Écrire au présent



  • Coucou les amis!
    Une question me trotte dans la tête concernant l’écriture au présent. Est-ce que certains d’entre-vous se sont déjà adonnés à cet exercice?
    Il y a déjà des avantages et des inconvénients à tout type de temps, on est d’accord :)
    Philipp Pullman (A la croisée des mondes) critique cet usage en disant que le texte manque de profondeur, qu’il y a une gamme plus limitée d’expression et qu’il y a une sorte de pression constante (http://www.theguardian.com/global/2010/sep/18/philip-pullman-author-present-tense).

    Je voulais connaître votre point de vue :) Notamment pour les nouvelles parce que j’en écris une et sans même réfléchir, j’ai naturellement commencé ma narration au présent (ce qui n’a jamais été le cas).

    Merchi!!



  • Philip Pullman est un auteur que j’apprécie énormément et qui offre souvent des points de vue assez intéressant lors d’interview (même si ils sont parfois assez tranché) mais pour argumenter sur les choix du temps, j’aurai plutôt pris un article français : les temps et les modes n’ont pas de correspondance parfait entre le français et l’anglais.



  • Bonjour Lisharaz,

    J’ai écrit plein de textes au présent :

    • un roman de SF écrit au présent et à la première personne : dans ce cas, le présent et la première personne permettent une immersion complète dans la tête de l’héroïne. Le lecteur vit ses aventures en direct, il partage ses émotions et ses pensées. C’est mon roman numéro 6, le premier que j’ai écrit ainsi, et j’ai adoré cette plongée dans la conscience de Carys. Je ne trouve pas que ce soit plus difficile à écrire en terme de style, par contre le fait de n’avoir qu’un seul point de vue rend l’apport d’information beaucoup plus difficile. Le lecteur accède aux mêmes informations que l’héroïne et à rien de plus.
    • deux autres romans écrits au présent et à la première personne (n°7 et n°8), mais avec une alternance de point de vue entre deux héros : j’aime beaucoup cette façon d’écrire, car elle apporte un plus par rapport au narrateur unique : il y a deux points de vues différents, deux voies différentes, deux visions du même univers, qui se confrontent. De plus, l’un des héros peut connaitre des informations que le second ignore, ce qui permet de jouer sur l’ironie dramatique.

    Je ne suis donc pas du tout d’accord avec la vision de Philip Pullman sur ce sujet et je t’encourage à suivre ton intuition.


  • Plume d'Argent

    J’ai écrit deux histoires au présent. J’ai fait ce choix surtout parce que ce sont des histoires pour respectivement 6-7 ans et 9-10 ans (celui que j’ai envoyé à Galli) et que ça enlève de la complexité, mais aussi parce que j’ai trouvé que ça ajoutait du dynamisme.
    Il y a plein de plumes qui ont écrit ou écrivent au présent et je n’ai pas DU TOUT trouvé en les lisant que ça enlevait de la profondeur !
    Le premier qui me vient à l’esprit c’est Les Chroniques du conjureur, de @Rachael. C’est en mode journal, et elle y réussit la performance de faire des ruptures temporelles dans le récit (je veux dire que la narration n’est pas linéaire chronologiquement). Je t’encourage à y jeter un œil (voire plus).


  • Plume d'Argent

    Trop drôle que tu poses cette question ! Je dis ça parce que mon dernier bébé en date, Légende, est entièrement écrit au présent. Il y avait plusieurs raisons qui m’ont fait choisir ce temps, enter autre, la volonté de donner une vision d’immédiateté, de vie au jour le jour, mais aussi d’égalité entre les personnages, d’intemporalité, de créer une ambiance de conte de fée et enfin de “dévaloriser” un peu mes personnages par rapport à la terre et à la nature qui les entourent. Bref, tout ça pour dire que dans un contexte donné, je trouve que c’est un mode d’écriture qui peut être très utile.

    L’un des problèmes d’écrire au présent, c’est qu’on est pas habitués, et donc qu’il faut être très concentré durant l’écriture pour ne pas repartir au passé. L’avantage qui va avec, c’est qu’étant plus concentrée mon écriture est plutôt de meilleure qualité.
    L’autre problème du présent, c’est qu’il est beaucoup plus difficile à gérer que le passé. Il y a un certain nombre d’expressions qui passent au passé et pas au présent, et une même émotion est toujours beaucoup plus intense au présent qu’au passé, ce qui change forcément la façon de les envisager.

