S'auto-éditer


  • Administratrice

    Keina a écrit :

    Bon, il paraît que je vais bientôt avoir une petite expérience du sujet et que du coup je me dois de la partager avec vous… Déjà, je dois vous avouer : je n’ai jamais été très chaude moi-même pour l’auto-édition. Actuellement, je le fais surtout par amitié, et parce que mon amie illustratrice a amplement le niveau pour être éditée, ce que pour le moment peu d’éditeurs veulent lui reconnaître. Mes textes sont juste là pour remplir les blancs… bref. La petite part d’éditrice de formation qui sommeille en moi a toujours envie de dire qu’on ne s’improvise pas éditeur, que c’est un métier, voire plusieurs, et qu’un bouquin auto-édité n’aura jamais la même aura qu’un bouquin édité à compte d’éditeur, quelle que soit sa qualité intrinsèque.

    Ensuite, il faut bien faire la différence entre l’auto-édition, où vous êtes seul maître de votre investissement, et l’édition à compte d’auteur, où une entreprise va vous demander plein de sousous pour “vous éditer”, à savoir (suivant les cas) vous faire une mise en page à la va-vite sur laquelle vous n’aurez pas votre mot à dire, des corrections tout aussi rapides et superficielles, et trouver pour vous un imprimeur, un numéro ISBN et tous ces trucs qui, quand on met le nez dedans, ne sont pas si compliqués que ça à faire tout seul.

    Voilà, maintenant que j’ai survolé tous les sujets qui fâchent, passons à l’essentiel.

    Alors, pour fabriquer soi-même son bouquin, il faut :

    • Connaître un minimum la mise en page, ou connaître quelqu’un qui pourra vous faire une belle mise en page, ou encore, à défaut, passer par un imprimeur qui la fera pour vous moyennant facturation supplémentaire. C’est notre cas, même si j’aurais pu la faire moi-même, vu ma petite expérience dans le domaine. Mais ce livre est une idée conjointe de mon amie et de l’imprimeur chez qui elle a l’habitude d’imprimer ses repros, et je me voyais mal m’interposer avec mes gros sabots, surtout que j’estime être moins compétente que lui dans le domaine. Chez les imprimeurs en ligne type lulu.com, je ne crois pas que cette option soit disponible.

    À retenir : ce sera à vous de faire la couverture. Et c’est là que souvent, on distingue les éditeurs pro des auto-éditions. Même s’il y a des exceptions dans les deux sens : un éditeur pro peut lancer une collection avec des couvertures parfaitement hideuses, et l’auto-éditeur peut au contraire être excellent graphiste et proposer une couverture très classe. Mais je vous enjoins de demander l’avis à un graphiste (pro ou non) avant de faire valider le projet par l’imprimeur. J’ai déjà vu des choses…

    • Investir dans un manuel de typographie et apprendre un minimum les conventions en usage à l’Imprimerie Nationale. Bon, c’est sans doute purement personnel, mais je ne trouve rien de plus agaçant que de lire un livre auto-édité dans lequel la typographie est complètement fantaisiste. Je pense à la façon de présenter les dialogues, à l’usage des italiques, des gras, des capitales, à l’espacement des paragraphes, à la police etc., mais aussi à la façon dont se présente un livre : couverture, dos de couverture, troisième et quatrième de couverture, page de titre, faux titre, frontispice, préface, sommaire, avant-propos, achever d’imprimé, titre de chapitre, foliotation, empagement, etc.

    • Être sûr que votre manuscrit est nickel de chez nickel, sans faute, sans constructions malheureuses, etc. Bon, le risque zéro n’existe pas, et il arrive souvent que des livres “sérieux” soient truffés de fautes, mais ce n’est pas une raison pour ne pas être extrêmement vigilant sur ce sujet, il en va de votre réputation d’auteur-éditeur. Vous ne pourrez pas vous réfugier derrière l’incompétence de votre éditeur si vos lecteurs râlent à cause des fautes, vu que l’éditeur, ce sera vous.

