De la description des personnages ou les automatismes de l'imagination



  • Bonjoursoimatinnuit ! :rainbow:
    Aujourd’hui j’avais envie de vous titiller sur des questions de description physique des personnages et de diversité. A travers de mon (long) parcours de lectrice j’ai rarement lu un livre où les personnages n’étaient pas décrits, même partiellements à travers les basiques couleurs d’yeux et cheveux et peau. (Que je les oublie presque instantanément pour les imaginer à l’exact opposé de la description est un autre problème :grin: )
    Une question me travaille régulièrement : ne pas décrire un personnage, c’est laisser l’opportunité à quiconque de s’identifier à lui, quelle que soit les couleurs et tailles des parties du corps du.de la lecteur.rice.
    D’un autre côté, ne pas décrire un personnage c’est défoncer la porte déjà trop grand ouverte à une imagination culturelle. C’est ce que j’ai nommé les automatismes de l’imagination dans le titre, mais il faut que je m’explique : certes, nous avons tous notre propre imagination, mais il est indéniable que nous possédons un réservoir commun d’imaginaire, et que celui-ci est fortement soumis à la culture (l’imaginaire influençant la culture, je ne sais pas qui de l’oeuf ou de la poule, mais bref, je pense que vous me comprenez). Or notre culture est occidentale. Autrement dit, quand on nous introduit un personnage, spontanément, majoritairement, on va avoir tendance à imaginer quelqu’un à la peau blanche. Pour prendre le cas d’Hermione, faire accepter l’idée qu’elle pouvait être noire a fait l’objet d’une lutte.
    Personnellement, je n’ai pas envie que des gens se battent pour pouvoir représenter tel personnage avec telle ou telle couleur de peau, j’ai juste envie qu’ils puissent le faire. Alors, ne serait-ce pas un argument en faveur de la description ? Si on impose la diversité dans le texte, le débat est clos : quelle que soit la représentation, la diversité demeurera, mais cela peut restreindre les processus d’identification. (Sauf en cas de white washing :rage: )

    Conclusion : je ne sais toujours pas quoi en penser. Description ou non ? Je suis curieuse de connaître vos opinions ! :nerd:


  • Plume d'Argent

    Je suis dans le train, donc je répond rapidement, je développerai plus tard.

    Je trouve ta réflexion très vraie, et je vais même ajouter un autre automatisme. Quand un héro est décrit comme brun aux yeux marron, qui l’imagine moche ? Ya aussi un automatisme à imaginer tout le monde beau. Mais ça, @Gueule-de-Loup en parlera mieux que moi <3



  • Pour les héros beaux, ce n’est pas toujours vrai, ou alors pas avec tout le monde.
    Par exemple, quand le film Harry Potter est sortie, j’ai trouvé que Hermione était trop jolie par rapport à celle de mon imagination. Quand je n’ai pas d’information sur leur beauté j’imagine souvent des physique assez quelconques


  • Plume d'Argent

    @dworkin En l’occurrence Hermione n’est franchement pas décrite comme une beauté jusqu’au bal de la coupe de feu (dents de lapin, cheveux ébouriffés et dos courbés par les livres)

    De mon côté je comprends l’enjeu de la diversité mais je ne suis pas fan des romans où l’auteur semble avoir consciencieusement coché toutes les cases noir / asiatique / trans / homo et nous donne l’impression que l’appartenance à une minorité suffit à donner une épaisseur à un personnage (qui est souvent d’une beauté surnaturelle pour bien souligner le caractère positif de cette appartenance).

    Je pense que pour obtenir une diversité réaliste, qui soit conçue comme normale par le lecteur, il faut essayer de construire des personnages chez qui la couleur de peau (par exemple) n’est qu’un élément parmi d’autres, en mettant en avant ces petits détails / défauts qui les rendent vivants (au hasard: frisotis sur les tempes, poils dans le nez, menton fort, grandes cannes)


