S'auto-éditer


  • Administratrice

    Keina a écrit :

    Bon, il paraît que je vais bientôt avoir une petite expérience du sujet et que du coup je me dois de la partager avec vous… Déjà, je dois vous avouer : je n’ai jamais été très chaude moi-même pour l’auto-édition. Actuellement, je le fais surtout par amitié, et parce que mon amie illustratrice a amplement le niveau pour être éditée, ce que pour le moment peu d’éditeurs veulent lui reconnaître. Mes textes sont juste là pour remplir les blancs… bref. La petite part d’éditrice de formation qui sommeille en moi a toujours envie de dire qu’on ne s’improvise pas éditeur, que c’est un métier, voire plusieurs, et qu’un bouquin auto-édité n’aura jamais la même aura qu’un bouquin édité à compte d’éditeur, quelle que soit sa qualité intrinsèque.

    Ensuite, il faut bien faire la différence entre l’auto-édition, où vous êtes seul maître de votre investissement, et l’édition à compte d’auteur, où une entreprise va vous demander plein de sousous pour “vous éditer”, à savoir (suivant les cas) vous faire une mise en page à la va-vite sur laquelle vous n’aurez pas votre mot à dire, des corrections tout aussi rapides et superficielles, et trouver pour vous un imprimeur, un numéro ISBN et tous ces trucs qui, quand on met le nez dedans, ne sont pas si compliqués que ça à faire tout seul.

    Voilà, maintenant que j’ai survolé tous les sujets qui fâchent, passons à l’essentiel.

    Alors, pour fabriquer soi-même son bouquin, il faut :

    • Connaître un minimum la mise en page, ou connaître quelqu’un qui pourra vous faire une belle mise en page, ou encore, à défaut, passer par un imprimeur qui la fera pour vous moyennant facturation supplémentaire. C’est notre cas, même si j’aurais pu la faire moi-même, vu ma petite expérience dans le domaine. Mais ce livre est une idée conjointe de mon amie et de l’imprimeur chez qui elle a l’habitude d’imprimer ses repros, et je me voyais mal m’interposer avec mes gros sabots, surtout que j’estime être moins compétente que lui dans le domaine. Chez les imprimeurs en ligne type lulu.com, je ne crois pas que cette option soit disponible.

    À retenir : ce sera à vous de faire la couverture. Et c’est là que souvent, on distingue les éditeurs pro des auto-éditions. Même s’il y a des exceptions dans les deux sens : un éditeur pro peut lancer une collection avec des couvertures parfaitement hideuses, et l’auto-éditeur peut au contraire être excellent graphiste et proposer une couverture très classe. Mais je vous enjoins de demander l’avis à un graphiste (pro ou non) avant de faire valider le projet par l’imprimeur. J’ai déjà vu des choses…

    • Investir dans un manuel de typographie et apprendre un minimum les conventions en usage à l’Imprimerie Nationale. Bon, c’est sans doute purement personnel, mais je ne trouve rien de plus agaçant que de lire un livre auto-édité dans lequel la typographie est complètement fantaisiste. Je pense à la façon de présenter les dialogues, à l’usage des italiques, des gras, des capitales, à l’espacement des paragraphes, à la police etc., mais aussi à la façon dont se présente un livre : couverture, dos de couverture, troisième et quatrième de couverture, page de titre, faux titre, frontispice, préface, sommaire, avant-propos, achever d’imprimé, titre de chapitre, foliotation, empagement, etc.

    • Être sûr que votre manuscrit est nickel de chez nickel, sans faute, sans constructions malheureuses, etc. Bon, le risque zéro n’existe pas, et il arrive souvent que des livres “sérieux” soient truffés de fautes, mais ce n’est pas une raison pour ne pas être extrêmement vigilant sur ce sujet, il en va de votre réputation d’auteur-éditeur. Vous ne pourrez pas vous réfugier derrière l’incompétence de votre éditeur si vos lecteurs râlent à cause des fautes, vu que l’éditeur, ce sera vous.

