Gestion émotionnelle de l'écriture



  • Bonjour!

    Alors voilà, j’ai une question à vous poser, un peu étrange, un peu intime, aussi. Juste histoire de savoir si je suis toute seule dans ce cas, ou si je suis bonne à enfermer définitivement (haha)

    J’ai parfois énormément de difficultés à gérer émotionnellement mon écriture.

    En vrai, j’adore écrire. C’est une expérience parfaitement merveilleuse qui m’apporte plein de choses. C’est à la fois excitant, apaisant, fascinant, tout un tas de mot en -ant. C’est comme une grosse confrontation avec moi, avec ce que je suis capable de faire, d’imaginer.
    Quand j’écris, je ressens absolument tout, que ce soit autour de moi ou dans le livre. Pendant un passage “facile”, je jubile presque, parce que ça va comme je veux, parce que c’est une sensation formidable. Pour d’autres, c’est plus compliqué.

    Pour la petite histoire, je suis en train de terminer la deuxième -et pas la dernière, je pense- version d’un roman jeunesse qui se passe dans le milieu corsaire. En soi, pas de quoi fouetter un chat.
    Le truc, c’est que j’y mets tellement de moi sous des couches de fun, de voiles et de gouvernail, que ça me remue énormément.
    J’ai fait un gros travail sur mon personnage principal, pour le faire émerger tout entier, avec une vraie présence physique et une profondeur. Pour ça, sincèrement, je suis parfois aller chercher assez profond, des trucs moches et pas sympas.
    Forcément, ça me rend tout drôle, mais je veux vraiment aller au bout de ce projet - j’ai jusqu’à fin août pour l’envoyer à ma ( future? :fingers_crossed: ) agente littéraire.

    Donc je vous le demande, si ça vous arrive, comment vous faites de votre côté pour gérer ça?

    J’arrive de mieux en mieux à me créer un univers sécurisé, à faire attention à mes ressentis et à pas trop tirer sur la corde. J’en parle aussi à mes proches, mais parfois ils ont un peu du mal à comprendre ce que je veux dire.

    Merci !

    PS: prière de ne pas apporter tout de suite la camisole de force :sweat_smile:



  • @mary : L’écriture est source d’émotions fortes, c’est bien vrai, et je suis très touchée par ton message. :blue_heart:
    Quand je traverse des périodes de doutes, ce qui m’arrive régulièrement, j’essaie de renouer avec le plaisir d’écrire. J’essaie aussi de relâcher la pression que je m’impose et de ne pas trop réfléchir à tout ce qu’il faudrait faire et à toutes les difficultés qui m’attendent. Ne pas trop tirer sur la corde, comme tu dis.
    Les auteurs sont des personnes sensibles, c’est normal d’être émue, remuée, touchée. Ainsi, tes mots pourront toucher tes lecteurs.



  • @elikya Ce n’est pas tant du doute, je pense, qu’une manière trèèèès détournée de faire un point disons “thérapeutique” (camisole, où es-tu? :sweat_smile: ).
    J’ai déjà fait relire le manuscrit à plusieurs personnes, et c’est vrai qu’aux moments-clés, ils ont été très touchés - à la mort d’un des personnages par exemple, et de ce que ça impliquait derrière. Il y en a même une qui m’a posé l’ordi et qui m’a demandé ce qu’était la vraie histoire à raconter, celle derrière le vernis et la tapisserie. Depuis que j’ai compris que c’était simplement une façon de raconter une histoire sordide en la transformant en quelque chose de positif, ça va déjà mieux.
    Je vais essayer de lâcher prise, de prendre comme ça vient, tu as raison. Ton message aussi me fait plaisir :green_heart:



  • Je pense que ce que tu décris est assez normal : Si ce que tu écris dans ton livre est une coquille vide, je crois que le lecteur va le sentir. Pour arriver à transmettre une émotion au lecteur, je pense qu’il faut puiser en soit et mettre ses émotions dedans.
    Après, ça dépend sûrement des écrivains : Moi par contre exemple, j’ai du mal à vraiment puiser à la commande dans mes émotions (c’était plus facile avant). Par contre, quand je suis sous le coup d’une émotion (soit suite à quelque chose qui m’arrive, soit suite à un souvenir qui remonte), ça m’aide à écrire un passage.
    D’une manière encore plus générale, je dirai que quand on a envie d’écrire une histoire, c’est forcément relié à quelque chose qui nous est personnel. À partir de ce moment là, on doit forcément puiser dans notre vécut pour le raconter au mieux.


