Les débuts d'histoires



  • Bonjour à tous,
    je voulais lancer ce sujet, parce que j’ai beaucoup de mal avec le début dans mes écrits. Pourtant, faire voyager le lecteur dans son histoire dès les deux premières phrases, ça me semble quelque chose d’à la fois merveilleux (qu’est ce que c’est agréable d’ouvrir un roman et de se sentir happé par l’univers très vite et sans s’en rendre compte) et nécessaire (Si le lecteur a du mal à “rentrer” dans l’histoire sur le premier chapitre, son ressenti va s’altérer pour toute la suite).
    Du coup, je voulais connaitre un peu vos “techniques” en tant qu’auteur pour bien commencer un récit, et vos “envies” en tant que lecteur, sur ce qu’est pour vous un début réussi.



  • Salut Dworkin!
    C’est une bonne question que tu poses là. Je n’y avais jamais vraiment réfléchi. Maintenant que j’y pense un peu (et que je compare mes récits), je me rends compte que je fais toujours la même chose sans m’y prendre de la même manière: j’essaie d’instaurer un mystère, de faire se questionner le lecteur.
    Pour une nouvelle, j’ai ouvert le récit par " Il m’est arrivé un truc bizarre hier.", alors que dans mon projet de saga de fantasy, je commence par "Par une froide nuit d’hiver, une figure encapuchonnée se frayait un chemin à travers la neige, sous le regard indifférent de la multitude d’étoiles scintillantes."
    Ce n’est absolument pas similaire, chaque phrase pose à elle-même déjà le ton de l’histoire, et pourtant, les deux ont pour but de capter l’attention du lecteur.

    Je pense qu’en tant que lecteur c’est aussi ce que je cherche : du mystère, de la matière à réfléchir. Je déteste que l’on m’expose longtemps quelque chose que j’aurais déjà compris ou que l’on aurait pu me faire comprendre dans l’action.



  • Je me joins à votre intéressante conversation :)

    Si je peux ajouter quelque chose à ce que @Mart a déjà dit (provoquer le questionnement chez le lecteur, évoquer le mystère, le suspense), je dirais qu’il faut, en même temps, donner le ton de l’histoire. Par exemple, dans “La Tour Sombre”, Stephen King commence son énorme saga avec “L’homme en noir fuyait à travers le désert, et le pistolero le suivait”. Il intrigue, et donne déjà une idée du contenu, puisque le début de sa série concerne essentiellement la recherche de l’homme en noir. C’est une traque entre deux personnages indéfinissables: un “homme en noir” ? un “pistolero” ? On a d’un côté l’accroche (qui sont ces personnages ? pourquoi l’un poursuit-il l’autre ?) et une bonne idée de ce que le roman contient (la traque, la fuite, le désert, des armes à feu). King parvient à accomplir beaucoup en une seule phrase (ce n’est pas le King pour rien !).

    Dans mon texte “La cité dans le désert”, le prologue commence avec “Je ne suis pas le genre de personne sur laquelle vous avez envie de miser”. Je voulais avant tout mettre en avant le fait que mes personnages, s’ils sont tout à fait capables, n’ont pas le profil du héros et que, sur papier, effectivement, on ne miserait pas sur eux pour sauver la mise. Ma seule crainte avec cette phrase est que je n’arrive pas à accrocher le lecteur, qui pourrait simplement se dire “si les personnages ne misent pas sur leur propre capacité à accomplir ce qui doit être accompli… pourquoi je le ferais ?” …

    Sinon, comme je suis une personne assez simple, si un roman débute sur une bonne blague ou sur un évènement explosif, il y a de fortes chances que je me lance dans la lecture !



  • Vos exemples et vos réflexions sont super intéressants.
    @Lulu-Has-A-Gun : je trouve la phrase “Je ne suis pas le genre de personne sur laquelle vous avez envie de miser” très accrocheuse : Ça dépend des phrases suivantes, mais en phrase d’accroche, ça me donne tout de suite envie de lire la suite, parce que je sait qu’on ne part pas sur une histoire ou les choses sont gagné d’avance, et ou on a un héros sans peur et sans reproche auquel tout le monde croit :-) =. Et l’exemple de Stephen King est vraiment très intéressant.
    @Mart : Je trouve tes exemples très bon pour instaurer un mystère, et à ce titre la ils captent bien l’attention du lecteur, par contre je trouve qu’ils sont moins originaux, on apprend rien sur les particularité de l’histoire. J’imagine que les phrases suivantes sont plus riches en détails, mais pour la deuxième phrase, je sait juste que je vais probablement arriver sur de l’Héroïc Fantasy, et pour la première, je n’apprend pas grand chose. Du coup je suis moins sur que je serait accroché par la phrase si je devais choisir une histoire à lire en fonction de sa première phrase.



