Corriger sans (être) bless(é)r


  • Plume d'Argent

    @isapass a dit dans Corriger sans (être) bless(é)r :

    Pour moi, la critique est asymétrique et potentiellement blessante si elle est prodiguée sur une oeuvre considérée comme terminée par son auteur.e.

    Point très intéressant, et je me permets d’en rajouter une couche ! Il faut, à mon sens, vraiment faire la différence entre la critique littéraire, comme j’ai pu en faire pendant mes études et des commentaires. Je ne sais pas pour les autres Plumes, mais moi personnellement, je n’ai pas vocation à faire du Voltaire ou du Proust, du coup, je pense que si on faisait une critique littéraire de mon texte, cela serait une catastrophe. N’ayant pas cette vocation, je n’ai pas eu tout le travail de réflexion qu’il peut parfois y avoir derrière chaque mot et métaphore filée sur 6 chapitres, et construction en miroir… Bref, je pense que ça serait bien pauvre. Mais en même temps, vu que ce n’est pas mon but, serait-ce pertinent ? Pour certaines Plumes, je sais que ça serait déjà plus le cas et donc plus utile, mais pour moi ?

    Du coup, je pense qu’il faut vraiment faire attention à la différence entre critique et commentaire, et peut-être réservée les critiques aux Plumes qui le demandent, qui sont mentalement préparée et surtout, pour qui une analyse aussi poussée serait pertinent, car version finale, car réflexion poussée dans l’écriture, etc…

    Bon, j’ai un peu dérivée, mais j’ai beaucoup aimé l’intervention d’Isa donc voilà ^^



  • @Isiniel je suis touchée par ton commentaire. Tu vis vraiment la critique d’un texte comme une relation de pouvoir entre le critique et l’auteur. Je suis d’accord avec toi quand tu dis vouloir désacraliser la critique. Mais pour tout le reste, j’ai un avis différent du tien et du coup, j’ai envie de mieux te comprendre. À commencer par une question qui me tracasse : pourquoi fais-tu de la critique de textes ? Je n’imagine pas que tu te complais dans la violence, ni que tu souhaites disposer des auteurs que tu commentes en leur imposant ta sensibilité. Mais du coup, je me sens perdue concernant tes intentions.
    Je voudrais également comprendre ce que tu entends par bienveillance parce que je ne crois pas définir le terme de la même façon que toi.
    Accepterais-tu de m’éclairer ?



  • Je rejoins complètement @Isapass sur ce point. Si je ne souhaitais aucun commentaire/critique, j’aurais auto-édité mon livre et terminé, inutile d’en discuter.

    Quant au rapport de force, si on veut vraiment en chercher un, il pourrait également se trouver du côté de l’auteur. Parce que la personne qui prend du temps, parfois même beaucoup, pour écrire un commentaire argumenté et précis histoire de partager son ressenti, s’attend à être lu. A être écouté. Mais c’est l’auteur qui a le dernier mot. Entre “ce que tu as écrit est nul” et “ce que tu penses est nul”, je ne vois pas grande différence.
    Lorsque quelqu’un passe des heures à écrire une critique et qu’il n’y a aucun retour, aucune réaction, qui tient le couteau par le manche ?


  • Plume d'Argent

    Le point de vue d’@Isiniel sur la critique me fait réagir, car j’ai de mon côté une vision trèèèès différente que je vais essayer d’exposer. Pour autant, ceci n’est pas une critique de son point de vue, qui est aussi valable que le mien, et je le rejoins sur le fait qu’il faut désacraliser la critique (mais elle ne me semble pas sacralisée sur PA… et ne devrait pas l’être).

    • Pour moi le commentateur est au service de l’auteur. Si l’auteur a déposé son texte sur la plateforme, c’est pour qu’on le lise, évidemment, mais surtout pour qu’on l’aide à l’améliorer. En ce sens, je ne vois pas d’asymétrie ou de violence du côté du commentateur, mais au contraire une mise au service du commentateur au bénéfice de l’auteur. Pour moi tout commentaire doit avant tout viser à aider l’auteur, selon plusieurs dimensions (orthographe, grammaire, efficacité narrative, clarté du sens, profondeur des persos, etc). En ce sens, la bienveillance du commentateur est importante, elle est présente de manière évidente sur PA et en constitue une des spécificité. (elle l’est moins sur d’autres forums que je ne citerai pas…)

    • Le savoir et le savoir-faire du commentateur ne sont pas forcément “supérieurs” à celui de l’auteur, mais le commentateur a d’une part une vision extérieure et neuve de l’oeuvre, et d’autre part une sensibilité différente. Il reçoit l’oeuvre d’une façon qui lui est personnelle. Il peut par exemple ne pas comprendre quelque chose qui parait évident à l’auteur et fera oeuvre fort utile en le lui signalant. Donc quelqu’un qui est novice peut commenter de manière pertinente comme quelqu’un de plus “aguerri” (mais probablement selon d’autres modalités).