  • Plume d'Argent

    De ce que j’ai compris, tu te sers de l’écriture pour évacuer des souvenirs (… ou pas encore des souvenirs, même) “pas sympas”, pour reprendre ton expression… c’est ça ?
    Si oui, je comprends que ça peut être dur. Effectivement, je crois qu’il faut que tu fasses attention à ne pas y aller trop fort, à prendre des pauses quand tu te sens trop impliquée… Peut-être aussi à continuer à écrire sur le sujet, mais pas dans le cadre de ton roman, plus dans une sorte de nouvelle que personne ne lira (ou pas, à toi de voir), voire même dans un journal intime, parce que ça permet d’évacuer ce qui ne va pas sans le travail à fournir pour l’intégrer dans une histoire destinée à tenter l’édition, sans la pression de la qualité, quoi.
    Mais en même temps, j’ai aussi l’impression que c’est lorsqu’on aborde les sujets sensibles qu’on peut toucher des lecteurs… Je me souviens d’un(e) auteur(e) qui parlait d’écrire avec ses tripes, ou quelque chose du genre… (EDIT : "Un jour viendra où l’on écrira sur ses tripes », Balzac - j’ai retrouvé :laughing: )
    Et au niveau émotionnel personnel, il me semble que ça peut aider aussi. Je me souviens de plusieurs moments d’écriture où j’ai fini en pleurs en tous cas, mais je crois qu’au final c’était bénéfique…



  • @rimeko Il y a de ça oui, le truc, c’est que j’ai vraiment mis beaucoup de temps à m’en apercevoir. J’étais déjà lancée quand ça m’a frappé. J’essaie de me détacher, en fait, parce qu’au début c’était pas du tout le but :laughing: C’est très déguisé mais c’est arrivé là malgré moi. Je ne veux pas que ça empiète sur mon histoire, ça a l’avantage de m’aider à poser des limites.

    Quand j’ai retravaillé le personnage d’Alban (mon perso principal) ça a été très compliqué, c’est là où je me suis rendue compte que tout était lié. D’un côté, ça m’a fait plaisir, parce que tout prenait un sens, qu’il devenait vraiment un personnage complexe avec de vraies motivations. Il a pris beaucoup de relief et ça n’en rendait l’histoire que meilleure - même s’il fallait tout revoir depuis le début !
    De l’autre côté, ça m’a bien fait comprendre qu’écrire me touchait, que ce n’était pas qu’une impression que j’avais et que, comme le dit Balzac (^^), j’écrivais avec mes tripes. Du coup, à force, ça va de mieux en mieux, mais j’ai changé ma façon de travailler, je m’économise plus.
    Et malgré tout ça, j’adore écrire… et je sais que quand je l’aurais terminé, peu importe si je suis publiée ou non, ça m’aura fait beaucoup de bien.

    Je pense que je suis un peu maso sur les bords en fait XD mais écrire est tellement exaltant par moments que je me dis que dans tous les cas, ça vaut le coup, rien que pour le fun. :D



  • Coucou @Mary !
    Ne t’inquiète pas, pas de camisole de force pour toi ;) Ou alors, on est 2 qui auraient besoin d’être internées… Parce que je me retrouve beaucoup dans ce que tu dis !
    Pour la petite histoire, j’ai une sœur jumelle qui est en général ma première lectrice. Elle me connait par cœur et souvent, ça l’agace, elle me “retrouve” dans ce qu’elle lit de moi. Elle a une expression pour ça, elle dit souvent “là, c’est trop… bah, trop toi”, et ça veut tout dire. Comme si elle parvenait à lire, entre les lignes, mes émotions personnelles et mon vécu qui transparaissent…

    Et c’est sûr que ça peut être épuisant, d’écrire avec ses tripes. Moi même, tu vois, j’ai eu une période compliquée, et je n’écrivais plus. Je n’y arrivais pas, parce que la source de mes émotions s’étaient comme tarie pour m’empêcher de souffrir.

