Les héroïnes littéraires actuelles (fantasy)



  • Alors voilà, j’ai lu plusieurs livres de fantasy récemment (je renoue avec le genre), et j’ai été frappée par quelques similitudes entre différents personnages principaux féminins. Les deux ont un tortionnaire qui leur veut du bien (ou pas, en fait), et leur fait subir une véritable torture physique et psychique pour leur faire acquérir la maîtrise de leurs pouvoirs surnaturels/magiques. Je pense notamment à Déracinée de Naomi Novik et au Cirque des rêves d’Erin Morgenstern, et j’ai nommé les personnages principaux féminins suivants (petit spoiler) :

    Agnieshka de Déracinée de Naomi Novik
    Celia du Cirque des rêves d’Erin Morgenstern

    Comme l’héroïne, selon le dossier sur ce thème publié dans le Journal PAen est un personnage que l’on admire et auquel on souhaiterait ressembler, ben je me pose des questions. Oui, elles deviennent admirables car maîtrisant des pouvoirs surnaturels/magiques et réalisent des choses magnifiques, mais elles ont subi un abus psychique et physique qui interroge. Je suis partagée face à ces figures plus ou moins traumatisées et torturées.

    Avez-vous remarqué d’autres personnages principaux (ou non) féminins dans ce style ? Avez-vous vu des analyses de ce type de personnage ?

    Bisous baveux !


  • Plume d'Argent

    Il faut vraiment que je trouve le temps de lire Le cirque des rêves, je m’appelle Célia et j’écris un livre sur le cirque, c’est une honte de ne pas l’avoir fait.

    Hum hum, au-delà de cette disgression, il me semble très (trop) courant de rencontrer des héroïnes ayant subi de mauvais traitement par le passé.
    Personnellement, je ne supporte pas les viols, qui n’ont parfois aucun sens. Toutefois, dans Eleanor and Park, les mauvais traitements et leur caractère sexuel de plus en plus prononcé donnent froid dans le dos, c’est excellent !
    Parfois les mauvais traitements se justifient : par exemple il est justifié que Kate Daniels ait reçu une éducation d’assassin et j’aime beaucoup cette série.

    Il me semble donc que tout est possible, si cela apporte une réelle profondeur à l’histoire.



  • Ellana (Le Pacte des MarcheOmbres) de Pierre Bottero, entrainée à la dure, mais son mentor prend tout de même soin d’elle! Au contraire (archi-contraire puisque c’est un mec) l’un des personnages principaux de L’Autre apprend à se battre en regardant d’autre faire, et j’avais trouvé ça trop facile.

    Je pense que les faire souffrir au début et de façon justifiée est une sorte de “passe-droit” pour qu’à la suite elles puissent se sortirent de situations désespérées sans que le lecteur ce dise “Mais what?! Attendez c’est n’importe quoi, la nana rien que parce qu’elle a fait du jogging tous les matins elle maitrise cinq agresseurs d’un coup?”.

    Après il y a différentes formes de souffrance: physique, cela va se soigner, cela se voit, les gens autours s’inquiètent pour le personnage, c’est un sort presque enviable.
    Psychique, c’est une autre histoire. La perte d’un proche rend le personnage encore plus touchant, on est triste pour lui et le voir se sortir de cette mauvaise passe nous laisse admiratif. Par contre, lorsque cela devient trop personnel, c’est plus compliqué pour le lectorat de s’identifier au personnage, on prend un certaine distance.


  • Plume d'Argent

    @schneevickchen Je ne connais pas les héroïnes auxquelles tu fais référence mais ton post m’a fait penser à ces vidéos sorties il y a quelques années où une sociologue critiquait la place des femmes dans les jeux vidéos (ça avait fait un tollé d’ailleurs). Elle dressait des catégories de personnages féminins des jeux vidéos et l’un de ces personnages féminins type était la femme rendue superpuissante par des pouvoirs qu’elle ne maîtrisait pas, à tel point que le héros (mec) devait in fine l’abattre, pour son propre bien. J’ai l’impression que les relations malsaines physiques/psychiques que tu décris tombent un peu dans ce stéréotype selon lequel la femme est soit un petit ruisseau bien gentil, soit un torrent qui devient incontrôlable et déborde. Après je rejoins @Moja sur l’idée qu’une héroïne badass (ou un héros badass d’ailleurs) doit logiquement passer par une forme d’épreuve du feu pour être à la hauteur des défis qui l’attendent, sans pour autant subir complètement cette violence - Ellana est un bon exemple.