    • Savoir par quel imprimeur vous allez passer, et le nombre d’exemplaire vous voulez imprimer. Aujourd’hui, il y a un terme magique qui s’appelle “impression à la demande” et qui vous évitera à la fois de vous retrouver avec un stock de 5 000 bouquins (si vous avez prévu très large) dans votre salon, et avec un découvert impressionnant dans votre compte en banque parce qu’il aura fallu régler l’imprimeur avant de recevoir les premiers chèques.
      Bon, là, je ne pas trop dire comment ça se passe avec les nouveaux systèmes comme Lulu. Dans mon cas, comme je l’ai dit, nous sommes passés par un imprimeur qui est à deux pas de chez moi. L’avantage, c’est qu’on peut venir le harceler quand on veut, l’inconvénient, c’est que ça nous revient peut-être un peu plus cher que par Lulu. Nous avons aussi décidé de faire de l’impression à la “simili-demande”, c’est à dire de n’imprimer qu’un petit nombre d’exemplaires à la fois, quitte à faire souvent du retirage.

    À savoir
    Pour demander un ISBN et un dépôt légal, l’impression minimum est normalement de 100 exemplaires. Mais il existe un grand flou juridique au sujet de l’impression à la demande, et pour le moment, les ISBN peuvent être attribués à ce type d’ouvrages. Il suffit juste dans la demande de noter qu’on veut en imprimer 100 exemplaires, même si ce sera 100 exemplaires au compte-goutte.

    De toute façon, il est déconseillé d’être trop gourmand. 100 à 250 exemplaires, pour de l’auto-édition, ça suffit (à mon sens). Il sera toujours temps lorsque vous deviendrez riche et célèbre de réimprimer le bouquin à 50 000 exemplaires. Mr. Green Sauf si vous voulez vous faire référencer par Electre (le saint graal pour être référencé par les libraires), auquel cas il faut un tirage de 500 exemplaires minimum.

    • Avoir une idée du type de livre que vous souhaitez et fixer son prix de vente en fonction de ce qu’il va vous coûter. C’est là qu’on aborde les questions qui fâchent avec l’imprimeur : on prend quel papier ? Fin, épais, blanc, pas blanc, recyclé ? Couverture souple, rigide ? Format A4, A5, A6, de votre cru ? Dos broché ou carré-collé ? Il va aussi falloir convenir du nombre de pages, et veiller à ce que ça tombe juste (compter en cahiers de 16 pages pour un dos carré-collé ou en multiples de 4 pour du broché). Jusque là, ça va, sauf que tout ça va vous être facturé par l’imprimeur. Et c’est là qu’on entre dans les calculs savants pour savoir quoi prendre pour ne pas vendre le livre trop cher, tout en restant dans une optique de qualité.
      Vous pouvez aussi demander des devis à différents imprimeurs, si vous avez déjà une idée précise en tête de ce que vous voulez. Les devis sont gratuits, et vous pourrez vous diriger vers celui qui vous facturera le moins cher le travail.

    • Là, on arrive à peu près au stade où j’en suis, et un conseil, évitez de faire comme moi et de vous y prendre au dernier moment pour demander un numéro d’ISBN (et faire un dépôt légal). Sachant le délai de réponse est d’environ 3 semaines…
      Là encore, c’est relativement simple. Il suffit de se rendre sur le site de l’AFNIL, de récupérer le formulaire de demande en choisissant bien la version “auto-éditeur”, et de remplir soigneusement les petites cases. En gros, on va vous demander vos nom, adresse, titre d’ouvrage, auteur, prix fixé, tirage (penser à mettre 100 minimum même pour de l’impression à la demande), etc. Ensuite on renvoie ça par email ou courrier et on attend.

    À savoir
    Grâce à l’ISBN, votre livre aura une existence “légale” sur le marché du livre. Un lecteur pourra le commander chez son libraire, ce qui n’est quand même pas négligeable. En plus de ça, vous pourrez le mettre en dépôt légal à la BNF, ce qui offre une protection légale bien meilleure que le simple “envoi à soi-même par recommandé”.