    Je pense que quand on écrit comme toi en puisant dans le vivier de ses émotions, on peut difficilement s’en passer. Ou plutôt, si l’on fait autrement, on n’écrit plus vraiment avec autant de jubilation.

    Mais alors, comment faire pour ne pas se mettre à pleurer devant son écran ? Ou tout simplement, pour protéger sa part de secrets et de douleurs, qu’on a pas forcément envie de voir exposée aux yeux du lecteur ?

    Du coup, à force que ma jumelle s’agace de mon petit défaut, j’ai fini par trouvé des petits trucs pour mieux gérer :

    1. Le temps : laisser son texte reposer, et laisser faire le fil de la vie
      => Je ne sais pas quel âge tu as, mais en grandissant-vieillissant, on finit par mieux cerner ses émotions et discerner celles qui sont personnelles de celles qu’on a envie de partager. On prend aussi de la distance vis-à-vis des émotions. Donc, je pense que plus tu avanceras dans l’écriture, plus cette tendance se résorbera pour que tu te sentes moins impliquée.

    2. Éviter des persos principales qui deviennent trop le miroir de nous-mêmes.
      => C’est une tendance quand on écrit comme ça. Dans mes premières histoires, mes personnages me ressemblaient beaucoup, et ça finit par remuer. Bien sûr, c’est intéressant, mais il faut aussi laisser le perso respirer par lui-même.

    3. Oser aller vers l’inconnu en terme de personnages.
      => Je l’ai déjà dit, mes persos me ressemblaient beaucoup. En gros sages, hypersensibles, empathiques, timides, avec des passés qui reprenaient de manière transformée ma propre existence. Et j’ai fini par en avoir assez ! Alors je me suis tournée vers des personnages beaucoup plus lointains : sombres, machiavéliques, désinhibés, cupides… Et je les trouve meilleurs en terme de complexité que tout ce que j’ai pu écrire jusqu’alors… Comble du bonheur : mes émotions sont toujours là, mais davantage dissimulés en eux, qui affleurent.

    4. Résister à la tentation purement thérapeutique : se dire qu’on écrit pour être lu.
      => J’ai vu que tu en avais parlé. Moi aussi, j’ai souvent vécu l’écriture comme un moyen de me “soigner”. Résultat : mes intrigues étaient seulement un prétexte à me servir de catharsis. Depuis, je me dis que l’intrigue prime. Ce qui m’importe c’est de raconter une bonne histoire, qui sera avant toute chose lue et appréciée par le lecteur. Bien sûr, j’écris un peu pour moi, mais l’histoire c’est à lui que je la destine, et il n’a ni envie ni besoin de lire les épanchements de mon âme éplorée ^^ Se servir de son chaos intérieur pour sonner juste, et rien d’autre.

    1. S’interroger dès le début du roman sur la charge émotionnelle qu’on est capable de porter. Et ne pas hésitez à arrêter si cela est trop difficile. Ce n’est pas grave, se sera pour dans quelques années, quand on aura mieux digéré tout ça…

    C’est merveilleux de pouvoir puiser en soi, mais comme tu le dis si justement il faut se “sécuriser” ;)



  • @cielorage Quelle déclaration ! Ca me fait plaisir :)

    Oui, c’est épuisant, tu l’as dit. Surtout que, comme je le précisais au départ, c’était pas censé être comme ça. Il y a eu des chapitres très amusants, plus de la moitié du roman, heureusement, sinon je pataugerai encore haha.
    Comme tu dis, je pense que l’écriture me fait autant de bien justement parce que j’y mets beaucoup de mes émotions, et c’est à double tranchant.
    Je vais répondre point par point à tes remarques, ce sera plus simple :)
    1: J’ai 27 ans, et heureusement, je prends déjà les choses beaucoup plus simplement qu’il y a quelques mois. Je le redis ici, mais l’écriture à un niveau comme celui-là, c’est encore un peu nouveau pour moi, ça m’est tombé dessus il y a un an tout juste. Petit à petit, j’apprends à me détacher.
    2: C’est ça qui est étonnant, c’est que je n’ai jamais vraiment cherché à ce que mon personnage me ressemble. Au final, nous n’avons que très peu de points en commun, même si j’ai dû aller chercher loin pour faire de lui ce qu’il est aujourd’hui. C’est quand j’ y ai regardé de plus près que les choses ont commencé à être bizarres. Limite je ressemblerai plus à un perso secondaire, et encore, elle est beaucoup beaucoup plus raisonnable et moins impulsive que moi XD Mais je vois bien l’idée dans ce que tu me dis.