    @moja a dit dans Les héroïnes littéraires actuelles (fantasy) :

    Je pense que les faire souffrir au début et de façon justifiée est une sorte de “passe-droit” pour qu’à la suite elles puissent se sortirent de situations désespérées sans que le lecteur ce dise “Mais what?! Attendez c’est n’importe quoi, la nana rien que parce qu’elle a fait du jogging tous les matins elle maitrise cinq agresseurs d’un coup?”.

    :joy:



  • Je pense qu’on aura encore quelques années de personnages féminins un peu agaçants (comme on a en fait toujours pleins de héros masculin fort et courageux avec des félures mais qui redresse la tête comme des hommes (versons tous ensemble une petite larme))
    Notre société est encore très marquée par ces “clichés” qui… rassurent, je suppose ? Mais on ne peut pas nier que les choses bougent doucement. Ce n’est peut-être pas dans les livres les plus vendus, mais ça vient !

    Je pense toujours à Katniss de Hunger Games, qui est la première héroïne qui m’a fait réaliser que les filles, dans les livres, peuvent être autre (mais j’ai vu une vidéo analysant que ce sont en fait des personnages permutables avec des garçons et que, du coup, ça ne prenait pas en compte que c’était des filles)
    Dans ce genre j’avais bien apprécié Tris de Divergent (même si son binôme masculin retombait dans certains clichés agaçant)

    En fait, je crois que je ne supporte pas les personnages féminins qui, dans leurs actes ou paroles, deviennent elles-même totalement sexiste. Y en a une dans Les sauteurs de bibliothèques Library jumpers, je ne sais plus son nom mais ses réflexions étaient insupportables (@Dan @EryBlack @Gueule-de-Loup @Neila , un coup de main pour retrouver le nom de madame “arrête de te faire une queue de cheval, t’as plus douze ans et cesse de marcher comme un garçon” ? :p )

    Mais on peut aussi honorer ces personnages féminins très cools car très réalistes qu’on trouve aussi ♥



  • Merci pour vos réponses toutes très intéressantes !

    Comme tu dis, @elikya, si ça apporte quelque chose à l’histoire, c’est justifié, mais j’ai l’impression que moins de persos mecs vont être torturés par une femmme pour développer leurs pouvoirs, que de femmes vont l’être par des hommes.

    Alors justement, @Moja, ma deuxième question c’est si vous connaissiez des persos mecs qui subissent de mauvais traitement pour développer leurs pouvoirs ! Et dans L’Autre, visiblement, non… Et ces persos filles qui souffrent semblent dire qu’une héroïne ne peut exister qu’en souffrant et en se faisant canaliser par un homme, alors que les héros mecs se récoltent à foisons, en pouvant se permettre d’être le « héros masculin fort et courageux avec des félures mais qui redresse la tête comme des hommes » (@Elka)

    Et quand tu cites les pensées d’un lecteur : “Mais what?! Attendez c’est n’importe quoi, la nana rien que parce qu’elle a fait du jogging tous les matins elle maitrise cinq agresseurs d’un coup?”. (@Moja), justement, dans Déracinée, la fille progresse lentement, et ne se sert que des sorts qu’elle a appris en situation de combat, ce qui donne des combats très astucieux et bien fichus !
    Je parle vraiment de la souffrance qu’endurent certains persos filles pour développer leurs pouvoirs, donc pas vraiment à voir avec le deuil (sauf si on tue leur famille pour révéler leurs pouvoirs, ce qui est très sadique, mais un auteur y aura bien pensé aussi XD)

    Quand tu dis : « Par contre, lorsque cela devient trop personnel, c’est plus compliqué pour le lectorat de s’identifier au personnage, on prend un certaine distance. » (@Moja), ben déjà une héroïne qui souffre physiquement et psychiquement (qui parfois semblent un peu arbitraires) pour développer des pouvoirs, moi, ça me refroidit toujours un peu, parce que j’irai bien appeler la Ligue des Droits de l’héroïne pour signaler les mauvais traitements.