    À un tirage supérieur à 100 exemplaires, de toute façon, l’ISBN et le dépôt légal deviennent obligatoires. Je n’ai pas encore été voir en détail l’envoi du dépôt légal vu que ça ne se fait que quand le livre est imprimé mais en gros c’est assez simple aussi : on remplit un formulaire, qu’on envoie à la BNF avec un exemplaire de notre publication. Par contre, pour qu’il soit pris en compte, il faut que certaines mentions figurent obligatoirement sur le livre :

    • le prix
    • le nom de la maison d’édition (dans le cas d’une auto-édition, vous pouvez vous amuser à créer un nom de maison d’édition Mr. Green ) et son adresse
    • l’ISBN
    • la date du premier tirage
    • le nom de l’imprimeur et son adresse
    • et la mention “dépôt légal” avec le mois et l’année où ça a été/va être déposé.

    Après ça, vous n’avez plus qu’à attendre que votre livre soit imprimé. En général, votre imprimeur vous propose une première épreuve, que vous pouvez valider ou non, si vous trouvez que ça ne vous satisfait pas. Jusqu’au moment où vous signerez le “bon à tirer” qui donne le feu vert à l’imprimeur (aaaah doux souvenirs de quand je bossais en maison d’édition… ).

    • Reste un dernier point : la diffusion/distribution.
      Ben oui, un éditeur s’occupe de tout mais quand on s’auto-édite, il faut quand même espérer vendre… Et sans communication, peu de chance de vendre. Dans ce cas, autant commencer la “propagande” avant l’impression du livre. Faire passer l’info sur les forums, construire un site internet, créer de jolies bannières de pub sur toshop… Dans mon cas, je profite évidemment pas mal de la notoriété et de l’expérience de ma copine, qui présente et vend régulièrement son travail en salon. Je profite aussi de mon implication dans l’assoc’ Présences d’Esprits qui me cèdera un bout de stand dans les salons qu’on va faire.
      Mais sans ça, il aurait fallu que je me renseigne auprès des différents organisateurs de festivals, pour savoir si je peux prendre un stand pour vendre mon ouvrage, combien ça coûte etc. On voit beaucoup de stands d’auto-éditeurs sur les petits salons du livre. Il vaut mieux s’y prendre trèèèès à l’avance si on veut avoir un stand…
      Autre démarche qui peut être faite, c’est d’aller démarcher les libraires. Pas très facile, ils sont souvent réfractaires à de l’auto-édition, mais si vous connaissez un libraire sympa à côté de chez vous, ça peut être sympa d’insister sur le côté “je suis une auteur de la région et je peux faire des dédicaces chez vous quand vous voulez”. Parfois, ça marche…
      Un référencement peut être fait sur Amazon et la FNAC. La procédure est assez simple, il doit y avoir des mails de contact qui traînent sur le net. On ne va pas le faire de notre côté, donc je ne peux pas vous renseigner plus sur ce plan-là.

    Voilà, je crois que j’ai à peu près tout abordé… Mon dieu que ça va être long et imbuvable tout ça…

    Pour le moment j’en suis juste au stade “attente de l’ISBN” avant de donner le feu vert à l’imprimeur. Je suis aussi en attente de l’activation du site internet, ça m’énerve (j’ai lu sur le net que free pouvait mettre jusqu’à 3 semaines pour activer un site, et j’ai pas 3 semaines devant moi pour faire la promo du bouquin moi !).

    Concernant les détails financiers, je pense aussi que je vais devoir me créer un statut d’auto-entrepreneuse pour pouvoir déclarer aux impôts mes (maigres) bénéfices. Ça va me faire du bien d’en avoir un peu d’ailleurs, depuis un an que je rêve de gagner ma croûte… De toute façon, ça faisait quelque temps déjà que je pensais à me créer ce statut, là ce sera pas pour rien.

    __
    L’équipe PA remercie Keina pour cette fiche très complète et très pro !

    Si vous avez des questions, des commentaires, des précisions, une expérience à partager sur l’auto-édition, exprimez-vous à la suite de ce post ;)


  • Plume d'Argent

    Je déterre un peu ce topic que je trouve vraiment très intéressant. Merci @Keina pour ce retour d’expérience ! Je pense que ca en intéressera d’autre, comme @Mart peut-être ?