  • @Lulu-Has-A-Gun justement, ta phrase marche bien comme accroche aussi parce qu’on se demande pourquoi ton personnage dit ça. Pourquoi a-t-il perdu confiance en soi-même ou se voit-il ainsi?
    Pour ce que tu dis avec Stephen King, je suis bien d’accord. En fait, c’est même quelque chose que j’essaie de faire (en moindre mesure) au début de chaque nouvelle scène : donner le ton.
    En fait, c’est sûrement pour cette raison que les premiers paragraphes des chapitres sont souvent ceux dont je suis le plus content chez moi.
    Autre chose que tu fais très bien et qui peut aider à accrocher le lecteur @Lulu-Has-A-Gun : tu établis un lien phatique (je ne vais pas te refaire des cours qu’on a tous les deux eux, ne t’en fais pas ^^ ) entre le narrateur et le narrataire avec ton “je” et ton “vous” en évoquant en plus une absence d’envie…
    @Dworkin oui, bien sûr. Je n’ai donné que les premières phrases, alors que le sujet est “Les débuts d’histoire”. Je pense que je réussis assez bien à me démarquer du “juste du héroïc-fantasy” avec mon prologue ^^ (ne t’en fais pas, je ne suis en rien vexé). Il est juste plus facile d’analyser de courts segments.


  • Plume d'Argent

    @Dworkin Intéressant ce sujet ! Pour le premier roman que j’ai écrit, j’avais fait l’erreur de commencer par un long prologue expliquant mon monde et son histoire… Je dis erreur car même si un tel prologue n’est pas mauvais en soi, il est très difficile d’en réaliser un sans endormir le lecteur (et puis c’est un lieu commun de la fantasy).

    Du coup pour mon deuxième roman (La Ville Sans Vent), j’ai décidé de commencer in medias res, en mettant dès la première page l’élément déclencheur de l’intrigue. Boum. Comme ça au moins pas de danger d’endormir le lecteur :grin:

    Dans tous les cas, l’introduction est hyper importante, elle doit donner le ton du roman et montrer que ce ton est intéressant.


  • Plume d'Argent

    Le début, je l’écrit instinctivement, sous le coup de l’inspiration, du coup je n’ai aucune technique en la matière. Pourtant, c’est important de faire la bonne promesse au lecteur.

    Le cirque interdit commence par une phrase sans surprise, mais elle contient une grande part du roman.
    « Le chapiteau jaune et bleu s’élève fièrement sur le gazon du bois de Boulogne, surmonté de drapeaux qui claquent au vent. »

    Ma première phrase préférée, c’est celle de Jane Austen, dans Orgueil et Préjugés :
    « C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles. »


  • Plume d'Argent

    @elikya Aah top-là ! :raised_hands: Trop forte cette Jane


  • Plume d'Argent

    Sujet très intéressant @Dworkin !

    Je n’ai pas ses livres sous la main mais j’ai pensé pour ma part à Timothée de Fombelle. Dans Tobie Lolness et Vango, on est tout de suite happé dans la fuite des héros des deux romans. C’est un bon exemple de “prise au piège” du lecteur !

    Je nuance tout de même mon propos : j’ai voulu lire à la suite les deux tomes de Tobie et ceux de Vango.
    En découvrant qu’au début de Vango, le héros fuyait tout comme Tobie, j’ai lâché ma lecture et ne l’ai recommencé que des années plus tard… Je ne remets aucunement en cause les talents littéraires de l’auteur (que j’adore :heart_eyes_cat:). Seulement la coïncidence de ces deux débuts similaires a influé sur ma lecture. Je me suis dit que je repartais dans le même schéma. Même s’il m’avait plu dans la lecture précédente, je n’étais pas prête à repartir sur les mêmes bases. Je sais aujourd’hui que l’histoire est pourtant totalement différente !
    Tout ça pour dire que les débuts d’histoire sont importants.
    Pour À juste titre, la première phrase se concentre sur des sensations : “Un bruit lointain. Un appel d’air. Un léger mouvement de foule.” Et je dois avouer que je n’ai pas cherché longtemps ce début. Il est venu au fil de l’inspiration. Ça n’empêche pas de soigner la suite pour que le lecteur puisse satisfaire en partie sa curiosité et poursuive sa lecture.
    Il faut peut-être aussi se méfier des débuts d’histoire trop spectaculaires qui ne peuvent être que de la poudre aux yeux si la suite n’est pas là…