    Pour filer ta métaphore, @Zénodote, les persos filles auxquelles je pense (dont les deux citées), c’est un peu le genre petit ruisseau qui ignore ses grands pouvoirs et qui a besoin d’un grand coup sur la tête de la part d’un homme pour enfin réussir à faire quelque chose de ses dix doigts. Souvent elles gardent une certaine liberté quant à comment exercer leurs pouvoirs à leur manière, mais l’impulsion vient d’un mec…

    PS @elikya : Je suis en train de relire Le Cirque des rêves en anglais, et il est toujours aussi cool (voire plus). Après si tu es en train d’écrire sur un cirque, ça risque peut-être de trop te rappeler le boulot… Autant le garder pour un moment propice ! (mais c’est fou-fou que tu aies le même nom que le personnage principal féminin ! XD)

    J’ai justement vu une présentation de Eleanore and Park par la bootubeuse Margaud Liseuse (http://la-liseuse.blogspot.com/2014/07/eleanor-park.html), et ça m’a donné envie, comme quoi !

    PS @Elka : Chose intéressante, dans l’article du Journal PAen, Katniss est catégorisée comme étant « La bonne poire», qu’en dis-tu ? Et des persos filles sexistes, là, c’est le pompon ! XD là comme ça j’en ai pas qui me viennent à l’esprit, mais je vais lire attentivement pour ne pas en louper.


  • Plume d'Argent

    @schneevickchen A propos de ton “PS”… C’est très intéressant ce que tu dis, je trouve, parce qu’à mes yeux Katniss est tout sauf une “bonne poire”. Dans la catégorie, c’est plutôt Peeta, la bonne poire qui est trop gentille et se fait punir / aimer (j’adore ce bouquin tellement ambigu) pour ça. Katniss au contraire ne soutient que les personnes qu’elle connaît ou qui lui rappellent ceux qu’elle connaît (et particulièrement les enfants dans lesquels elle retrouve sa sœur Prim). Elle a de la compassion pour ceux qui souffrent mais aucune empathie, et elle n’ira jamais se sacrifier pour des inconnus… Simplement, elle est animée par un ressort proprement et purement féminin : l’instinct maternel qu’elle ressent pour Prim et qu’elle a tendance à étendre à toutes les personnes faibles qui se placent sous sa protection (le district 12 qui est toujours en train de mourir de faim, les trois modistes qui s’occupent d’elle, Cinna au moment où il se fait tabasser, Peeta quand il est gravement blessé dans la première arène, Finnick alors que son traumatisme des Hunger Games se révèle…). C’est à mon avis ce trait de caractère qui la fait passer, dans une littérature principalement portée par des valeurs masculines, pour une “bonne poire”. Mais je suis persuadée qu’à part cet instinct maternel, c’est un être implacable bien que suicidaire et que dans un autre contexte elle aurait pu faire une excellente méchante. Donc Katniss est pour moi une super héroïne, vraiment féminine et vraiment ambiguë, et l’histoire n’aurait pas pu fonctionner si elle avait été un homme.



  • @mouette a dit dans Les héroïnes littéraires actuelles (fantasy) :

    Donc Katniss est pour moi une super héroïne, vraiment féminine et vraiment ambiguë, et l’histoire n’aurait pas pu fonctionner si elle avait été un homme.

