Personnages #1 – Définir ses héros


  • Administratrice

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    Conseil d’écriture de Sélène & PA

    Dans le cadre de notre partenariat, l’agence Sélène nous a communiqué une liste des erreurs les plus fréquentes dans les romans en recherche d’éditeur. Nous avons conjointement décidé de vous transmettre chaque conseil de Sélène, accompagné de pistes de réflexion.

    Sélène a écrit :

    Le conseil de Sélène : Définir ses héros
    Si vous avez l’impression de maîtriser de mieux en mieux votre personnage au cours du récit, c’est que vous avez fait une erreur. Il est important de savoir de qui vous allez parler avant d’en parler ! Vous devez connaître vos personnages sur le bout des doigts avant de commencer votre récit. Si ce n’est pas le cas, ses réactions seront systématiquement caricaturales.

    Brosser un portrait de chacun de vos personnages avant de vous lancer. Plus vous pourrez en dire sur eux, plus vous pourrez les cerner et ils perdront cette impression de flou qui gêne chaque écrivain en herbe. Attention, si vous vous devez de connaître votre personnage par cœur, ne vous sentez pas obligé d’en faire une biographie à votre lecteur. Il s’agit de doser les informations que vous jugez nécessaire de transmettre.

    Vous devez être capable de brosser un portrait de chacun de vos intervenants. Qui est-il ? Est-il timide, joyeux, colérique ? A-t-il des passions ? Le dessin ? Le sport ? Les mandalas ? Est-il gourmand ? Comment se construit-il par rapport aux autres ?
    Rendez-le humain et n’hésitez pas à montrer ses faiblesses ! Ainsi, il vous sera évident de les faire évoluer.

    Un petit conseil, commencez par vos antagonistes. Vos héros portent un message qui coule de sens, car ils sont guidés par la gentillesse, l’empathie et la bienveillance. Les Antagonistes au contraire doivent être élaborés avec soin. Rien ne fait une meilleure histoire qu’un grand méchant dont on comprend la logique, même si elle est animée par une dynamique négative.

    Commentaire de Plume d’Argent :

    Certains auteurs concoctent des fiches « personnages » très détaillées et il y en a d’autres que ça bloque complètement. Dans un cas comme dans l’autre, il existe un phénomène connu de (presque) tous les auteurs : l’émancipation du personnage. C’est cet instant improbable où, malgré tout ce que nous avions prévu pour lui sur le papier, notre personnage fait un choix que nous n’avions pas vu venir. Hop, un pas de côté et nous voilà, auteur, tout déconfit. Peut-être agacé. Attendri, aussi. Mais oui, les personnages peuvent – doivent – évoluer en fonction de la dynamique du récit. C’est parfois en se frottant à l’action qu’ils se révèlent à eux-mêmes, et à nous. Ça fait partie de l’écriture et, pour beaucoup d’auteurs, ça fait même partie du plaisir de l’écriture.

    Il y a toutefois deux grands moments où il peut être nécessaire de se poser des questions sur ses personnages. Le premier moment, c’est avant même d’avoir posé le tout premier mot de l’histoire : qui sont mes personnages et pourquoi font-ils tout ce qu’ils font ? Le deuxième moment, c’est quand le personnage est en train d’évoluer en contradiction totale avec ce qu’il était à la base : là, il y a certainement un réajustement à faire quelque part.

    Dans tous les cas, on peut prendre un instant pour s’asseoir en face de son personnage, le regarder droit dans les yeux et faire le point avec lui. Voici quelques pistes de réflexion pour mieux cerner un personnage, inspirées en partie par l’Anatomie du scénario de J. Truby.

    La fiche personnage
    La fameuse. Alors, oui, il y en a que ça fait convulser, mais tout n’est pas à jeter dans le principe de la fiche qui permet de se poser des questions intéressantes sur votre héros.