  • Plume d'Argent

    Je vais répondre d’abord en tant que lectrice : j’aime bien qu’on me décrive un minimum les personnages, mais plus au sens, comme le dit zéno, des petits détails qui les rendent uniques et vivants.
    Et si le personnage est très différent de moi, ça ne m’empêche pas pour autant de m’identifier, parce qu’à mon sens, l’identification se fait plus à un niveau affectif qu’à un niveau physique. Je vais m’identifier au personnage si je ressens une certaine empathie avec lui, que ce soit une femme, un homme, blanc noir ou bleu…
    Côté écriture, et c’est cohérent avec ce qui précède, je suis plutôt pour la description, j’aime beaucoup les petits détails, et je trouve bien de bousculer un peu les automatismes qui sont malheureusement bien ancrés, que ce soit celui du mâle blanc ou du personnage mince et beau.
    Après, en SF, j’ai des personnages qui ne sont même pas humains, alors…



  • Pour ma part je pense à peu près comme @Rachael , mais pour moi tout dépend du personnage. Si le personnage à un fort caractère et que son apparence joue beaucoup dans la manière dont on le perçoit, je mets un grande description. Pour citer un exemple que tout le monde connait : Thor dans La Passe-miroir. Son physique est particulier et permet de comprendre sa personnalité, doc il est important de le décrire. En revanche si le personnage n’a pas un physique qui ressort, ou qu’il n’a pas d’importance, je ne le décrit pas ou très peu (l’héroïne de ClockGirl par exemple). Et c’est pareil en temps que lectrice, j’aime bien que des personnages par leur description paraissent plus vivants, et je ne m’identifie pas du tout forcément à ceux qui me ressemblent physiquement. Et je considère que mettre des perso noirs parce qu’il sont noirs est une erreur. La seule chose contre laquelle j’essaie de lutter avec mes personnages secondaires, ce sont les clichés (ex : le forgeron est toujours un homme baraqué et brutal) que j’essaie de retourner, mais ce n’est pas systématique. Si j’imagine un perso blanc, il sera blanc, s’il je l’imagine noir, il sera noir. Et pareil avec les homo, les asiatiques etc… Je ne vois pas pourquoi je devras être obligée de mettre des perso de couleurs juste parce que c’est politiquement correcte (désolée si je suis un peu sèche, mais j’ai un avis assez tranché sur la question). Voilà^^


  • Plume d'Argent

    Que ce soit en tant que lectrice ou en tant qu’autrice, je suis pour les descriptions.
    Si les personnages ne sont pas décrits, je n’arrive pas à les imaginer en lisant. (Je ne vais pas inventer les personnages de quelqu’un d’autre, quand même). Alors ils gardent un côté immatériel et ils n’ont pas vraiment de visage.
    Quand j’écris, j’aime donner une idée assez précise de mes personnages parce que leur apparence fait partie d’eux, et comme je suis incapable de les dessiner, je le fais avec des mots.

    En ce qui concerne la diversité, c’est bien d’inclure des personnages issus des diverses minorités, mais il ne faut pas non plus que ça ressemble à un catalogue de toutes les minorités qui méritent d’être représentées. D’autre part, quand on ne connaît rien d’une population, c’est difficile d’écrire à son sujet, et encore plus de se mettre dans la peau de tels personnages. La diversité devrait être naturelle dans les fictions comme elle l’est dans la réalité. Le hic, c’est que nous ne sommes pas tous confrontés à des gens issus de minorités. Et ça sert à rien de se forcer à intégrer de tels personnages dans l’histoire, parce que ça se remarquera et ça sonnera faux.



  • Personnellement, ce que je trouve important dans la description, c’est la psychologie. Et l’importance du physique est d’aider ou d’accentuer cette psychologie (Thorn qui est fort et rigide (physiquement et psychologiquement), Don Rodrigue (le cid) qui est beau et courageux, etc etc).
    Pour moi ce qui est le plus important, c’est la cohérence, Si l’histoire se passe dans le fin fond de la Russie, pendant une guerre, il faut pas aller taper un mixité ethnique phénoménale, sauf si c’est cohérent. De même que un personnage qui est décrit comme beau et que tout le monde trouve super canon et que ça n’influence pas la psyché du personnage désolé mais non.
    Ensuite, je ne trouve pas spécialement que c’est essentielle une description physique, mais alors, stp l’auteur viens pas nous dire que le personnage principale avait la peau blanche et les yeux rouges à la page 500 merci.
    PS: Par contre, je trouve que il y a des clichés qui sont cohérents, un bibliothécaire qui à des lunettes, c’est normal parce que passer son temps à lire dans la pénombre ça bousille la vue, un forgeron qui est baraqué c’est normal parce que mine de rien sa muscle, ou des personnalités publiques aimés de tous qui sont belles, c’est normal car on aime plus facilement les gens beau.



