Les langues des personnages et de l'univers



  • Je ne savais pas vraiment quel titre donner au sujet, donc j’espère que celui-là est plus au moins clair.

    Sur mon topic de présentation de l’ancien forum, j’avais dit être souvent déçue par la gestion des langues dans les univers fictifs, et d’essayer d’en faire quelque chose de cohérent. Les personnages rencontrent très peu de soucis de communication et ils semblent tous parler une langue universelle bien maîtrisé alors qu’ils vagabondent d’un continent à l’autre (je grossis le trait exprès). Comme j’ai vécu dans trois pays européens différent tout en ayant plein de copains français et belges, ça m’a frappé comme bizarre depuis longtemps. Et non seulement d’un point de vue immersion : comment, politiquement et économiquement les différents corps/nations communiquent entre eux ? Quid d’hiérarchisation sociale, racisme, tout ce foinfoin ? Quid la culture ? Quid un peu près tout, en fait.

    Ca avait l’air de vous intéresser, car pas mal de monde a rebondit sur ce point dans ma présentation, donc je profite de ce beau et merveilleux forum tout nouveau pour lancer la discussion ! :p

    Comme pas mal de gens l’ont soulevé : c’est bien beau, mais comment faire ? Diversifier les backgrounds linguistiques des personnages c’est joli dans l’idée, mais dans la pratique, comment faire sans ennuyer à mort le lecteur ?

    Alors n’hésitez pas à donner vos trucs et astuces !

    Du coup je me lance avec mes petites réflexion et constatations à moi :P Attention les passage qui suivent peuvent contenir de l’ironie ;) . Je n’ai pas spécialement beaucoup d’expérience sur le sujet, ni ai-je lu tous les livres du monde pour que le portrait que je dresse peut servir comme généralité, donc n’hésitez pas à rebondir sur tout mon blabla ! :D

    • Les mots inventés : Quoi de mieux pour prouver la profondeur de votre univers que de créer votre propre langue ? Mieux encore, pourquoi pas entrecouper le récit de plein de mots issus de cette langue histoire que tout le monde comprend bien que les personnages parlent tous une autre langue en vrai.
      C’est une solution qui peut marcher… ou pas. À vrai dire, je trouve cela souvent très gonflant, car cela coupe le rythme des phrases (parce que les gens vont souvent inventer des noms abracadabrants pour parler d’un haricot vert), mais que les gens en font souvent trop. J’aime les mots inventés quand il servent à présenter une notion nouvelle qui n’existe pas dans la langue du récit, mais quand l’auteur se permet de parler de Tagabiou pour me parler d’un fruit rond et rouge, symbole de connaissance interdite et très bon en tarte tintin, j’aime autant qu’il appelle ça une pomme. Aussi, beaucoup de gens ont l’air de faire une fixette sur la nourriture quand ils inventent les noms (et même sans, c’est fou les description détaillés qu’on peut trouver dans certaines histoires fantasy quant à la nourriture).

    • L’évolution des mots inventés : Les phrases entières inventés. Parce que inventer les mots, tout le monde peut le faire. Alors pourquoi pas directement mettre une phrase entière. De quoi encore mieux sortir le lecteur de votre histoire quand ladite phrase dépasse trois mots (oui vous avez deviné que je n’en suis pas convaincu non plus) !

    • Pire encore ? Mettre des phrases dans une langue qui existe, soit pour la retraduire derrière, soit pour vous montrer que le personnage ne comprend pas cette discussion hautement importante pour la suite de l’histoire… quand votre lecteur parle par malheur cette langue, il se marre bien en plus d’être spoiler, sisi (surtout gare aux fautes aussi ! Les japonais sont très mignons avec leur allemand à floison dans certains animés / série, mais ils risquent de tuer de rire les allemands par moment).

    Dans les deux premier cas, je trouve qu’il s’agit d’un couteau à double tranchant. Cela peut marcher merveilleusement bien selon la mis en scène, comme cela peut être très rebutoire. J’ai aimé l’Esclave de Carol Berg, mais j’avais une folle envie de lui faire manger toutes ces mots de nourritures bizarres qu’elle devait expliquer par la suite. Quand on peut appeler un chat un chat, pourquoi l’appeler autrement ? Pourquoi ne pas inventer un mot pour quelque chose de vraiment pertinent ?

    Pour mélanger des langues existantes, je trouve ça sympa quand il s’agit de juste marquer la nationalité de quelqu’un. Laisser finir une phrase d’un italien agacé par un “stranzo !”, ou ce genre de gag.

    Du coup, je me suis posée la question : comment faire de manière un peu plus subtile ? Il doit bien y avoir moyen de faire passer l’idée de différences de langues / accent autrement. Si j’ai bien des mots inventés dans mon univers, j’ai moyennement envie de parsemer mon texte. Deux ou trois, c’est bien suffisant !

    • Ecrire les accents : Une autre solution que pas mal de gens utilisent, si je ne me trompe pas. Je n’ai jamais réussi à vraiment accrocher, peut-être parce que je ne suis pas francophone et que toutes ces libertés sur l’orthographe des mots me paraissent plus étranges que naturelles. J’ai en souvenir qu’en BD c’est très souvent utilisé, et j’ai toujours trouvé ça très forcé comme façon de parler. Par conséquent je ne sais absolument pas m’en servir non plus XD .

    • Parler de la grammaire/orthographe/bizarreries linguistiques : J’adore quand l’auteur fait une petite excursion dans la construction de sa langue (mais je connais pas mal de monde qui, si on ose énoncer le mot de “grammaire”, se transforme en chat effarouché). Cela permet aussi de parler de la culture et société. Imaginez les pauvres péripéties d’un étranger dans un pays, qui parle juste assez la langue pour se faire comprendre, mais pas encore assez bien pour ne pas buter sur des choses. L’élan de rage alors qu’il essaie d’expliquer au voisin que non, l’avoir vouvoyer c’était par politesse, et non par envie de mettre de la distance, et que non, il a pas voulu le vexer, que diable, son train part dans cinq minutes c’est pas le moment !

    • Les situations à la con : J’adore cette méthode, car elle permet à la fois de faire des scènes rigolotes et de montrer au lecteur une différences non négligeable entre le personnage et ses alentours, voire de poser un cadre quelconque, comme économique. N’est-ce pas marrant, le personnage qui revient de ses emplettes avec 3 maigres pommes tout en râlant qu’il a dû se faire entuber au niveau du prix, mais que c’était déjà bien galère trouver un marchand qui voulait bien chercher à négocier avec ses trois bribes de langues, après tout il captait rien à l’écriture du panneau !