    En voici quelques exemples :

    • Famille : Quelle relation a-t-il avec les différents membres de sa famille (admiration/mépris) ? Est-il marié ? A-t-il/cherche-t-il un partenaire amoureux ? Quelle éducation a-t-il reçu ? Quelle éducation transmet-il (s’il a des enfants) ?
    • Passé : Quels sont les grands évènements historiques qu’il a vécus et qui l’ont marqué ? Se raccroche-t-il à un événement de son passé personnel (rancœur/culpabilité) ? Quel(s) secret(s) cache-t-il ? Pourquoi et Comment ?
    • Caractéristiques : Plus grande force ? Domaine où il excelle ? Plus grande faiblesse ? Plus grande peur ?
    • Perception : Comment se décrirait-il ? En quoi croit-il ? Qu’est-ce qui le hante ?
    • Idéal : Quels sont ses idéaux ? Quelle est la plus grande désillusion ?
    • Centres d’intérêt : Livre/musique/œuvre préférée ? Appartenance politique ? Le meilleur cadeau qu’il pourrait recevoir ?

    Le désir du héros
    Il s’agit de la motivation principale de votre personnage, l’objectif qu’il souhaite atteindre au début de l’histoire : chercher un être disparu, s’échapper d’une prison, venger la mort de sa famille, devenir le meilleur joueur de ping-pong au monde. Avoir conscience de cette motivation va vous permettre de maîtriser toute la dynamique qui s’ensuit.

    Il est intéressant de voir que votre personnage peut aussi n’avoir pas d’autre motivation que « j’étais très bien au début de l’histoire, je voudrais juste continuer à le rester » alors que le reste de l’univers s’emploie à le tourmenter. Votre héros, qui prend dès lors la tournure du anti-héros, peut se voir imposer une mission dont il n’a pas voulu.

    L’histoire entière va naître de la friction qu’il existe entre le désir du héros et la force d’opposition qui l’empêche de réaliser ce désir. Ce qui est intéressant, c’est soit de voir le désir du héros gagner en force, soit de le voir évoluer au fil des péripéties.

    Car nous allons le voir, le désir n’est que la partie consciente, émergée, de votre personnage.

    Le besoin du héros
    Il s’agit là de la partie souterraine de votre personnage principal, une motivation inconsciente qui va déterminer l’évolution de la dynamique de sa motivation consciente.

    Une façon intéressante pour l’auteur de s’approprier le besoin de son personnage est de se poser la question : qu’est-ce qu’il lui manque ? quelle est cette chose fondamentale qui l’empêche de se sentir complet ?

    Par exemple, un personnage peut avoir l’illusion de croire que ce qu’il désire le plus, c’est faire le tour du monde alors qu’en réalité, sans qu’il en ait conscience (au début de l’histoire en tout cas), il fuit sa maison et ses responsabilités. Ce dont il a essentiellement besoin, pour combler ce vide qu’il cherche à remplir d’aventures, c’est de résoudre ce qu’il a laissé inachevé chez lui.

    Le besoin de votre personnage reste le même du début à la fin de l’histoire. Son désir, lui, évolue au fil du récit.

    L’antagoniste
    Comme l’a souligné Sélène, l’antagoniste est un personnage au moins aussi important que le héros. Il va jouer un vrai rôle de miroir face auquel votre personnage apprend qui il est vraiment face à l’adversité. Il peut révéler chez lui ses forces (la bonté, le courage, la détermination) comme il peut exacerber ses faiblesses (l’égoïsme, la lâcheté, l’obstination), ou les deux à la fois.

    L’antagoniste est celui qui va créer la plus grande force d’opposition de l’histoire, celui qui va empêcher votre personnage d’assouvir son désir. Et plus la force d’opposition est forte, plus le récit gagne en intensité.

    On se le représente souvent sous les traits du grand méchant sans scrupule qui veut dominer le monde, mais il peut être aussi une catastrophe naturelle, un système politique, un rival sportif, un être aimé, voire une facette à part entière du héros. L’antagoniste peut aussi être un personnage caché dont l’identité et la motivation ne sont révélées qu’à la fin, comme dans les romans policiers.

    Quoi qu’il en soit, s’il s’agit d’un personnage, connaître ses motivations (conscientes et inconscientes) en fonction de celles du héros sera déterminant pour l’écriture de toute votre histoire. Et si l’antagoniste n’est pas un personnage, il n’en est pas moins intéressant de voir le conflit qu’il créera à l’extérieur et à l’intérieur de votre héros.