    Alors là, je ne peux qu’être d’accord, surtout quand on pense à cet instinct presque maternel, envers sa sœur, les personnes en danger, sa rébellion…

    Et c’est là qu’est l’os, Katniss est une héroïne au sens où elle fait de grandes actions, qu’elle se dresse contre l’oppression, tandis que les personnages féminins en souffrance qui restent chez l’homme qui les a formées, là, c’est plus nuancé… J’ai l’impression que finalement ces persos filles-là font aussi réfléchir sur la condition de la femme dans les livres, mais avec d’autres outils… Genre Ofred dans La Servante en rouge de Margaret Atwood, quoi.



  • @schneevickchen et @Mouette euh… Katniss, un instinct maternel ? Pardon d’interférer dans le débat initial, mais je ne pense pas du tout qu’elle ait un instinct que l’on pourrait qualifier de “maternel”. Un caractère fort, oui. Un instinct de survie, à la limite, oui.
    Katniss, c’est aussi et surtout une enfant devenue adulte trop tôt, oui. Elle prend à bras le corps le rôle parental à un jeune âge, cela ne lui donne pas un “instinct maternel”… C’est justement, pour moi, ce qui forme son caractère si ambigüe. Elle a dû endosser des responsabilités qui n’étaient pas les siennes : assurer la survie de sa famille : mais ce n’est pas quelque chose d’instinctif mais bien un apprentissage (la chasse avec son père, les plantes, …) qui lui ont permis de s’en sortir. Elle a dû mettre a profit et en action les tâches vu et revu, les maigres initiations reçues pour relancer sa famille et les sortir de l’impasse.

    Elle a de la compassion pour ceux qui souffrent mais aucune empathie, et elle n’ira jamais se sacrifier pour des inconnus… (@Mouette )

    Oui, totalement d’accord avec ce que tu dis. :heartpulse:



  • @mldlg Alors pour ma (maigrelette) défense, je n’ai vu que le premier film et c’était il y a une brouettée d’années. Dans mon souvenir Katniss était protectrice envers sa sœur, et allait aider les autres, mais j’ai pu embellir le tableau avec le temps ! :confused: Elle en est d’autant plus intéressante, même si je ne la trouve pas très sympathique dans le film ou dans ta description…



  • @schneevickchen ^^ Oui, t’inquiète, j’espère ne pas avoir été trop virulente, mais j’aime cette histoire ;)



  • @mldlg Du tout ! :)



  • °toussote dans son poing°
    Mh.
    C’est rigolo c’est l’un des sujets que je traitais dans mon mémoire de master (langues modernes spécialité Imaginaire) (si si, c’est l’intitulé exact).

    Avant toutes choses, je vous conseille fortement la lecture de 3 livres pour avancer sur le sujet :

    • Le Héros aux milles visages de Campbell
    • Leçon littéraire sur l’héroïsme de Kerbrat
    • Les structures anthropologiques de l’imaginaire de Durand

    Qui définissent la notion de héros et surtout d’héroïsme, afin de ne pas confondre “héros” et “personnage principal” (ce qui fait qu’un personnage principal peut ne pas être un héros héroïque ou une héroïne héroïque) et surtout le super article « Un héros femme est-il pensable ? » de Margaret Bruzelius qui définit notamment le fait que jusqu’il y a peu, on se retrouvait avec 3 figures de la femme dans les récits avec des personnages héroïques :

    1. La femme froide / magicienne, qui a en général le rôle de mentor, de guide, qui n’est pas caractérisée par sa féminité, mais par sa fonction. Polgara dans la Belgariade par exemple. Ou McGonagal dans Harry Potter =D
    2. La compagne / l’amante, qui sert de faire-valoir et/ou qui est le but du héros (la princesse à sauver)
    3. la femme forte dont toutes les épreuves amènes finalement à la vie rêvée de mère et d’épouse.

    Tout cela commence (heureusement) à changer, avec des personnages tels que les personnages féminin principaux de Divergente, de Hunger Game etc. mas j’y reviendrais plus tard =D #dix-gression (gression gression gression…).