    3: C’est déjà prévu pour le prochain roman - oui, parce que voilààà, les idées, tout ça… Et d’emblée je sais qu’il sera sans doute beaucoup plus lumineux et drôle. Je commence pas les recherches tant que j’ai pas terminé celui-là, sinon je peux oublier ma vie haha.

    4: Au début, quand j’ai commencé à écrire, je voulais écrire une histoire de pirates et de corsaires. Elle traînait dans un coin de ma tête, et c’était tout. J’ai donc construit mon intrigue tout à fait indépendamment de toute référence personnelle - consciente du moins, mais tout de même, on en est éloigné. Ce n’est qu’après avoir quasi-achevé la première version que je me suis rendue compte que des choses se recoupaient, symboliquement. En ça, l’avis de l’agent littéraire m’a beaucoup rassuré. De son point de vue pro, elle a pu me dire que cette histoire avait du potentiel, qu’elle fonctionnait par elle-même, qu’elle avait du sens et qu’elle était intéressante. Ça m’a aidé à remettre en avant certaines choses, et trier, comme tu dis, entre les émotions de mes personnages et les miennes. Ça les as rendus beaucoup moins chaotiques :laughing:

    5: Alors là, c’est clair que je vais me poser la question, désormais ! J’irai plus doucement aussi. Là c’était une vraie frénésie, dans le bon sens comme dans le mauvais. La prochaine fois, je prendrai plus de précautions.

    Merci beaucoup en tous cas pour ton retour :blue_heart:



  • Ce post n’a aucun intérêt, mais +1 pour @CielOrage.
    Prend du temps, du recul, oublie un peu le texte pour en commencer un autre, pourquoi pas ?
    Parce qu’à trop t’impliquer, tu finiras par ne plus rien pouvoir écrire une fois l’ouvrage terminé é.è


  • Plume d'Argent

    @Mary Après (trigger warning : généralité abusive), je pense qu’on commence tous de façon plus ou moins intense ou avouée par une période “thérapeutique” lorsqu’on se lance dans un premier roman. Je sais qu’en tout cas c’était totalement mon cas, et le temps que j’arrive à la fin (mais aussi faut dire qu’un certain nombre des problèmes que j’avais à l’écriture du prologue s’étaient résolus entre temps), ça m’était totalement passé. Soit parce qu’écrire mes angoisses, regrets etc, m’avait permis de m’en détacher, soit parce que le fait même d’écrire, de me plonger de plus en plus profondément et quotidiennement dans un univers qui n’était pas la mien m’avait fait paradoxalement prendre du recul à la fois par rapport au roman et par rapport à ma propre vie. D’ailleurs ça se sent assez dans les personnages : plus je les ai développés tard, moins ils ressemblent à mes connaissances et/ou mes fantasmes.

    Tout ça pour dire que cette période d’hyperémotivité littéraire est il me semble pas inutile à la fois pour ton quotidien et pour donner une impulsion à ton roman, et que je crois qu’elle devrait se résorber d’elle-même du simple fait que l’écriture cessera d’être une nouvelle expérience pour toi.



  • @Vava-Omete Mais ça fait toujours plaisir :) Il ne reste qu’un chapitre avant de boucler, ce serait dommage de s’arrêter là, surtout que le plus dur est passé. Comme je le disais plus haut, pour le prochain j’irai plus doucement et puis, je saurais à quoi m’attendre pour éviter les pièges ^^’

    @Mouette Avec le recul, parce que là ça va nettement mieux depuis quelques semaines, je crois que c’est utile, oui, parce que même en écrivant je savais que ça me faisait du bien, même si dans l’immédiat ça se voyait pas trop XD



  • Alors, il se peut que j’arrive après la guerre, mais ce sujet m’a beaucoup à la fois intriguée et touchée, parce que je suis pareille sur pas mal de points, j’ai tendance à me… Déverser dans mes personnages sans même m’en rendre compte.
    Pour certains c’est fait totalement exprès, il y en a trois notamment que j’ai créés pour qu’ils incarnent une partie spécifique de moi (pas toujours la meilleure, certes).