    Et vous ? Comment vous appropriez-vous votre ou vos héros ? Quelle place accordez-vous à vos antagonistes ? ;)



  • J’étais dans le cas que Sélène mentionne: celui de l’auteur qui apprend à connaître son personnage. Je suis en train de réécrire mon récit maintenant que je le connais par coeur. Je ne regrette pas d’avoir agi ainsi. Je n’aurais jamais été capable de créer un personnage aussi complexe simplement en réfléchissant sur une fiche. Bon, plus de cinquante mille mots sont à revoir du coup, mais je pense que ça en valait la peine. Je me retrouve maintenant avec un héros balloté d’abord par les événements, se lance dans une quête de vengeance, mais surtout de compréhension du monde et de soi-même.
    Pour mon deuxième récit, j’ai beaucoup mieux travaillé mes personnages. Ils sont trop nombreux pour pouvoir être laissés libres. Ils sont donc bien définis, et avant de les mettre en scène, j’ai imaginé leur histoire personnelle pour leur donner une consistance.
    Mes antagonistes ont l’art de rester dans le flou, de peu se montrer, et dans mon deuxième récit, la distinction entre Bien et Mal est beaucoup moins claire que les personnages ne veulent croire.
    Pavé César scribenturi te salutan!



  • Je suis d’accord avec toi, Cricri, il faut en connaître un minimum sur ses personnages, cela dit, ça n’empêche pas les erreurs de comportements, ni non plus le fait que le personnage nous échappe, nous épate, et devienne parfois un être autonome, qu’en bonne mère (ou bon père) on se doit de recadrer un tantinet. Mais je trouve un petit peu catégorique ce que dit Agence Sélène, d’autant que trop de détails peuvent aussi finir par coincer l’auteur. Un ou deux traits principaux et une première motivation (car elle peut changer en cours de route, comme tu le soulignes, et il peut même y en avoir plusieurs) permet déjà de bien avancer (du moins en ce qui me concerne).
    Je parlerai également d’antagonistes plutôt (au pluriel). Et n’oublions pas les autres personnages, qui sans être antagonistes, vont également aider à révéler les caractéristiques du Héros.
    En réalité, je fais partie de ceux qui craignent les plans trop bien établis et qui s’y trouvent un peu prisonniers. Il peut être suffisant, lorsque l’histoire prend une ampleur non prévue, par exemple, de faire, non un plan pour toute l’histoire, mais de petits plans en cours de route pour trouver les ponts qui vont nous emporter vers la fin. Pour les personnages, je crois que c’est pareil. Si le personnage est trop flou, s’il joue la savonnette quand on essaie de le faire avancer, c’est en effet qu’il y a un problème, mais peut-être pas uniquement avec le personnage. Bref, tout est lié, pour moi, et à trop vouloir saucissonner un récit, on peut aussi perdre beaucoup de spontanéité (et de belles surprises).
    Cela dit, chacun avance bien évidemment comme il le sent et comme il peut, et si les fiches persos rassurent et aident à l’évolution de l’histoire, alors pourquoi pas.


  • Plume d'Argent

    Quand je lis ces conseils, j’ai l’impression qu’ils s’adressent à un genre littéraire bien défini, et ce n’est pas celui que je pratique. Malgré tout, je les trouve très intéressants et il y a des éléments à retenir, même si on écrit un autre genre d’histoires.
    Là où je rejoins @Aranck, c’est que je trouve aussi que ces indications ont tendance à enfermer l’auteur dans un style de récit, dans un schéma prédéfini.
    Mais je pense comme le dit Sélène qu’il faut bien connaître les personnages avant d’écrire. En tant que lectrice ou spectatrice, je trouve très agaçant de voir des personnages qui changent de caractère quand ça arrange l’auteur ou le scénariste. Ils peuvent évoluer, ou changer de comportement à la suite d’un traumatisme, par exemple, mais si leur personnalité est incohérente, ça les rend moins intéressants et finalement, ça nuit à l’histoire.