    • Dans cette relation qui est pour moi non hiérarchique, la critique est une vision extérieure et non un absolu à suivre. J’en veux pour preuve que sur nombre de textes des avis divergents apparaissent et donnent lieu à des discussions souvent intéressantes et importantes pour l’auteur, car il voit comment son intention peut être reçue par différents lecteurs.

    • Non, je ne trouve pas que “La critique propose, l’auteur dispose” soit un mensonge complaisant. La critique éclaire l’auteur sur la façon dont son texte est reçu par différents lecteurs, et comme il est le seul à connaitre sa véritable intention en écrivant, je le crois capable de profiter des critiques pour améliorer l’adéquation entre son intention première et l’effet produit par son texte.

    Je vais m’arrêter là, mais je trouve que cette discussion pose une question de fond qui est la nature même du commentaire ou de la critique. Qu’est-ce qu’on en attend, que devrait-elle comporter, ne pas comporter. Si vous avez des idées, des désidaratas sur la question, ce serait intéressant de donner la parole aux auteurs !
    Qu’attendez-vous d’un “bon” commentaire?


  • Journaliste PAen

    J’ai déjà eu un commentaire sur FPA assez traumatisant dans lequel la lectrice disait souffrir à la lecture et qu’il n’y avait rien à sauver. Et ce genre de commentaires sur plusieurs chapitres. C’était assez violent et pas très constructif…
    Mais je pense que ceci est exceptionnel sur FPA. Pour ma part, tant que le tact et la bienveillance sont là, toute remarque ou critique me va. Et je rejoins un peu l’avis de @Rachael sur la relation auteur/commentateur.



  • @Dédé J’avoue que je ne comprends pas ce genre de critique. Quel est le but ? J’ai déjà commencé une histoire sur FPA et au bout du premier chapitre, je savais que ce n’était pas pour moi. Je n’ai pas posté comme commentaire “ampoulé et mortellement ennuyeux”, j’ai juste fermé le tout et laissé à d’autres plumes peut-être plus réceptive le soin de commenter le récit.
    Je ne sais pas vous, mais je viens de réaliser que je ne commente que les histoires et/ou les auteurs que j’apprécie. Avec le risque de lire tout d’une traite plutôt que de commenter (ça m’est arrivé plus d’une fois…).


  • Plume d'Argent

    @renarde je suis tout à fait d’accord. On peut ne pas accrocher à une histoire pour X raison (et ça m’est déjà arrivé), donc en général, quand je n’aime pas, je ne commente pas. Quand je m’arrête sur une histoire, c’est surtout parce que j’accroche au style et s’il m’est arrivé de laisser un commentaire mitigé (je crois que c’est arrivé une fois :joy:, c’est parce que malgré tout l’histoire avait un très gros potentiel et d’ailleurs en lisant la suite, je n’ai presque rien eu à redire !

    Mais tout ça pour dire que je rejoins certains arguments : il n’y a pas de critique, mais plutôt des commentaires constructifs et qu’il faut savoir accepter la critique en retour !



  • Ah, ah, je dois vous avouer que j’ai une vision assez pessimiste sur cette relation (rire gêné). Ceci dit, je pense avoir exagéré en choisissant le terme d’“adversaire”. Je n’en reprendrais que l’idée d’un antagonisme, car cette position légitime alors que l’auteur puisse défendre les choix qu’il a réalisé au cours de l’écriture. Et elle me paraît être la seule position où auteur et critique se traitent en égal. Accueillir la critique à la manière d’un adversaire modifie les postulats de départ qui forment cette relation. La position de la critique est avantageuse : @Audrey-Lys, par exemple, tu estimes que le but d’un commentaire est de faire avancer l’auteur. @Litchie, tu avances que la critique peut remettre en question le choix d’écriture, comme une piste de réflexion. Tu poses le problème qu’on puisse ne pas accepter commettre une erreur. Je suis d’accord avec vos assertions. Toutefois, elles expriment aussi le postulat suivant : “la critique peut avoir raison”. Ce postulat me paraît dangereux, car elle suppose que toute critique, à sa conception, est “présumée bonne” ou “présumée bonne à prendre”.

    Attention, je ne dénigre pas le contenu des critiques. Je n’ai pas l’arrogance de juger les critiques de mes pairs. Toutefois, je souhaite mettre en exergue la légende qui entoure la critique, malgré elle ou non.