    • Tous les autres moyens de communications : Pour avoir réussi à faire comprendre à des japonais que NON le Luxembourg n’est pas l’Allemagne et que j’ai perdu mon passeport et que je voudrais bien qu’on contacte l’ambassade pour moi car je capte pas un mot du japonais distingué et administratif, je peux vous assurer que la langue des signes hasardeuse, les dessins, et les regards désespérés fonctionnent tout aussi bien qu’une phrase bien faite, même si, sur le moment, on en doute fortement. On n’a pas besoin d’être italien pour gesticuler dans tous les sens, et communiquer autrement qu’avec des morts ou des écrits. Aussi, dans un monde informatisé, ne sous-estimez pas le pouvoir des bots traducteurs automatique, et de google. Deux lignes pour dégainer le téléphone de la poche pour lancer l’application, et hop, tout le monde a compris le soucis :D

    • Les mélanges de régionalismes : J’ai l’impression que les gens oublient souvent que même le français possède des différences de langues notable. Partez en Belgique, traverser la France et finissez en Suisse, et vous allez bien trouver une panoplie de manière différente pour parler de la même chose. Pourquoi toujours appuyer sur un bouton ? On peut aussi peser sur le bouton. En plus, vous allez rendre heureux les fribourgeois. Et par le contexte, le lecteur devrait comprendre sans trop de soucis. Ou bien on peut enchaîner sur un bref moment d’incompréhension des personnages, je trouve ça toujours drôle (après, je ne connais pas assez les différentes régions / pays pour savoir s’ils ne risquent pas d’être hautement offensé de retrouver leur tics de langue dans une histoire fictif au contexte déplacé. En attendant qu’un fribourgeois vient me gueuler dessus, mon Damien pèse toujours sur son bouton, et les fribourgeois que j’ai croisés ont trouvé ça excellent que j’ai fait ça. Aussi, ça permet de propager l’amour du cheni qui est un mot suisse que le monde entier se doit adopter tellement il est chou et mignon et adapté à toute situation. Il est déjà dans le Larousse, le cheni vaincra !)

    • Le personnage qui réalise les problèmes de communication : Il suffit de peu, des fois. Avoir une phrase ou deux du personnage qui fait exprès de parler lentement pour être sûr qu’on le comprend. Ou qui demande une répétition, ou qui se demande comment diable marchander trois maigres pommes sans y laisser sa fortune, car il comprend pas les dessins bizarres qui représentent apparemment des chiffres. On peut aussi faire une description rigolote de comment parlent les autres personnage par ce biais. Mais qu’est-ce qu’il comprendrait mieux ce vieux policier s’il arrêterait de bouffer chaque deuxième syllabe, non mais il veut bien payer son amende, mais encore faut-il qu’il comprenne pourquoi il en a une, d’abord !

    • Traduire les expressions d’une autre langue : c’est devenu un petit favori à moi, et si ce n’est parce que la moitié du temps je ne réalise pas. :flushed: Je m’épluche du lit depuis toujours (parce que sérieux, s’extirper est un verbe horrible, pas beau à prononcer et l’image est bien moins jolie !) et mes personnages ne voient pas la forêt à cause des arbres. Et pourquoi pas ajouter ces deux centimes aussi plutôt que des grains de sel (c’est cher, le sel en plus, selon le coin, pourquoi le dépenser aussi grâcieusement) ? Je ne sais pas s’il s’agit de la meilleure solution du siècle, mais selon l’expression choisie, ça peut donner une effet sympa. Ou, par le biais d’expressions d’autres langues trouver un mot/tournure française. Si j’ai vu des gens rigoler pour le mot divulgâcher ou le (info)nuagique (j’ai un doute pour celui-là, au niveau de son écriture), je pense qu’à titre personnel, j’adorerais ce genre de mots inventés par l’auteur pour son histoire.

    Deux autres petites idées, mais dont je ne suis pas vraiment sûre qu’on arrive à faire passer l’idée de différences linguistiques (plutôt que de passer pour une lubie) :flushed:

    • Le champ lexical : Selon les cultures / régions, la langue a tendance de se faire imprégner par une idée. L’exemple tout bête qui me vient en tête est la Norvège (ou la Finlande ?) avec une cinquantaine de mot pour la neige. Ou encore le français qui est très physique quand à son groupement sociale : appartenance, appartenir > appartement, là où l’allemand passe avant tout par l’ouïe : Zugehörigkeit (höhren : écouter / entendre), on appartient dans un groupe au moment où on est capable de l’entendre. Ou encore la “réalité” qui vient du res latin et qui est dénote une impossibilité de bouger, là où le mot allemand “Wirklichkeit” se base sur le verbe “wirken” qui veut dire “agir / avoir l’air de” (en allemand, on parle de Realität uniquement pour des faits absolument impossible à changer), l’allemand met l’accent sur une dynamique, en comparaison au français qui mise sur une “localisation”. Associer une appartenance avec le sens de l’ouïe n’encre pas cette appartenance à un lieu précis, au contraire du français. On pourrait coupler le champ lexical avec la culture locale : une culture qui note son appartenance par l’ouïe pourrait avoir une culture musicale conséquente, voire y mettre beaucoup d’importance.
      Bref, tout ça pour dire que le choix des mots des personnages peut être lié à une thématique/un sujet précis qui découle de leur culture/langue/origine.

    • Le rythme de la conversation : Je ne sais pas si c’est réalisable :flushed: Pour moi, les francophones sont tous des rustres à l’extrême car on se fait interrompre tout le temps et sans arrêt quand on a envie de dire quelque chose. C’est terrible, on commence une phrase, l’autre pense savoir ce que vous voulez dire, et hop, on vous coupe pour ajouter son grain de sel ! Mais si je pense ça, c’est parce que dans les langues germanophones il est difficile de deviner ce que l’autre veut dire au début de phrase. La structure de la phrase oblige l’attente de la fin pour être sûr. Donc, on écoute, et on ajoute son grain de sel… heu de centime ! à la fin quand on a toutes les informations en main. Bref, donc l’idée serait de véhiculer la notion d’une autre langue par le rythme d’une conversation, ou encore le poids des mots (pourquoi ne pas jouer sur la syntaxe même de la phrase ?). Une petite excursion dans les pensées des personnages pourrait être sympathique. Quid du personnage exaspéré de se faire couper sans arrêt par les autres, et les autres qui comprennent pas le soucis ?

    Je pense que j’ai enfin épuisé mes idées en vrac. :joy:

    Le sujet de la langue me paraît important et si ce n’est pour des petits gags à la con qu’on peut ajouter ici et là qui peuvent approfondir un univers, sans pour autant le parsemer de mots inventés ici et là (je ne sais pas si je suis bien claire). Ca peut rendre un univers plus tangible et réel sans pour autant l’alourdir inutilement ?

    Enfin, merci à vous si vous avez lu tout ce blabla, en espérant qu’il soit un peu intéressant !


