Personnages #2 – les décrire… ou pas


  • Administratrice

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    Conseil d’écriture de Sélène & PA

    Dans le cadre de notre partenariat, l’agence Sélène nous a communiqué une liste des erreurs les plus fréquentes dans les romans en recherche d’éditeur. Nous avons conjointement décidé de vous transmettre chaque conseil de Sélène, accompagné de pistes de réflexion.

    Sélène a écrit :

    Le conseil de Sélène : Décrire ses héros

    On a le droit de ne pas décrire physiquement son personnage ou d’apporter uniquement quelques indications. En effet, un personnage peut s’appréhender par ses traits de caractère et/ou sa façon de parler, la description physique n’est pas une obligation. De plus, il ne faut pas sous-estimer l’imagination du lecteur qui bien des fois ne suit pas les indications de l’écrivain.

    Par ailleurs, il existe de nombreuses manières d’amener une description physique des personnages. Il est préférable d’éviter la pause descriptive dans le récit pour détailler un héros ou un personnage secondaire. On peut au détour de nombreuses phrases donner des indications sur le physique de ces personnages : exemple : il passa la main dans ses cheveux bruns. Et cette description peut s’étendre dans le récit. Nul besoin de faire une pause narrative pour un exposé détaillé où vous décrivez la couleur des yeux, la forme des lèvres et les taches de rousseur.

    Parfois seuls certains éléments suffisent : taille, couleur de peau. Et le reste peut aisément passer dans des attitudes, des tics ou encore une description brève des vêtements. En effet, il est impressionnant de voir le nombre de pensées qui se rattache à la veste en cuir, au costume, ou aux chaussures abîmées.

    Commentaire de Plume d’Argent :

    Il y a les répétitifs qui vous rappellent, à chacune de leurs apparitions, à quoi ressemblent tous les personnages de l’histoire. Il y a les flaubertiens qui peuvent vous consacrer un paragraphe entier sur un seul chapeau*. Il y a les minimalistes qui ne vous diront jamais, ô grand jamais à quoi ressemblent leurs héros – ou alors ils devront vous tuer après. Bref, les approches sont nombreuses quand il s’agit de décrire, ou pas, ses personnages.

    Nous allons vous dire ce que nous avons souvent répété tout au long de ces co-conseils d’écriture. Il n’y a dans l’absolu ni bon ni mauvais choix. Ce qui est important, c’est d’avoir conscience de ce que vous voulez transmettre à votre lecteur. Si vous choisissez de décrire vos personnages, c’est donc que leur apparence a de l’importance : est-ce important pour vous ? pour votre perception de la scène ? pour l’intrigue même ? Et surtout, pourquoi est-ce important ? Quelle impression voulez-vous laisser de votre personnage à travers sa description ?

    Le qui et le quand
    Tous les personnages n’ont pas vocation à être décrits. Un personnage dont le seul rôle tient en une ligne sur toute l’histoire, par exemple. Nous pouvons donc déjà réfléchir à la direction vers laquelle on souhaite attirer, ou non, l’attention du lecteur.

    Se pose aussi la question du timing. Il n’est pas forcément pertinent de décrire un personnage au moment précis où il intervient dans le récit. En fait, là où sa description peut vraiment servir votre « caméra », c’est quand elle a lieu à l’instant où votre héros met le focus sur lui.

    Un exemple ? Allons-y. Votre héros est accosté dans la rue par un passant qui lui demande l’heure. Votre héros est très pressé, il a une planète à sauver : il trace sa route. Mais le passant le suit, revient à la charge, lui redemande l’heure. Et c’est quand enfin votre héros, excédé, se tourne vers lui pour la lui donner, sa fichue heure, qu’il réalise que le passant n’est pas n’importe qui. Et là, hop, travelling avant, gros plan, description. Tada, le passant est en fait un cafard de l’espace !

    La plastique et l’aura
    Revenons à présent sur l’importance qu’on accordera, ou pas, à l’apparence du personnage dans le récit.

    Vous pouvez indiquer son poids, sa taille, ses mensurations, sa couleur de peau, de cheveux ou de vêtement, rien de tout ceci ne produira une impression durable sur le lecteur (sauf s’il est roux, mais c’est un autre débat sur PA). Il restera à l’état de matière inerte.

    Conférez-lui maintenant un timbre de voix particulier, attribuez-lui une gestuelle et une posture spécifiques, affublez-le d’une petite manie, mettez l’accent sur son expressivité, ou sur son absence d’expressivité, là, la chair s’anime. Le corps d’un personnage peut livrer de nombreux renseignements sur son caractère en général et son humeur en particulier.