    @cricri a dit dans S'auto-éditer :

    Keina a écrit :
    Autre démarche qui peut être faite, c’est d’aller démarcher les libraires. Pas très facile, ils sont souvent réfractaires à de l’auto-édition […]

    J’ai une question par rapport à cette phrase, pourquoi les libraires sont souvent réfractaires à l’auto-édition ? Est-ce un problème de droit ou de frais ? Ou tout autre ?
    Il me semble qu’il y a des libraires sur le forum, peut-être que vous pourrez m’aider à comprendre et peut-être donner votre avis sur la question ?
    (ma question est très naïve, je ne connais rien ou presque rien au métier de libraire :( pardonnez-moi.)


  • Plume d'Argent

    Il y avait déjà eu ce genre de questions sur l’ancien forum. Un des gros problèmes des libraires, c’est la place, pour exposer correctement tous les livres qu’ils reçoivent. Et vu qu’ils en reçoivent énormément (quand on regarde les chiffres de production de livre, c’est vraiment très impressionnant), rien qu’avec l’édition classique, c’est compliqué de tout mettre et parfois, certains livres ne restent exposés que pas longtemps, pour laisser la place au suivant.

    Donc si tu rajoutes les AE, ça devient vite ingérable ^^" Surtout que bon, on va pas se mentir, niveau qualité en AE, il y a malheureusement de tout, et du coup, les ivres AE ne sont pas ceux qui ont la meilleure presse, même s’il y en a des bons dans le lots.

    D’ailleurs, questions que je me pose. Comment se passe la rémunération des libraires et des auteurs dans ce cas ? Le libraire “achète” des livres à un prix plus bas que indiqué et le rend contre remboursement en cas de souci ? Faut un contrat ? Faut mieux avoir confiance en son libraire ='D



  • Je m’étais en effet déjà intéressé au sujet @Flowrale, mais pour s’autoéditer, il faut d’abord finir un livre! xD
    Ça n’a vraiment pas l’air insurmontable, l’autoédition, le problème majeur restant, me semble-t-il, la visibilité.
    Pour pallier à ce renom que confère normalement la ME, il faudrait être présent sur les réseaux sociaux et entretenir son image et sa présence, je pense. Des choses qui ne m’attirent pas spécialement…

    Bonne question @Flammy. Peut-être pourrait-on avoir les avis de @Vava-Omete et @Drakasha ?


  • Administratrice

    @Flowrale Tiens, je viens de tomber sur cet article qui répond p’têt à ta question : https://page42.org/comment-convaincre-les-libraires-de-sinteresser-aux-ecrivains-independants/


  • Plume d'Argent

    @Flammy merci pour ta réponse ! Effectivement, j’avais oublié la surproduction d’ouvrage et le problème de les présenter.
    Je pense qu’il faut un contrat dès le moment où tu t’engages dans une relation professionnelle. Sans parler de confiance, le contrat permet de mettre par écrit les accords des deux parties, rien que pour bien se mettre d’accord sur les mêmes points. En cas de litige ou de mésentente, le contrat est le témoin de ce qui a été convenu. Je pense qu’on ne peut pas fonctionner sans contrat.

    @Mart certes, mais ca va venir ! :D
    Je pense aussi que le plus grand problème est la visibilité et celle-ci s’acquière avec des années de communication, d’où le fait de s’intéresser tôt à la question (je dirais avant même la fin de son ouvrage). Après là où je bute un peu, c’est comment communiquer ? On ne peut pas avoir la même communication que les ME qui peuvent contacter des journalistes ou faire paraître une annonce dans un journal etc… Alors comment faire ? Partager des extraits sur les réseaux sociaux ? Des images (houla… quand on écrit on est rarement graphiste ou illustrateur…) ? Je pense que les forum d’écriture sont déjà un bon point de départ (sans compter l’émulation autour de l’écriture qui est juste un cocooning :heart: ).
    Par exemple, le jour où tu sortiras ton livre en AE, tu pourras me compter dans tes participants ! :D

    @Seja merci pour le partage de cet article qui est très intéressant et répond parfaitement à ma question. Bon, il met un petit coup au moral aussi xD Mais je pense qu’il est important de savoir pour pouvoir mieux répondre aux problèmes.