  • Plume d'Argent

    Oooooh, quel sujet intéressant <3 Et qui me parle particulièrement vu que dans mon roman, il y a trois mondes parallèles et des voyages entre ces mondes et que c’est le bordel <3

    J’avoue que je me retrouve dans plusieurs solutions que tu as évoqué ^^ Les mots inventés imprononçables et dont il est parfaitement impossible à se souvenir, j’avoue que j’y suis passée, et je suis vite repartie xD Je m’en souvenais pas moi-même donc c’était vraiment la honte pour l’auteur. Maintenant, j’utiliser une autre méthode que j’ai vu chez plusieurs auteurs et qui me parle plus. J’ai une entité magique à nommer ? Ba je prend un mot qui existe. Et je lui fout une majuscule. Bim, ça donne une Plume, sachant qu’il y a une explication à pourquoi Plume et pas Camembert. Je trouve que c’est plus facile à retenir du coup, et qu’en plus, ba avec la majuscule, c’est assez évocateur que c’est pas la plume classique. Le souci, c’est qu’on finit avec des majuscules partout ='D

    J’avoue que pour ce qui est des langues, j’ai un peu utilisé la solution de facilité. Lise, qui change de monde, arrive dans un monde où elle connait déjà la langue. Bon, c’est expliqué, mais j’avoue que ça m’arrange bien xD Et je joue dessus. Quand elle est paniquée ou excitée, elle parle trop vite et devient incompréhensible. Elle utilise parfois des mots français sans trop le réaliser. Elle roule particulièrement les “R” pour les locaux. Ce qui donne d’ailleurs que son chat s’appelle “Mistigwi”, parce qu’ils ont du mal à dire “Mistigri”. Je vous laisse deviner ce que c’était à la base les “Connaws” <3 Bref, pour moi, pas forcément besoin d’en faire des tonnes, mais jouer dessus sur des détails ou à des moments crédibles, ça renforce l’immersion sans forcément inventer une langue.

    Dans une autre veine, le troisième monde, c’est un mixte entre plusieurs culture qui existaient pendant l’Antiquité. Depuis le temps, ils ont eu le temps de développer une langue commune, mais il reste des traces de ces origines. La mer, ça se dit “aequor” en référence aux latins. La lune, “tsuki” pour la référence aux japonais, etc. Bon, j’ai pitié des lecteur, ya des notes de bas de page à chaque fois. Mais pour moi, ça montre la mixité. Ya même une peuplade qui a tendance à garder sa langue originelle, c’est donc parfait pour des discussions cachées <3

    Mais oui, je pourrai en parler un moment, vu que je me suis très longuement prise la tête sur la cohérence de tout ça, mais bon, je vais arrêter de vous assommer avec ça et plutôt voir comment les autres gèrent ça <3


  • Journaliste PAen

    Awwww <3 <3 <3 Ok ce topic atterrit illico dans mes favoris !! Merci @Reven, c’était super intéressant à lire, je vais tâcher de répondre de manière un peu organisée !

    Tout d’abord, un mot sur certains trucs que j’ai perçus en tant que lectrice. Dans la Trilogie des Confins de Cormac McCarthy, il y a très fréquemment des dialogues en espagnol et AUCUN n’est traduit nulle part. N’ayant jamais étudié cette langue, j’étais un peu frustrée de ne pas pouvoir tout comprendre, et en même temps c’était assez grisant comme sensation, ça donnait l’impression d’être cachée derrière le personnage sans qu’il se rende compte que j’étais là. Et puis, au bout d’un moment, j’étais capable de comprendre certaines choses. Donc c’était plutôt réussi ; mais cette histoire se déroule dans notre monde à nous, et je ne pense pas que j’aurais apprécié de trouver de l’espagnol dans un univers fictif - je n’y aurais tout simplement pas cru ! Mais ça fonctionne avec l’elfique chez Tolkien, par exemple.
    J’ai vraiment envie de citer deux oeuvres qui traitent la langue d’une manière très intéressante et inspirante : d’abord Moonshine de Danoüh, genre évidemment :p C’est formidablement ambitieux au niveau de la langue, et à lire c’est très chouette parce que ça donne l’impression qu’on peut vraiment tout faire si on y travaille suffisamment (c’est chouette pour plein d’autres raisons aussi, il faut lire Moon-Moon <3 ) ; et ensuite, eh bah, la PM, tout bonnement ! Je trouve que Cricri a super bien géré : toutes les arches parlent la même, c’est assumé et révélé par certains détails dès le premier tome ; mais du coup, elle a mis le paquet sur les accents, et qu’est-ce que ça fonctionne bien !
    Voilà, je les cite parce que quand je rencontre un souci dans l’écriture, ça m’aide souvent d’aller voir ce que d’autres ont fait à ce sujet ^^

    Bon, du coup, passons à mon cas.

    Les personnages rencontrent très peu de soucis de communication et ils semblent tous parler une langue universelle bien maîtrisé alors qu’ils vagabondent d’un continent à l’autre.

    Pendant un certain temps, mon histoire a été tout à fait conforme à ce que tu décris :’) Ça me paraissait bien trop compliqué de faire parler différentes langues, ce n’était pas ça mon but, alors j’avais vaguement décidé qu’il y aurait des accents, que les Nordistes s’exprimeraient plus “poliment” que les Sudistes dans l’ensemble, et basta. Mais bien évidemment, ça ne suffisait pas, alors après un moment, il a fallu que j’y réfléchisse plus en profondeur.
    Je ne me sens pas les épaules pour inventer plusieurs langues - pour cette histoire-là, ce n’est vraiment pas ce qui m’intéresse le plus, même si j’adore la linguistique, la grammaire et tout ça. Alors j’ai pris un parti assez simple et maintenant j’essaye de faire en sorte de l’assumer à fond et que ça ne sonne pas bizarre.
    Nulle part dans mon histoire n’apparaîtront de phrases dans une autre langue que le français. Certains personnages seront bilingues ou trilingues et je devrai expliciter pourquoi ; d’autres devront apprendre une langue au cours de leur voyage. Pour ceux-là, j’ai décidé de rédiger normalement tous les dialogues qui se déroulent devant eux, mais de préciser qu’ils n’en comprennent pas l’intégralité. J’ai fait attention à ne pas leur faire employer du vocabulaire ou des tournures complexes quand ils s’expriment dans leur nouvelle langue, à les faire hésiter, tout ça. J’ai essayé de trouver différents moyens pour eux d’apprendre la langue. Andrev, par exemple, ne parle que des langues nordiques, mais il se retrouve à passer beaucoup de temps avec un autre personnage qui parle ou chante en sudique à peu près tout le temps, ce qui fait qu’il comprend de mieux en mieux, même s’il a toujours du mal à s’exprimer dans cette langue pendant un temps.