    Bon, première chose à savoir, c’est que le personnage héroïque est définit par un schéma qui est TOUJOURS le même depuis l’antiquité (voire plus loin) et qui est PROFONDEMENT ancré dans nos inconscients au point qu’on y fait même plus attention.
    Ce sont des éléments du genre :

    • Orphelin
    • Blond = personnage lumineux, héros rayonnant / brun = personnage sombre, anti-héros ou personnage mélancolique (genre Thor et Loki ? Bah voilà, vous avez deux beaaaaux archétypes des héros xD)
    • Soumis à la destinée, iel ne peut pas dire merde à ce qui lui arrive et se barrer en claquant la porte, la machine s’emballe
    • Un cortège de compagnons
    • An mentor
    • Une partie “récit initiatique” où on va voir lo personnage passer de petit caca à warrior
    • et j’en passe tout à un tas. Pour ceux qui veulent, je peux mettre en spoil l’intro de mon mémoire qui parle des caractéristiques principales d’un personnage héroïque xD
      J’irais à l’encontre de ce que tu dis @Elka concernant le fait que ça “rassure”. En fait pas du tout, c’est une pratique littéraire aussi ancrée que le fait d’écrire des romances principalement hétérosexuelles et ci-genrée ou d’imaginer sa sorcière rousse aux yeux verts. C’est ce qu’on appelle des topoïs (pluriel de topos) soit un motif particulier qui se retrouve dans plusieurs écris d’une même culture et qui est rentré dans l’inconscient collectif.

    Donc, pour revenir au sujet : le fait que les personnages héroïques en chient, c’est normal. Le fait qu’on ai l’impression que les personnages féminins héroïques en chient encore plus, c’est normal aussi, parce que cette notion de héroïne héroïque (vraiment héroïque, qui existe par et pour elle-même sans nécessité d’un personnage masculin dans sa vie) est vraiment ultra récent.

    Sincèrement, la première fois que j’ai rencontré ce genre de personnage, c’était Sandiane dans Les Abîmes d’Autremer de Danielle Martinigol et c’était dans les années 90.
    Bon je précise, que là je parle de la littérature de jeunesse ET d’imaginaire hein. La littérature blanche n’étant pas trop ma tasse de thé, je suppose que d’autres personnages féminin aux caractéristiques héroïques existent avant (enfin j’espère…)

    Et je pense que les auteur.e.s se sentent obligés de forcer le trait pour justifier, comme vous disiez, qu’une “faible femme” puisse poutrer du couillard après son jogging. Parce que culturellement bah… c’est difficilement concevable autrement. C’est très agaçant, mais ça fait malheureusement partie de notre culture (le nombre de fois où les gens me pense “faible” parce que je fais 1m50 et que j’ai des seins… et que je les poutres à l’épée où au portage de charges de 20kg d’une seule main XD) qui porte en elle plus de 4.000 ans de récits où les personnages héroïques sont masculins.

    D’ailleurs c’est très amusant @Mouette que tu parles “d’instinct maternel” (bouh le gros mot !) pour le côté héros protecteur de Katniss (comme s’il fallait justifier qu’elle protège les faibles, la veuve et l’orphelin !) là où si elle avait été un garçon on aurait parlé d’instinct chevaleresque ou de dévouement =) et qu’on l’aurai admiré pour ça, sans nécessité de justification, parce que bon, c’est un héros, c’est son rôle ! A part ça je suis complètement d’accord avec ton analyse du personnage sauf sur la conclusion “elle aurait pu faire une excellente méchante” : pourquoi ? Parce que c’est une femme égoïste et implacable qui fait ce qui doit être fait et n’oeuvre que pour ceux qui lui sont chers, ainsi que pour son but personnel ? Parce qu’elle n’éprouve pas de pitié pour ceux qui la menacent et qu’elle n’hésite pas à tuer ? Et si c’était un homme, est-ce que ça en ferait un méchant ou un anti-héros super badass ?
    L’histoire aurai pu fonctionner si elle avait été un homme, mais pas tout à fait en l’état, certains personnages, comme Peeta et Gail auraient disparus. Ainsi que Prim, qui se serait probablement transformée en amour à épargner, et les garçons seraient devenus des amis proches masculins et peut-être une femme-compagnon d’arme qui du coup aurait été traitée comme un ami masculin. Mais sinon le reste de l’histoire n’aurait pas eu besoin de bouger.