    Vous pouvez aussi choisir de ne décrire qu’un tout petit détail de votre personnage, un détail qui à lui seul peut en dire déjà beaucoup sur lui. Ces ongles coupés trop courts. Cette brûlure dans le cou. Ce parfum excessif de savon.

    Le fantasme et le soi
    Une tentation récurrente chez l’auteur qui accorde de l’importance à la description physique des personnages est d’en faire des mannequins. Une femme aux grands yeux violets, aux dents de perles, aux lèvres en cerises, à la chute de reins vertigineuses et aux cascades de boucles brillantes. Un homme à la mâchoire bien dessinée, au regard magnétique, à la carrure athlétique et à la démarche sensuelle. Bien sûr, il peut être important pour votre intrigue que les personnages répondent à ces critères de beauté. Certains auteurs jouent même dessus pour manipuler le lecteur.

    Juste, évitez de copier-coller les expressions toutes faites que vous avez lues et relues ailleurs. Observez les personnes autour de vous, les êtres qui vous sont chers, ou ceux que vous ne croisez qu’une seule fois. On dit que la beauté est dans l’œil de celui qui regarde. Demandez-vous ce qui accroche soudain votre regard, ce qui touche vos sens et votre sensibilité à leur proximité. Comment mettriez-vous « ça » en mots ? Il y a des milliers de façons de décrire un être humain : trouvons la nôtre !

    *« C’était une de ces coiffures d’ordre composite, où l’on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d’expression comme le visage d’un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis s’alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poils de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d’une broderie en soutache compliquée, et d’où pendait, au bout d’un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d’or, en manière de gland. Elle était neuve ; la visière brillait. » (Flaubert, Madame Bovary)

    Et vous ? Décrivez-vous vos personnages ? Si oui ou si non, pourquoi ?


  • Journaliste PAen

    FLAUBERT <3 Sérieusement, j’aime tellement cet auteur. Ce qu’il fait avec cette casquette est absolument fascinant. Vraiment. Est-ce que quelqu’un a essayé de dessiner cette chose ? (Haaaa je veux donner ça comme exercice à mes élèves un jour…) Tout est parfait, le vocabulaire (loutre, ovoïde, baleines, BOUDINS CIRCULAIRES, poils de lapin “une façon de sac”, polygone cartonné, gland… Ça me fait mourir de rire !!) et la ponctuation, avec cette petite phrase isolée à la fin qui ARRACHE juste comme il faut, en mode cerise sur le gâteau : non seulement cette casquette est une abomination, le summum du ridicule, mais en plus la visière brille, ce qui suggère qu’elle doit être portée avec fierté. Fi-er-té. Gosh. Meilleure façon d’introduire un personnage EVER.

    Hem donc. C’est un super article et ce coup-ci, je suis tout autant d’accord avec le conseil de Sélène qu’avec le développement que tu en fais, Cricri ! Ça donne une furieuse envie d’écrire pour glisser ce type de petits détails si parlants dans son texte <3 J’ai des personnages pour lesquels je pourrais vraiment creuser ce genre de chose.
    (Non, je ne suis pas en train de relancer le débat sur mes personnages secondaires, NON. Je parle d’autres persos :’) )


  • Plume d'Argent

    C’est rassurant de voir que les descriptions précises ne sont pas déconseillées.
    J’ai tendance à décrire mes personnages (du moins certains) de manière assez détaillée.
    Pourquoi ? C’est une bonne question. Probablement parce qu’ils m’apparaissent d’abord visuellement et que leur aspect physique me semble faire partie intégrante de leur personnalité. J’ai l’impression que les détails que je décris les rendent plus réels.
    Il faut dire aussi que c’est moi qui les ai imaginés et je n’ai pas spécialement envie que le lecteur les réinvente à sa façon.



  • Je rejoins à la fois Sélène et Cricri, décrire certes, mais pas forcément tous les personnages, insister sur quelques spécificités plutôt que tout détailler, doser, et amener la description au cours du récit par de petites touches savamment placées.
    Mon problème à moi c’est que justement j’ai parfois tendance à ne décrire que les yeux et les cheveux, parce que IRL c’est ce que je remarque le plus, et il m’arrive également de décrire un personnage dès son apparition, comme si j’avais peur que le lecteur n’ait pas suffisamment d’imagination pour faire le travail lui-même, or, c’est faux, le lecteur comble les manques, seul. Par contre, si je veux que la vision du lecteur se rapproche le plus possible de la mienne, alors là, je charge la mule un peu plus.
    En tout cas, merci pour ce nouvel article !