    Tous mes efforts se concentrent pour que ça fasse vrai. Je n’ai pas envie de creuser, je veux juste faire illusion. Alors j’ai mes ptites astuces :

    • Quand un personnage parle dans une langue qui n’est pas sa langue maternelle, je fais en sorte de glisser des erreurs dans ses phrases ; mauvaises prépositions, mots inversés, erreurs de vocabulaire ou de prononciation… Ça peut même aller plus loin que ça, j’ai un personnage en particulier dont je voulais que la manière de parler reflète la vision du monde - culturellement, il est différent de tous les autres. Alors je lui ai donné des tics de langage et de comportement, et mes héros ont passé pas mal de temps à l’observer ; à travers leur regard, j’ai l’impression d’avoir réussi à le rendre étranger. (Ça c’est un truc qui est super réussi dans Parhélie d’AliveArsenic <3 Sa façon de faire m’a inspirée !)
    • J’ai bidouillé un peu au niveau du vocabulaire. Comme toi, Reven, je pense qu’il faut rester raisonnable, mais c’est tout de même très pratique de pouvoir inventer des mots. Alors j’ai par exemple les noms des créatures de mon histoire : Pans, Lytts, Skums et Branns, qui sont devenus des jurons pour mes Nordistes. Mais ils ne les utilisent pas tous ! Ça permet aussi de montrer la relation que le personnage entretient avec ces créatures ; il y en a qui les respectent trop pour jurer en utilisant leur nom, alors ils ne jurent pas, ils grincent juste des dents. À part ça, j’ai aussi inventé des expressions, souvent dérivées des nôtres : j’en donnerais ma main aux Branns, par exemple, ça signifie “j’en mettrais ma main au feu” ; il y a aussi clair comme un Lytt = “clair comme de l’eau de roche”, pour énoncer une évidence, quoi. Il y a aussi un juron de marin : le sel me ronge, qu’ils utilisent pour exprimer la surprise, la lassitude, l’agacement, 'fin plein de trucs.
      Pour tout ce qui est vocabulaire, je pense que le plus important, c’est que ça reste cohérent. Pour inventer des mots et noms propres nordiques , je m’inspire de langues scandinaves. Mais pour le sudique, j’ai été fouiller dans le grec et le latin : j’ai repris par exemple le mot museion, qui a donné “musée” mais qui voulait dire quelque chose comme “salle d’étude” à la base. J’ai aussi baptisé mon fleuve le Potam ; un clin d’oeil perso à mon doudou d’enfance, mais surtout un dérivé du grec potamos qui veut dire… rivière :smirk: Donc je dirais que si on se lance dans l’invention de vocabulaire, c’est bien d’essayer de “grouper” ses sources d’inspiration !
    • Réfléchir sur une langue, c’est aussi réfléchi sur une culture, comme Reven l’a très bien démontré dans son post <3 Alors, cette idée est à prendre avec prudence, mais je pense que ça peut aider à donner l’illusion d’une autre langue si on fait des choix culturels euh, “radicaux”, ou “en contraste”, disons. Par exemple, j’ai décidé que les Nordistes avaient une culture très pudique ; ils ne posent pas des masses de questions, ils gardent pas mal de choses pour eux, ils vouvoient les gens qu’ils ne connaissent pas bien, globalement ils s’expriment d’une façon polie et quand ils doivent parler de ce qu’ils ressentent, ils ont un peu de mal, etc. Les Sudistes fonctionnent à l’opposé : ils blablatent en permanence, ils sont du genre à poser toutes les questions qui leur passent par la tête parce que pour eux, c’est le meilleur moyen de cerner une personne ; qu’elle réponde ou qu’elle refuse de répondre, tu en apprendras forcément plus sur elle ; et surtout, j’ai décidé de manière très arbitraire qu’ils n’emploient le vouvoiement que pour une seule personne. C’est-à-dire que chaque Sudiste va tutoyer tous les autres, sauf une personne qu’il distingue - ça peut être quelqu’un qu’il respecte énormément ou au contraire qu’il veut tenir à distance.
      De même, les Sudistes ont un rapport au bruit que n’ont pas mes Nordistes. Ils ne sont pas fans du silence, ils aiment la musique et plus généralement le bruit - ils sont du genre à tapoter par terre du bout du pied en lisant un bouquin. Alors, c’est un point que je dois encore travailler, mais je voulais que ça influence leur façon de parler, qu’ils utilisent plus d’onomatopées, notamment à des endroits improbables. Mon petit frère parlait beaucoup comme ça à une période : “alors il a fait, fffuit et du coup après bam, c’était mort”. Le problème c’est que c’est un peu trop comique à la lecture xD donc je dois encore apprendre à doser ça. Sinon, je vais aussi essayer de mettre plus de vocabulaire lié d’une manière ou d’une autre au bruit.

    Voilà pour moi. Ta liste est très complète, @Reven, d’ailleurs y’a plein de points qui rejoignent mes bidouillages personnels. Je pense que ça peut vraiment aider de tester un peu de tout pour voir ce qui marche ou non ! Mais après, je trouve aussi qu’il ne faut pas nécessairement se focaliser là-dessus dès le début de l’histoire ; si on m’y avait obligée, j’aurais peut-être rien écrit du tout. Le background, et en particulier la langue, peut venir se construire au fur et à mesure de l’écriture, il faut juste prendre le temps de le consolider après. Faut pas que ça devienne une pression supplémentaire, quoi :rolling_eyes:

    (Branns, la longueur de mes posts me fait flipper >.< disoulée)



  • Bon, je n’ai pas encore lu l’entièreté de la réponse d’Ery (j’y remédierai très prochainement) mais je voulais déjà réagir moi-même. D’abord, super idée de topic @Reven!
    Alors pour ma part… J’ai eu la super idée de choisir l’Amérique du Nord (Nord des États-Unis et Canada) comme décor d’une histoire fantastique. Du coup ça me fait vraiment très bizarre de l’écrire en français en fait pour ce qui est de cette question de langage: comment distinguer l’accent canadien de l’américain alors qu’on écrit en français? Il y a des mots qui changent parfois… Mais pire: si l’anglais est écrit en français, que faire si un personnage parle français? On en revient aux films anglais doublés en français… et dans lesquels il y a quelqu’un qui parle français ou qui a un accent accent français. La nuance est totalement perdue.
    Du coup j’ai fait le choix lâche de ne pas faire de différence de langage et de ne parler qu’en français qui substitue l’anglais.

    En parlant maintenant de monde fictif… Là j’ai de l’ambition! Non, pas de mots ou expressions crées, mais oh que oui! des différences diastratiques, diatopiques et même diachroniques dans les textes! Je vais enfin pouvoir mettre à profit mes études! :D Mon monde est encore en pleine construction et tout n’est pas encore décidé du coup au niveau du langage, mais je compte bien faire la différence entre le langage que parlera mon voleur et celui que parlera ma princesse. Et dans ce monde qui connait une absolue division entre le nord et le sud… Quelle meilleure frontière (à part une énorme chaîne de montagnes…) que la langue? Cette idée était facile vu que je vis sur la frontière linguistique en Belgique. Du coup je vais profiter de mes connaissances des langues germaniques pour changer la structure des gens du sud quand ils essaieront de communiquer avec mes héros, et surtout, les rendre incompréhensibles à ceux-ci lorsqu’ils parlent leur propre langue.
    En somme mon monde est vaste mais bien unifié au nord. Le français (enfin, la langue automatiquement traduite en français) s’y est imposée comme langue nationale (à part dans un petit pays), mais connais des variations diatopiques légères (accents), mais au sud, on a une sorte de monde féodal avec un mélange de tribus germaniques qui ont des problèmes d’intercompréhension.

    Je dois encore écrire tout ça et bien le rendre sera un travail supplémentaire, mais je pense que ça en vaille la peine!



