Les tics d'écriture



  • Bonjour.

    Un tic d’écriture est une tournure, un procédé dont on abuse. Il est difficile de reconnaître les siens, mais on voit assez facilement ceux des autres.

    Personnellement, quand j’ai commencé l’écriture de mon roman «La Rémige bleue», j’écrivais le mot «petit» à toutes les sauces. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Le fait d’écrire le petit chat, le petit Jakou, la petite pie, devait les rendre peut-être plus sympathiques dans mon esprit sans que cela ne soit réellement justifié. Heureusement, je m’en suis rendu compte assez rapidement et j’ai vite corrigé le tir.

    De même, j’utilisais le mot «comme» à qui mieux mieux, tant est-il que je m’en suis aussi rendu compte. Maintenant, il me semble que je les utilisent à bon escient, du moins je les assume. Et cela me va quand j’invente des phrases du genre «L’ambiance de fête commençait à tomber comme un énorme soufflet au fromage depuis trop longtemps sorti du four.»

    Cependant, je reste persuadé que d’autres tics me collent à la plume sans que je ne sois capable de les détecter tout seul.

    Et vous ?

    En êtes-vous conscients ? En avez-vous dénichés dans votre propre prose, dans celle des autres ?



  • Hahaa, très bon sujet, @Daviken !

    Je me souviens d’une remarque de Cristal, il ya bien longtemps, sur l’un de mes chapitres : j’utilise beaucoup d’adverbe en “-ment”. Quand j’ai lu sa remarque, ça a fait comme un bruit de verre qui se brisait : elle avait carrément raison, je m’en étais jamais rendue compte ! Depuis je fais attention.

    En revanche, j’adore les “Oxford commas” : placer une virgule avant un “et”, surtout dans les actions (“Elle partit, et…”, et aussi “Elle partit et, chemin faisant,…”). J’espère que ce n’est pas redondant - en tout cas, c’est définitivement un tic bien à moi.

    Sinon, je crois que j’ai des périodes durant lesquelles un mot va fréquemment revenir. Généralement, je m’en rends compte et je tache de varier :-) Et puis ça passe comme c’est venu. D’ailleurs, Daviken, le “comme” a eu sa période faste chez moi aussi, il y a quelques mois !


  • Plume d'Argent

    Je suis sûre que j’en ai plein que je n’ai pas encore détectés ! Mais dans ceux dont je suis consciente, j’ai aussi la virgule avant le “et”, ce qui est fortement déconseillé. Mais je le fais inconsciemment. D’ailleurs j’ai tendance à mettre une virgule à chaque pause respiratoire dans les phrases. C’est @Rimeko qui m’a alertée à l’occasion d’une BL “trop de ponctuation tue la ponctuation !” Ce en quoi elle a parfaitement raison… Merci Rim !
    J’ai tendance à abuser du point d’exclamation aussi. D’ailleurs je me surveille dans mes fictions, alors je les mets tous dans mes commentaires, maintenant ! ;)
    Et aussi, j’aime d’amour les énumérations… je me surveille parce que ça peut vite être trèèèèèès lourd.
    J’adore ce sujet ! :)



  • @Isapass : la virgule avant le “et”, fortement déconseillée ? Pourquoi ?


  • Plume d'Argent

    @liné Parce que “et” est un mot de liaison et que tu casses la liaison.
    Par exemple : "C’est un mot de liaison, et tu casses la liaison. ", ce n’est apparemment pas correct.



  • @isapass a dit dans Les tics d'écriture :

    @liné Parce que “et” est un mot de liaison et que tu casses la liaison.
    Par exemple : "C’est un mot de liaison, et tu casses la liaison. ", ce n’est apparemment pas correct.

    Hum, c’est plus compliqué que cela. Il y a bien des cas où la virgule avant le «et» est tout à fait appropriée.
    Je conseille le livre de poche «L’art de la ponctuation» de Olivier Houdart et Sylvie Prioul qui explique tout cela fort bien, et avec humour ! (remarquez où j’ai placé la dernière virgule ;-)).