    Adopter le postulat que la “critique peut avoir raison” n’est pas un pis-aller : elle est un fonctionnement acceptable qui reste probablement viable. Mais elle entraîne une conséquence qui est l’inversion de la charge de la preuve. Comme la critique est supposée bonne, c’est à l’auteur d’apporter les preuves que son choix est correct.

    C’est pour cette raison, et je me montre en désaccord avec toi @Soah (mais d’accord sur le reste ! (rire)) que même un “C’est nul”, ou un “Je n’aime pas” provoque un remous, malgré la petitesse de ces commentaires. Et je suis prêt à parier que des deux, l’auteur a été souvent amené à davantage se justifier que la critique. La bienveillance de forme est nécessaire, je ne m’en dédis pas. Vous avez raison en soutenant que cette gentillesse reste nécessaire. Mais elle dissimule mal la violence de fond du fait de ce postulat. Que la critique est “présumée bonne” ou “bonne à prendre” entraîne nécessairement le postulat selon lequel, l’écrit “peut être incorrect” et amplifie la violence des positions.

    En ce sens, vos messages me font revenir sur ma position initiale : il n’est pas tant question des contenus des critiques que la forme actuelle des relations.

    J’ignore le fonctionnement le plus optimal. Toutefois, vos points de vues demeurent intéressantes et me font préciser ma gêne.

    Je reste en désaccord avec toi, @Isapass. Même si tu as agréablement raison sur la relation critique-critiqué dans le cadre des romans terminés, je ne partage pas ton point de vue sur les oeuvres en devenir. Tu utilises de nombreux termes mélioratifs pour qualifier le travail de la critique : “profiter”, “expérience”, “connaissances”, “amélioration”, atteindre le point", “achevée”, “aider à la progression”.
    Je ne dis pas que ces éloges sont immérités. Tu es une des piliers de ce forum : l’expérience et le témoignage parlent pour toi. Toutefois, je me méfie de ces termes qui justement élèvent et maintiennent la critique dans ce postulat. Et par voie de conséquence, ces mots dangereux me semblent créer une culpabilisation de la défense. “La critique aide ; si on refuse son aide (du moins, si on refuse les modifications proposées, à tort ou à raison), c’est qu’on était pas disposé à être critiqué”. L’atmosphère qui baigne la critique rend le refus des modifications difficile, puisqu’elle suppose de son auteur qu’il ne serait qu’un “réfractaire” ou une “personne qui refuse la remise en question”, et nie les “améliorations” de son texte. Il existe donc une sanction morale implicite pour celles et ceux qui défendraient leur texte en vue de refuser les modifications.

    Toutefois, j’accepte la contradiction : je proviens de forums d’écritures différents de PA. Si vous estimez que la critique n’est pas sacralisée sur PA, je me range à votre avis.

    Je suis d’accord avec toi @Renarde. La moindre des politesses reste de répondre à la critique. Mais j’exprime mon désaccord vis-à-vis du fait que “L’auteur a le dernier mot”. Cette phrase en vérité constitue le moteur invisible de la relation asymétrique : “puisque l’auteur aura le dernier mot, alors de quelque type que sera la relation, cela n’aura pas d’importance”.
    Le déni de la critique constitue une forme de violence de l’auteur vers la critique. Je ne te contredirais pas là-dessus. Toutefois à partir de cet état de fait-là, la relation n’existe pas puisque l’interaction est tronquée dès sa base.

    Ton point de vue me paraît intéressant @Rachael, et quelques-uns de tes arguments font mouches : la discussion aplanit la violence de la critique, en effet. Mais au point d’en effacer toute hiérarchie ? Cela égalise-t-il réellement la posture de la critique ? Les discussions littéraires demeurent indispensables, je suis d’accord. Toutefois, quel est le garde-fou qui permet à l’auteur de se prémunir contre “la moyenne pondérée des styles” ? Ton argument semble en vérité poser la non-hiérarchie et le non-absolu des commentaires sur la responsabilité de l’auteur (pardon, il se peut aussi que je ne t’ai pas compris ; et comme je suis un peu idiot sur les bords… (visiblement gêné)). Il perçoit comment son texte est reçu par différents lecteurs et profitent de ces critiques pour améliorer son texte, je suis d’accord. Mais quel garde-fou, a posteriori ? L’auteur, uniquement ? Alors, il me paraît bien esseulé.