    Pour d’autres au contraire, je me rends compte que c’est souvent les personnages que je crée en essayant de faire en sorte qu’ils soient le plus différents de moi possible qui ont en fait hérités de mes doutes, peurs et travers les plus profonds.
    Avant ça m’énervait, mais maintenant j’en suis bien contente, parce qu’ils me permettent de me questionner et d’avancer à petits pas pour mieux me comprendre, me définie… Savoir ce que je veux faire de moi, etc.

    En tous cas, personnellement, ça ne m’a jamais vraiment gênée, c’est même une bouffée d’air pour moi d’avoir un oeil neuf sur des situations dont je n’ai, parfois, meme pas conscience avant ça.

    Aucune idée de si ça aide, mais voilà, tu n’es pas seule ! Et je suis contente que tu te sentes mieux à présent. :sparkles:



  • @albevallon Non, non, tu n’arrives pas du tout après la guerre :)

    Ouiiii, je suis pas toute seule, tu veux partager ma camisole ? Xd

    En vrai, c’est pas tant que ça me dérange, c’est que ça m’a surprise. Comme je l’ai expliqué, l’écriture m’est vraiment tombée dessus, et ça a été réellement très intense. Du coup, je suis allée de surprises en surprises, pas forcément toujours plaisantes.

    Maintenant, oui, ça va de mieux en mieux. Je n’ai plus qu’un chapitre à écrire, et le roman est terminé. Tout doucement je pense à l’après, à des idées farfelues qui sortent de mon esprit dérangé, plus courtes, avant d’entamer les recherches pour le prochain gros roman - qui vont être loooongues mais passionnantes je pense. Je sais à quoi m’attendre, désormais haha.

    Je pense que je vois ce que tu veux dire avec le fait d’avoir un œil neuf. Si ça a pu être douloureux, j’ai réalisé énormément de choses, en y regardant bien.

    (PS; T’as vu comme on est bien ici? Oui, c’est nouveau pour moi aussi :wink: )



  • Très intéressant ce sujet, et les réponses apportées sont tout aussi enrichissantes et éclairantes. J’avais un peu tourné autour de ce sujet, sans oser y regarder de plus près. Je pensais au départ que je ne me reconnaissais pas dans ce sujet, mais ça n’a été que pour me rendre compte aujourd’hui qu’en fait il a une résonance particulière avec ma propre expérience.

    @Mary, je suis admirative face à ton questionnement. D’autant plus qu’il apparaît, dans les commentaires, comme entrer en résonance avec d’autres expériences vécues par les plumes de ce forum, en étant à la fois ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre (Verlaine, mon amour).
    Je suis également contente que tu aies trouvé un équilibre dans ton écriture, et de voir que tu es satisfaite du chemin que tu as parcouru. C’est très inspirant. Je te souhaite un bon voyage intérieur au gré de tes projets d’écriture. :books: :sailboat: :pen_ballpoint:

    Je vais maintenant vous parler de ce que j’ai découvert et appris sur moi grâce à ce topic, et notamment à la réponse de @Mouette

    Après (trigger warning : généralité abusive), je pense qu’on commence tous de façon plus ou moins intense ou avouée par une période “thérapeutique” lorsqu’on se lance dans un premier roman.