    Ceci étant dit, depuis que j’écris au présent, j’ai tendance à trouver que le passé a un petit côté artificiel qui ne me plaît pas trop. Donc tout ça pour dire que le présent c’est chouette (ou mouette).


  • Plume d'Argent

    De mon côté, j’ai quelques nouvelles au présent, et mon roman (Amalys) a bien failli l’être aussi… (Au final, j’ai opté pour le passé parce que ça accentuait la distinction avec des passages “extraits” du journal intime de mon héroïne)
    Je pense que le présent permet d’être plus proche de l’action, plus dans l’immédiateté, de façon assez évidente - ce qui peut avoir pour revers la “pression constante” dont parle Pulllman. Je ne suis pas d’accord avec lui par rapport à la gamme limitée d’expression (peut-être est-ce le cas avec l’anglais, mais en français je ne vois pas ce qui produirait ce changement), ni avec le manque de profondeur (effectivement, de nombreuses fictions, dont certaines sur FPA, contredisent cette affirmation !!), même si c’est vrai que le personnage (si tu es en point de vue interne) semble avoir moins de recul sur les événements, mais ce n’est pas forcément un inconvénient…
    J’ajouterai juste que, pour des nouvelles, ça me semble particulièrement approprié, surtout si c’est une “tranche de vie”, grâce au côté intemporel dont parlait Mouette et à la facilité d’immersion que ça apporte :slight_smile:


  • Plume d'Argent

    Ayant été citée (mille merci @Isapass :kissing_closed_eyes: ), je viens donner mon point de vue.
    D’abord, je dirais que si ton intuition t’a fait commencer au présent, eh bien, c’est certainement ce qui convient le mieux à ton texte. Pour t’en convaincre (ou changer d’avis), pourquoi ne réécris-tu pas ta première page ou tes deux premières pages au passé, juste pour voir ? Cela va sûrement changer très sensiblement l’effet produit.

    Je ne suis pas vraiment d’accord non plus avec Pullman sur les effets du présent. Pas en français en tout cas. Au contraire, sur l’expression des sentiments, le présent confère une clarté toute particulière. Et puis dans un roman au présent, rien n’empêche de relater des événements plus anciens au passé, donc je ne vois pas pourquoi cela manquerait de profondeur.
    Comme @Mouette, je trouve que c’est plus difficile au début, parce qu’on a tendance à repartir au passé sans s’en apercevoir quelquefois :dizzy_face:. En tout cas, c’est ce qui m’est arrivé quand j’ai commencé.
    On a souvent une association présent+ première personne, ce qui permet une plongée dans la tête du personnage, mais implique des contraintes particulières, comme le dit @elikya.



  • Merci pour toutes ces réponses rapides et efficaces!! Je vais suivre mon intuition alors (merci @elikya :D) (ah lala toujours à se remettre en question!) et aussi essayer d’écrire une page au passé @Rachael l’a suggéré :) j’irai aussi voir “Les Chroniques du conjureur” (merci @Isapass! Je suis d’accord sur le dynanisme! C’est en fait ça qui m’a attiré, surtout que c’est une nouvelle à la première personne.
    @Mouette Je n’avais pas pensé à cette égalité entre personnages! Est-ce que ton dernier bébé est sur FPA? ;) J’irai bien lire! Pour l’habitude, je suis d’accord aussi! En me relisant, j’ai vu que je revenais naturellement au passé de temps en temps. C’est un exercice vraiment enrichissant!

    @Rimeko oui ce côté proche de l’action, cette immédiateté c’est exactement ce que je recherchais! Et je suis totalement d’accord pour les nouvelles, c’est plutôt approprié!!! :D

    Bon et bien j’ai de la lecture sur FPA ;) Mille mercis encore!!!


  • Plume d'Argent

    @Lisharaz Oui, il est sur FPA (enfin pour le moment il n’y a que deux chapitres mais si j’ai une lectrice j’accélérerai la publication) ! Cela me ferait vraiment très très très plaisir que tu viennes y faire un tour…



  • Ecrire un texte en anglais est différent que de l’écrire en français. Je suis grossièrement d’accord avec Pullman, car le présent en anglais donne une sensation vraiment différente que le passé en anglais. Et 'est encore pire si on compare le présent anglais au présent français à mes yeux !

