Compte-rendu des Imaginales 2019



  • Je vous parlais de mes premières Imaginales il y a un an, je vous exposais un compte-rendu détaillé de la Masterclass d’écriture de ce même festival il y a un mois, et de ses conférences et débats littéraires il y a 15 jours. Aujourd’hui, je reviens pour vous jouer un mauvais tour pour l’édition 2019, avec un peu moins de conférences, mais beaucoup plus de retour d’expérience - en particulier en ce qui concerne le Speed-dating éditorial et la manière de présenter un pitch !

    J’espère que les plumes présentes là-bas aussi pourront elles aussi apporter leurs propres éclaircissements et notes prises pendant le festival :blush:

    Sommaire :

    Speed-dating éditorial
    Présentation du costume viking
    Nature sauvage… fantasy barbare !
    Défendre le pays, sauver l’Empire, ou vaincre avec le clan… Quel héros êtes-vous ?
    Pour l’usage de la magie… il y a toujours un prix à payer !


    Speed-dating éditorial

    Je vous renvoie tout d’abord au retour d’expérience de @Litchie sur le sujet, ainsi qu’à ma présentation du dossier de pré-inscription à l’événement. :blush:

    Globalement, je l’ai vécu un peu comme elle. Monstrueusement stressée au départ, nous étions une quarantaine de jeunes auteurs au point de rendez-vous et nous nous mordions les doigts à l’idée de cette rencontre. Certains se faisaient masser les épaules par leurs chers et tendres, d’autres potassaient leur pitch dans un coin, et d’autres enfin gardaient le silence en fixant d’un air désespéré la tente où s’organisait le staff de l’événement. Moi, j’avais un vieux crocodile, participant lui aussi mais d’une nonchalance rassurante, pour m’apaiser d’un côté, et les discours motivants de mes amis de l’autre. Je traînais dans ce moment entre excitation fébrile et peur de se dévoiler qui précède les entrées en scène, chose que j’avais déjà vécu pendant mes années de théâtre. Ce qui ne rendait pas cela moins impressionnant à vivre.

    Nous avons marché jusqu’au lieu secret, et terriblement envoûtant, où allaient se dérouler nos entretiens. J’aurai presque aimé visiter plus avant l’endroit. Mais j’ai manqué de temps, comme nous allons le voir sous peu.

    Une fois arrivés, plus le temps de penser, comme quand on pousse le rideau et qu’on pose notre premier pas sur scène : le souffle est court, le cœur bat vite, le temps s’arrête, on déclame notre discours, et l’action est lancée. Plus le temps d’y réfléchir ! J’ai dit bonjour à la première éditrice, nous avons commencé notre échange, puis j’ai enchaîné les rencontres, sans pause, et j’ai pu en voir 7. L’organisation était fantastique ! Et les éditeurs, tous patients et bienveillants.

    Pour ce qui est de leurs retours, j’ai eu des avis tièdes, et des avis mitigés, et des avis enthousiastes. Aucun n’a vraiment dénigré mon pitch, certains l’ont rangé avec un intérêt somme toute modéré, et 3 d’entre eux m’ont paru vraiment passionnés. C’est aussi, beaucoup, une question de feeling. Ils sont humains, comme nous, ils cherchent une collaboration, une possibilité de partage, ils veulent entendre des histoires - il ne reste plus, pour nous jeunes auteurs, qu’à savoir les raconter.

    Et ils ne sont pas forcément tous d’accord entre eux ! Selon la lignée de leur maison, certains ont classé mon texte en jeunesse très jeunesse, souhaitant même en réduire l’âge du public cible, et d’autres m’ont parlé de young adult, en désirant que je mette l’accent sur cette partie de mon récit. Pour dire vrai, c’est cette seconde idée qui me séduit le plus. C’est aux jeunes adultes que j’aimerais parler ! Ceux un peu brisés, un peu cassés. Un peu comme moi.

    Il y a d’ailleurs une histoire étrange et drôle à propos de ce speed-dating, une histoire rigolote, une de ces histoires dont on parle comme d’un heureux hasard et qui, du jour au lendemain, peuvent devenir de ces sortes de destin qui nous font dire que “le hasard n’existe pas”.