    En lisant ces mots, quelque chose a fait tilt dans ma tête. Des bribes et des indices, qui jusqu’ici me semblaient déconnectés et sans rapport, ont finalement pris un sens pour moi.
    Je vais un tout petit peu raconter ma vie, mais il y a quelques années j’avais écrit une histoire sur une petite fille qui rencontrait Pierrot, tombé du ciel, et je ne me rappelle plus de la suite parce que je perds systématiquement toutes mes histoires, sauf quand un coup du sort me permet d’en retrouver quelques-unes, au détour d’un disque dur externe qui a miraculeusement survécu aux assauts du temps. Le truc, c’est que je l’ai fait lire à ma belle-sœur, ainsi que d’autres écrits, et elle m’a dit : « tous tes personnages sont solitaires et semblent ne faire que des rencontres ratées, et en fin de compte ils restent solitaires. » J’ai été vexée, et tel un chat douché, je n’ai plus écrit que dans des moments de crise existentielle, comme le disait si bien @Zénodote (dans « rituels d’écriture »). En fait, j’avais peur de moi, peur d’écrire et que des messages inconscients mènent à ce genre d’interprétations. J’avais peur de ne pas écrire des histoires fictives, mais des ramassis indigestes où se mêlaient mes angoisses et mes inquiétudes sans que je ne m’en rende compte !
    Et pour le coup, je n’écris que des textes cours depuis quelques années, laissant les romans avortés sur le bas-côté, me disant que comme je n’en avais fini aucun, je n’avais pas le truc pour les romans. Donc si comme @Mouette le dit, la surcharge émotionnelle et thérapeutique se dilue au fil des chapitres, je crois que je suis coincée au stade du concentré d’angoisse. Mes nouvelles sont (ce n’est que mon avis de plume perdue et qui essaie de comprendre ce qui lui arrive) très symboliques et parlent de mécanismes émotionnels sous couvert d’une intrigue qui leur sert de véhicule.

    Pensez-vous que je vais réussir à surmonter cet écueil, qui me freine ? Auriez-vous ressenti la même chose ?

    Je garde cette citation de @Mouette sous le coude, car elle est rassurante :

    Tout ça pour dire que cette période d’hyperémotivité littéraire est il me semble pas inutile à la fois pour ton quotidien et pour donner une impulsion à ton roman, et que je crois qu’elle devrait se résorber d’elle-même du simple fait que l’écriture cessera d’être une nouvelle expérience pour toi.



  • @schneevickchen Ce n’est pas surprenant, ce que tu racontes. Je me souviens bien du basculement quand j’ai compris ce dont je parlais en réalité. Franchement, le déclic dont tu parles, ça m’a fait un choc.
    Je l’ai mal vécu, certes, mais au moins, je me suis rendue compte du problème. Ca a pris du temps, mais plus j’avance, et plus je me raisonne aussi, et y’a plein de choses qui ressortent de façon saine, comme une manière de tourner définitivement la page, au sens propre comme au figuré :D

    Sincèrement, je pense que tu vas t’en sortir. Le plus dur, c’est d’être honnête envers soi-même et de reconnaître que des fois ça va pas, et qu’on gère ça plus ou moins facilement. Tu dis que tu es admirative, quelque part ça m’amuse, parce que j’en menait vraiment pas large quand j’ai ouvert le topic :rofl: Ton écriture, tu en fais ce que tu en veux, mais comme ça été dit plus haut, tu mettras de toi dedans à un moment ou à un autre. J’ai appris à me refréner, à changer certaines choses qui m’auraient fait du bien à exprimer mais qui n’avaient pas vraiment de sens dans mon intrigue.

    Peut-être qu’à force d’écrire des nouvelles courtes, tu arriveras à apprivoiser ton angoisse, à savoir comment la gérer (comme un gros chat grognon avec de trop grandes griffes :cat2: ). Plutôt que d’écrire tout d’un coup en période de crise, tu peux peut-être essayer de ‘diluer’ et écrire disons, deux trois fois par semaine ou un truc comme ça. C’est mon grand défi du moment, c’est pour ça que je corrige avec le Chéri, il cadre ma désintox :laughing: (cf mon JdB Gros fauteuils et boissons chaudes) Un jour tu écriras un truc vachement plus long et tu t’en rendras pas compte parce que ça passera tout seul. Ca rejoint ce que tu dit @Mouette



  • @Mary c’est chouette de te lire, j’ai moins l’impression d’être dans une impasse, et plutôt le sentiment que l’écriture peut-être un terrain de jeux et d’expériences relax 🙃 C’est vrai que ça fait comme une claque, et j’ai peur de n’avoir rien d’autre à raconter que mes trucs obscurs… Enfin l’aventure ne fait que commencer, il faut de la patience et de la persistance !