    Pour revenir à la question, les personnages féminins dans la fantasy (et la SF !) actuelle ont effectivement plusieurs rôles a l’heure actuelle :

    • Essayer, encore une fois, de faire réfléchir sur la condition de la femme (sans grande réussite de mon point de vue T.T)
    • S’émanciper des topoïs pour devenir de réels personnages héroïques et non des ombres
    • Créer des voies nouvelles en littérature, avec des réflexions de plus en plus poussées autour des personnages féminin

    Bon je divague encore je crois :thinking:
    Pour revenir à la réflexion initiale de @schneevickchen l’impulsion vient effectivement souvent d’un homme, mais je crois que là c’est simplement que le mentor est souvent masculin dans les récits initiatiques (et la fantasy découle lourdement de ce genre de récit) toujours pour une question de culture occidentale.
    Par contre pour le côté souffrance psychologique et/ou physique c’est vrai qu’on s’y attarde beaucoup trop parce que… eh, c’est SEXY une femme qui souffre. Ca donne au lecteur un petit moment de voyeurisme pervers (COUCOU L’EPEE DE VERITE ET LES MORTIIIIIITES) et un sentiment de … comment dire ? De fragilité de l’héroïne qui fait que c’est toujours une fille parce qu’elle souffre et qu’on insiste dessus, alors qu’un garçon il aurait juste serré les dents.
    Je pense que d’ailleurs ça serait intéressant d’écrire la même scène, instinctivement, avec une personnage masculin au lieu de féminin, pour voir les réflexes de récits qu’on à sur la question =D

    Voilà voilà mes excuses pour le pavé xD
    Et si ça paraît sec x.x il est tard pour mon tit cerveau en jetlag !



  • @vava-omete Bon sang de bonsoir, la coïncidence était déjà folle, mais ton explication est superbissime ! ! ! ! Je me la relirai demain les yeux bien décollés, mon cerveau est déjà soufflé comme un fromage ! :D


  • Plume d'Argent

    @Vava-Omete Merci pour ton analyse hyper-intéressante sur l’héroïsme au féminin. C’est vrai que c’est un sujet très complexe, encore plus que l’héroïsme au masculin, je trouve.

    MAIS (oui j’insiste je sais mais j’y tiens parce que je trouve que c’est assez révélateur de notre vision du héros féminin) pour moi Katniss est animée par l’instinct maternel et pas par le dévouement chevaleresque. Tout le monde la voit comme un héros, un chevalier sans peur et sans reproche, mais ce n’est pas le moteur qui la fait tourner, et ça n’a rien à voir avec le fait qu’elle est une femme. Il y a des tas de héros féminins qui sont animés par le dévouement chevaleresque, comme Tris dans Divergente, Brienne dans Game of Thrones (surtout à partir de la saison 3 (Brienne mon amour)), Maud dans La Rose Écarlate, Jadina dans Les Légendaires, Cinder dans les Chroniques Lunaires, Dolores dans Westworld, Hermione dans Harry Potter, Eowyn dans le Seigneur des Anneaux, Wonder Woman chez DC, La Guêpe chez Marvel…

    Les héros chevaleresques féminins, sans nécessité de justification comme tu dis, existent donc et sont admirés par le commun des mortels sans remise en question, Hermione et Eowyn en sont le meilleur exemple. C’est justement ce qui est passionnant avec Katniss : elle ressemble à un chevalier sauf que pas du tout.

    Et pour répondre à ta dernière question : parce que c’est une femme égoïste et implacable qui fait ce qui doit être fait et n’oeuvre que pour ceux qui lui sont chers, ainsi que pour son but personnel, et parce qu’elle n’éprouve pas de pitié pour ceux qui la menacent, exactement. Et tout pareil si ç’avait été un homme. Dire qu’on a le droit de tuer de sang-froid sous prétexte qu’on est un héros ou même une héroïne, je trouve ça con comme un balai (oups, la véhémence, désolée désolée). On est un tueur, on est méchant. Point.