    J’avais déjà vu 2 des 3 éditeurs enthousiastes dont je parlais.
    Le speed-dating arrivait sur sa fin, j’étais contente de cette expérience, des retours, des échanges permis par chaque rencontre. (Un grand, grand merci aux bénévoles de l’orga, qui fut fabuleuse de bout en bout.) Je devais voir un dernier éditeur, encore aux prises avec une jeune personne qui discutait avec passion de son histoire, et que j’écoutais en souriant, avec un mélange de hâte et d’épuisement caractéristique des fins de représentation.

    À ce stade, je connaissais mon pitch plus que par cœur. Je pouvais le déclamer sans frémir, je vivais dans mon histoire, je me jouais des questions-réponses, je n’avais plus peur de rien. Mais peut-être que je fatiguais aussi. Que l’enthousiasme premier avait fait place à cette rouille de l’acteur qui, à force de trop bien répéter son rôle, de couler dans un moule conçu pour lui, en perd la substance essentielle : la vie.

    Sauf que l’endroit mentionné plus haut allait fermer ses portes.
    Et il a fermé ses portes.

    De sorte que, et je bénis une nouvelle fois les bénévoles, ce dernier éditeur et moi, nous avons convenu d’une rencontre le lendemain. J’avais eu tout mon temps pour récupérer de la journée, reposer ma voix, me vider l’esprit, et revenir toute frais et dispo pour lui raconter l’histoire que j’avais envie de lui raconter. En posant le décor au bord de la Moselle, sous le soleil et avec d’autant plus de plaisir.

    Et il adoré.
    Plus qu’adoré, même.

    Comme quoi, le hasard est vraiment une drôle de chose…

    Alors ça ne veut pas dire que ça mènera à quelque chose. J’ai mon planning de corrections à boucler, et une fois cela fait, j’enverrai le manuscrit, et advienne que pourra. Ce ne sera plus entre mes mains. :blush: Mais du reste, ce speed-dating, c’était vraiment une super expérience. Se confronter aux retours des éditeurs, tester mon histoire, ses limites, ses forces, voir qui accroche, qui n’accroche pas, pourquoi… C’est enrichissant au possible. Non vraiment, je conseille à tous les jeunes auteurs avec un manuscrit en espoir de s’y essayer.

    Tiens, d’ailleurs, c’est ce même dernier éditeur que @Litchie a pu voir par la suite, en l’attrapant après notre rendez-vous (et je suis super heureuse et fière qu’elle ait eu ce courage :heart:).


    Présentation du costume viking

    Une conférence tenue par l’association Sons of Midgard, sur le vêtement viking et sa composition, et en particulier une présentation des marchands-pirates varègues. Un viking, c’est le nom d’une personne scandinave qui partait en expédition : un habitant scandinave ne sera donc pas forcément viking, mais tous ceux qui lèvent les voiles, si. Ces navigateurs hors pairs n’étaient donc pas seulement des pilleurs, mais aussi des commerçants ! L’association nous a présenté des reconstitutions de tenues du 9e au 11e siècle. Pour ce faire, leurs sources se sont basées sur les tombes, les tapisseries et les fragments de tissus retrouvés. Une fouille difficile, parce que ces matériaux ne se conservent pas, et qu’on ignore encore pas mal de cette culture.

    Par exemple, le fameux “Guerrier de Birka”, enterré avec ses chevaux, jeux de stratégie, épées, équipement, est en vérité… une guerrière ! Bon, cela reste rare. Le conférencier a mentionné 14 femmes plus ou moins évoquées dans les sagas, qui s’habillaient en hommes et partaient au combat. C’était une pratique marginale.

    Les varègues allaient vers l’Est, la route de la soie, jusqu’à Constantinople. Leur costume se constituait principalement de lin, et de laine pour l’hiver. Ils portaient des tuniques, des motifs diamantés, et plusieurs couches de vêtements. Ils gardaient deux ou trois tenues, qu’ils portaient en roulement (on en lave une, on porte l’autre…). Les habits de parade sont teints. Pour la teinture, ils utilisaient l’oignon rouge ou jaune, les fruits de l’aulne, les plantes et insectes pilés puis chauffés, dans lesquels ils plongeaient les fibres naturelles. Certains pigments étaient plus rares que d’autres, comme l’indigo : le symbole des riches, importé d’orient.