  • Salut @flowrale. Je suis libraire et je peux te donner mon point de vue et le point de vue de mes patrons. Mais ce ne sera peut-être pas le point de vue d’autres libraires.
    Chez Kazabulles où je travaille, nous ne sommes pas tellement réfractaire à l’auto-édition si l’auteur fait la démarche de venir déposer son livre chez nous. On en a d’ailleurs quelques-uns. Mais il faut évidemment que le livre corresponde à ce que l’on vend. Et on accepte de prendre en dédicaces.
    Ce qui nous ennuie le plus, c’est quand nous devons nous-même faire la commande en ligne, parce que le livre ne passe pas par les fournisseurs habituels chez qui on a des remises particulières et chez qui les frais de port sont soit gratuits, soit très réduits. Quand on doit faire la démarche de commander un livre en auto-édition, on se retrouve souvent avec des frais de port importants (qu’on ne peut compenser en augmentant le prix du livre par exemple (je suis de Belgique, je précise), on n’a aucune remise particulière et finalement on ne gagne pas grand chose à le vendre.
    Ensuite, il faut l’avouer, en librairie, on a des représentants qui viennent nous présenter les livres des différents fournisseurs/éditeurs. Ils nous en font la pub, en quelque sorte, et on décide de la quantité à prendre. Un livre en auto-édition, on en entend jamais parlé et si l’auteur ne vient pas lui-même faire sa pub et le déposer, tu peux être certaine qu’il n’atterrira jamais chez nous.
    Voilà, j’espère que j’ai répondu à la question :)



  • Oulalala vaste question @Flowrale… et ça me rappelle que je dois toujours un article à @Seja pour expliquer comment faire en sorte de ne pas se faire jeter direct quand on va voir un libraire et qu’on veut placer son livre en auto-édition… °va se cacher°

    Je vais essayer de répondre dans l’ordre des questions, parce qu’il y a beaucoup à dire et que @Drakasha a déjà bien répondu ^^

    Problème de droits
    Oui et non.
    Non, dans le sens où ce qui est droit d’auteurs etc. c’est à la charge de l’auteur en auto-édition.
    Oui, dans le sens où nous avons impérativement besoin de factures pour pouvoir justifier les sorties de caisses relevant du paiement à l’auteur des livres vendus. Hors, bien souvent, les auteurs auto-édités n’ont aucune existence légale ou n° de siret, ce qui fait que nous ne pouvons avoir de facture… ce qui nous met dans une position d’illégalité aux yeux de la loi.

    Problèmes de frais
    Comme le dit si bien @Drakasha, lorsque le livre est à commander par nos soins, ça engendre souvent des frais monstrueux, surtout quand l’ouvrage est à commander pour 1 seule personne. Pour vous donner une idée, un colissimo pour 1 livre, c’est 6€ de frais de ports. Alors si l’ouvrage est à 20€ avec 30% de remise (ce qui fait qu’on le paie 14e) on se retrouve avec une vente nulle pour nous via le prix unique du livre (on ne peut pas augmenter le prix du livre en France, il est partout le même, quel que soit l’établissement). Dans ces cas là on oriente en général le lecteur vers le site de l’auteur pour ses commandes.

    Quand le livre est en dépôt vente, c’est un peu plus souple : on ne paie que ce qui a été vendu, et avec une remise négociée en amont avec l’auteur (entre 20 et 30% du prix du livre, ce qui est en dessous des remises négociées avec les distributeurs du réseau “normal” du livre) ce qui nous permet de ne pas bloquer de trésorerie. En général @Flammy le plus simple, c’est de faire un bordereau de dépôt (genre, je dépose 10 exemplaires) et de caler avec le libraire une date (genre 3 mois plus tard) pour venir faire le compte des exemplaires restant et faire les comptes.

    Quand c’est de l’achat ferme, là c’est carrément de la perte monétaire pour nous si l’ouvrage ne se vend pas : contrairement au réseau “normal”, on ne peut pas renvoyer les ouvrages pour se faire faire un avoir chez le fournisseur… on se retrouve donc avec des livres qui dorment et qui prennent de la place.