    @Eulalie, en vérité, je poursuis un peu l’idée du topic et des idées que vous avez déjà tous émises, et que je ne fais que probablement répéter (rire gêné) : quelle est la forme la plus complète et la plus sincère de la critique ? Quelle est la forme idéale de la relation ? La bienveillance de forme est un premier pas ; mais est-il suffisant ?
    La critique est une Réaction à l’Action de l’écriture. Si celle-ci amène son critiqué à ne plus rien écrire, alors notre critique devient mauvaise, car elle aura crée du néant à la place d’un surplus de vie. Cela résume bien ma pensée : La critique est un nihilisme. Elle ne peut s’échapper du nihil que si l’auteur “Sur-vit” à la Réaction. In fine, la survie du critiqué ne dépend pas de nous, même si nous sommes à l’origine de cette situation. La critique est donc aussi irresponsable. Elle me devient donc une pratique haïssable.
    J’adore critiquer et discuter des choix. Toutefois, ces pensées me rendent ce penchant nécessaire de la littérature détestable. Le but est égoïste : rechercher une forme idéale de la critique, c’est aussi rechercher à dépasser le nihilisme inhérent à cette pratique.

    Vos points de vue sont intéressants, remettent en question certaines de mes pensées, et j’espère vous avoir tous répondu dans la globalité ; mais si jamais je ne l’ai pas fait, n’hésitez pas à le souligner !



  • Merci @Isiniel pour ta réponse ! Même si je ne suis pas d’accord avec toi, je trouve que tu soulèves des points vraiment intéressants.

    Dans ce que tu dis, il y a quand même une chose qui m’a marqué plus qu’une autre, et que je ne pense pas avoir compris :

    @isiniel a dit dans Corriger sans (être) bless(é)r :

    Toutefois, elles expriment aussi le postulat suivant : “la critique peut avoir raison”. Ce postulat me paraît dangereux, car elle suppose que toute critique, à sa conception, est “présumée bonne” ou “présumée bonne à prendre”.

    En fait, pour commencer, je ne comprends tout simplement pas en quoi ce postulat est mauvais.
    L’inverse serait d’estimer que toute critique est présumée mauvaise ; dans ce cas quel est l’intérêt de la critique ?. Je me permets de citer ta propre pensée, pour répondre à cette question : la critique est un nihilisme. Ce avec quoi je suis en total désaccord, car on se place, à mon sens, dans la posture d’un auteur qui serait tout puissant et ne pourrait commettre d’erreur. Pour le coup, ça me fait un peu penser (mais on s’écarte du sujet je te l’accorde) à George Lucas et ses copies de Star Wars. Malgré les demandes des fans et de la critique de ne plus toucher aux originaux, il exerce son droit d’auteur tout puissant pour contraindre tout le monde à se plier à sa vision. Tu pourrais me répondre que c’est son oeuvre et qu’il en fait ce qu’il veut. Mais je ne suis pas d’accord : une oeuvre, dès qu’elle est partagée, n’appartient plus complètement à son auteur. Il en est certes l’inventeur, mais il n’en est que l’inventeur. Il ne peut pas exiger aux lecteurs et spectateurs d’en réécrire leur propre vision. L’auteur peut échouer. En ce sens la critique d’une oeuvre achevée est, pour moi, une manière de justement désacraliser l’'auteur.

    D’autre part, tu as l’air de partir d’un autre postulat qui est qu’une critique est forcément négative ; comme si critiquer un texte revenait à le dénigrer, ou en tout cas dénigrer certains éléments. Alors qu’une critique (littéraire) n’est pas forcément… une critique. Cela peut être une analyse de ce qui fonctionne dans un texte. Tu as l’air de continuer à penser qu’une critique est nécessairement subie par l’auteur. Or, en ce qui concerne les critiques d’une oeuvre inachevée, j’ai plutôt tendance à croire que les auteurs, qui se réunissent autour d’un forum par exemple (à tout hasard), sont au contraire demandeurs de ces critiques. @Isapass l’a déjà souligné, mais je pense que c’est très important et que tu n’en mesures pas la portée. Je ne vois pas l’intérêt de soumettre mes écrits aux commentaires si je les refuse d’emblée. Si la critique est nécessaire violente et subie, quel est l’intérêt d’exposer un manuscrit en cours d’écriture ?

    De plus, tu as l’air de croire que la défense et le refus de la critique expose à une sanction morale. Mais je n’ai jamais (et j’ai fait plusieurs forums d’écriture, dont certains où je me sentais assez mal à l’aise) ressenti cette obligation morale d’acceptation. D’ailleurs, pour PA, il te suffit de faire un tour sur les JdB de plusieurs auteurs pour voir les discussions qui suivent généralement un commentaire : à partir du moment où il y a débat et discussion, est-ce que ça ne veut pas implicitement dire que l’auteur/rice défend ses choix ? Je n’ai jamais vu un commentateur estimer que l’auteur/rice avait tort de remettre en question une critique. Je crois que là, on a plutôt à faire à un syndrôme de l’imposteur bien caché. “Puisque la critique dit ça, je ne suis pas légitime pour la remettre en question.” Sauf qu’une critique… peut-être critiquée (et je dirais même plus, elle doit l’être).