  • @schneevickchen a dit dans Gestion émotionnelle de l'écriture :

    @Mary c’est chouette de te lire, j’ai moins l’impression d’être dans une impasse, et plutôt le sentiment que l’écriture peut-être un terrain de jeux et d’expériences relax 🙃 C’est vrai que ça fait comme une claque, et j’ai peur de n’avoir rien d’autre à raconter que mes trucs obscurs… Enfin l’aventure ne fait que commencer, il faut de la patience et de la persistance !

    Il est vrai que les éditeurs se méfient des textes thérapeutiques, car l’auteur les écrit plus pour lui que pour les futurs lecteurs. Et alors ? On n’est pas obligé d’écrire en visant la publication. Je pense qu’il ne faut vraiment pas stresser avec cela. C’est normal de mettre de soi dans l’écriture, de façon consciente et inconsciente, et si l’écriture est une thérapie pour toi, tant mieux. 💕

    Dans mon premier roman, qui restera bien caché dans mon tiroir le plus profond, l’héroïne portait mon prénom. J’avais sans doute besoin de vivre des aventures par procuration. 😁 J’ai réécrit ce roman plein de fois, puis je suis passé au suivant. Tu as peut-être besoin de faire pareil ?

    Petit à petit, tu apprends à écrire mieux et ton inconscient apprend à tourner la page. C’est un terrain de jeu et d’expérience, comme tu le dis. Il n’y a aucune raison de te stresser avec ça. 💕



  • Merci @elikya pour ta réponse ! Je vais méditer sur le sujet un moment je pense, ça me fait reconsidérer tout ce que j’ai écrit sous un jour nouveau ! Je ne pense pas à la publication pour l‘instant, mais j’aimerais que mon hobby soit plus neutre émotionnellement que ce qu’il est pour l’instant, je pense…
    En fait, dans mes textes de fictions, je n’ai pas d’avatar de moi-même dans mes histoires, mais je m’appuie beaucoup sur mon état émotionnel du moment pour les situations, les quêtes suivies par les personnages, l’état d’esprit du texte… Et c’est déjà beaucoup, j’aimerais m’appuyer davantage sur mon imaginaire.

    En revanche, ma poésie, depuis le lycée, est carrément un lieu d’éxutoire émotionnel et d’expression à mi-mots. Hormis les courts poèmes que j’ai mis sur fictions plume d’argent, qui échappent à la règle. Je n’ai montré les recueils « thérapeutiques » qu’à quelques amis choisis, qui ont plutôt apprécié, mais se dévoiler ainsi me gênait sans que je comprenne vraiment pourquoi, maintenant, c’est clair. Mais la poésie n’est-elle pas justement plus ambiguë à ce niveau-là ? arrrrgh, que de questionnements maintenant 🤣



  • @schneevickchen Écrire des trucs sombres n’est pas nécessairement une mauvaise chose :) En ce qui me concerne, le Lotus n’est pas ce qu’on pourrait qualifier de drôle, mais il n’est pas non plus plombant.

    Tu as mis le doigt sur un truc hyper important: la neutralité émotionnelle.
    Il ne faut pas que ça te fasse plus de mal que de bien, c’est pas le but. J’ai écris jusqu’à m’en rendre malade et franchement je ne souhaite ca à personne. C’est pour ca que je corrige doucement, avec quelqu’un qui me connaît bien pour m’accompagner, et que j’essaie de me détacher au mieux de mon texte.

    Je me suis rendue compte que d’une façon générale, j’y allais trop fort. Parce que j’ai expliqué le projet de Noctis à une amie, assez en détail même si j’ai pas encore tout, et j’ai recommencé à m’enflammer. C’est très chouette d’être passionnée, mais pas à ce point-là :laughing: Je me jette à corps perdu dans l’écriture, et je pense que c’est une bonne chose à la seule condition que ce soit mesuré. J’ai déjà mis en place certaines règles de survie pour le prochain: interdiction par exemple d’emmener carnet et stylo avec moi au boulot
    , sinon ma pause déjeuner y passe et je déconnecte pas. Me laisser le temps. Enfin des trucs comme ça ^^



  • @mary En effet, quand l’écriture prend toute la place, ça devient compliqué… C’est une très bonne idée de se fixer des limites, pour rester « maître à bord » ☮️


Se connecter pour répondre
 

Il semble que votre connexion ait été perdue, veuillez patienter pendant que nous vous re-connectons.