  • Plume d'Argent

    @daviken Ton exemple me va très bien, mais on m’a dit que même ça, ça ne se faisait pas… je vais peut-être acheter le bouquin, moi ;)



  • @isapass
    D’Italiens, il n’a connu que des voituriers, des policiers, et quelques lazzaroni.

    De Julien Gracq tout de même…



  • Ha, ce bouquin m’intéresse bien ! J’adore les jeux de rythme que peut apporter la ponctuation. Si l’Académie renvoie le Oxford comma au rang des fautes de français, tant pis pour elle :-p

    Merci à tous les deux pour la précisions !



  • Je mets en fait toujours une virgule avant mes “et”, sauf quand il s’agit de deux mots qui se rapportent au même prédicat. Il aime sa femme et ses enfants. Mais Il aime sa femme, et ses enfants, il les adore.
    Je ne sais pas si mon usage est correct, mais je pense que s’il ne l’était pas, un de mes professeurs me l’aurait déjà signalé(, et cela sur une copie d’examen!)
    Edit: Sinon, niveau tics… Je ne m’en rends souvent pas compte, mais j’ai par périodes des mots qui reviennent un peu trop souvent.



  • Je fais la même chose avec ce petit et… ^^’ La nuance évoquée me semble logique.
    @Isapass Moi, c’est toi que je remercie pour les – et les !!! . ;) Plus facile d’y faire attention quand quelqu’un nous l’a pointé.
    Et c’est en lisant des bouts de forum que j’ai commencé à faire attention à l’utilisation des adverbes en -ment ainsi qu’à celle des qui et des que. Ces ptites bêtes-là ne sont jamais loin. ;)


  • Plume d'Argent

    @daviken Sans vouloir te choquer en touchant au sacré ;) je trouve justement que dans l’exemple, ce n’est pas justifié. Bien sûr, je parle dans l’absolu, et si j’admets que les auteurs confirmés peuvent se permettre des libertés, de mon côté, je réfléchis 4 fois à la justification quand je le fais.
    Je veux dire, si c’est utilisé avec parcimonie et justement comme un genre d’“artifice” stylistique pour souligner quelque chose, c’est justement toute la beauté du truc. Comme d’utiliser des oxymores, par exemple. Mais il faut que ça reste exceptionnel, et je ne suis pas sûre de savoir justifier mes propres utilisations. Donc j’évite (enfin, j’essaye d’éviter), sinon j’en mettrai partout !



  • @Isapass Je te donne entièrement raison. Prudence, prudence… Pour moi, l’utilisation de la ponctuation et bien d’autres artifices de la langue française relève souvent du pifomètre. Je ne suis jamais sûr de rien, et dès que je m’embarque dans une phrase un peu compliquée, j’y renonce le plus souvent faute de savoir faire, optant pour des phrases simples, non pas par goût, mais par nécessité.
    Et que dire de mes défauts et autres abus de langage… ;-)



  • Encore un sujet vraiment intéressant !

    Tu dis que l’on a souvent pas conscience de ses tics d’écriture, mais en ce qui me concerne, je suis très très consciente de deux d’entre eux… et malgré cela, je n’arrive tout de même pas à m’en débarasser :(

    Le premier, c’est le même qu’Isapass: je mets beaucoup de virgules avant les “et”. En relisant, je me rends bien souvent compte que je peux très facilement m’en débarasser.

    Le deuxième m’embête carrément plus, c’est ma passion du regard xD Mes personnages passent vraiment tout leur temps à se regarder, c’est un festival de batailles du regards, de coups d’oeils échangés et d’oeillades plus ou moins discrètes. Avec le temps, je suis devenue une experte des synonymes: “contempler”, “observer” et j’en passe. Vraiment, il faut que je me guérisse là-dessus. Je ne sais pas vraiment d’où ça vient… Peut-être est-ce un symptôme de mon voyeurisme latent ? xD


  • Journaliste PAen

    Prim je vais encore devoir plussoyer tout ton message xD Je rejoins le club des “, et” (merci @itchane pour avoir décelé ce vilain tic !) et aussi celui des accros aux yeux. Mais là-dessus, ce n’est pas vraiment un tic d’écriture parce que je varie les formules. C’est juste que les regards ont une réelle importance pour moi - mais dès qu’il est possible d’exprimer ce qui se passe autrement qu’en parlant du regard, bien sûr, je m’y efforce.