  • Administratrice

    L’Agence Sélène est spécialisée dans la littérature jeunesse et Young Adult : les conseils sont donc d’office orientés dans ce sens, d’autant qu’ils s’appuient sur les manuscrits qu’elles reçoivent.

    Si vous avez une approche différente ou complémentaire, ce serait très enrichissant de la connaître, donc n’hésitez pas ;)


  • Plume d'Argent

    Je me pose justement beaucoup de questions en ce moment sur les personnages :thinking: , alors ce topo tombe à pic… Merci à Sélène et à @Cricri.
    Et je dois avouer qu’il est d’autant plus utile que je suis finalement perplexe, toute réflexion faite, sur ce qu’écrit Sélène, (bon accrochez-vous, parce que je me sens moi-même un brin compliquée, ce soir… :confused: )
    Je cite :

    Vous devez connaître vos personnages sur le bout des doigts avant de commencer votre récit. Si ce n’est pas le cas, ses réactions seront systématiquement caricaturales.

    Dans un premier temps, on peut se dire que cela tombe sous le sens, et que c’est finalement très logique (voire que c’est du bon sens :smirk: )… mais en réfléchissant, est-ce qu’on n’est pas devant une véritable impossibilité logique : est-ce que si mes personnages sont bien détaillés (fameuse fiche par exemple, avec le maximum de détails possibles et une description de la personnalité de mon personnage), mais que je ne les ai pas confronté à des situations concrètes (bien que fictionnelles), j’ai la moindre chance de fabriquer autre chose qu’un personnage caricatural ? :anguished: Est-ce que le passage par l’écriture n’est pas nécessaire pour créer un personnage qui soit complexe et qui ne soit pas caricatural?
    Bref, même en faisant des fiches (j’en fais ! :card_box: ), est-ce qu’on peut se passer de l’étape : connaissance de plus en plus affinée du personnage au cours du processus d’écriture ? ( et réécriture éventuelle si on doit revenir sur le début…)
    Personnellement, j’aurais tendance à dire que non, et que même si on croit tout savoir de son personnage avant d’écrire, c’est un leurre.
    Comme dit Cricri:

    C’est parfois en se frottant à l’action qu’ils se révèlent à eux-mêmes, et à nous.

    Sauf que j’enlèverai le “parfois”, car cela me parait presque toujours le cas si le personnage prend vie. (en tout cas pour les personnages qui ont une certaine importance dans un récit)
    Ça vous parle ou je déraille ? :dizzy_face:



  • Moi, ça me parle à 300% ! Nos personnages grandissent avec l’histoire, et s’ils grandissent, cela signifie qu’ils évoluent, qu’ils changent. Qu’ils fassent du ping-pong ou des crêpes, à moins que ça ne serve particulièrement l’histoire, n’est pas si important que ça. Eux aussi partent à l’aventure, ils réagiront donc en fonction des quelques points définis au départ, ou pas du tout !
    Un héros défini sur sa fiche comme courageux, droit dans ses bottes, au calme olympien peu très bien à un moment donné devenir pleutre, lâche et hystérique, et ce n’est pas forcément incohérent. On peut aussi passer des années à faire de longues fiches, prévoir toutes les situations possibles, mais nos personnages sont comme nous, complexes, imprévisibles, surprenants, avec une part de mystère. Ce qui donne des réactions caricaturales à un personnage ne se situe pas dans le manque de connaissance que nous avons de lui, mais, selon moi, dans le manque de tenue de l’histoire.


  • Journaliste PAen

    Je suis aussi de l’avis de @Rachael et @Aranck, je pense déjà qu’il n’est pas possible de connaître un personnage sur le bout des doigts : ce serait comme se dire qu’on se connaît par coeur, ou qu’on a plus rien à apprendre sur nos amis, ce sera toujours faux.

    Un personnage, même si on commence avec une fiche de 10 pages sur sa personnalité et son physique, évoluera au rythme du récit. Ça ne veut pas dire qu’on ne le connaissait pas au début, mais qu’il gagne en profondeur.