    En somme, il y a pour moi une relation asymétrique à partir du moment où tu estimes que la critique ou l’auteur est plus important que l’autre et qu’il y a un antagonisme (je te cite encore) entre les deux, alors qu’il faut (à mon avis) y voir un échange.


  • Plume d'Argent

    Juste pour dire que je ne commente pas

    parce que globalement je suis d’accord avec le fait que la critique permet d’avancer et que l’auteur comme l’autrice fait bien ce qu’il ou elle veut de la critique en question, l’appliquer comme pas l’appliquer, c’est son texte et son histoire après tout.

    mais que je suis votre débat avec grand intérêt, parce qu’ils soulève un tas de questions et d’arguments intéressants.
    Un gros merci à vous pour ces échanges !



  • Bonsoir @Litchie,

    Pardon, je me permets d’expliciter ma pensée : la critique n’est pas nécessairement mauvaise ni un moyen de dénigrer. Toutefois l’atmosphère qui englobe la critique lui donne un caractère puissant. Sa notoriété est un nuisible : tous les commentaires mauvais ont autant d’impact que des commentaires bons. Cependant, je ne m’aventurerai pas à établir une échelle des valeurs. Je ne pense pas que le contenu de la critique soit le sujet de ce débat.

    Toutefois, tu as raison, je me focalise uniquement sur les critiques négatives, car elles entraînent une conséquence. Je n’ai aucune expérience ni avis sur les critiques positives, et j’admets mon manque d’expérience ou de savoir sur ce sujet.

    Je ne dis pas que le postulat de départ est mauvais : je l’estime dangereux. Je ne dis pas non plus que ce postulat n’est pas viable : la majorité des forums d’écriture fonctionne de cette manière. Si la critique est présumée mauvaise, la charge de la preuve s’inverserait : ce n’est pas à l’auteur de se justifier, mais à la critique. Rien que ce point de départ rend illégitime les “Je n’aime pas” et les “C’est nul”. Dans l’optique actuel, ces petitesses de critique ont de l’ampleur et ont une excuse toute trouvée : “S’ils n’aiment pas, c’est que ton texte a un problème”. En d’autres termes, ces petitesses de critique forcent l’auteur dans une position présumée coupable, sans rien avoir à fournir comme justification.
    On ne peut pas dire que ces remarques sont sans force ou sans importance : à regarder les réactions sur ce fil, certains ont été blessés par ce type de commentaire. C’est déjà une anomalie dans la relation, aussi courte soit-elle.
    Prétendre que la critique “a peut être faux” donne du pouvoir à l’auteur, j’en suis conscient. Mais cette démarche me semble nécessaire pour réduire la violence de ces types de remarque qu’on a eu à subir un jour.

    Déposséder une oeuvre finie, je ne vois pas d’inconvénient.

    Mais à exporter cette vision sur une oeuvre dans sa forme embryonnaire, je me place au pôle opposée de cette idée. Plaçons-nous l’expérience d’esprit suivant : si un texte venait à recevoir la sensibilité de chacun des membres du forum, et que l’auteur changeait à chaque fois selon les critiques, le texte ne deviendrait-il pas une moyenne pondérée des différents styles ? A terme, tous membres ne seraient que le détenteur d’un patchwork qui étoufferait l’individualité.

    Je ne crois pas à l’idée qu’un roman, dans son écriture, puisse être une oeuvre collective. Un roman n’est pas un cinéma : le réalisateur, le producteur, et les acteurs sont les éléments d’une seule personne. On lit un Sartre, on lit un Beauvoir. On ne lit pas le cercle littéraire de Guernesey (malgré le profond respect que j’ai pour les écrivains qui y ont participés).

    Attention toutefois à ton argument que je considère comme dangereux : dire que “Il ne peut pas exiger aux lecteurs et spectateurs d’en réécrire leur propre vision” entraînerait d’une part la mort de la critique de la critique (rire), mais aussi la mort de cette même critique, car il suffirait de placer les commentateurs entre eux. Si l’oeuvre appartient à chacun, chacun se dépossède à l’autre l’oeuvre. On finirait par critiquer la vision des autres et plus celui de l’auteur. On perd l’individualité et l’inventeur.

    La critique est un nihilisme, je le maintiens. C’est la seule occasion dans le processus d’un roman où un tiers peut tuer un projet. Ce n’est pas rien ! On a la possibilité de détruire une aventure de l’écriture : c’est déjà beaucoup accorder de puissance et qui mérite qu’on le bride. Le postulat que je propose est une protection contre le nihilisme. Si on suppose la critique toute puissante, il arrivera un moment où une critique cassera un rêve. Si on suppose l’auteur tout puissant, même si la critique est juste, au moins l’auteur ne meurt pas.