    La Question de la place
    Comme le dit si bien @Flammy on a effectivement un GROS problème de place. Je suis plutôt spé BD, mais pour donner un exemple, depuis début septembre (rentrée littéraire roman) tous mes fournisseurs ont 2 semaines de traitement de retard (c’est ENORME) pour les commandes de réassortiment parce qu’il y a une petite centaine de mille de titres qui sortent en même temps… et sur octobre/novembre, rien qu’en BD (sans les mangas et les romans SFFF) j’ai jusqu’à 30 nouveautés par semaine… toutes les semaines. Pour 40m² de surface de vente XD

    Sachant que lorsqu’on commande nos nouveautés, on les soumet (en tous cas moi XD) à la loi des 4 : 1. Cette sortie est attendue/bénéficie d’une pub d’enfer (Aka, le manga de maître Gims par exemple x.x) 2. Cette suite est suivie par tant de clients, il me la faut 3. J’aime ça/mes clients aiment ce genre là, je vais prendre 4. OH PUTERELLE ! J’ai éclaté mon budget nouveautés du mois…
    Au détriment bien entendu de tout les autres ouvrages qui ne seront alors pas choisis.

    Ce qui fait que là au milieu, un livre auto-édité arrive avec un petit bagage bien maigre : il faut lui trouver de la place, il est inconnu et se vendra donc moins vite, on ne l’a pas travaillé en amont.

    Inconnu donc invisible
    Je reviendrais après sur la question de la visibilité sur les réseaux sociaux etc, mais avant toute chose, il faut avoir conscience d’un fait simple mais qu’on oublie souvent : le livre se conseille parce qu’on l’a lu et aimé, et/ou qu’on en a suffisamment entendu parler pour être sûr.e que l’ouvrage plaira au lecteur à qui on le conseille. Enfin, en librairie indépendante en tous cas =D

    Donc l’un des GROS SOUCIS de l’auto-édition, à mon sens, c’est quand l’auteur arrive avec son livre sous le bras et souhaite qu’on le mette tout de suite en place dans la boutique alors qu’on ne sait pas de quoi ça parle, qu’on ne connaît pas la qualité d’écriture de la personne (voire qu’on ne connaît pas la personne du tout, il faut être lucide, si vous vous entendez bien avec votre libraire, il aura plus tendance à vous ménager du temps pour lire votre ouvrage et de la place en boutique que si vous vous pointez chez un inconnu), et que du coup on à zéro idée de ce qu’on va en faire.

    Personnellement j’ai un assez bon rythme de lecture roman (j’en suis à 5 par mois xD) en parallèle de la lecture BD/Manga et de mes heures de taf (environ 50/semaines) mais ça veut dire qu’il me faut environ 1 mois pour lire entièrement un roman envoyé en amont par l’éditeur (un Service de Presse) afin de faire mon travail de conseil roman correctement. Alors un auteur qui arrive avec ses 5 livres sous le bras, sans un exemplaire pour les libraires, et qui demande à ce qu’on fasse tout le travail de vente/mise en avant/conseil sans pouvoir lire l’ouvrage avant… j’avoue que je ne prend pas.

    J’ai bien conscience que l’auteur à l’impression de “perdre de l’argent” en faisant des exemplaires “a distribuer gratuitement” aux libraires, mais… il n’en gagne pas non plus en ne le faisant pas. Même si c’est effectivement une prise de risque : rien n’indique que finalement, l’ouvrage sera pris (il peut ne pas plaire, ne pas convenir à la ligne de vente de la librairie, ou arriver au mauvais moment).

    Petit conseil donc : Avoir un exemplaire (papier ou pdf) à donner au libraire, et avoir aussi un peu de “pub” autour de votre ouvrage : un marque page avec la couverture d’un côté et le résumé derrière par exemple, que le libraire peut donner à ses clients, ce qui permet à ces derniers de découvrir l’ouvrage par eux-même (et donne au libraire un coup de main tout comme une bonne impression de votre travail ^^)
    Ne pas hésiter à prendre rendez-vous avec le libraire plus tard (1 ou 2 mois) pour lui donner le temps de lire votre livre, et de discuter avec lui du dépôt à ce moment là.