  • Plume d'Argent

    Encore un article, bien intéressant…
    Comme ça m’inspire pas mal, je reviens sur quelques points :

    • D’abord le timing : tout à fait d’accord avec ce qui a été dit. Pour compléter, je dirais qu’il est préférable, si un personnage est un tant soit peu important dans un récit, de ne pas trop attendre pour le décrire, parce que si le lecteur s’imagine une grande blonde et, qu’au bout de 20 pages avec ce personnage, on lui dit soudain que c’est une petite asiatique, il va grincer ! Donc pas forcément tout de suite, mais pas trop tard non plus ( à moins que ce soit voulu, par exemple pour créer un effet de surprise)

    • Sinon, j’aurais tendance une fois de plus à nuancer ce que dit Sélène : :smiley_cat:

    Il est préférable d’éviter la pause descriptive dans le récit pour détailler un héros ou un personnage secondaire.

    C’est vrai que cela peut être plus fluide si on insère des éléments de description dans le texte, mais pour autant (et l’exemple de Flaubert le montre bien), une description un peu originale et significative d’un personnage ou d’un détail d’un personnage peut aussi constituer une partie du récit à part entière si cela a un intérêt pour le récit ou la connaissance des personnages.

    • Les petits détails, c’est souvent plus cela qu’on va retenir chez un personnage, car cela lui donne tout de suite de la personnalité (une petite cicatrice, un nez un peu tordu…). Si un personnage à un tic, ou une habitude, il ne faut pas oublier de le faire agir en conséquence (ça ne doit pas apparaître une seule fois dans le récit si le personnage a l’habitude de se frotter le nez du bout du doigt, ou de grimacer d’une certaine façon, ou autre…)

    En tout cas, ça donne envie de relire Flaubert… (merci @Cricri )



  • ça tombe pile quand je me posais la question ! Avec le PaCo, je réaisais que si certains personnages sont décrits (et moi j’ai un ROUX), d’autres ne le sont absolument pas, ou alors un unique élément (un manchot par exemple). Je me demandais si c’était déséquilibré, mais j’avais l’impression que ça allait alourdir le récit sans apporter grand chose…

    De plus, il ne faut pas sous-estimer l’imagination du lecteur qui bien des fois ne suit pas les indications de l’écrivain. > tellement vrai (pour les décors encore plus, mais quand même…)

    Vous pouvez indiquer son poids, sa taille, ses mensurations, sa couleur de peau, de cheveux ou de vêtement, rien de tout ceci ne produira une impression durable sur le lecteur (sauf s’il est roux, mais c’est un autre débat sur PA). Il restera à l’état de matière inerte. > Je suis complètement d’accord.

    Et j’ai un petit agacement quand les 3/4 des personnages d’un livre ont les yeux bleus (ou sont minces, ou cheveux blonds, enfin un élément récurrent du genre ‘trop beau’)

    Voilà. En revanche je n’ai pas de cafard de l’espace.


  • Plume d'Argent

    @olga-la-banshee a dit dans Personnages #2 – les décrire… ou pas :

    Voilà. En revanche je n’ai pas de cafard de l’espace.

    Ca ne va pas du tout Olga, t’as tout faux, et il faut y remédier rapidement ! Et pis, un cafard, pour s’entraîner à la description de persos, c’est top, miam ! :cake:


  • Plume d'Argent

    Toujours aussi intéressants ces conseils, merci !

    En ce qui me concerne je suis assez bizarre je crois, sans trop savoir pourquoi, au naturel je ne décris que ce que les personnages regardent… comment dire.
    Si je lis dans un livre une remarque sur les chaussures d’un homme, j’imagine que le personnage principal a baissé les yeux pour regarder ces chaussures.
    Et bien au moment d’écrire c’est pareil.

    Il ne me semble pas réaliste que mon perso principal croise, par exemple, sa mère dans la cuisine et la regarde alors sous toutes les coutures ; c’est justement ce que l’on voit tous les jours que l’on regarde le moins, or si mon perso ne regarde pas, je ne vois pas comment partager l’info. Donc je ne décris pas la mère. Sauf si elle porte un pull particulièrement moche qui attire les yeux du héros, auquel cas je décrirais ça, mais que ça ; ou encore si elle avait disparu depuis 3 jours et que mon personnage, surpris de la voir, la dévisage et la regarde de la tête au pied, je peux alors enfin la décrire complètement.

    Il en va de même des lieux. Décrire quelque chose auquel le personnage ne porte pas spécialement attention, j’ai beaucoup de mal.