    • Savoir par quel imprimeur vous allez passer, et le nombre d’exemplaire vous voulez imprimer. Aujourd’hui, il y a un terme magique qui s’appelle “impression à la demande” et qui vous évitera à la fois de vous retrouver avec un stock de 5 000 bouquins (si vous avez prévu très large) dans votre salon, et avec un découvert impressionnant dans votre compte en banque parce qu’il aura fallu régler l’imprimeur avant de recevoir les premiers chèques.
      Bon, là, je ne pas trop dire comment ça se passe avec les nouveaux systèmes comme Lulu. Dans mon cas, comme je l’ai dit, nous sommes passés par un imprimeur qui est à deux pas de chez moi. L’avantage, c’est qu’on peut venir le harceler quand on veut, l’inconvénient, c’est que ça nous revient peut-être un peu plus cher que par Lulu. Nous avons aussi décidé de faire de l’impression à la “simili-demande”, c’est à dire de n’imprimer qu’un petit nombre d’exemplaires à la fois, quitte à faire souvent du retirage.

    À savoir
    Pour demander un ISBN et un dépôt légal, l’impression minimum est normalement de 100 exemplaires. Mais il existe un grand flou juridique au sujet de l’impression à la demande, et pour le moment, les ISBN peuvent être attribués à ce type d’ouvrages. Il suffit juste dans la demande de noter qu’on veut en imprimer 100 exemplaires, même si ce sera 100 exemplaires au compte-goutte.

    De toute façon, il est déconseillé d’être trop gourmand. 100 à 250 exemplaires, pour de l’auto-édition, ça suffit (à mon sens). Il sera toujours temps lorsque vous deviendrez riche et célèbre de réimprimer le bouquin à 50 000 exemplaires. Mr. Green Sauf si vous voulez vous faire référencer par Electre (le saint graal pour être référencé par les libraires), auquel cas il faut un tirage de 500 exemplaires minimum.

    • Avoir une idée du type de livre que vous souhaitez et fixer son prix de vente en fonction de ce qu’il va vous coûter. C’est là qu’on aborde les questions qui fâchent avec l’imprimeur : on prend quel papier ? Fin, épais, blanc, pas blanc, recyclé ? Couverture souple, rigide ? Format A4, A5, A6, de votre cru ? Dos broché ou carré-collé ? Il va aussi falloir convenir du nombre de pages, et veiller à ce que ça tombe juste (compter en cahiers de 16 pages pour un dos carré-collé ou en multiples de 4 pour du broché). Jusque là, ça va, sauf que tout ça va vous être facturé par l’imprimeur. Et c’est là qu’on entre dans les calculs savants pour savoir quoi prendre pour ne pas vendre le livre trop cher, tout en restant dans une optique de qualité.
      Vous pouvez aussi demander des devis à différents imprimeurs, si vous avez déjà une idée précise en tête de ce que vous voulez. Les devis sont gratuits, et vous pourrez vous diriger vers celui qui vous facturera le moins cher le travail.

    • Là, on arrive à peu près au stade où j’en suis, et un conseil, évitez de faire comme moi et de vous y prendre au dernier moment pour demander un numéro d’ISBN (et faire un dépôt légal). Sachant le délai de réponse est d’environ 3 semaines…
      Là encore, c’est relativement simple. Il suffit de se rendre sur le site de l’AFNIL, de récupérer le formulaire de demande en choisissant bien la version “auto-éditeur”, et de remplir soigneusement les petites cases. En gros, on va vous demander vos nom, adresse, titre d’ouvrage, auteur, prix fixé, tirage (penser à mettre 100 minimum même pour de l’impression à la demande), etc. Ensuite on renvoie ça par email ou courrier et on attend.

    À savoir
    Grâce à l’ISBN, votre livre aura une existence “légale” sur le marché du livre. Un lecteur pourra le commander chez son libraire, ce qui n’est quand même pas négligeable. En plus de ça, vous pourrez le mettre en dépôt légal à la BNF, ce qui offre une protection légale bien meilleure que le simple “envoi à soi-même par recommandé”.