  • @Cliène tout à fait! Je me rappelle encore ma déception à la lecture de Throne of Glass de Sarah J. Mas. Le début m’avait tellement plu! Et puis le reste de l’histoire n’a pas du tout suivi. Elle n’était peut-être pas mauvaise, mais pas en accord avec le début que j’avais vraiment trouvé génial, alors j’ai beaucoup rouspété pendant la lecture.


  • Plume d'Argent

    @Mart @Cliène J’avais aussi été happée par l’incipit d’un roman dont je ne me souviens plus du nom - ça parlait de fantômes et de Jack L’Eventreur dans le Londres moderne - , le début décrivait l’installation d’une ado américaine dans un pensionnat, c’était super bien écrit et réaliste, mais la suite du livre m’avait fait déchanter, elle n’était pas à la hauteur de l’introduction… Comme quoi le début peut effectivement être trompeur!

    Sinon dans le genre incipit de folie, il y a l’introduction de Sally Lockhart (Pullman <3 ), où l’héroïne est décrite en train d’arriver dans un bureau. Le premier paragraphe se conclut par: “Elle s’appelait Sally Lockhart et dans un quart d’heure, elle allait tuer un homme”.


  • Plume d'Argent

    Comme @Elikya, j’ai écrit tous mes débuts d’histoire instinctivement, comme ça venait, sans me poser de questions.
    Mais maintenant que j’y réfléchis, je crois que je commence toujours en par une scène d’action dans le présent de l’histoire, comme pour “plonger” le lecteur tout de suite dans l’atmosphère. Et ensuite, je fais un saut en arrière plus ou moins grand pour présenter le contexte.


  • Plume d'Argent

    @Isapass J’ai beaucoup aimé ta scène d’introduction dans les Princes Liés d’ailleurs (oui j’ai lu les deux premiers chapitres, promis je viendrai commenter bientôt!)


  • Plume d'Argent

    @zénodote Ah merci ! J’espère que ça te plaira si tu continues.



  • Salut ! Je n’ai pas pris le temps de lire les réponses précédentes, donc désolée j’espère que pas de redites.
    J’ai le même problème, sauf qu’il se pose sur chaque début de chapitre. C’est em****ant. (surtout que mes chapitres sont ultra courts genre 2 pages, donc j’ai tout plein de débuts partout). Et quand je dois commencer, je bloque.
    Du coup, ma technique qui marche ou pas selon les jours, c’est d’écrire sans me poser de questions, même si c’est moche. Quand mon chapitre est fini, je fais souvent une grosse coupe dans le début, par exemple je ne vais le faire commencer qu’à ma 7e phrase. Ca permet d’être beaucoup plus vite dans l’action.

    Après, sur l’univers, je trouve important d’arriver à décrire par petites “touches”, sans exhaustivité, et surtout sans avoir l’air de décrire. Plutôt que de dire que tel objet qui est posé sur la table a telle utilité, on montre le personnage qui utilise l’objet en question. Les descriptions longues en début d’histoires m’ennuient souvent, on veut de l’action. Mais l’action n’étant pas distincte de l’environnement dans lequel elle se déroule, on peut tout à fait traiter les deux en même temps… Et ça donne du naturel, je pense.



