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