Les héroïnes littéraires actuelles (fantasy)



  • Alors voilà, j’ai lu plusieurs livres de fantasy récemment (je renoue avec le genre), et j’ai été frappée par quelques similitudes entre différents personnages principaux féminins. Les deux ont un tortionnaire qui leur veut du bien (ou pas, en fait), et leur fait subir une véritable torture physique et psychique pour leur faire acquérir la maîtrise de leurs pouvoirs surnaturels/magiques. Je pense notamment à Déracinée de Naomi Novik et au Cirque des rêves d’Erin Morgenstern, et j’ai nommé les personnages principaux féminins suivants (petit spoiler) :

    Agnieshka de Déracinée de Naomi Novik
    Celia du Cirque des rêves d’Erin Morgenstern

    Comme l’héroïne, selon le dossier sur ce thème publié dans le Journal PAen est un personnage que l’on admire et auquel on souhaiterait ressembler, ben je me pose des questions. Oui, elles deviennent admirables car maîtrisant des pouvoirs surnaturels/magiques et réalisent des choses magnifiques, mais elles ont subi un abus psychique et physique qui interroge. Je suis partagée face à ces figures plus ou moins traumatisées et torturées.

    Avez-vous remarqué d’autres personnages principaux (ou non) féminins dans ce style ? Avez-vous vu des analyses de ce type de personnage ?

    Bisous baveux !



  • Il faut vraiment que je trouve le temps de lire Le cirque des rêves, je m’appelle Célia et j’écris un livre sur le cirque, c’est une honte de ne pas l’avoir fait.

    Hum hum, au-delà de cette disgression, il me semble très (trop) courant de rencontrer des héroïnes ayant subi de mauvais traitement par le passé.
    Personnellement, je ne supporte pas les viols, qui n’ont parfois aucun sens. Toutefois, dans Eleanor and Park, les mauvais traitements et leur caractère sexuel de plus en plus prononcé donnent froid dans le dos, c’est excellent !
    Parfois les mauvais traitements se justifient : par exemple il est justifié que Kate Daniels ait reçu une éducation d’assassin et j’aime beaucoup cette série.

    Il me semble donc que tout est possible, si cela apporte une réelle profondeur à l’histoire.



  • Ellana (Le Pacte des MarcheOmbres) de Pierre Bottero, entrainée à la dure, mais son mentor prend tout de même soin d’elle! Au contraire (archi-contraire puisque c’est un mec) l’un des personnages principaux de L’Autre apprend à se battre en regardant d’autre faire, et j’avais trouvé ça trop facile.

    Je pense que les faire souffrir au début et de façon justifiée est une sorte de “passe-droit” pour qu’à la suite elles puissent se sortirent de situations désespérées sans que le lecteur ce dise “Mais what?! Attendez c’est n’importe quoi, la nana rien que parce qu’elle a fait du jogging tous les matins elle maitrise cinq agresseurs d’un coup?”.

    Après il y a différentes formes de souffrance: physique, cela va se soigner, cela se voit, les gens autours s’inquiètent pour le personnage, c’est un sort presque enviable.
    Psychique, c’est une autre histoire. La perte d’un proche rend le personnage encore plus touchant, on est triste pour lui et le voir se sortir de cette mauvaise passe nous laisse admiratif. Par contre, lorsque cela devient trop personnel, c’est plus compliqué pour le lectorat de s’identifier au personnage, on prend un certaine distance.


  • Plume d'Argent

    @schneevickchen Je ne connais pas les héroïnes auxquelles tu fais référence mais ton post m’a fait penser à ces vidéos sorties il y a quelques années où une sociologue critiquait la place des femmes dans les jeux vidéos (ça avait fait un tollé d’ailleurs). Elle dressait des catégories de personnages féminins des jeux vidéos et l’un de ces personnages féminins type était la femme rendue superpuissante par des pouvoirs qu’elle ne maîtrisait pas, à tel point que le héros (mec) devait in fine l’abattre, pour son propre bien. J’ai l’impression que les relations malsaines physiques/psychiques que tu décris tombent un peu dans ce stéréotype selon lequel la femme est soit un petit ruisseau bien gentil, soit un torrent qui devient incontrôlable et déborde. Après je rejoins @Moja sur l’idée qu’une héroïne badass (ou un héros badass d’ailleurs) doit logiquement passer par une forme d’épreuve du feu pour être à la hauteur des défis qui l’attendent, sans pour autant subir complètement cette violence - Ellana est un bon exemple.