    Sur ce fameux “, et” ; je l’ai appelé “vilain tic” un peu plus haut, mais dans mon cas c’est parce que je me suis aperçue, grâce donc à une super BL, que j’en abusais complètement, c’était quasi systématique. Alors j’ai fouillé mon texte et j’ai réfléchi à chacune de ces virgules. Certaines sont restés parce qu’elles induisaient un rythme qui me paraissait plus important que la règle toute bête qui voudrait qu’on ne mélange pas un outil de juxtaposition (la virgule) avec un outil de coordination (la conjonction “et”). Je pense qu’il faut vraiment y aller au cas par cas et, comme le souligne @Isapass, être capable de se trouver des justifications pour chaque emploi. Idéalement, il faudrait pouvoir justifier TOUTES les irrégularités de nos textes :p mais ça, c’est mon côté étudiante de lettres qui parle.
    J’ajouterai que Flaubert raffole de la virgule avant le “et” - et moi, je raffole de Flaubert, alors :smirk:

    Tenez, puisqu’on est sur la ponctuation, je sais aussi que je suis complètement obsédée par deux signes de ponctuation : les “;” et les “-” (les tirets qui peuvent servir de parenthèses mais que j’emploie souvent avec une fonction semblable au point-virgule). Je pense qu’on ne trouvera pas dans mon histoire trois paragraphes consécutifs qui en soient dépourvus. Mais là encore, est-ce vraiment un tic si c’est assumé et réfléchi le plus à fond possible pour chaque occurrence ? Je pense que non. Finalement, s’approprier ses tics peut être aussi une manière de définir son style, non ? (en restant raisonnable, bien sûr ; on ne peut pas tout justifier par le style)



  • Bonsoir @Primrose
    Très intéressant ton problème du regard.
    Je pensais à des tics de forme et j’apprends donc qu’il y a aussi des tics de fond, inquiétant ça :upside_down: .


  • Plume d'Argent

    @daviken @Primrose ah ben si on attaque, les tics de fond, alors là, on a pas fini !
    De mon côté, j’ai un un problème avec les incises. J’ai un mal fou à laisser du flou dans les dialogues et j’ai souvent des dialogues qui impliquent plus de deux personnages. Alors je précise qui parle à chaque fois (même si ça n’a aucune importance). Et en plus je précise comment il le dit, avec quel geste, quelle voix, quelle émotion… Quelquefois je m’oblige à ne pas mettre d’incise, mais comme c’est presque un toc, je dois lutter comme une malade :joy:
    C’est à tel point que j’ai laissé tomber les guillemets et je suis passée aux tirets, car ça me permet de préciser un truc sur le dialogue par une phrase narrative, sans avoir à le faire dans l’incise, ni à devoir refermer, puis rouvrir les guillemets. Je ne sais pas si c’est de la forme ou du fond, mais les incises plus longues que les répliques, c’est pas terrible :)

    Et les phrases de 10 lignes, on en parle ? ;)


  • Plume d'Argent

    En ce qui me concerne, je ne sais pas encore si j’ai des tics d’écriture. Mes lecteurs ne m’ont rien signalé de tel, mais je vais tâcher d’être attentive.

    Pour revenir aux virgules avant “et”, il y a plusieurs cas où elles se justifient :

    • Quand il y a plus de deux éléments coordonnés et que la conjonction “et” est utilisée devant plus d’un élément :
      La terre était belle, et riche, et féconde. (Lamennais, Paroles d’un croyant, III)
      [Si on n’utilise “et” qu’une fois, il ne faut pas mettre de virgule : “La terre était belle, riche et féconde”.]
    • Quand les termes coordonnés sont longs et complexes:
      Elle avait transformé le bas de ce vieil et magnifique hôtel de la rive gauche, et laissé le reste aux malades civils (Cocteau, Thomas l’imposteur)
    • Quand leur construction est dissemblable (sujet ou mode différent) :
      La tempête s’éloigne, et les vents se sont calmés (Musset, op. cit., Saule, II)
      J’ai longé ces berges maintes fois, et je voudrais qu’un jour tu m’accompagnes.
    • Quand le dernier élément contient un terme qui lui est propre (et qui, sans la virgule, serait rapporté aussi aux autres éléments) :
      Dans le petit bois de chênes verts il y a des oiseaux, des violettes, et des sources sous l’herbe fine. (A. Daudet, Lettres de mon moulin)
      [Seules les sources sont sous l’herbe fine.]
    • Quand il y a plusieurs coordinations distinctes :
      Il a de vilaines dents parce qu’il est mal nourri et que son estomac souffre, et de beaux yeux parce qu’il a de l’esprit (Hugo, Les Miséables, III)