  • Pour ceux et celles qui lisent aussi en anglais, voici quelques articles du blog “Mythcreants” que j’aime beaucoup. C’est un collectif de blogueurs qui s’intéressent, souvent avec beaucoup d’esprit critique, à des sujets allant des livres de fantasy/SF aux séries en passant par les jeux de plateau et les comics. Ils ont fait quelques articles sur les “débuts d’histoires” :

    Les quatre fonctions à remplir pour écrire une bonne phrase d’ouverture:
    https://mythcreants.com/blog/four-functions-of-amazing-opening-lines/
    (article basé notamment sur Ray Bradbury, Mary Shelley, Orson Scott Card, George Orwell, Douglas Adams…)

    Les clés d’une bonne scène d’ouverture:
    https://mythcreants.com/blog/the-keys-to-a-great-opening-scene/
    (article basé sur Brandon Sanderson, John Scalzi…)

    Quatre façons de donner un coup de fouet à un début un peu mou:
    https://mythcreants.com/blog/four-ways-to-jump-start-a-slow-beginning/
    (Madmax, L’histoire sans fin…)


  • Plume d'Argent

    @Lulu-Has-A-Gun super articles !
    Moi j’essaie soit de rentrer directement dans l’action comme dans Sillages (Les coups assenés d’un poing ferme contre la porte, résonnaient dans l’appartement de la famille Amenabi.)
    ou alors de faire une phase d’introspection avec des phrases courtes comme dans l’Obsession du Papillon :Tu m’as appelée, je crois. Dans la nuit, il me semble. Je pense être arrivée juste après les faits. Quelques minutes trop tard.
    En fait j’aime beaucoup écrire les premières lignes dans chacun de mes chapitres. Je trouve qu’il donne le ton à l’ensemble du chapitre.
    Par ailleurs, quand j’achète un livre, je regarde la couverture et les premières lignes du livre. Si les premières lignes attisent ma curiosité, j’achète !
    Par contre, j’ai l’impression d’être beaucoup moins doué pour les fins de chapitres. J’aimerai bien en faire des aussi bonnes que @Lily ou @Lulu-Has-A-Gun



  • Super intéressant comme sujet ! :D C’est vrai que le début d’un livre est très important et décide souvent de si le lecteur va accrocher ou non.

    Personnellement, j’avais commencé mon roman par une ligne de dialogue “- Par le froc de Marius, on s’les gèle !” C’était une manière pour moi de faire plonger le lecteur directement dans l’action, de lui permettre de ressentir de l’empathie pour le personnage, de donner un peu des indices sur le lieu et l’univers, avec en plus une petite touche d’humour. Phrase qui avait beaucoup plu à @Lulu-Has-A-Gun d’ailleurs :p , au point qu’elle en a fait une variante que j’adore “Par le string de Marius !”.

    Et sinon, un début de roman qui m’a beaucoup plu, c’est celui d’un roman érotique qui s’appelle “la vie sexuelle de Blanche-Neige”, qui est super bien écrit et qui donne le ton dès le début avec une phrase “Longtemps je me suis touchée de bonheur.” Tout le monde reconnait la référence, et le lecteur comprend le sujet du roman et quel style d’écriture il y trouvera.

    Evidemment, je pense que le début d’un roman dépend du style, du genre et du sujet. Je pense qu’on ne commence pas une histoire de la même manière selon que c’est un roman tranche-de-vie ou un roman de fantasy par exemple ^^



  • Moi aussi j’ai tendance à commencer par une ligne de dialogue, de préférence quelque chose d’un peu décalé, avant d’embrayer sur qui est qui et pourquoi le dialogue en question a lieu, histoire que le lecteur ne se sente pas paumé, mais sans perdre de temps…
    J’aime bien, en tant que lectrice, les romans qui commencent dans le feu de l’action, mais sans que le lecteur n’ait l’impression de ne pas suivre, ce qui est certes délicat mais pas impossible, comme pas mal de chouettes bouquins le démontrent ^^



  • @zénodote a dit dans Les débuts d'histoires :

    J’avais aussi été happée par l’incipit d’un roman dont je ne me souviens plus du nom - ça parlait de fantômes et de Jack L’Eventreur dans le Londres moderne - , le début décrivait l’installation d’une ado américaine dans un pensionnat, c’était super bien écrit et réaliste, mais la suite du livre m’avait fait déchanter, elle n’était pas à la hauteur de l’introduction… Comme quoi le début peut effectivement être trompeur!

    Hantée dont je n’ai lu que les deux premiers tomes parce que la suite n’est plus éditée… J’avais bien aimé mais ce n’est pas inoubliable.
    Quand j’étais petite j’ai écrit un nombre incalculable de débuts et j’avais l’habitude de commencer par un dialogue ou seulement quelques lignes d’explication rapide. C’est une habitude que j’ai gardé, la seule exception étant Corsets et couteaux du fait du mode de narration…
    Généralement aussi, je fais un prologue…


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