    Aussi, plus rare, ils pouvaient utiliser les fibres de chanvre et d’ortie pour confectionner leurs vêtements, mais cette texture est moins confortable que le lin, donc moins utilisée.

    Ils prenaient soin de leurs esclaves. Il fallait les soigner, les nourrir, les vêtir, les chausser, cette main d’oeuvre devait être efficace pour le travail, et faisait en quelque sorte partie de la famille. Les tenues d’esclaves n’étaient donc pas des chiffons.

    Parmi la variété des tenues, on pouvait voir les tuniques Caftans, les tuniques à godet avec échancrures, dont le col pouvait être ornementé avec soie et gallon, ou des bordures en satin, des éléments qui montraient un certain statut. La tunique Viborg également. Les chutes de tissus étaient récupérées, il ne fallait rien perdre. Le pantalon Thorsberg ou les pantalons varègues inspiré des peuples slaves complétaient la tenue. Il s’agissait de pantalons bouffants, souvent accompagnés de bandes molletières, qui protégeaient les habits de la neige ou de la boue.

    Les femmes, quant à elles, portaient majoritairement des robes, tuniques ou tabliers simples. Pour l’ornement, il existait les broches tortues ou la robe tablier plissée, ou en laine, pour ceux ayant les moyens. Plus l’homme était riche, plus sa femme était richement vêtue (il fait montre de sa fortune en habillant sa femme). De même, il existait des posaments, entrelacs de fils métalliques tressés pour décorer les plus riches.

    Dans la même idée, les gallons, évoqués plus tôt, permettent d’agrémenter les vêtements, et sont quant à eux tissés. La soie tamponnée, aussi, était courante (motifs tamponnés sur des lanières de soie qui sont apposées au col par exemple).

    Pour les marchands, les bijoux permettaient aussi de montrer par où ils avaient voyagé. La lunule (pendentif en forme de lune), la croix de loup, le marteau de Thor, les broches trilobées sont parmi les plus courants. D’ailleurs, le marteau de Thor est le protecteur du petit peuple, et ce dernier pouvait le porter sans faire montre de richesse excessive, en moins ouvragé que leurs confrères plus aisés. Le viking aime attacher ses vêtements : les agrafes pour bandes molletières existaient aussi. De même, des perles travaillées (céramique, autre…), différentes selon les peuplades, servaient de témoins des endroits où elles ont été produites.

    Pour couvrir la tête, on portait le bonnet phrygien, le voile slave, le bonnet avec bouterolle, le voile en soie, le capuchon en laine, ou même le pillbox.


    Nature sauvage… fantasy barbare !

    Êtes-vous familiers avec le terme de “climate fanfiction” ? C’est un genre de fiction qui relie la catastrophe surnaturelle onirique à la catastrophe naturelle actuelle. Un roman récent dans le genre, ce serait bien Mers Mortes d’Aurélie Wellenstein, par exemple. Du post-apocalyptique lié au climat en somme. Les paysages y jouent un rôle majeur. La fantasy, par définition, est l’évasion par le voyage. Et dans le voyage la nature a un rôle essentiel à jouer.

    Dans la fantasy, le rapport à la nature est archaïque. Le réchauffement climatique n’est pas forcément accessible à notre expérience : là où la SF le vulgarise, la fantasy en permet l’expérience. Pour se reconnecter à ses racines, via un besoin fondamental de revenir à ce moment où on ne maîtrisait pas la nature, la fantasy donne envie de faire partie de cette nature. Elle évoque aussi la peur de la nuit, de la forêt et de ce qu’elle cache, la terreur d’être dévoré par un prédateur. Elle laisse s’exprimer un besoin de revenir à une époque où l’on expliquait le monde et ses phénomènes naturels par le fantastique, le spirituel, le surnaturel.


    Défendre le pays, sauver l’Empire, ou vaincre avec le clan… Quel héros êtes-vous ?

    Le Moyen-âge fantasmé nous parle à la fois de dynamiques d’oppression et de réconcilier les âmes. Pour un héros, parler, c’est agir. La parole est la façon dont on se représente et dont on représente le monde. L’esprit humain est ainsi une machine à repérer des motifs et à les réutiliser. Même notre mémoire est un mensonge : l’exploration de l’inconscient, c’est aussi découvrir qu’une forme d’enchantement, de pensée magique, est nécessaire à la psyché humaine. En quoi croient vos héros ?