  • J’ai une préférence pour les descriptions, mais à condition que tout le monde soit décrit. C’est soit tous les personnages sont concernés, soit personne ne l’est. La description de la peau peut être aussi le reflet d’un état physique (je pense à la maladie et à la fatigue par exemple), d’une forme de pression sociale (aka le culte de la pâleur et les produits pour éclaircir/blanchir la peau). Je n’aime pas associer forcément couleur de peau à représentativité d’une minorité, parce que ça peut concerner pas mal d’autres choses.

    Après, je suis contre les descriptions stéréotypées comme le teint de “porcelaine” d’un personnage avec des origines asiatiques par exemple. Il y a des tas d’Asiatiques avec une peau mate ou olivâtre. Tout comme, la notion de peau noire varie en fonction des communautés. Je me souviens avoir entendu/lu pour Darkest Minds autour de moi : “trop bien, l’héroïne est noire !!” . Amandla Stenberg est métisse, a une peau trop claire pour beaucoup de personnes de la communauté afro-américaine, et le fait qu’elle ait le rôle principal dans The hate u give a soulevé pas mal de critiques. Mais ce sont aussi ces préjugés/réactions qui créent du réalisme dans les interactions entre les personnages.

    Un univers inventé peut se jouer de certains codes, préjugés ou idéaux, mais dans un univers réaliste, le côté “personne ne voit la différence”… Nope, nope, et ce sont aussi ces expériences qui vont former en partie la psychologie d’un personnage (ou alors le choc qui suit quand on quitte un ‘cocon’ multiculturel).

    Le danger d’imposer quelque chose pour moi… C’est que certaines personnes fassent plus de mal que bien (même en voulant bien faire) au final.

    J’ai beaucoup parlé de couleur de peau, mais pour moi, que ce soit taille, poids, manières, etc, y a beaucoup de choses qui peuvent finir par être liées au caractère. Les remarques ou commentaires constants peuvent détruire ou blinder une personne. Je pense aussi à My Mad Fiat Diary (où chaque ado idéalise ou envie un autre et c’est souvent en lien avec le physique).

    (N.K Jemisin avait écrit un article au sujet de Dean Thomas dans Harry Potter et comment Rowling fonctionnait avec ses personnages.)



  • Je suis moi-même plutôt adepte de la description physique ^^. Je crois que mon point de vue rejoint celui de Fanny : je lis comme je regarde un film et un personnage sans description reste une sorte d’homonculus au visage vide ce qui le rend moins “tangible” donc moins attachant.

    Ceci dit, je comprend aussi qu’on puisse aimer se détacher du corps et de tout les critères qui lui sont associés et qui pèsent déjà assez dans la réalité.
    En soit, ça ne me dérange pas dans les œuvres courtes et conceptuelles, mais dans ce cas l’important est le concept et pas les personnages (un bon exemple: La mousse de @Seja ).

    @Zénodote Haha, j’ai fait le tour de Ville Noire et je crois que je coche absolument toutes les cases dont tu parles XD et si on prend l’ensemble de mes histoires (qui n’en forment qu’une) on peut rajoute l’handicapé moteur et celui qui a des TSA. Je crois que je le fais très naturellement et ça ne me dérange pas si c’est cohérent avec l’histoire/l’univers. (Et ceci dit, je ne pense pas que ces personnages soient définis par leur différence, ni soient excessivement beaux gosses, ma hantise :o )

    Sinon pour revenir à la question première de Tac, je me trompe peut-être, mais je crois que ce besoin de s’identifier à un personnage qui nous ressemble et surtout très fort pour le public enfant/ado/jeune adulte. Et c’est là qu’on voit le plus de héros totalement neutre physiquement et “normaux” sans longue description qui vont évoluer et devenir hyper badasse. Par contre les personnages secondaires ont moins ce rôle et sont souvent plus décrits et originaux.