    Visibilité globale
    Comme d’autres l’ont dit, l’un des avantages des ME c’est qu’elles font tout le travail de publicité et de diffusion : nous avons des représentants qui viennent nous parler des livres et/ou des catalogues qui nous les présentent, ce qui fait qu’on a déjà une petite idée de si l’ouvrage va plaire/se vendre ou non avant de les commander. Ensuite les ME utilisent leur réseau pour pousser les ouvrages en avant, aidant ainsi à la visibilité de ces derniers.

    Chose que l’auteur auto-édité doit faire tout seul.
    Le web est une chose formidable, mais immense et donc bien souvent flou pour la masse : on ne peut pas se contenter de faire un site internet et d’attendre que les gens tombent dessus. Il faut faire jouer son réseau (amis, famille, forums, sites, réseaux sociaux, libraire habituel, bibliothèques) et surtout ne pas hésiter à donner de sa personne en s’inscrivant dans des salons qui acceptent les auteurs en auto-édition. C’est relativement pénible hélas, mais c’est l’un des seuls moyen d’acquérir auprès de votre public cible le rayonnement qu’une ME aurait pu avoir.

    Je pense aussi, comme l’écris @Keina que l’ouvrage auto-édité doit être aussi irréprochable que possible, que ça soit dans sa mise en page, sa typo, sa couverture, son orthographe, ou autre. En le plaçant en librairie, vous le placez au côté des ouvrages des ME, on va donc juger votre livre à l’aune du service qu’on à l’habitude de recevoir avec un livre : entre un bouquin 20€ à l’histoire certes révolutionnaire mais super mal présenté et contenant plein de coquilles et un autre au même prix mais propre et agréable à lire même si pas révolutionnaire, le choix se portera en général sur le second.

    Pour finir, évitez d’arriver chez le libraire les jours de livraisons, ou entre septembre et décembre xD (rentrée littéraire, période de salons littéraires puis période de fêtes de fin d’année).

    Voilà x.x
    Mes excuses pour le pavé !



  • Merci beaucoup justement pour ton pavé, @Vava-Omete ! Et @Drakasha… Si un jour je finis mon roman, je considérerai l’idée de venir vous importuner ;) (avec toute la préparation nécessaire avant hein)



  • J’ai retrouvé ce livre en rangeant mon bazar et je me suis dit que la référence intéresserait peut-être : Publier son livre à l’ère numérique par Marie-Laure Cahier et Elizabeth Stutton.
    Un petit aperçu des chapitres :

    • Chapitre 1 - Quel type d’auteur êtes-vous ? 10 profils d’aujourd’hui
    • Chapitre 2 - 5 bonnes (et moins bonnes) raisons de ne pas devenir auteur-entrepreneur
    • Chapitre 3 - 5 bonnes (et moins bonnes) raisons de devenir auteur-entrepreneur
    • Chapitre 4 - Désintermédiation, mythe ou réalité ?
    • Chapitre 5 - Réalisez et mettez en vente votre livre numérique
    • Chapire 6 - Promouvoir son livre sur internet et les réseaux sociaux
    • Chapitre 7 - Allez-vous gagner de l’argent ?
    • Chapitre 8 - Quel statut juridique et fiscal pour l’auteur indépendant ?

    Les deux auteures viennent du milieu de l’édition (l’une a été directrice éditoriale et l’autre est consultante indépendante en édition et marketing du livre), et le livre comporte une foule d’exemples concrets et de témoignages pour expliquer et illustrer les différents axes de réflexion des auteurs.

    Ça permet aussi de s’interroger sur ce qu’on est capable de faire ou non, prévoir ou penser à des solutions concrètes ou trouver un•e avocat•e pour parler statut juridique et droits d’auteur, le positionnement marketing de son livre, etc.



  • C’est très intéressant merci pour ce partage @niel !



  • J’espère que c’est bon le sujet >< : l’école les Mots (Paris) proposera un atelier gratuit sur l’auto-édition le 17 novembre. Il s’agit d’un partenariat avec Books On Demand.

    Programme :

    • Matin de 9h à 12h30
      Les étapes essentielles d’un projet de livre
      Préparer et corriger son texte
      Réussir sa couverture

    • Après-midi de 13h30 à 17h
      Les outils disponibles pour promouvoir son livre
      Maîtriser sa communication sur les réseaux sociaux
      Table-ronde et discussion


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