Leçon 5 : Imparfait ou passé simple


  • Administratrice

    Virgile a écrit :

    Les temps du passé ne peuvent être utilisés n’importe où ni n’importe comment. Chacun d’eux a une utilité et un rôle bien déterminés.

    Imaginez tout d’abord que vous avez devant vous une ligne du temps. Sur celle-ci trois grands axes : PASSE ; PRESENT ; FUTUR.

    Le passé dans les temps du passé sont les verbes au plus-que-parfait et au passé antérieur ;
    Le présent dans les temps du passé sont les verbes à l’imparfait et au passé simple ;
    Le futur dans les temps du passé sont les verbes au conditionnel présent.

    Maintenant, la question importante est de savoir QUAND utiliser l’imparfait et le passé simple.

    Le rôle de l’imparfait :

    Il est principalement utilisé pour les descriptions (personnages, décor, sentiments) :
    -> Ex. : Le garçon regardait les nuages qui s’amoncelaient à l’horizon. Il avait de grands yeux bleus et son sourire ressemblait à celui d’un monstre sorti des contes pour enfants.

    Il est aussi utilisé dans les actions qui se répètent ou qui sont habituelles :
    -> Ex. : Chaque matin, il prenait le bus pour se rendre à l’école.

    Il est ensuite utilisé pour planter le décor :
    -> Ex. : Il était une fois, dans un royaume lointain, une reine qui ne parvenait pas à avoir d’enfant. Elle essayait tous les remèdes de grand-mère mais rien n’y faisait !

    Le rôle du passé simple :

    Le passé simple, c’est surtout et avant tout le temps de l’ACTION !

    L’action soudaine, qui ne dure pas, qui s’arrête aussi vite qu’elle a commencé. Mais aussi une action qui permet au récit d’avancer, de ne pas rester au statut quo que donne l’imparfait :
    -> Ex. : Il se releva, marcha vers son ennemi, brandit son épée.



  • Je suis face à un épineux dilemme de concordance des temps.
    Dans la phrase : "ces mots lui revinrent alors que son sang devenait glace, il s’y accrocha au moment où son souffle expirait, il enlaça de tout son être cet ordre tandis que son cœur se cambrait une dernière fois.

    Il me paraitrait logique de tout mettre au passé simple, mais quand je le fais, cela sonne plutôt mal.

    • son sang devenait glace : il parait logique de mettre le passé simple. Sauf qu’une fois devenu glace, le sang le reste, il est toujours froid une fois l’action révolue. Alors imparfait ou passé simple?

    • s’y accrocha au moment où son souffle expirait : le passé simple me semble plus logique ici, on n’expire qu’une seule fois. Mais cela dissone avec les autres verbes que je veux laisser à l’imparfait.

    • tandis que son cœur se cambrait une dernière fois : déjà, le passé simple “se cambra” sonne très mal à l’oreille. Ensuite, le cœur reste dans une position cambrée, il est figé à jamais dans cette posture de repli. Imparfait ou passé simple ?

    Je n’arrive vraiment pas à me départager sur cette phrase. L’un de vous a-t-il la science nécessaire pour m’éclairer ?


  • Administratrice

    “Alors que” et “tandis que” indiquent par défaut des actions qui durent et nécessitent donc l’imparfait. Par contre “au moment où” peut indiquer une action brève qui convient au passé simple.

    Si je ne me trompe pas, ça donnerait :

    “ces mots lui revinrent alors que son sang devenait glace, il s’y accrocha au moment où son souffle expira, il enlaça de tout son être cet ordre tandis que son cœur se cambrait une dernière fois.”

    Si @Fannie passe par là, elle pourra le confirmer ;)



  • @cricri merci beaucoup pour ta réponse. Cela correspond à la correction que je m’étais faite, mais j’avais de gros doutes.



  • Je ne suis pas sûr de moi mais il me semble avoir lu qu’il quelque part que le passé simple est le temps marquant le verbe important de la phrase pour l’histoire alors que l’imparfait indique un verbe qui relate un état pour le récit.
    Ainsi, il me semble que les phrases :
    "J’étais interné à l’hôpital et ma mère vint me voir régulièrement"
    Et
    "Je fût interné a l’hôpital et ma mère venait me voir régulièrement"
    sont toutes les deux corrects, mais une porte l’attention du lecteur sur le fait que le personnage s’est fait interné alors que l’autre porte sur les visites de la mère.


  • Plume d'Argent

    C’est une question intéressante. Je n’ai pas trouvé d’exemple similaire dans mes ouvrages de grammaire.
    Il est clair qu’on peut employer le passé simple après au “moment où”, mais je pencherais pour l’imparfait de simultanéité.

    L’imparfait de simultanéité exprime une durée imprécise. On peut le trouver dans la principale [Il téléphonait au moment où j’arrivai] ou la subordonnée [Il raccrocha le téléphone au moment où j’arrivais], souvent après une conjonction indiquant une certaine durée (comme, pendant que, tandis que, alors que, etc.) [Il raccrocha le téléphone alors que/tandis que/ pendant que j’arrivais].