    @moja a dit dans Les héroïnes littéraires actuelles (fantasy) :

    Je pense que les faire souffrir au début et de façon justifiée est une sorte de “passe-droit” pour qu’à la suite elles puissent se sortirent de situations désespérées sans que le lecteur ce dise “Mais what?! Attendez c’est n’importe quoi, la nana rien que parce qu’elle a fait du jogging tous les matins elle maitrise cinq agresseurs d’un coup?”.

    :joy:



  • Je pense qu’on aura encore quelques années de personnages féminins un peu agaçants (comme on a en fait toujours pleins de héros masculin fort et courageux avec des félures mais qui redresse la tête comme des hommes (versons tous ensemble une petite larme))
    Notre société est encore très marquée par ces “clichés” qui… rassurent, je suppose ? Mais on ne peut pas nier que les choses bougent doucement. Ce n’est peut-être pas dans les livres les plus vendus, mais ça vient !

    Je pense toujours à Katniss de Hunger Games, qui est la première héroïne qui m’a fait réaliser que les filles, dans les livres, peuvent être autre (mais j’ai vu une vidéo analysant que ce sont en fait des personnages permutables avec des garçons et que, du coup, ça ne prenait pas en compte que c’était des filles)
    Dans ce genre j’avais bien apprécié Tris de Divergent (même si son binôme masculin retombait dans certains clichés agaçant)

    En fait, je crois que je ne supporte pas les personnages féminins qui, dans leurs actes ou paroles, deviennent elles-même totalement sexiste. Y en a une dans Les sauteurs de bibliothèques Library jumpers, je ne sais plus son nom mais ses réflexions étaient insupportables (@Dan @EryBlack @Gueule-de-Loup @Neila , un coup de main pour retrouver le nom de madame “arrête de te faire une queue de cheval, t’as plus douze ans et cesse de marcher comme un garçon” ? :p )

    Mais on peut aussi honorer ces personnages féminins très cools car très réalistes qu’on trouve aussi ♥



  • Merci pour vos réponses toutes très intéressantes !

    Comme tu dis, @elikya, si ça apporte quelque chose à l’histoire, c’est justifié, mais j’ai l’impression que moins de persos mecs vont être torturés par une femmme pour développer leurs pouvoirs, que de femmes vont l’être par des hommes.

    Alors justement, @Moja, ma deuxième question c’est si vous connaissiez des persos mecs qui subissent de mauvais traitement pour développer leurs pouvoirs ! Et dans L’Autre, visiblement, non… Et ces persos filles qui souffrent semblent dire qu’une héroïne ne peut exister qu’en souffrant et en se faisant canaliser par un homme, alors que les héros mecs se récoltent à foisons, en pouvant se permettre d’être le « héros masculin fort et courageux avec des félures mais qui redresse la tête comme des hommes » (@Elka)

    Et quand tu cites les pensées d’un lecteur : “Mais what?! Attendez c’est n’importe quoi, la nana rien que parce qu’elle a fait du jogging tous les matins elle maitrise cinq agresseurs d’un coup?”. (@Moja), justement, dans Déracinée, la fille progresse lentement, et ne se sert que des sorts qu’elle a appris en situation de combat, ce qui donne des combats très astucieux et bien fichus !
    Je parle vraiment de la souffrance qu’endurent certains persos filles pour développer leurs pouvoirs, donc pas vraiment à voir avec le deuil (sauf si on tue leur famille pour révéler leurs pouvoirs, ce qui est très sadique, mais un auteur y aura bien pensé aussi XD)

    Quand tu dis : « Par contre, lorsque cela devient trop personnel, c’est plus compliqué pour le lectorat de s’identifier au personnage, on prend un certaine distance. » (@Moja), ben déjà une héroïne qui souffre physiquement et psychiquement (qui parfois semblent un peu arbitraires) pour développer des pouvoirs, moi, ça me refroidit toujours un peu, parce que j’irai bien appeler la Ligue des Droits de l’héroïne pour signaler les mauvais traitements.

    Pour filer ta métaphore, @Zénodote, les persos filles auxquelles je pense (dont les deux citées), c’est un peu le genre petit ruisseau qui ignore ses grands pouvoirs et qui a besoin d’un grand coup sur la tête de la part d’un homme pour enfin réussir à faire quelque chose de ses dix doigts. Souvent elles gardent une certaine liberté quant à comment exercer leurs pouvoirs à leur manière, mais l’impulsion vient d’un mec…

    PS @elikya : Je suis en train de relire Le Cirque des rêves en anglais, et il est toujours aussi cool (voire plus). Après si tu es en train d’écrire sur un cirque, ça risque peut-être de trop te rappeler le boulot… Autant le garder pour un moment propice ! (mais c’est fou-fou que tu aies le même nom que le personnage principal féminin ! XD)

    J’ai justement vu une présentation de Eleanore and Park par la bootubeuse Margaud Liseuse (http://la-liseuse.blogspot.com/2014/07/eleanor-park.html), et ça m’a donné envie, comme quoi !