  • Je suis ravie de voir que le sujet vous plaît ! :blush:

    @Flammy : Je connais le soucis du voyage entre les mondes ! Dans mon univers, en changer est relativement facile, et il y autant de monde que des grains de sable à la mer :P (chaque histoire se concentre sur un monde en particulier par contre, je limite les voyages maintenant). J’avais la magnifique solution tellement bien trouvé, parfaite et ô que cohérente : le bijoux-traducteur qui traduit automatiquement la langue de votre interlocuteur dans votre langue maternelle, et qui vous fait parler automatiquement dans la bonne langue ! :joy: Maintenant, je suis bien plus méchante avec mes personnages, je leur ai enlevé cette solution. Non, mais, on change pas de monde comme on change de chaussettes, enfin ! ;)

    Les mots imprononçable, je m’en sers… quand j’ai envie que ça soit imprononçable. O_O

    J’ai une entité magique à nommer ? Ba je prend un mot qui existe. Et je lui fout une majuscule.

    C’est une solution très élégante selon quoi. J’avoue que je peine à trouver des noms sympathique avec cette option (pour passer d’un monde à un autre, il faut emprunter ce que j’ai appelé une Liaison, j’ai trouvé ça très joli et élégant puis j’ai appris au tard sa signification amoureuse, et ça lui vole du charme, quand même xD )

    Bref, pour moi, pas forcément besoin d’en faire des tonnes, mais jouer dessus sur des détails ou à des moments crédibles, ça renforce l’immersion sans forcément inventer une langue.

    Tout à fait oui ! ;)

    @EryBlack : Merci <3 ! Pour la Trilogie des Confins, je trouve ça toujours à double tranchant, mais ça peut parfaitement jouer. L’effet ne sera pas du tout le même pour un lecteur qui maîtrise l’espagnol et pour quelqu’un qui ne parle pas le moindre mot. Ca peut être une expérience chouette (mais ça peut vite basculer dans le frustrant d’un côté comme de l’autre, si mal géré O_O )

    Je me garde ce fameux Moonshine de côté, ce n’est pas comme si une histoire de plus ou de moins changerait grand chose à ma pile à lire, à ce stade ! :joy:

    Voilà, je les cite parce que quand je rencontre un souci dans l’écriture, ça m’aide souvent d’aller voir ce que d’autres ont fait à ce sujet ^^

    Tu n’es pas la seule ! J’espérais bien chopper des titres et des astuces diverses en vous lisant, fufu :D (j’essaie de me rappeler des livres où c’était bien rendu, mais j’ai que des mauvais exemples en tête, haha)

    Pendant un certain temps, mon histoire a été tout à fait conforme à ce que tu décris :’)

    ça peut marcher très bien, selon quoi, cela dit ! :P Tout n’est qu’une question de traitement et d’exploitation, en fin de compte.

    Pendant un certain temps, mon histoire a été tout à fait conforme à ce que tu décris :’)

    J’essaie de faire ça aussi, manque de pot on me les corrige le plus souvent. Les gens pensent bien, hein, ils cherchent à aider une non-francophone à s’améliorer ! J’ai un enfant qui saute les accords qu’on entend à l’oral, ou des fautes de conjugaisons :D

    J’aime beaucoup comment tu as bidouillé les expressions ! :o C’est vrai que dans mes histoires il y a pas de raisons qu’il n’y ait pas de vieilles expressions à l’origine à présent méconnue, mais qui prennent leur sources dans qqch de propre au monde (un peu comme il y a des gens qui ignorent qu’une couille dans le souple désigne une cuillère et non une vraie couille, pour illustrer l’idée)

    j’ai décidé de manière très arbitraire qu’ils n’emploient le vouvoiement que pour une seule personne. C’est-à-dire que chaque Sudiste va tutoyer tous les autres, sauf une personne qu’il distingue - ça peut être quelqu’un qu’il respecte énormément ou au contraire qu’il veut tenir à distance.

    Ahah, c’est très marrant ! Ca me rappelle que dans Paroles de verre la culture local emploie fortement le neutre (dû à un héritage basée sur une race qui ne connaît ni genre ni sexe, ça me semblait logique qu’ils ont ait gardé la trace) justement dans le cas d’être soit poli (hiérarchiquement supérieur, respect, etc) soit a créer la distance ! :D

    Mais après, je trouve aussi qu’il ne faut pas nécessairement se focaliser là-dessus dès le début de l’histoire ; si on m’y avait obligée, j’aurais peut-être rien écrit du tout. Le background, et en particulier la langue, peut venir se construire au fur et à mesure de l’écriture, il faut juste prendre le temps de le consolider après. Faut pas que ça devienne une pression supplémentaire, quoi :rolling_eyes:

    Ah tout à fait ! Pensez à ce genre de chose dès le départ est difficile. Il faut tout de même avoir une solide idée de son univers et de son monde pour arriver à ce genre de détails. Beaucoup de ces choses doivent se construire “naturellement” aussi au fur et à mesure du temps. Beaucoup de gens donnent des tics de langues ou des gestes aux personnages qui peuvent en dire déjà long, sans y avoir réfléchis des masses :D

    @Mart : Merci ! ;) Ton soucis avec les films… c’est du vécu quand j’ai dû regarder certains films en une autre langue que la VO !
    Parfois, on peut cependant réussir à s’amuser avec des petits trucs. Je pense au jeu-vidéo Okami ou un personnage parle en entrecoupant son discours de français (dans la VA donc), en VF ils utilisent des mots anglais distingués à la place.
    Mais dans ce genre de cas, c’est vraiment difficile :s

    des différences diastratiques, diatopiques et même diachroniques dans les textes! Je vais enfin pouvoir mettre à profit mes études! :D

    Ohh chouette, j’aurais rêvé de faire ce genre d’étude, je me sers avant tout de mon bric-à-brac de connaissances et de ressources diverses comme internet, bibliothèque et tout :P

    . Du coup je vais profiter de mes connaissances des langues germaniques pour changer la structure des gens du sud quand ils essaieront de communiquer avec mes héros, et surtout, les rendre incompréhensibles à ceux-ci lorsqu’ils parlent leur propre langue.

    Question de curiosité : Pourquoi les langues germaniques dans le sud ? (parce que, par exemple, dans la réalité, on les trouve au nord, et les langues latines, au sud)

    Je dois encore écrire tout ça et bien le rendre sera un travail supplémentaire, mais je pense que ça en vaille la peine!

    Je penes aussi, je me réjouis déjà de voir ce que tu vas concocter avec tes connaissances ! :D


  • Plume d'Argent

    C’est un sujet très intéressant, merci Reven !
    Comme vous dites, c’est un sujet compliqué, parce que comme le dialogue ne peut pas contenir tous les tics et longueurs de la vraie vie, c’est dur d’être parfaitement réaliste côté langues si plusieurs cultures se côtoient dans une histoire.

    Ça me fait penser au film Allied, que j’ai vu en version originale et qui n’est pas du tout adapté aux francophones :grin: Dedans, Brad Pitt parle français et doit se faire passer pour un Parisien aux yeux de vrais Parisiens (voici son français si ça vous intéresse

    ). Pour le francophone, une phrase et c’est fini, l’anglophone en lui est trahi, et pourtant Marion Cotillard lui dit “attention les gens risquent de comprendre que tu es pas Parisien, ton accent, c’est du québécois pur”. Haha ! Et puis tout compte fait personne doute de son parisianisme. Bref.