    La proposition de @Cricri est parfaitement correcte, mais dans l’extrait soumis par @Carvage, j’opterais pour l’harmonisation des verbes des subordonnées à l’imparfait.
    J’aurais tendance à penser que, dans cette phrase, “au moment où” a la même valeur que “alors que” et “tandis que” ; je peux imaginer que l’action d’expirer est légèrement plus longue que celle de s’accrocher – dans le sens d’attraper, de saisir, au sens propre ou figuré, physiquement ou en pensée. En tout cas, ça ne heurte pas ma logique.
    Je suis d’accord avec @Carvage sur le fait qu’un passé simple là au milieu dissone avec les deux autres verbes à l’imparfait.


  • Administratrice

    C’est toujours précieux d’avoir le point de vue de notre experte :sunglasses: Merci @Fannie !



  • @fannie a dit dans Leçon 5 : Imparfait ou passé simple :

    La proposition de @Cricri est parfaitement correcte, mais dans l’extrait soumis par @Carvage, j’opterais pour l’harmonisation des verbes des subordonnées à l’imparfait.

    oui mais je trouve que l’ensemble sonne mal aussi ! Ou alors :

    • ces mots lui revinrent alors que son sang devint glace, il s’y accrocha au moment où son souffle expira, il enlaça de tout son être cet ordre tandis que son cœur se cambrait une dernière fois"

    Cambrer est le seul à l’imparfait, car il marque cet ultime moment ou le personnage meurt, et entre donc dans un état définitif. ça tient la route ?


  • Plume d'Argent

    @Carvage, le passé simple après “alors que” me dérange ; c’est une conjonction qui appelle l’imparfait.
    Personnellement, je trouve que la meilleure solution est de mettre les trois verbes à l’imparfait. Grammaticalement, ça ne pose aucun problème et dans la logique des évènements, je trouve qu’un traitement différent des subordonnées est difficile à justifier.
    .
    Rendre son dernier souffle ou expirer sont des expressions souvent employées pour exprimer la mort. Symboliquement, la dernière expiration a la même valeur que le dernier battement du cœur.
    N’étant pas médecin, je ne sais pas ce qui s’arrête en premier dans un arrêt cardiorespiratoire. Mais ce qui me semble évident, c’est que le sang ne se fige qu’après l’arrêt cardiorespiratoire.
    .
    Donc on ne peut pas justifier l’emploi du passé simple pour les deux premiers verbes et de l’imparfait pour le dernier en s’appuyant sur la chronologie ou sur un élément qui serait plus définitif que les autres. Ou alors il faudrait complètement restructurer la phrase pour que “devenait glace” soit la seule expression à l’imparfait, parce qu’il faut plus de temps pour que le sang se fige que pour un dernier battement de cœur ou un dernier souffle.
    Mais là, je ne peux citer aucun ouvrage pour étayer mes arguments.



  • @fannie a dit dans Leçon 5 : Imparfait ou passé simple :

    @Carvage, le passé simple après “alors que” me dérange ; c’est une conjonction qui appelle l’imparfait.
    Personnellement, je trouve que la meilleure solution est de mettre les trois verbes à l’imparfait. Grammaticalement, ça ne pose aucun problème et dans la logique des évènements, je trouve qu’un traitement différent des subordonnées est difficile à justifier.

    Ah, tu as très certainement raison. L’imparfait de simultanéité reste le plus logique, il est inutile de vouloir donner la priorité à un de ces derniers gestes de mort.

    J’ai beau relire cette phrase avec toutes les combinaisons d’accords possibles, je trouve qu’il y a toujours un moment où cela dissone. Peut-être devrai-je songer à la reformuler pour qu’elle fonctionne mieux.

    Merci pour tes réponses en tout cas !


  • Plume d'Argent

    Oh mince, qu’est-ce je fais là ? Elle me suit partout cette fichue conjugaison ! :’( Il existe deux démons dans mon enfer, et ils se nomment bien passé simple et imparfait. Pourtant, je connais les règles, leur utilité, les astuces… Mais… Ben non, pas moyen.



  • @Carvage Je rejoins @Fannie. Dans ce cas précis, l’imparfait me semble plus juste et permet une durée dans le temps (on expire qu’une fois, mais ça peut prendre quelques minutes), d’autant que logiquement, s’il vient d’expirer, il va avoir du mal à enlacer quoi que ce soit (en même temps, je ne suis jamais morte, je ne peux donc rien affirmertext alternatif) ou alors il faut changer l’ordre des phrases ou changer les adverbes de temps (ex : “pendant” à la place de “au moment où” permet clairement un imparfait, mais ça change peut-être un peu l’idée).
    Tout ça est très subtil et je crois qu’on pourrait y passer des heures. D’ailleurs, pendant que j’y suis (et là, je me mêle complètement de ce qui ne me regarde pastext alternatif) pourquoi préciser que c’est son souffle qui expire, pourquoi ne pas mettre qu’il expirait, tout simplement ? (rendre son dernier souffle et expirer sont synonymes)


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