    Là est la violence : chaque fois qu’on critique une personne, on prend le risque de bousiller un désir. On ne peut pas continuer à critiquer sans prendre en considération ce trop de pouvoir que l’on possède. Il est légitime de se demander : “La critique peut-elle blesser ?”. Mais il est aussi urgent de se demander : “Ma critique conduira-t-il ce projet à sa disparition ?”. Demandeurs ou non, chacun peut témoigner d’une critique qui l’a mis à terre. Quid de ceux qui ont en reçue et ne sont jamais revenus ?

    Alors oui, tu considéreras mes arguments hypocrites et tu auras raison : je n’équilibre pas ; je déséquilibre en faveur de l’auteur. Cependant, face à une position larvée de bons sentiments, un changement de paradigme me semble nécessaire. Le choix du moindre dégât est-il à ce point illégitime ?

    Les membres sont demandeurs, je le nie pas. Je ne nie pas non plus ce que dit Isapass. Vous avez raison en disant qu’une oeuvre critiquée a un chemin vers une amélioration substantielle. Mais cette demande n’est pas une permission pour autant. Par analogie, un patient en demande de soin réclame de son médecin un geste thérapeutique. Mais les patients souhaitent aussi de leur médecin, une information neutre, loyale et éclairée, lors de la consultation. Par extension de cette analogie, les membres placent implicitement la forme de la critique qu’ils souhaitent recevoir. Toutes critiques qui sortent de ce cadre deviennent donc subies. Un tel souhaitait savoir si ses personnages étaient cools, il se retrouve avec une analyse sur son COD et son participe passé.

    Attention, je ne dis pas que subir la critique soit mauvais dans son absolu. Elle n’est que le prolongement cependant d’une critique forte.

    Je suis d’accord pour dire que cette sanction peut être sans-suite, voire affaiblie par une bonne discussion. Je suis d’accord pour dire que les moyens mises en place par les générations successives jusqu’à présent aplanissent ce sentiment. Mais peut-on vraiment en supprimer son existence ?

    (gêné) Pardon, ma pensée doit être assez décousue ! Si tu penses que je m’exprime mal ou que je dis de la merde (et j’ai une sacré collection de diarrhée mentale), n’hésite pas à me reprendre.


  • Plume d'Argent

    @Isiniel

    Hum. C’est vraiment intéressant, même si je trouve au final ta vision un peu pessimiste ^^" J’aimerai revenir sur quelques points en particulier :

    Quand tu dis “Une critique peut avoir faux”, pour moi, cela montre qu’en fait, nous n’envisageons pas du tout de la même manière les critiques. Pour moi, une critique ou un commentaire, c’est le ressenti du lecteur, ce qu’il a aimé ou non dans sa lecture. Du coup “J’aime ce personnage” ou “Je n’aime pas ce passage / Je n’ai pas compris tel truc” ne peuvent pas être faux, puisque qu’il s’agit de ce que le lecteur pense et a ressenti en lisant. Pour les gens qui disent “Ce texte est nul” et pose des affirmations générales, ce ne sont pas pour moi ces commentateurs mais des petits cons qui pètent plus haut que leur cul (désolée pour le vocabulaire ^^"). Parce qu’en effet, un lecteur ne peut pas détenir de vérité général (seulement sur ce qu’il a ressenti en lisant), et de toute façon, personne n’a de vérité générale.

    Du coup, que faire d’un commentaire “Je n’aime pas tel truc ?” et pas… pas forcément quelque chose. C’est à l’auteur de décider si c’est un parti pris, auquel cas de dire au lecteur “Désolé, je ne peux pas plaire à tout le monde”, ou si le lecteur a vraiment soulevé quelque chose et qu’on souhaite le modifier. Personnellement, cette réflexion demande toujours beaucoup de temps pour moi, et en général, mes réponses aux commentaires sont toujours laborieuses parce que bon, rapidement, à part dire “Chais pas encore”, je ne sais pas trop quoi dire. Mais pour moi, c’est ça qui est important, pousser à la réflexion, pointer ce qui ne marche pas pour X, et décider ensuite si on veut changer ou pas, en toute connaissance de choses, et donc pleinement assumer ses choix.

    Bon après, on va pas se mentir, si 15 personnes disent ne pas aimer tel passage, faut vraiment se poser des questions :p

    Du coup, pour moi, le texte ne peut pas devenir une moyenne pondérée des styles. A partir du moment où je ne commente pas en disant : “Cette phrase est nulle, faut mieux la tourner comme ça.” je ne peux pas injecter mon style dans le livre de quelqu’un d’autre. Si je dis “Je n’aime pas cette phrase, elle est pas claire.”, ça force l’auteur potentiellement à la réécrire, mais avec son propre style et ses moyens. Bien sûr, parfois les lecteurs font des propositions, mais ça reste des propositions, et ce n’est pas systématiques.