    Pour revenir au sujet principal, je n’ai pas encore vraiment eu à traiter la question, mais ça ne saurait tarder, alors je lis vos contributions avec intérêt !

    @Reven Ma pauvre, tu as perdu ton passeport au Japon ? :O J’ose pas imaginer le stress.
    Nous aussi au Québec on dit peser sur un bouton !
    Toutes les pistes que tu suggères sont vraiment intéressantes, j’aime notamment beaucoup la traduction d’expressions, je retiens l’idée :blush:
    Je suis pas adepte non plus du changement d’accent à l’écrit ; la langue déjà telle qu’elle est comporte déjà tous les accents. Pour moi, le son “ê” se prononce très différemment du son “ê” d’un Français, même si c’est exactement la même lettre. Si je lis un texte où on a voulu donner un accent à un personnage, j’ai juste l’impression d’être face à un personnage qui a un retard mental > <

    @Flammy J’aime bien ta technique, c’est subtil mais on sent quand même la différence de parler et de culture ! C’est un bon équilibre du coup.

    @EryBlack Les expressions c’est tellement une bonne idée !
    En tout cas pour avoir lu L’Université, je peux te dire qu’on sent assez bien la différence entre les cultures. C’est la même langue, mais le parler est différent, ce qui est logique.

    @Mart Ne t’en fais pas pour l’Amérique du Nord. Selon les régions ça peut varier, mais en tout cas j’ai une amie torontoise à qui j’avais parlé des accents canadien et américain, et elle me racontait que les Américains la prenaient pour une des leurs jusqu’à ce qu’elle sorte un mot qui ne se prononce pas de la même façon. Donc l’accent est très semblable, c’est juste sur des petits mots (out, about, sorry) que la différence se sent. Un peu comme la différence d’accent entre la ville de Québec et celle de Montréal ; on ne la distingue pas vraiment, jusqu’à ce que la personne dise un des mots traîtres : arrête, baleine, poteau, etc. (pour donner une idée (si quelqu’un voulait en avoir une) l’interviewé ici est de Québec et l’animateur de Montréal

    Moi-même j’entends pas vraiment de différence)
    Bref. Pour l’autre histoire c’est trop cool que tu puisses mettre tes connaissances en pratique comme ça !

    Edit : Mince j’avais oublié que les liens youtube s’affichaient sous forme de vidéos hihi



  • Joli topic, en effet ! Personnellement, en tant qu’incurable perfectionniste j’avoue que je réfléchis depuis un moment à comment aborder cet aspect des choses (vu que je n’écris pas vraiment, je ne suis pas confronté directement au problème).
    Bon, pour moi, je ne le cache pas, la perfection c’est Tolkien. Ses langues ont un alphabet, une ou plusieurs grammaires, s’écrivent et se parlent. Mais bon c’était un linguiste de génie et un mec un peu timbré dans sa vie.
    Si je devais m’y essayer (QUAND je devrais, plutôt), je pense que je tenterais d’inclure quelques mots inventé, comme Ery, pour des concepts uniques/importants pour une culture donnée. Le raccourci le plus simple étant de se baser sur une langue commune, je préfèrerais l’éviter (dans une moindre mesure), mais je pense que ça sera nécessaire à certains moments, ne serait-ce que pour ne pas trop alourdir des passages réunissant des membres de plusieurs (plus de 2) peuples/races au même endroit… Pour le reste je ne sais pas trop. J’aime beaucoup l’idée de baser un arc narratif sur l’apprentissage/la découverte d’une langue/culture d’une race/d’un peuple par un étranger, mais il me semble difficile de le généraliser, ça serait soit redondant dans la structure du récit, soit dans les situations/expériences des personnages. Ou alors il faudrait parvenir à le doser très savamment. Le raccourci ultime, que j’ai envisagé un moment, serait un genre de langue commune héritée d’ancêtres lointains (comme des dieux, des créateurs, etc…) et qui permettrait une entente basique entre chaque peuple/race, quitte à jouer sur les subtilités ensuite.
    Vaste sujet et topic fort intéressant cela dit !


  • Plume d'Argent

    Ta réflexion est tellement pertinente ! D’ailleurs, elle me concerne pas mal…
    Dans Svetlana, il y a trois langues qui sont avant tout parlées : le serbe, l’anglais et le viennois (une langue fictive, l’équivalent d’un allemand modernisé). Par facilité, même si le texte est écrit en français, la plupart de mes persos maîtrisent l’anglais et communiquent dans cette langue. Mais la langue maternelle de mon héroïne est le serbe et je m’interroge sur comment garder ce trait-là sans être caricaturale. Je pensais introduire ses pensées en serbe (et genre mettre une traduction en bas de page) (oui j’ai fait des recherches sur cette langue et j’ai appris l’alphabet serbe ^^), introduire des expressions aussi quand elle parle avec un(e) autre natif(ve) serbe, mais je t’avoue que la plupart du temps je choisis la facilité et omet ce trait-là. Vraiment, je ne sais pas comment faire, car au fond, je partage ton point de vue. La diversité linguistique est un élément essentiel et il est dommage de l’occulter…


  • Journaliste PAen

    C’est super intéressant @Reven ! Ton post me fait bien réfléchir… Je n’ai pas encore eu l’occasion de vraiment me pencher sur ce sujet en fait, mais je garde ça pour plus tard. C’est vrai que j’ai lu certains bouquins où ça m’a un peu choquée que les persos se comprennent direct alors qu’ils venaient de planètes ou de régions différentes ! Il y en a certains où c’est bien fait (impossible de me rappeler un exemple xD ) mais d’autres où ça m’a plus gênée qu’autre chose…

    @EryBlack j’aime beaucoup ton idée d’expressions inventées à partir de la culture que tu as mise en place \o/ Je crois que je vais un peu te piquer cette idée, car je me demandais un peu comment faire passer certaines idées dans un texte… :grin:

    Sinon, plus au niveau des tics de langages et des façons de parler, je trouve que c’est hyper bien fait dans les bouquins d’Alain Damasio, La Zone du dehors, ou La Horde du contrevent. Les histoires sont racontées des points de vues de différents personnages, et quand on passe de l’un à l’autre, c’est tout de suite reconnaissable à la manière de parler, au rythme des phrases, au vocabulaire… C’est vraiment balèze \o/

    @Laure xD c’est vrai que son accent est pitoyable… Mais bon, c’est Brad Pitt, il est trop canon, alors pour ma part je lui pardonne :kissing_heart:



  • Ahahah, tu m’as tuée avec ton Tagabiou !!! Alors, pour Sang d’encre, j’ai fait le choix d’inventer des noms, mais qui souvent se comprennent malgré tout. En bouffe par exemple (je colle à tes clichés), un fruit très courant est l’orange verte. En plantes (importantes puisque mon héroïne est guérisseuse), il y a des plantes normales (plantain, pin, tilleurs etc) et d’autres inventées mais sur le même principe : la plante-qui-hurle, le châne-fay, la colchique bleue. Et parfois, les noms les plus bizarres que j’emploie existent en vrai ! La bourse-à-pasteur, l’aigremoine, le casse-lunette… Bref, au final je suis d’accord avec toi qu’il ne faut pas trop en faire… Mais j’aime faire ressentir au lecteur qu’il n’est pas en Vendée en 1600, mais bien dans un autre monde! ;)

    “Les japonais sont très mignons avec leur allemand à floison dans certains animés / série, mais ils risquent de tuer de rire les allemands par moment” > tu m’as re-tuée :D

    Côté jurons, pusique l’évoque @EryBlack : en fait, j’ai remplacé toutes les expressions avec “dieu” (parce qu’il n’a rien à foutre ici nom de dieu) avec “lune” (en mode anciennes croyances). J’ai créé mes jurons sur cette base : Par la lune ! Triplelune ! Pestelune ! Et comme le souligne EryBlack, on a beau parler la même langue, on ne la parle pas tous pareil… Donc les plus grossiers disent Foutrelune !