    Je serais plutôt d’avis qu’il faut effectivement connaître un peu ses personnages, pour éviter d’écrire “ah, c’était un gros trouillard” alors que deux pages plus tard, le-dit personnage sauve le monde. Mais encore une fois, comme le souligne @Aranck, si ça s’inscrit dans une évolution ou une situation précise, ce n’est pas non plus incohérent.

    Bref, c’est un sujet délicat, et même si je ne suis pas entièrement en phase avec les conseils donnés par Sélène, j’ai lu l’article jusqu’au bout et avec beaucoup de plaisir ! Merci Cricri !


  • Journaliste PAen

    Ça me rassure de lire vos réponses ! Parce que :

    Si vous avez l’impression de maîtriser de mieux en mieux votre personnage au cours du récit, c’est que vous avez fait une erreur.

    Ah alors l’Université est une gigantesque erreur :sweat_smile:
    Bon, je dis ça avec humour, hein. Ce n’est pas la première fois que les conseils de Sélène me donnent l’impression d’être destinés à un public vraiment débutant. Je veux dire, oui, si quelqu’un me disait “je veux écrire une histoire, mais je ne sais pas trop comment créer mes personnages”, je lui pourrais lui conseiller d’essayer de les poser avant de se mettre à écrire. Mais dans les faits, bah… Je sais pas, lire ce genre de conseils me laisse très dubitative parce que ça laisse entendre, je trouve, qu’il existe une recette. Des “trucs” qui marchent à tous les coups. Alors certes, un auteur qui les applique aura une histoire. Mais aura-t-il son histoire ? J’en doute vraiment.
    Après, voilà, je nuancerai cet avis peut-être un peu rude en ajoutant que c’est très intéressant de commencer par la lecture de ce point de vue avec lequel je ne suis pas d’accord (mais qui contient tout de même des conseils qui ne sont pas forcément à écarter, notamment l’importance de l’antagoniste) et de poursuivre avec ce qu’a ajouté @Cricri. Je m’y reconnais plus, et surtout j’identifie des trucs que je ne fais pas forcément et qui me seraient utiles ! Différencier désir et besoin, par exemple.

    C’est un sujet passionnant, en tout cas. Et je trouve que le message de @Rachael vient encore enrichir l’article de base :blush: Je suis vraiment d’accord avec le nécessaire passage par l’écriture. (et t’inquiète, Rach, tu es tout à fait claire :thumbsup: )
    Après, perso j’aurais du mal à partager mon approche parce que, si elle est compatible avec ma propre façon d’écrire, elle ne conviendra certainement pas à tout le monde. (y’a pas de recette, on a dit :p ) Chez moi, ça fonctionne toujours à la réécriture. Mon premier jet est constellé d’incohérences parce que je ne connais pas mes personnages ; mais ce n’est qu’une fois ledit premier jet achevé que je sais vraiment comment ils doivent réagir à tel et tel moment. Et seulement à ce moment-là, si je le voulais, je pourrais faire des fiches. C’est comme les plans, je n’en fais que quand j’ai déjà rédigé tout ou partie du texte. Il y a vraiment des choses qui ne peuvent se produire que pendant le procédé d’écriture, je trouve. C’est pour ça que les conseils de Sélène m’embarrassent un peu, parce que bah, de mon point de vue, planifier c’est très bien et on peut s’éclater en planifiant (persos ou univers, peu importe), mais si on a l’ambition d’écrire pour de bon, je dirais qu’il faut commencer par… écrire. Planifier, faire des fiches personnages, etc., ça donne l’illusion que l’écriture est un truc qu’on peut maîtriser de bout en bout - honnêtement, je trouve ça super dangereux et potentiellement très décourageant pour des auteurs débutants ! Parce que finalement on est comme des personnages : eux, ils doivent se frotter à l’action pour nous devenir vraiment tangibles, et nous, c’est en se frottant à la rédaction qu’on va se révéler en tant qu’auteur. Du moins je vois ça comme ça.



  • Je me reconnais tout à fait dans ce que tu dis là @EryBlack . Je pense qu’on fonctionne de la même façon (enfin, pour mon premier récit en tout cas). Le deuxième est plus réfléchi, et ça marche aussi, mais des choses risquent encore de changer.