    J’ai lu plusieurs nouvelles en français qui sont écrites au présent (le combo 1ière personne singulière et présent qui était (est ?) à la mode et que certains écrivains francophone déplore), et ça peut donner quelque chose de vraiment intéressant, je trouve. De plus intime, de plus… présent… à défaut de mieux réussir à choisir mes mots. Il y a toujours une certaine distance avec le passé, une impression de c’est fini et révolu, on ne peut plus changer la fin mot de l’histoire, alors que le présent en français à quelque chose de plus tangible, intime, d’ouvert. Je ne sais pas vraiment si je m’exprime bien !

    Ma nouvelle “La voix des morts” qui est sur FPA est écrit au présent pour cette raison, je voulais créer un lien plus intime entre le lecteur et le personnage, étant donné qu’on est vraiment censé être dans la tête du protagoniste. Je ne sais pas si l’effet est vraiment réussi, mais je pense que le présent va bien.

    Je choisis plus naturellement le passé cependant. Peut-être par habitude ? D’ailleurs, dans ma nouvelle j’ai eu pas mal de soucis à éliminer tous les passés que j’écris automatiquement à force d’avoir écrit au passé. Le français a bien pus de temps verbaux et une concordance de temps plus poussé et délicate que l’anglais, ça lui permet également d’insérer pas mal de nuances au présent, comme au passé. C’est d’ailleurs un vrai casse-tête à gérer, je suis toujours pas capable d’en faire une cohérente ! :joy:


  • Journaliste PAen

    C’est une bonne question et je commencerai par plussoyer les autres : il faut se faire confiance ! Si tu as commencé au présent alors que ce n’était pas ton habitude, je te recommande de suivre ton instinct. De manière générale je ne suis pas très fan des conseils d’auteurs qui prennent un tour “dogmatique” (genre IL FAUT faire ça ou IL NE FAUT PAS faire ça), d’autant plus quand ce sont des auteurs anglophones. (Et je dis ça mais j’aime Pullman de tout mon coeur et je serais capable de boire aveuglément ses paroles s’il écrivait dans la même langue que moi)

    J’adore ce que vous dites sur le ressenti du présent et du passé. J’associe ça à la notion d’aspect en grammaire : l’imparfait a un aspect duratif dans le passé, tandis que le passé simple est ponctuel, etc. En français les aspects ne sont pas hyper fouillés mais pour le grec ancien par exemple, c’est délirant le nombre de nuances de chaque temps.
    Bref, je suis d’accord avec vos interprétations du présent. Il n’a pas seulement une signification temporelle ; certes, il exprime l’instantané, l’immédiat, mais il a aussi cette valeur “générale”… Comme si on exprimait quelque chose de ponctuel mais qui prend beaucoup de place. Le présent est large, quoi.
    Je l’ai utilisé dans deux histoires et dans l’ensemble il m’est vite apparu que c’était vraiment le bon temps à utiliser. Il me permettait de jouer avec les mots d’une manière différente, je dirais ; le passé a quelque chose d’un peu solennel à mes yeux, je me sens plus à l’aise au présent pour délirer linguistiquement parlant. Ça me permettait aussi de donner une autre saveur aux ressentis ; l’idée était de choper la sensation, pas forcément la décrire parfaitement avec des mots, mais qu’on puisse la sentir entre les lignes. Le présent m’apparaît comme très poétique, pas le temps du récit mais celui du vécu, disons.

    Bon j’arrête là mon blabla xD Je suis pour l’expérimentation, en tout cas ! Tente le présent s’il se présente à toi 8)


  • Plume d'Argent

    @EryBlack Ce commentaire n’est pas très utile, mais bon, c’est pas grave, je le dis quand même : tu as trop bien résumé les enjeux du présent. Chapeau bas. (Bah quoi il faut le dire aussi, non ?)



  • @reven J’ai lu ta nouvelle “La voie des morts” et j’ai vraiment adoré le côté mystérieux, froid et émotionnel de Gabriel et d’Oséamune (j’adore le nom d’ailleurs!).
    Pour en revenir au présent et au passé, je comprends ce que tu veux dire par la notion d’intimité qu’on ressent bien dans ta nouvelle! Je crois qu’inconsciemment, c’est la raison pour laquelle j’ai choisi ce temps. Mais j’ai du mal à mélanger les deux comme toi tu l’as si bien fait. Du coup, j’ai quasiment tout écrit au présent même pour des flashbacks. Et je me demande si ça ne va pas entraîner une certaine confusion chez le lecteur/la lectrice.

    @EryBlack Je suis totalement d’accord avec cette notion Jouer avec le "présent"linguistiquement parlant! Je me suis retrouvée à plus oser les blagounettes haha le sarcasme narratif :) merci des précieux conseils en tout cas!


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