    Bon, il faut quand même lire le contre-exemple qui est Orange mécanique > tout est dans l’argot inventé. Perso j’ai trouvé ça très fort, mais je pense que ça peut agacer aussi…

    Ecrire les accents > globalement je n’aime pas trop non plus

    Expressions > j’aime ton idée de la traduction littérale, mais je ne suis pas sûre que ça marche à tous les coups ! Autant s’éplucher du lit, on comprend, et c’est rigolo. Mais les deux centimes… Ca m’aurait plus perturbée qu’autre chose ! A tester sur des francophones maternels, peut-être !

    Enfin, sur les différentes langues : je me suis posée la question pour mon récit, qui se passe dans un royaume (pas immense non plus). J’ai décidé qu’ils parlaient tous une même langue, mais que cela ne fut pas toujours le cas. Donc il existe des langues anciennes qui ne sont plus parlées, ou d’autres qui le sont dans des coins très reculés. A la base, j’ai fait ça par souci de réalisme, puisque je parle souvant d’archives très très anciennes. Mais au final, cela donne des idées pour mon scénar, aide parfois à avoir plus de suspense, ou un rebondissement : un perso peut toujours trouver un manuscrit, encore faut-il qu’on lui traduise ! Par contre je n’ “écris” jamais dans ces langues inventées ! Trop long à imaginer, trop risqué…

    @Flammy En même temps, Camenbert le sorcier, ça en jette. Ou encore Le seigneur des Camenberts. La PasseCamenbert. Cinquante nuances de Camenbert. Dix petits Camenberts…

    @Nana aaaaah j’attendais que quelqu’un cite Damasio, quand même !



  • @laure a dit dans Les langues des personnages et de l'univers :

    Ma pauvre, tu as perdu ton passeport au Japon ?

    Oui, trois jours avant le départ de Fukuoka pour regagner l’Europe, je te dis pas la joie de communiquer avec des policier au fin fond du japon rural du sud où PERSONNE ne parle anglais, même un petit peeeu. J’ai faillit rester là-bas pour manque de document valide pour le voyage de retour :joy:

    @Nëthy

    Bon, pour moi, je ne le cache pas, la perfection c’est Tolkien. Ses langues ont un alphabet, une ou plusieurs grammaires, s’écrivent et se parlent. Mais bon c’était un linguiste de génie et un mec un peu timbré dans sa vie.

    Peu de gens créent des histories exprès pour mettre en scène une panoplie de langues fictifs, en effet ! J’ai un profond respect envers Tolkien pour ça.

    Le raccourci le plus simple étant de se baser sur une langue commune, je préfèrerais l’éviter (dans une moindre mesure), mais je pense que ça sera nécessaire à certains moments, ne serait-ce que pour ne pas trop alourdir des passages réunissant des membres de plusieurs (plus de 2)

    Ce que je trouve intéressant dans l’idée d’une langue commune, est tout l’aspect politique-économique que cela implique. Il y a donc eu des échanges assez importantes par le passé pour qu’une langue commune s’est faite, et que les gens l’apprennent et parlent. Ceci dit, tu peux toujours miser sur des accents et des mauvaises formulations pour rendre ça plus vivant et nuancé ?

    J’aime beaucoup l’idée de baser un arc narratif sur l’apprentissage/la découverte d’une langue/culture d’une race/d’un peuple par un étranger, mais il me semble difficile de le généraliser, ça serait soit redondant dans la structure du récit, soit dans les situations/expériences des personnages.

    J’aimerai beaucoup lire un arc pareil ! Je trouve ça très peu exploité dans ce que j’ai lu par le passé (peut-être aussi pour cela que mes histoires ont ça comme point central)

    Le raccourci ultime, que j’ai envisagé un moment, serait un genre de langue commune héritée d’ancêtres lointains (comme des dieux, des créateurs, etc…) et qui permettrait une entente basique entre chaque peuple/race, quitte à jouer sur les subtilités ensuite.

    Il y a pas mal de subtilité possible avec l’idée d’une langue ancienne commune, je pense :o (au niveau de l’histoire du monde, du moins, comment elle a évolué dans certain coin par rapport à d’autres, tout en gardant des similitudes fortes).

    On peut aussi imaginer un cas comme l’Allemagne, où ils ont décidé que ça serait chouette que les gens se comprennent, et qu’ils ont donc créée le haut-allemand.

    @Elia

    (une langue fictive, l’équivalent d’un allemand modernisé)

    Excuse ma curiosité, mais qu’est-ce que tout entends par un allemand modernisé (parce que je ne le trouve pas vraiment à la ramasse à l’heure actuelle, donc je ne suis pas certaine de bien saisir, mais j’aime bien saisir les choses :flushed: ) ?

    J’ai lu la Horde du Contrevent, et si j’ai bien aimé la voix propre à chaque personnage, j’admet ne pas avoir aimé la lubie de juste mettre un signe pour indiquer le personnage. J’ai mauvaise mémoire, j’ai tout le temps dû vérifier sur le marque page qui parlait :sob: Du coup, ça n’a pas cessé de me couper du récit et de l’ambiance. La solution du trône de fer est certes moins élégante, mais elle fonctionne bien pour les poissons rouge comme moi (donc juste mettre le nom au dessus XD )

    @Olga-la-Banshee

    Ah, j’adore tous tes noms inventés pour tes plantes, et tout ! J’ai un peu le même soucis pour Paroles de verre (autant en BD je peux simplement mettre des jolies plantes bizarre et des animaux wtf, autant ça marche pas en romancé), mais tes noms font très naturels et dérangent pas :o

    Dans la Vie morte le protagoniste est un croyant de la lune, donc il jure pas mal au nom de la Lune (mais ne punit pas en son nom :P ), mais j’ai pas poussé l’idée assez loin. Foutrelune est bien vu ! :joy:

    Par contre je n’ “écris” jamais dans ces langues inventées ! Trop long à imaginer, trop risqué…

    J’ai écrit une seule phrase dans une langue fictif, et ça se résume à deux mots. Par la suite j’ai sorti l’argument de la typographie pour montrer un changement de langue (les discours mis en italique pour quand il y a un changement de langue)


  • Plume d'Argent

    @reven alors quand je dis “allemand modernisé”, c’est lié au fait que l’intrigue se déroule dans le futur (2162) et du coup, le viennois est le nom qui remplace l’ancien nom “allemand”, parce que c’est une langue parlée à Vienna (oui, en Autriche, mais c’est un territoire fictif qui s’étend bien plus loin) et comme ce territoire dirige l’Europe, le nom de la langue a été remplacé. Et comme une langue évolue d’un siècle à l’autre, ça explique mon terme, même si c’était pas clair, j’avoue ^^
    C’est quoi la solution pour le trône de fer ?