    J’ai gardé le plus vague pour la fin : - quand le dernier terme est précédé d’une pause, notamment quand on veut le mettre en évidence.
    C’est là que ça devient plus subjectif, mais si cet usage est systématique, il perd tout son charme et risque de devenir agaçant.
    Je me réfère principalement au Bon Usage de Grevisse.


  • Plume d'Argent

    @Daviken : ah oui, bien sûr qu’il y a des tics sur le fond… :confounded:
    De mon côté j’ai une tendance (que je connais, donc je la combats) à bégayer, c’est à dire à souvent employer un verbe deux fois de suite. Je l’ai à l’esprit, puisque je l’ai écrit une première fois, et il essaye de ressortir aussitôt. Bon, évidemment, à la relecture, je soupire et j’efface…

    @isapass, @EryBlack @Primrose : ça doit être répandu (ou alors contagieux…), parce que j’avais cette tendance aussi à mettre des “, et” partout. Je me suis soignée et j’essaye de ne mettre une virgule que quand ça s’impose.
    Je vous mets le petit texte d’antidote sur la question

    Bien qu’on ne mette généralement pas de virgule devant les conjonctions et et ou en dehors des cas énoncés ci-dessus, la virgule est néanmoins permise et recommandée dans les contextes particuliers suivants :
    -Pour mettre en évidence le dernier élément de la coordination ;
    Le petit Julien possède un chat, un chien, un poisson rouge, et une grenouille !
    Préfères-tu manger à la maison, ou aller dans ce petit bistro sympa ?
    -Pour marquer l’opposition entre deux propositions ;
    J’avais déjà tout organisé, et la date de la fête a été changée.
    Martine avait presque terminé son travail, et elle a dû tout recommencer.
    Ici, et joue un rôle qui se rapproche de celui de la conjonction mais, qui est généralement précédée d’une virgule.
    -Pour clarifier le message ;
    Nous avons croisé Rose, et Gilbert l’a chaleureusement embrassée.
    Sans la virgule devant et, on pourrait croire que c’est Rose et Gilbert que nous avons croisés.
    J’apporterai du fromage et du pain, ou des crudités et de la trempette.
    La virgule devant ou permet de bien délimiter la portée de chaque coordination.
    -Pour marquer la séquentialité des actions.
    Je dépose Mathias chez sa copine, et je te rejoins.

    @Isapass : Les incises, c’est comme avec tout, c’est une question de dosage. Quelquefois, c’est bien avoir une “indication scénique” précise sous forme d’incise et d’autres fois, le sens du dialogue suffit pour donner le ton. D’autres fois encore, tu peux donner ton “indication scénique” avant le dialogue.
    Pour les phrases de 10 lignes, ça dépend… Tu connais Maylis de Kerangal ? Il lui arrive de faire des phrases de deux pages, et c’est magnifique… :cherry_blossom:

    @Fannie : je crois qu’à nous deux, on couvre tous les cas pour les virgules devant les “et”!



  • Alors, moi, des tics, j’en ai tout autour du ventre, y compris pour les virgules, comme Isapass, que j’ai tendance à placer à chaque respiration et y compris aussi dans la façon de formuler les phrases (ex: inversion fréquente du sujet).

    Il y a certains mots, aussi, que je choisi plus volontiers que d’autres. Et une relecture n’est pas toujours suffisante, tant ces tics sont ancrés dans ma petite tête !

    Et tout ça, c’est sans compter les adverbes multiples !


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