    Bon, c’est violent mais je trouve qu’Hollywood nous a pondu beaucoup trop de héros qui tuent à tour de bras ces dernières décennies et c’est pas bien. Voilà. Tuer c’est pas bien.



  • @Vava-Omete merci pour cette éclairante explication ! Ton mémoire a l’air hyper intéressant ! J’ai moi-même défendu un mémoire sur la fantasy française contemporaine il y a peu de temps (team défense des littératures de l’imaginaire en milieu académique :fist: ). J’avais traité du statut des héroïnes dans un chapitre (oui, un seul…), en comparant deux oeuvres, L’Héritage des Rois Passeurs de Manon Fargetton et La malédiction de la licorne (troisième tome de la trilogie Phénix) de Bernard Simonay. Le premier m’avait marqué par sa modernité… et le second est probablement le pire (du PIRE) roman de fantasy qu’il m’ait jamais été donné de lire (et il a gagné le prix Julia Verlanger, incompréhensible), qui est en outre le plus sexiste que je connaisse. Brrrrrr. En bref, ce personnage féminin rassemblait à lui seul tout ce qui nous fait frémir en matière d’héroïne. Elle commençait bien, pourtant, en voulant devenir la première femme chevalier…

    Pour travailler sur ce chapitre de mon mémoire, j’avais notamment lu l’ouvrage de Maureen Murdock qui traite, au contraire de Campbell, du voyage de l’héroïne (lorsque Murdock avait demandé à Campbell s’il pensait que le voyage d’un héros femme serait différent, Campbell lui avait répondu que la femme n’avait pas à faire de voyage mais juste à attendre le héros - un vrai gentleman - d’où la motivation de Murdock à écrire son livre). J’ai trouvé que le texte était très intéressant, très sourcé, mais il versait un peu trop dans l’essentialisme pour moi (courant féministe selon lequel l’homme et la femme auraient chacun une essence profondément différente qui les distingue dans tous les aspects de la vie, par exemple (et en très bref) la femme serait plus “intuitive” et l’homme plus “pragmatique”). Maintenant j’ai adoré que l’auteure fouille dans l’histoire de toutes les civilisations pour trouver les références féminines, déesses ou héroïnes, pour étayer le parcours de son héroïne. Si je n’ai pas retenu l’aspect essentialiste, j’ai beaucoup appris sur différentes civilisations et la place que la femme y occupait (déesse mère, déesse guerrière, messagère des dieux, de la nature…). On pourrait aussi dire que le parcours de l’héroïne selon Murdock penche plus du côté de la quête identitaire.

    Edit: j’étais censée aller quelque part avec ce message… mais où ?



  • @mouette je trouve ta réponse super intéressant ^w^/
    Surtout que les héroïnes que tu cites sont souvent vue comme des chevaliers justement, mais pas comme des compagnes potentielles ou des femmes (avec tout ce que ça implique) pour le héros justement parce qu’elles ont l’instinct chevaleresque :thinking:
    Peut-être qu’on devrait éclaircir nos définitions “d’instinct maternel” parce que pour moi, outre le fait que cet instinct n’existe pas, ça définit surtout une capacité innée et compulsive à s’occuper des petits et des faibles et/ou des gens dans le besoin. Hors à mes yeux Katniss est tout sauf ça : elle est maladroite même si elle a un puissant instinct de protection envers ceux qui lui sont proches et qui se retrouvent dans la galère alors qu’elle peut faire quelque chose pour les en sortir. Ce qui n’a rien à voir avec ma définition de l’instinct maternel.

    J’aime bien ta façon de voir les “méchants” et les “gentils” ^^ ça démontrer une forte force de conviction èoé/ et ça fait plaisir a entendre aussi. Parce que justement, dans les topoïs du héros héroïque, y’a ce côté “tueur pour la bonne cause” qui lui est passé par tout le monde. On en a un super exemple dans “L’Etoile du Matin” de David Gemmel d’ailleurs =D où le personnage principal est un connard finit, mais il est considéré comme un héros par tout le monde et du coup on lui passe tout X3 ou dans James Bond >.> ou Terminator etc etc etc.