  • Super topic !
    Pour ma part, j’avoue opter pour la solution de facilité, c’est à dire que je place des mots inventés. Pour SombrEtoile, par exemple, j’ai imaginé une panthère noire de grande taille aux crocs démesurément grands comme le smilodon que j’ai nommé Alkän et dont les petits seraient des Alkis. En général, j’invente aussi ces mots pour désigner des armes, des plantes… ce qui m’oblige à pas mal décrire pour que mon (futur) lecteur puisse visualiser de quoi je parle.



  • @Reven Ah oui, utiliser l’italique c’est bien. Le problème c’est que l’italique est tellement pratique qu’il faut faire des choix sur son utilisation ! Moi elle me sert pour les pensées !
    Et oui, inventer plantes et animaux en BD, rien à voir… Quand tu dis ça, je pense d’ailleurs au dessin animé La planète sauvage, assez magnifique en termes d’invention graphique, par Roland Topor. On va me dire que je ne suis pas dans le bon topic, mais c’est quand même l’invention d’une langue, même si elle est graphique !
    @Elia Alors j’ai lu le début du Thrône de fer, mais je me souviens pas… Ils parlent pas un peu tous la même langue à part Miss dragon ?



  • @elia a dit dans Les langues des personnages et de l'univers :

    C’est quoi la solution pour le trône de fer ?

    Oh j’ai pas vu ta question , mes excuses ^^"
    Alors pour le trône de fer, je ne parlais pas de la langue en elle-même (l’écriture du trône de fer est aussi intéressante qu’une crêpe nature sèche à mes yeux), mais je comparais sa construction à La horde de contrevent de Damasio, où je me suis perdue très souvent dans les personnages, car avoir un petit symbole pour représenter un personnage est difficile pour ma mémoire de poisson rouge, là, ou le trône de fer se contente de mettre en gros le nom du personnage en tant que titre de chapitre. Dans la horde de contrevent, malgré les voix très nuancés, je me retrouvais obligée de retourner voir qui est qui, et ce jusqu’à la fin du livre… :joy:

    @Olga-la-Banshee : J’ai le même soucis dans Paroles de verre, donc je dois faire attention comment j’utilise l’italique. Elle me sert donc pour deux choses : indiquer le changement de langue au cours d’un dialogue parlé / la petite voix dans la tête du protagoniste qui est mine de rien bien bavarde. :P Je pense donc avoir épuisé pas mal mon option italique pour le reste du roman :joy: J’aimerai jouer sur les typographie diverses peut-être, mais c’est ardu de choisir une typo qui est différente et lisible, sans trancher avec le reste. ><



  • C’est un sujet très intéressant ! Surtout pour la SFFF, mais aussi dans les romans basés sur notre monde. Un voyage qui se passe mal… Oh, en plus depuis longtemps j’ai une idée de road-trip dans la tête pour un de mes personnages, ce serait génial d’utiliser certaines de ces idées que tu nous partages ! :D



  • J’ai tout lu ! Mais j’ai la flemme de taguer personne après personne pour répondre ou donner mon point de vue… Navrée ^^ Du coup je vais faire du gloubiboulga d’arguments.
    Le problème des langues m’embête pas mal pour mon monde. Un petit monde avec trois civilisations. J’ai décidé que comme dans une majorité de livres, “l’humain” serait la langue la plus parlée. Ensuite, il y a deux autres langues, spéciales aux autres peuples. Quand deux Sans-visages parlent entre eux, ils s’entre-désignent comme étant des “Nevidymm”, parle de la lune comme étant “Kamen”, des humains comme étant “Chevolek” et des Change-Peau avec “Dva-Khoza”, des mots empruntés au Russe et modifiés pour rendre ça plus facilement écrivable et prononçable. Le cycle jour/nuit étant très différent et la vie étant basée sur le vent, j’ai là aussi choisi de ne pas utiliser “aujourd’hui”, “ce jour-là”, “bonsoir” ou autres expressions se rapportant à la luminosité. On parle donc du vent pour compter le temps : le notus est donc le jour, soufflante pour la semaine, ventée pour l’année, et ainsi de suite…
    Ma plus grosse hésitation est pour les animaux. Je ne veux pas “alourdir” le récit en inventant trop de mots, mais les animaux de chez nous ne pourraient pas vivre là bas… Pas encore de réponse pour ça, je réfléchis à la solution (et toutes vos propositions aident pas mal).

    Je n’aime pas particulièrement écrire des dialogues (faut que je m’y mette, ça va être affreux sinon…), du coup je n’ai pas encore vraiment réfléchis aux accents, tics de langages et autres expressions.

    Vraiment merci beaucoup pour ce topic @Reven ! C’est vachement intéressant !



  • Un exemple du problème des langues dans la fantasy qui me vient là tout de suite, c’est dans Les Mémoires de Lady Trent où ce sujet est assez exploité. De manière générale ce livre est parfait pour tout ce qui est géo politique, coutumes etc. Et il y a des dragons, vu d’un point de vue scientifique puisque la narratrice les étudie… ^^
    Pour ma part, le problème des langues vient justement de se poser à moi pour Flamme Noire. Zia est Anglaise et l’histoire se passe en Russie, mais la langue internationale est le chinois. Du coup peut être que Zia utilisera parfois des anglicismes, mais comme je ne parle aucune des deux autres langues (et que de toute façon elles sont comprises par Z) ce sera juste précisé si besoin, sans mots dans l’une ou l’autre langue.



  • Je ramène se sujet à la surface… Dernièrement, je me suis mis à créer un alphabet, et plus généralement une langue pour un des peuple de mon univers. C’est fou, j’ai encore rien écrit qui tienne vraiment la route, et je me sens obligée d’en savoir toujours plus sur ce que je crée.
    Le pire dans l’histoire, c’est que je suis quasiment sûre que je n’utiliserai jamais cette langue dans un texte (si texte il y a), et pourtant, c’est compulsif, j’y réfléchis sans cesse…

    Avez-vous déjà créé une langue, un alphabet, juste pour “la satisfaction” de mieux se plonger dans l’ambiance ?



  • @olek a dit dans Les langues des personnages et de l'univers :

    Avez-vous déjà créé une langue, un alphabet, juste pour “la satisfaction” de mieux se plonger dans l’ambiance ?

    Je le fais, oui, mais c’est vraiment pour le plaisir à côté, donc j’avance à pas de tortue ^^ Les langues sont abordées dans mes histoires, très souvent en tout cas, du coup ça a sa petite importance aussi que j’ai une idée de base de la grammaire, et tout :D


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