  • Plume d'Argent

    Je reviens pointer mon nez. :nose: D’abord pour dire que je n’ai pas souligné à quel point je trouve intéressante cette idée développée par @Cricri du besoin comme motivation profonde, souterraine, complémentaire du désir qui est la motivation émergée , consciente.
    Je reviens aussi pour dire que je suis en train de suivre un MOOC sur Coursera sur… les personnages : je n’en suis qu’au début, mais c’est pour le moment vraiment bien. (justement ils viennent de parler de désir… :slight_smile: )
    L’inconvénient c’est que c’est en anglais, l’avantage c’est qu’on peut se mettre les sous-titres des vidéos en français (et c’est du bon français et bien traduit) :ear: . C’est gratuit (tant qu’on ne veut pas un certificat…) et disponible tout le temps, il suffit de s’inscrire sur la plateforme Coursera : Creative writing: craft of character
    Je continue, et je reviendrai dire si c’est bien…


  • Plume d'Argent

    J’apporte ma petite pierre, et quelques questions supplémentaires.
    Je suis de ceux qui foncent avant d’avoir réfléchi. Ce qui pourrait impliquer que je passe forcément par l’écriture d’abord, et que mes personnages prennent de l’épaisseur au fur et à mesure. Et que je dois revoir le début quand j’ai l’impression de “tenir” mon perso. Je ne me pose pas de question et je ne fais pas de fiche perso, ni avant, ni pendant, sauf pour référencer les évènements et détails qui apparaissent au fil du récit et qui peuvent générer des problèmes de cohérence : dates, noms, lieu, etc… Plutôt des mémos en fait.
    Pourtant, rétrospectivement, je ne crois pas que mes personnages se forment à mesure du récit. Je crois que dès la première ligne du premier chapitre, je connaissais Prune sur le bout des doigts, et jamais je n’ai hésité sur une de ses réactions.
    L’explication ? Dans mon cas, c’est l’intuition. Ce n’est pas parce que la fiche personnage n’est pas écrite, qu’elle n’existe pas. Ce n’est pas parce que je ne me suis pas posée consciemment la question que je ne connais pas les besoins, motivations, personnalité de mon héroïne. Ou même son passé. Elle était déjà, je crois, très définie dans ma tête quand elle y a surgit.
    Je crois qu’il faut se faire confiance et faire confiance à son intuition. On est pas forcément capable de formuler les réponses aux questions citées par Sélène. Ça ne veut pas dire qu’on ne les a pas.


  • Plume d'Argent

    Pour ma part je n’ai travaillé que sur des nouvelles pour le moment, peut-être que c’est différent pour les romans, j’imagine que tout est beaucoup plus complexe et riche que dans le lancé simple et direct d’une histoire courte… mais en tout cas je rejoins ceux qui remettent un peu en question le premier conseil de Sélène.
    Autant je suis plutôt du genre à faire des plans pour le scénario, en ne laissant que peu de place à l’improvisation au moment d’écrire, autant faire une fiche personnage trop poussée me donne l’impression de “tuer” ledit personnage. Pour moi c’est la même différence qu’entre langue morte et langue vivante. Si tout est dit dès le début et qu’aucune place n’est laissée à l’expérimentation alors le personnage me semble déjà un peu “mort”, et comme l’écrit très bien @Rachael, c’est à ce moment là qu’il me semble très caricatural.

    En terme de personnage je rejoins @Isapass, en fait, je les “connais” déjà, mais de façon tout à fait instinctive… et d’ailleurs, il me serait impossible de faire un plan de scénario si mes perso n’étaient pas cohérents, les deux sont impossibles à séparer. Mais comme @Léthé, je pense aussi qu’il est impossible de connaître qui que ce soit par cœur, comme tu dis, nous ne nous connaissons pas nous-même, alors j’aurai tendance à dire que celui pense connaître son perso par cœur se plante forcément un petit peu, soit son perso est assez cliché, soit il va avoir des surprises en court d’écriture ^^"