    À un tirage supérieur à 100 exemplaires, de toute façon, l’ISBN et le dépôt légal deviennent obligatoires. Je n’ai pas encore été voir en détail l’envoi du dépôt légal vu que ça ne se fait que quand le livre est imprimé mais en gros c’est assez simple aussi : on remplit un formulaire, qu’on envoie à la BNF avec un exemplaire de notre publication. Par contre, pour qu’il soit pris en compte, il faut que certaines mentions figurent obligatoirement sur le livre :

    • le prix
    • le nom de la maison d’édition (dans le cas d’une auto-édition, vous pouvez vous amuser à créer un nom de maison d’édition Mr. Green ) et son adresse
    • l’ISBN
    • la date du premier tirage
    • le nom de l’imprimeur et son adresse
    • et la mention “dépôt légal” avec le mois et l’année où ça a été/va être déposé.

    Après ça, vous n’avez plus qu’à attendre que votre livre soit imprimé. En général, votre imprimeur vous propose une première épreuve, que vous pouvez valider ou non, si vous trouvez que ça ne vous satisfait pas. Jusqu’au moment où vous signerez le “bon à tirer” qui donne le feu vert à l’imprimeur (aaaah doux souvenirs de quand je bossais en maison d’édition… ).

    • Reste un dernier point : la diffusion/distribution.
      Ben oui, un éditeur s’occupe de tout mais quand on s’auto-édite, il faut quand même espérer vendre… Et sans communication, peu de chance de vendre. Dans ce cas, autant commencer la “propagande” avant l’impression du livre. Faire passer l’info sur les forums, construire un site internet, créer de jolies bannières de pub sur toshop… Dans mon cas, je profite évidemment pas mal de la notoriété et de l’expérience de ma copine, qui présente et vend régulièrement son travail en salon. Je profite aussi de mon implication dans l’assoc’ Présences d’Esprits qui me cèdera un bout de stand dans les salons qu’on va faire.
      Mais sans ça, il aurait fallu que je me renseigne auprès des différents organisateurs de festivals, pour savoir si je peux prendre un stand pour vendre mon ouvrage, combien ça coûte etc. On voit beaucoup de stands d’auto-éditeurs sur les petits salons du livre. Il vaut mieux s’y prendre trèèèès à l’avance si on veut avoir un stand…
      Autre démarche qui peut être faite, c’est d’aller démarcher les libraires. Pas très facile, ils sont souvent réfractaires à de l’auto-édition, mais si vous connaissez un libraire sympa à côté de chez vous, ça peut être sympa d’insister sur le côté “je suis une auteur de la région et je peux faire des dédicaces chez vous quand vous voulez”. Parfois, ça marche…
      Un référencement peut être fait sur Amazon et la FNAC. La procédure est assez simple, il doit y avoir des mails de contact qui traînent sur le net. On ne va pas le faire de notre côté, donc je ne peux pas vous renseigner plus sur ce plan-là.

    Voilà, je crois que j’ai à peu près tout abordé… Mon dieu que ça va être long et imbuvable tout ça…

    Pour le moment j’en suis juste au stade “attente de l’ISBN” avant de donner le feu vert à l’imprimeur. Je suis aussi en attente de l’activation du site internet, ça m’énerve (j’ai lu sur le net que free pouvait mettre jusqu’à 3 semaines pour activer un site, et j’ai pas 3 semaines devant moi pour faire la promo du bouquin moi !).

    Concernant les détails financiers, je pense aussi que je vais devoir me créer un statut d’auto-entrepreneuse pour pouvoir déclarer aux impôts mes (maigres) bénéfices. Ça va me faire du bien d’en avoir un peu d’ailleurs, depuis un an que je rêve de gagner ma croûte… De toute façon, ça faisait quelque temps déjà que je pensais à me créer ce statut, là ce sera pas pour rien.

    __
    L’équipe PA remercie Keina pour cette fiche très complète et très pro !

    Si vous avez des questions, des commentaires, des précisions, une expérience à partager sur l’auto-édition, exprimez-vous à la suite de ce post ;)


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