    Dans la littérature adulte, il est moins nécessaire de s’identifier pour éprouver de l’empathie. Ex: GoT et ses multiples personnages…
    Au contraire, les personnages atypiques (physique et mental) ont plutôt la côte de mon point de vue.

    Donc ça dépend aussi de ce que tu veux écrire ^^.



  • Je suis de manière générale pour les descriptions même si je ne m’y fit pas toujours en tant que lecteur. En tant qu’auteur par contre je veux transmettre le physique des personnages tel que moi je les perçois alors une description est de mise. Seulement il n’est selon moi pas impératif de soit décrire plus ou moins tout le monde soit ne décrire personne comme le dit @niel . La description (comme tous les autres aspects techniques de littérature comme les focalisations) peut être un outil que l’auteur peut exploiter pour, par son absence, créer chez certains lecteurs comme @Fannie et @Gueule-de-Loup cet aspect intangible et irréel. En particulier dans des romans où l’on cherche à créer du mystère autour de ces personnages ou pour ne pas associer deux personnages qui ne sont qu’une seule et même personne.

    Je dirais donc que la description c’est bien mais si elle sert en plus au récit c’est mieux !



  • Je suis totalement d’accord @Draguel , parfois certains personnages ont besoin d’une description pour être vivants, parfois elles sont inutiles au récit^^, mais généralement j’aime bien en mettre quand même, même de manière légère en passant comme "elle passa sa main dans ses cheveux bruns"
    Et @JDD oui bien sûr que je mettrais un perso musclé pour un forgeron, mais ce serait une femme, ou un gentil garçon timide par exemple. Et pour la bibliothécaire je mettrais un homme…C’est sûr il faut que ça reste cohérent^^, mais ça n’empêche pas d’essayer de bousculer un peu l’imaginaire collectif



  • Hello ^w^

    Pour moi il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Tout dépend de ce qu’on veut écrire. Décrire des personnages ça peut être extrêmement utile pour éviter les répétitions de noms ou de pronoms, ou bien lors d’un mystère pour glisser un indice ici ni vu ni connu ( une technique que J.K. Rowling utilise beaucoup par exemple ; les cheveux gras, les lunettes rondes, etc) . Ne pas décrire ça permet de focaliser l’attention ailleurs aussi, mais pour une histoire focalisée sur un personnage, certains lecteurs auront besoin de plus de détails pour pouvoir s’immerger dans la lecture et développer de l’empathie.

    Je pense qu’il faut réfléchir à ce que l’on veut transmettre, au public cible, etc. Comme d’hab quoi, c’est la beauté de l’écriture =D
    (+1 pour ceux qui ont vu la référence non subtile =D )



  • Je trouve que c’est un choix assez difficile qui en plus de s’articuler avec le style, doit aussi s’accorder à la cible. J’ai souvent remarqué que les livres pour enfants, avaient des descriptions un petit peu plus précises que les romans destinés aux ados/jeunes adultes et aux adultes.
    Les enfants ont besoin de plus de stimulations pour imaginer les choses, puisqu’avant un certain âge, tous les livres qu’ils lisent sont illustrés. Lorsque l’on enlève l’image, mais qu’on ne la remplace pas avec une idée concrète, l’enfant doit sans doute perdre ses repères. Mais, je ne suis pas une pro des enfants, du coup, je peux tout à fait, faire erreur ^-^"

    Lors de l’écriture de mon premier roman, lorsque je suis arrivée au moment fatidique de décrire mon héroïne, j’ai eu beaucoup de retour comme quoi, j’avais donné une image trop précise d’elle, qui ne laissait pas assez de place pour s’identifier à elle. En me relisant, bien que cela ne m’avait pas choquée plus que ça, j’ai décidé d’enlever des morceaux de descriptions qui s’attardaient sur des détails spécifiques et sur lesquels je ne pouvais pas m’appuyer pour la suite. On m’a tout de suite dit que c’était bien plus agréable, avec la possibilité de se projeter un peu plus.

    Je pense que du moment qu’en tant qu’auteur et lecteur, on s’y retrouve, y a pas de recettes miracle pour faire une bonne tambouille :D


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