    Bref, je dis ça peut-être parce que j’ai assez de recul pour ne pas prendre mal un commentaire, mais quand tu parles de critiques, j’ai vraiment l’impression que ce sont des affirmations à chaque fois qui sont assénées, alors que pour moi, un commentaire, c’est plus un avis. C’est peut-être cette différence de vision qui fait qu’on a un vécu très différent.



  • @Isiniel cela me fascine que tu aies fait le choix d’employer le mot “critique”. As-tu remarqué que sur FPA, le terme est celui de “commentaire” ?
    Par curiosité, car du coup, je me suis posé la question, je suis allée rechercher la différence sur le larousse en ligne :

    Commentaire : exposé par lequel on explique, on interprète, on juge un texte
    Critique : jugement porté sur une œuvre littéraire ou artistique

    Or, de ce que j’ai observé sur ce forum, les auteurs ne veulent pas de critique, mais des commentaires. Ils veulent améliorer leur histoire. Leur histoire est comme un échafaudage et le commentaire est le boulon qu’un tiers tendrait à l’auteur, lequel peut choisir de prendre ou non le boulon, se dire “ah ben non, là j’ai besoin d’un boulon d’une autre forme, je ne le prend pas” ou bien “ce n’est pas ce dont j’ai besoin dans l’immédiat mais je le prends quand même parce que je peux en avoir besoin, ou parce que je sais que j’en aurai besoin ensuite”. L’objectif n’est pas d’être à couteaux tirés et à avoir le dernier mot à tout prix, mais d’essayer d’aider, dans la mesure du possible. Ce n’est pas tant l’affaire d’une unilatéralité qui doit être la plus forte qu’une co-construction, un travail d’équipe plus ou moins développé.
    Ce qui me mène à reprendre ton point sur le fait que tous les textes d’un même forum risquent donc de tendre vers une uniformisation. Les commentaires ne sont pas forcément des pelleteuses qui forcent à réécrire complètement les textes. Des fois, il s’agit juste d’effacer une répétition, ou une suggestion liée à une incohérence. En cela, je ne pense pas que les commentaires poussent à l’uniformisation puisque les modifications ne sont pas suffisamment énormes pour y mener. D’autant plus que les auteurs reprennent les commentaires à leur sauce et que chaque commentaire est différent, de surcroit tout le monde ne commente pas les mêmes textes ni ne relève les mêmes éléments : en clair, je ne pense pas que cette pratique puisse être définie de manière aussi systématique. Et je pense qu’une simple lecture de plusieurs fictions du site suffit à démontrer que nous sommes encore très loin d’un “patchwork qui étouffe l’individualité”, en dépit d’une longue pratique de commentaires constructifs et assidus !
    Entre parenthèses, dans ton premier post, tu soulignais que l’auteur souhaite plaire à quelqu’un (à défaut de pouvoir plaire à tout le monde) : quid des personnes qui écrivent pour elles-mêmes ? Peut-être ne me croiras-tu pas, mais certaines personnes écrivent d’abord pour elles-mêmes, et le bonheur des lecteurs tient plus de la plus-value, du bonus, que du “primum des souhaits”, pour reprendre ton expression. (et ces personnes peuvent vouloir des commentaires! écrire pour soi ne signifie pas non plus que l’on considère son texte comme intouchable)
    A mes yeux, un commentaire n’est pas violent en soi. C’est un outil (un boulon, je disais ;) ). Un outil neutre, qu’on peut utiliser ou non. La formulation peut être violente (tu peux poser le boulon dans la main de l’auteur, ou le lui balancer à la figure) c’est d’ailleurs pour cela que la communication non-violente existe, (d’ailleurs les bases de cette communication ont fortement été évoquées lors de la création de ce topic, même si les mots exacts de CNV n’ont pas forcément été cités).
    Un commentaire non constructif (type “c’est nul.”) écrit de façon violente, alors oui, c’est un commentaire violent et, dans ces cas-là, soit le commentateur ne sait pas s’y prendre et il peut s’améliorer par la suite (on ne nait pas commentateur, on apprend à l’être), soit je pourrais me demander si le commentateur n’assouvit pas là des pulsions sadiques (et, perso, quelqu’un de non constructif qui m’assène des trucs sans être dans l’échange avec moi, je ne tiendrai pas compte de ses commentaires). Mais ces cas-là (heureusement), restent ici des cas rares, parce que, (comme dit précédemment), nous cherchons la constructivité et la bienveillance et nous avons, dans la grande majorité des cas, l’intelligence de ne pas faire à l’autre ce que l’on n’aimerait pas que l’on nous fasse. (Et je rejoins @Renarde, quand un texte ne me plait vraiment pas et que je sens que j’aurais des difficultés à écrire un commentaire bienveillant et constructif, alors, je m’abstiens, laissant le soin à d’autres personnes qui le sentiraient plus de le faire ! Je ne le fais pas en me disant que “je suis extrêmement charitable de sauver quelqu’un des foudres de mon commentaire”, je le fais parce que je sais que je ne suis pas toute-puissante.)