    PS @Elka : Chose intéressante, dans l’article du Journal PAen, Katniss est catégorisée comme étant « La bonne poire», qu’en dis-tu ? Et des persos filles sexistes, là, c’est le pompon ! XD là comme ça j’en ai pas qui me viennent à l’esprit, mais je vais lire attentivement pour ne pas en louper.


  • Plume d'Argent

    @schneevickchen A propos de ton “PS”… C’est très intéressant ce que tu dis, je trouve, parce qu’à mes yeux Katniss est tout sauf une “bonne poire”. Dans la catégorie, c’est plutôt Peeta, la bonne poire qui est trop gentille et se fait punir / aimer (j’adore ce bouquin tellement ambigu) pour ça. Katniss au contraire ne soutient que les personnes qu’elle connaît ou qui lui rappellent ceux qu’elle connaît (et particulièrement les enfants dans lesquels elle retrouve sa sœur Prim). Elle a de la compassion pour ceux qui souffrent mais aucune empathie, et elle n’ira jamais se sacrifier pour des inconnus… Simplement, elle est animée par un ressort proprement et purement féminin : l’instinct maternel qu’elle ressent pour Prim et qu’elle a tendance à étendre à toutes les personnes faibles qui se placent sous sa protection (le district 12 qui est toujours en train de mourir de faim, les trois modistes qui s’occupent d’elle, Cinna au moment où il se fait tabasser, Peeta quand il est gravement blessé dans la première arène, Finnick alors que son traumatisme des Hunger Games se révèle…). C’est à mon avis ce trait de caractère qui la fait passer, dans une littérature principalement portée par des valeurs masculines, pour une “bonne poire”. Mais je suis persuadée qu’à part cet instinct maternel, c’est un être implacable bien que suicidaire et que dans un autre contexte elle aurait pu faire une excellente méchante. Donc Katniss est pour moi une super héroïne, vraiment féminine et vraiment ambiguë, et l’histoire n’aurait pas pu fonctionner si elle avait été un homme.



  • @mouette a dit dans Les héroïnes littéraires actuelles (fantasy) :

    Donc Katniss est pour moi une super héroïne, vraiment féminine et vraiment ambiguë, et l’histoire n’aurait pas pu fonctionner si elle avait été un homme.

    Alors là, je ne peux qu’être d’accord, surtout quand on pense à cet instinct presque maternel, envers sa sœur, les personnes en danger, sa rébellion…

    Et c’est là qu’est l’os, Katniss est une héroïne au sens où elle fait de grandes actions, qu’elle se dresse contre l’oppression, tandis que les personnages féminins en souffrance qui restent chez l’homme qui les a formées, là, c’est plus nuancé… J’ai l’impression que finalement ces persos filles-là font aussi réfléchir sur la condition de la femme dans les livres, mais avec d’autres outils… Genre Ofred dans La Servante en rouge de Margaret Atwood, quoi.



  • @schneevickchen et @Mouette euh… Katniss, un instinct maternel ? Pardon d’interférer dans le débat initial, mais je ne pense pas du tout qu’elle ait un instinct que l’on pourrait qualifier de “maternel”. Un caractère fort, oui. Un instinct de survie, à la limite, oui.
    Katniss, c’est aussi et surtout une enfant devenue adulte trop tôt, oui. Elle prend à bras le corps le rôle parental à un jeune âge, cela ne lui donne pas un “instinct maternel”… C’est justement, pour moi, ce qui forme son caractère si ambigüe. Elle a dû endosser des responsabilités qui n’étaient pas les siennes : assurer la survie de sa famille : mais ce n’est pas quelque chose d’instinctif mais bien un apprentissage (la chasse avec son père, les plantes, …) qui lui ont permis de s’en sortir. Elle a dû mettre a profit et en action les tâches vu et revu, les maigres initiations reçues pour relancer sa famille et les sortir de l’impasse.

    Elle a de la compassion pour ceux qui souffrent mais aucune empathie, et elle n’ira jamais se sacrifier pour des inconnus… (@Mouette )

    Oui, totalement d’accord avec ce que tu dis. :heartpulse:


Se connecter pour répondre
 

Il semble que votre connexion ait été perdue, veuillez patienter pendant que nous vous re-connectons.