    Ce n’est pas du tout un conseil de ma part, je ne pense pas du tout que ce soit une bonne façon de faire, d’ailleurs je me force parfois à corriger cela (par exemple, le personnage principal ne pouvant pas se regarder lui-même, souvent je ne le décris pas du tout… c’est embêtant ^^” ) mais c’est juste que… je ne sais pas… je n’arrive pas bien à faire autrement, la “caméra” sont les yeux de mes personnages, et les descriptions découlent donc directement de l’action et des événements : )


  • Plume d'Argent

    @itchane : Ce n’est pas un défaut, tel que je vois ! Si tu écris en point de vue interne d’un personnage, c’est normal et logique de décrire ce qui intéresse ton personnage et pas ce qu’il ne remarque pas. Et du coup, c’est logique aussi que tu aies du mal à décrire ce perso, à moins qu’il ne passe son temps à se contempler dans les miroirs :laughing:
    Donc, non, ne te corrige pas, ta façon de faire me semble parfaitement adaptée.
    Ce serait différent si tu étais en point de vue externe ou omniscient. :dizzy_face:



  • @itchane Ah, je ne trouve pas ça bizarre mais plutôt bien vu…



  • @itchane j’ai exactement le même souci ! et ce n’est que vingt mille mots plus tard, quand je veux évoquer un souci avec mon perso (par exemple le souci du coup de soleil (souci récurrent des peaux claires, trop peu évoqué à mon goût de victime du soleil)) je m’aperçois qu’il aurait ptête fallu que je l’évoque un chouilla plus tôt. En dehors de ce souci de réflexivité, cette façon de faire me semble assez spontanée, je trouve, et assez intéressante. Un peu comme au cinéma quand il y a es gros plans sur certains détails pour te les faire remarquer.


  • Journaliste PAen

    @itchane, je me retrouve dans ce que tu dis, particulièrement les lieux. Si le décor n’a rien de spécial aux yeux du persos, je ne le décris pas, sauf que, en conséquence, je me demande parfois si ça manque de descriptions. Après, j’ai peur que mon dialogue paraisse “flotter” dans le néant, et en même temps je n’ai pas envie de décrire la cuisine sans intérêt qui a été décrite trois chapitres plus tôt par exemple…


  • Plume d'Argent

    Je plussoie @itchane et les autres : je ne pense jamais à décrire mes persos physiquement. Pour moi, ça vient surtout du fait qu’ils sont très clairs dans ma tête et que c’est comme si je regardais un film, quand j’écris. J’oublie juste que le lecteur ne peut pas voir dans ma tête. Du coup, comme disait @Tac, je me rends compte trop tard que je ne l’ai pas fait, et si j’essaie de revenir en arrière pour caser une description, c’est tout bancal. Je n’aime pas du tout décrire mes personnages, ce n’est pas naturel pour moi, et malheureusement, je pense que ça se sent.
    Le hic, c’est que pour un public très jeune (6 à 12 ans, disons), je pense que les descriptions peuvent quand même aider à se projeter. Je me fais donc violence pour en faire.

    Vu le projet SF space opéra jeunesse dans lequel je me suis lancée, je serais pas contre un petit atelier “description d’un cafard de l’espace” :) Il est fort possible que ça me serve. Bien sûr, on peut décliner en “description d’un poulpe de l’espace”, “d’un morpion de l’espace” ou “d’un ornithorynque de l’espace”


  • Plume d'Argent


  • Plume d'Argent

    @rachael :joy: merci ! Je vais voir ce que je peux en faire mais j’ai déjà des idees qui fusent !!


  • Plume d'Argent

    ha bien ça me rassure de voir que mon cas n’est non seulement pas orphelin mais en plus pas désespéré ^^"

    Oui @Rachael, c’est vrai que pour du point de vue interne, c’est tout à fait logique. Mais là je suis sur un texte en point de vue externe et malheureusement, j’ai exactement le même tic ^^"

    @Eilish pareil, ça me le fait pas mal sur les lieux aussi. Et malheureusement @Olga-la-Banshee, parfois la description pourrait avoir de l’intérêt pour le lecteur, par exemple si dans la première scène d’une histoire, le personnage rentre chez lui après une dure journée de travail, j’ai vraiment du mal à faire une description de la maison, car le perso ne la regardera évidemment pas, vu que c’est la même maison tous les soirs pour lui ! Mais par contre pour le lecteur, avoir une idée du type de logement dans lequel vit le gars ça pourrait quand même servir ^^"

    Enfin bon, en se forçant un peu, on se soigne ; )


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