    En fait, le commentateur n’est pas là pour défoncer ce qu’il lit, mais plus pour aider les textes qu’il apprécie. Quoique, pour être plus juste, nous ne sommes pas toujours constructifs, moi la première, la plupart du temps je cherche simplement à montrer mon soutien. Soit j’écris des commentaires constructifs, soit j’ai plus de mal à trouver des choses à dire et dans ces cas-là, j’écris des commentaires que je pourrais caractériser “d’enthousiastes”, à défaut d’être véritablement constructifs. Mais le maître mot demeure : bienveillance…
    Ce qui peut être violent est la confrontation de ses émotions au commentaire. Une certaine rigidité vis-à-vis de son texte, la certitude que le texte est parfait (mais à ce moment là, comme le souligne @Renarde, pourquoi s’embêter à passer par un forum dont le but est de récolter des commentaires et ne pas passer directement à l’autoédition ?), un manque de recul qui peuvent entraîner une confusion : certaines personnes en état de “fusion” avec leur texte prennent le commentaire comme une attaque personnelle et non comme quelque chose de lié au texte. La violence est liée au fait que l’auteur n’est pas prêt ou ne s’est pas apprêté à accueillir un commentaire.
    A ce moment-là, est-ce la faute du commentateur ? Un commentaire écrit en CNV peut faire mal… mais le commentateur aura optimisé les chances de réduire cette douleur. Le commentateur a une responsabilité mais l’auteur aussi : s’il poste son texte en espérant ne recevoir que des louanges, non seulement il s’est trompé de site (selon moi, en tout cas) mais en plus je pense qu’il lui faut se demander pourquoi il voulait poster à la base. Si ce n’est pas pour être aidé à mieux équilibrer son échafaudage, alors, pourquoi demander les ressentis de commentateurs ? (Il peut aussi sombrer dans le déni et blâmer les commentateurs, dire qu’ils ont tort et sont d’horribles personnes méchantes, c’est clair que c’est plus facile que de remettre en question quelque chose qui peut lui tenir très à coeur.)
    Il y a un état d’esprit à avoir, d’être ouvert - sans parler de sacralisation du commentaire, bien évidemment ! Autant le commentateur n’a pas à venir avec un marteau détruire le travail des autres, autant l’auteur n’a pas à accueillir les lecteurs avec un marteau simplement parce que les lecteurs lui apportent des boulons carrés et pas des boulons triangulaires. (ne me reprenez pas sur les termes mécaniciens svp, ceci est juste pour les besoins de ma métaphore) En résumé : ni l’auteur ni le commentateur ne sont tout-puissants et ne détiennent l’unique vérité exacte (si elle existe seulement :smirk: )
    Il ne s’agit pas, selon moi, de trouver une forme idéale du commentaire. Il s’agit simplement de trouver un espace de d’échange sain où le malaxage du texte peut se faire au mieux. (oui, je malaxe mon texte, ça lui fait beaucoup de bien, vous devriez essayer)



  • Je plussoie complètement et à 100% le message de @Flammy et je recite mon passage préféré :

    @flammy a dit dans Corriger sans (être) bless(é)r :

    pour moi, un commentaire, c’est plus un avis

    Je comprends ce que tu dis @Isiniel quand tu dis que la critique a le pouvoir de tuer une oeuvre en gestation. Cependant, tu oublies encore que les personnes qui publient leur texte sur un forum, s’exposent volontairement à la critique. Il y a donc une démarche volontaire de modification de l’oeuvre, dès le départ.

    D’autre part, pour moi dire “je n’aime pas” et “c’est nulce n’est pas une critique. Une critique est, pour moi, par essence justifiée. Et je crois que c’est justement là où on diverge complètement, est qu’il me paraît évident qu’une critique (ou qu’un commentaire) EST à justifier. Sinon ce n’est que du troll : “je n’aime pas ce personnage” sans plus d’explication n’est pas une critique. En revanche, un commentateur qui dirait “je n’aime pas ce personnage, que je trouve trop arrogant.” n’est pas forcément une critique négative, car il s’agit d’un ressenti, et l’auteur a peut-être volontairement écrit ce personnage pour qu’il soit détestable. Dans ce cas, la critique permet de souligner que l’auteur a réussi son coup !


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