    Pour l’usage de la magie… il y a toujours un prix à payer !

    La magie est comme un cheval : on doit apprendre à le maîtriser avec quelqu’un qui nous apprend à le monter. Il peut nous emmener loin, mais il peut aussi nous piétiner : c’est un danger pour soi-même que de s’y laisser porter sans expérience. On m’a évoquée sur le sujet “Les trois lois de la magie” de Brandon Sanderson, des réflexions en anglais sur son blog.

    La magie, c’est à la fois un don et une malédiction. On paye pour elle le prix de la peur (magie = étrange, les gens ont peur de celui qui la possède). Il faut aussi songer à ce que la possession de pouvoir peut faire à ton esprit, ton cœur, et la manière dont tu vois le monde. Est-ce possible d’avoir trop d’argent ? Les conférenciers donnaient l’exemple d’un livre où règne une oppression de ceux qui n’ont pas de magie. Mais comme le seigneur est fier de “donner” à ses serfs des terres et de quoi se nourrir, celui qui possède la magie est fier de protéger les plus faibles. C’est une forme d’esclavage. De l’extérieur, nous voyons que ce système est corrompu. Mais du point de vue du seigneur, il est généreux.

    Au fond, la seule limite de la magie, c’est l’esprit humain. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.



  • Eh bien ma foi, sacré compte-rendu ! :D Merci aussi pour ton retour d’expérience sur ce festival et surtout bravo encore d’avoir osé passer le cap du speed-dating, franchement c’est génial à faire, mais faut quand même une sacré dose de courage pour y arriver ! :D Et je croise les doigts et les pieds et tout pareil pour ce certain éditeur ;) (en espérant qu’on finisse collègues de collection :p )

    Je n’ai pas grand chose à ajouter pour ma part, c’est vraiment un monde à part les imaginales, une parenthèse dans un autre monde vachement chouette <3

    PS : pardon chères admin, j’ai une connexion pourrie et je vois que mon commentaire a été publié deux fois :’( promis je l’ai pas fait exprès, pas fouetter !



  • Merci @Pamiel pour ce compte rendu! J’ai vibré avec toi après coup et je croise les doigts pour la suite de tes aventures!


  • Plume d'Argent

    Merci @Pamiel pour ce retour d’expérience. Comme @Elga, j’ai vibré en lisant l’aventure. Je croise les doigts pour @Litchie et toi :fingers_crossed:
    Même si ça fait peur, ça donne terriblement envie de s’y confronter !



  • Merci pour ton retour d’expérience !
    Pour ma part, en ce qui concerne le speed dating, je suis vraiment ultra timide et j’ai malheureusement peur que cela me soit difficile, mais c’est une sacrée opportunité !

    Je croise les doigts pour toi ! :D



  • super ce retour @Pamiel, merci beaucoup!
    on croise les doigts pour toutes les deux 😊
    comme ça fait trop enviiiiiiiiiiiiie…



  • @Pamiel Merci Pamiel pour ce compte-rendu passionant et détaillé ! <3 Je crois très fort les doigts pour toi; après autant de retours positifs, je pense que tu as des bonnes chances !


  • Plume d'Argent

    Ouahou merci @Pamiel pour ce compte rendu ! Cela devait être quelque chose. En lisant ton compte-rendu, j’étais stressée pour toi! En tout cas cela donne envie de le tenter ! Je croise ausdi les doigts pour toi :)


  • Plume d'Argent

    Tes comptes rendus sont vraiment super @Pamiel ! On touche du bois pour que la rencontre enthousiasmante débouche ! :heart:



  • Merci beaucoup les Plumes ! :heart: Ravie que ça ait pu vous aider et vous faire envie, j’espère pouvoir rencontrer tout plein d’entre vous pendant les prochaines Imas.

    Et @Litchie je croise très très fort les doigts, les doigts de pieds et tout le reste pour toi aussi !! :heart:


  • Plume d'Argent

    Merci, @Pamiel, pour ce compte rendu intéressant et bien exposé.
    Bravo pour avoir eu le courage de faire ces rencontres. J’espère que ton histoire trouvera grâce au yeux d’un éditeur, ainsi que celle de @Litchie .



  • Merci beaucoup @Pamiel pour ce retour si détaillé. :rose: Je croise sincèrement les doigts pour toi et pour @Litchie !


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