    @Lulu-Has-A-Gun merciiii é/////è
    Malheureusement je ne l’ai jamais terminé T.T j’ai ouvert ma librairie en cours de route èoé/ mais la littérature de l’imaginaire triomphera !!
    AH !
    Bernard Simoney =D
    Sa Vallée des 9 cités est mon tope ZERO du roman XD et j’ai jamais eu le courage de lire sa série Phénix
    J’avoue avoir la curiosité de lire ton analyse des personnages de L’Héritage des Rois Passeurs parce que je l’ai commencé en janvier et jamais finit tellement l’héroïne de notre monde me sort par les yeux.
    Oooooh j’irais voir pour l’ouvrage de Murdock si j’arrive à le trouver. Pour ce qui est de Campbell eh bien… j’ai envie de dire, pour sa défense, qu’en effet, au moment de l’écriture, des héroïnes héroïques, y’en avait point, et que malheureusement le sexisme ordinaire… ça n’enlève rien à la qualité de son ouvrage heureusement x.x mais bon, c’est un peu comme Louis Ferdinand Céline… on aime sa littérature, mais pas le bonhomme xD
    C’est amusant, parce que justement, la quête identitaire est aussi celle du héros '.'
    Franchement je pense que la seule chose qui change entre héros et héroïne, c’est la façon d’aborder les événements et de les surmonter, mais sinon le schéma est le même.
    Ahah toi aussi tu te perds dans tes idées ? =D


  • Plume d'Argent

    @vava-omete a dit dans Les héroïnes littéraires actuelles (fantasy) :

    mais bon, c’est un peu comme Louis Ferdinand Céline… on aime sa littérature, mais pas le bonhomme xD

    Peut-être que je suis la seule, mais je n’ai pas pu digérer son style. Je devais lire Voyage au bout de la nuit pour la matu et j’ai fait l’impasse : je n’arrivais pas à le lire. Pas taper. :flag_white:

    Je sors et vous laisse poursuivre le débat.



  • @fannie a dit dans Les héroïnes littéraires actuelles (fantasy) :

    @vava-omete a dit dans Les héroïnes littéraires actuelles (fantasy) :

    mais bon, c’est un peu comme Louis Ferdinand Céline… on aime sa littérature, mais pas le bonhomme xD

    Peut-être que je suis la seule, mais je n’ai pas pu digérer son style. Je devais lire Voyage au bout de la nuit pour la matu et j’ai fait l’impasse : je n’arrivais pas à le lire. Pas taper. :flag_white:

    Je sors et vous laisse poursuivre le débat.

    Aha non mais tu as raison =D
    Son style est très lourd mais… il a révolutionné une partie de la littérature blanche, du coup on peut au moins lui rendre ça.



  • @Vava-Omete ah, j’ai lu la trilogie entière et, franchement, pendant quelques mois, j’ai ressenti une véritable peur à chaque fois que j’approchais un roman de fantasy. Un vrai trauma ! Je ne me sentais pas capable d’encaisser plus de sexisme !
    Si ça t’intéresse, je peux t’envoyer cette partie de mon mémoire (l’analyse “féministe” ne fait que sept pages, c’est assez court et concis).

    Du coup… je ne toucherai JAMAIS plus un de ses romans. JAMAIS.

    D’ailleurs, il m’est arrivé une fois de déplacer un de ses romans qui se trouvait sur l’étalage d’une librairie parce que je le trouvais biiieeeen trop en évidence et biiiiieeeen trop proche d’héroïnes qui n’avaient certainement pas besoin de sa présence misogyne (je te rassure, je n’ai fait que le descendre de quelques étages sur le présentoir… j’ai bossé en librairie et je sais à quel point c’est frustrant de ne pas retrouver ses ouvrages xD… ou de retrouver des paquets de livres sortis des rayonnages et rangés n’importe où !).


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