    Par ailleurs, passionnante réflexion sur désir / besoin, c’est vraiment le genre de choses qui me plaisent chez les personnages, ce genre de conflits ! Merci @Cricri : )


  • Journaliste PAen

    Je pense que le bon moment pour se poser et avoir ces réflexions sur les personnages, c’est quand on a fini d’écrire l’introduction, mais pas avant.
    Parce que si on n’a pas pris la direction que l’on voulait, il est encore possible de changer les choses ET en même temps, on a assez écrit pour que les personnages nous soient plus connus.
    Si j’avais suivi mon plan de départ, j’aurais eu un personnage très stoïque. Sauf qu’en écrivant, je me suis rendue compte qu’en fait il est plutôt irascible, donc ça va totalement à l’opposé de ce qu’il était sensé être. Mais maintenant, pour moi, c’est ça sa vraie personnalité.

    Par contre, l’idée de désir/besoin, j’ai beau savoir que c’est important, ça reste une des choses que je note et puis que j’oublie une fois que j’écris. J’ai l’impression que si je dois avoir ça en tête à chaque fois que l’attention est sur un personnage, je n’arriverai tout simplement pas à me concentrer sur l’histoire dans lequel il est…

    Autant j’ai un personnage dont le désir est d’être au sens de l’attention, et le besoin d’être appréciée pour ce qu’elle est : facile à montrer (même si le besoin va être déduit par les lecteurs plutôt qu’exposé dans l’histoire… sinon c’est du telling, non ?).
    Autant j’en ai un autre dont le besoin “caché” est “trouver de la stabilité dans son auto-suffisance”, et je n’ai pas la moindre idée de comment je peux illustrer ça ! (son désir apparent est d’avoir un statut et d’être supérieur aux autres)

    Dans tous les cas, j’ai trouvé cet article (en anglais), qui donne des idées pour les besoins humains : il y en a certains auxquels je n’avais même pas pensé.


  • Plume d'Argent

    J’ai tendance à fonctionner comme @Mart et @Isapass , c’est à dire que j’apprends à connaître mes personnages au fur et à mesure. Je vais prendre l’exemple de Brume, le récit sur lequel je travaille en ce moment. Au départ, j’ai écrit le premier jet et ça a donné des personnages et des intrigues incohérentes. Mais peu importe, parce qu’en la corrigeant, j’ai compris qui était mes personnages lors de la relecture et c’est à partir de cette base que je les ai peaufiné. Je n’ai pas fait de fiches persos sauf pour Elia, mais elle n’est pas très détaillée…

    Pour la suite de Brume, c’est la même chose. J’ai écrit un début de premier jet sans rien savoir de mes persos, et c’est en relisant que j’ai cerné qui ils étaient. Après, ça ne m’empêche pas de les travailler beaucoup. Une fois le perso “cerné” je réfléchis beaucoup à leurs réactions durant une scène et ça m’aide à trouver le ton juste.

    Si je me lançais dans l’écriture après trop de préparation, ça ne collerait pas. En fait, j’ai besoin d’une première approche “concrète” avec mes personnages ^^



  • @Rachael > sur ton 1er message, je suis d’accord avec toi. Peut-être que le juste milieu serait de connaître certains aspects du perso très bien (son passé bien sûr, ou son caractère à l’instant T, ses goûts ses peurs) mais une partie va forcément se dévoiler en écrivant.

    De mon côté, mon héroïne était finalement très définie avant que je commence à écrire, mais c’est bien le seul perso dont c’était le cas (et en l’occurence, elle est peut-être un peu caricaturale). Les persos qui se sont créés au fil de la plume ont plus d’épaisseur.

    Le risque en revanche de les laisser s’épaissir avec l’écriture est celui de commettre des incohérences (ma grande phobie !) ou de changer un élément et de devoir revenir au début pour tout reprendre (mais les PaCo servent à ça après tout !) > donc là on rejoint le point de vue d’ @EryBlack

    Bon après y’a la technique du bulldozer d’ @Isapass qui se jette dans le vide systématiquement :D YAAAAAH et ça marche !

    Ca va bien sûr dépendre de chacun de nous, mais aussi des personnages eux-mêmes. Certains peuvent avoir une psychologie suffisamment simple (mon héroïne est de ceux-là, aucun conflit interne, pas beaucoup de réflexion, pas de questionnement sur son passé ou son aveni), d’autres complexes, et qui demandent explications, d’autres vont être très influençables à ce qu’ils vivent et évoluer vite…

    Je viens de dire que je suis d’accord avec tout le monde, c’est ça ? Ahahah. Bon, je pense que je me situe dans un entre-deux : je’écris un premier passage avec un nouveau perso, sur cette base je griffonne une fiche plus ou moins détaillée.


  • Plume d'Argent

    @Olga-la-Banshee Oulàlà attention, malheureuse !!! La technique du bulldozer et du saut dans le vide - et c’était mon propos plus haut - ne doit être envisagée que dans le cas où, comme moi, on a une foi sans faille dans la capacité de son cerveau à avoir une vie autonome qui lui permet de gérer sans qu’on le sache ce qu’on ne gère pas nous-même !!!

    C’est moi ou je viens de battre le record intergalactique de la plus longue phrase ?

    J’admire ton sens du consensus, Olga :angel_tone2:



  • @isapass Je voulais dire que ça marchait pour TOI
    Perso je suis plus doudouille que kamikaze…



  • J’ai lu avec attention tous les débats suscités par ce sujet, et il y a beaucoup d’idées très intéressantes qui sont formulées. Je rejoins notamment @Rachael sur le fait de confronter ses personnages à des situations concrètes.
    Le développement de mes personnages est un des points qui me fait le plus peur. Mais je pense qu’il y a dans mon cas une part de découverte de mon personnage au fur et à mesure que je l’écris. Alors que je la confrontais à mon intrigue, je me suis rendue par exemple compte que mon héroïne était bien plus prudente et réfléchie que je ne l’avais imaginé au départ. En y réfléchissant bien, je pense que c’est également son passé qui joue là-dessus (d’où l’idée de confronter son personnage à la “vie réelle” pour mieux le comprendre).

    Cela étant dit, je ne pense pas que les fiches personnages soient (totalement) à jeter. J’ai pu voir passer des catégories dans les fiches personnage qui m’ont laissée perplexe, mais ça m’a également aidé de mettre à plat toutes les qualités et défauts de mon personnage, notamment pour en construire les aspérités. C’est d’autant plus intéressant que, en y revenant dessus après avoir pas mal scribouillé sur mon projet, je me rends compte que je peux retirer quelques traits de caractère que je n’ai jamais fait ressortir dans mon histoire, pour la bonne et simple raison qu’ils ne correspondent pas à mon personnage. Je pense que j’avais une bonne idée de mes personnages avant de commencer, et que j’en ai une meilleure encore maintenant que j’ai avancé.

    Dans mon cas, je pense avoir besoin à la fois de mon intuition, pour ne pas me poser mille questions sur les actions/paroles de mes personnages, et de réflexion, pour créer des personnages en accord avec eux-mêmes, avec leur histoire et leur caractère.

    Sur ce, je n’ai pas réellement apporté de nouvelles pistes de réflexion, mais j’avais tout de même envie de rebondir sur ce sujet qui aborde une thématique qui me travaille pas mal ces temps-ci !


  • Plume d'Argent

    @primrose c’est très intéressant ton exemple de ton héroïne qui s’avère plus prudente que prévu ! Finalement ton inconscient et ton intuition ont veillé au grain et ont preservé la cohérence de ton personnage par rapport à son passé…
    Ça illustre exactement ce que je voulais démontrer sur le bien-fondé de faire confiance à son intuition ! Merci Primrose :)
    Hallucinant comme c’est vachement bien foutu un cerveau quand même ! Et très pratique…

    @Olga-la-Banshee : non mais moi je la conseille, la technique du saut dans le vide. Mais il faut savoir lâcher prise et se dire que ça va passer crème. Ce que je voulais dire, c’est que c’est une technique de flemmards… c’est pour ça que je l’ai adoptée, car la flemme régit ma vie. C’est ma raison d’être, mon essence, ma religion :)


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