Grands livres pour petites pattes #Il était une fois


  • Journaliste PAen

    Des animaux, il y en a un peu partout dans la littérature. Ils peuvent prendre la forme de totems, de monstres, d’instincts primaires ou de bestioles de compagnie hyper pratiques en cas de baston dans la Terre du Milieu. (Et ça vaut tout autant pour les aigles géants que pour les espèces de dragons des Nazgûls, notez. Mais je m’égare.)

    Si c’est bien vrai qu’il y en a partout, on peut avoir tendance à oublier nos premières rencontres avec eux. Avant les loups-garou et les hippogriffes, bien longtemps avant les si jolis chevaux de Cormac McCarthy, nous avions déjà fait la connaissance de tout un tas de figures animales dans une littérature bien spécifique : les albums jeunesse. Ces beaux ouvrages pleins de tendresse ou de frissons, d’humour et de myriades d’autres petites choses dont, personnellement, je ne me lasse pas. J’AIME les albums pour les petits. Je suis sûre que VOUS AUSSI.

    Donc aujourd’hui, on va causer des p’tites bestioles (ou des plus grosses) que vous et moi avons pu croiser quand la lecture était encore un exercice laborieux – et parfois bien avant…

    Partons du plus petit, avec la Famille Souris de Kazuo Iwamura. C’est peut-être lui qui a semé les premières graines de ma fascination pour le Japon, avec ses histoires douces comme des comptines et fraîches comme des ruisseaux. Aujourd’hui encore, quand je les lis, c’est la voix de ma mère que j’entends – les albums de la famille Souris représentent pour moi l’idéal des histoires à lire avant de s’endormir.

    Ses quatorze membres mènent une vie rythmée par des événements quotidiens, mais étrangement captivants sous le pinceau de monsieur Iwamura, qui attire souvent notre attention sur de minuscules détails. La famille Souris pique-nique, fait sa lessive ou sa cuisine, se prépare avant d’aller dormir ou va à la pêche sous la glace… Et au second plan, Petite Sœur et Benjamin se chamaillent, un de leurs grands frères tombe à l’eau, leur Grand-mère chante une berceuse…

    Ces albums me procurent l’effet d’un haïku, tel que je l’imagine : une intense sensation de bien-être.

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    Ernest et Célestine pourraient concurrencer nos rongeurs en matière de mignonnerie. Bon, Célestine est aussi une souris, peut-être que ça aide ; Ernest, lui, est un ours. Et pourtant, ces deux-là sont comme père et fille, ou peut-être frère et sœur, à moins qu’ils soient simplement les meilleurs amis du monde… Ils sont nés sous le pinceau de Gabrielle Vincent, une grande dame belge dont tous les ouvrages sur lesquels j’ai pu poser mes petites mains sont chargés d’émotion.

    Comme la famille Souris, Ernest et Célestine font… des tas de trucs. Ils construisent des cabanes, se mettent en quatre pour préparer une chambre à leurs visiteurs et rigolent souvent pour des bêtises. Comme chez la famille Souris, il ne se passe rien d’extraordinaire dans ces albums, et c’est ce qui en fait toute la saveur ; ils diffusent un parfum un peu suranné, qui renvoie inévitablement à l’enfance, aux parties de cache-cache de l’été et aux bols de lait avant d’aller se coucher.

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    Ernest et Célestine sont devenus un film d’animation, malheureusement pas dessiné par madame Vincent, et qui ne ressemble que de loin à ses albums, mais qui est d’une très grande qualité et que je vous recommande tout de même. Le scénario est de Daniel Pennac, qui était ami de plume de Gabrielle Vincent, et l’idée principale est de montrer qu’on peut être ami avec quelqu’un de très différent de soi.

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    Enfin, je vous présente Sophie la vache musicienne, un album signé par Geoffroy de Pennart. Comme le titre l‘indique, Sophie aime la musique et elle est extrêmement douée. Lorsqu’elle apprend qu’un concours de musique est organisé, elle part pour la grande ville pour essayer de se faire engager dans un orchestre. Et comme le titre ne l’indique pas du tout, elle va être confrontée à toutes sortes de discriminations basées sur l’apparence. Aucun des orchestres chez qui elle se présentera ne consentira même à l’écouter jouer.

    « Pouah ! Pas de vaches brunes chez nous ! »

    Eh oui, les enfants, cela s’appelle la discrimination et vous en verrez probablement toute votre vie. Vous serez découragés, comme Sophie. Parce que « qu’est-ce que la couleur vient faire dans la musique ? » Rien. Il y a de quoi se mettre en colère. Et c’est ce qui arrive à Sophie ; mais plutôt que de charger ces imbéciles en meuglant de rage, Sophie va se ressaisir : elle ne doit pas être la seule dans cette situation. Il suffit de créer son propre orchestre !

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    Je ne sais pas vous, mais moi, tous ces animaux me paraissent finalement bien humains. Il me semble que l’animalité dans les albums pour enfants permet d’aborder des thématiques importantes sans renvoyer trop violemment à la réalité. Et puis, s’il faut être parfaitement honnête, c’est aussi peut-être une question d’esthétisme. Comme c’est joli, toutes ces cornes, tous ces poils et ces museaux ! Comme c’est mignon, toutes ces petites oreilles !

    Il y a encore tant d’ouvrages que j’aurais voulu vous présenter sur ce thème. Les travaux de Beatrix Potter ou de Claude Ponti, le Chien Bleu de Nadja, La cabane dans le cerisier de P.Dale ou bien Max, le lapin de Rosemary Wells… Sans compter Babar ! Il y a tant de merveilles dans cette littérature. J’espère que vous apprécierez ces albums autant que moi si vous avez l’occasion de les feuilleter !



  • Je suis passée à côté de ce post je ne sais comment… Pourtant, à la vue de la famille souris, j’étais obligée de m’arrêter!

    Je suis tout comme toi sous le charme de ces beaux albums: j’aime la finesse du dessin, qui prend toute la page, j’aime le texte concis, pas descripteur, mais qui au contraire donne à chercher et à comprendre, j’aime les mille petits détails à retrouver au fil d’un même album ou même d’un album à l’autre (la poupée de petite sœur, la flopée d’insectes et autres petites bêtes…). J’aime le côté un peu suranné, et mon côté optimiste occulte sans problème les schémas un peu rétrogrades (maman aux fourneaux, papa au bois). Je me dis que, bon, c’est un peu l’époque qui voulait ça. Et j’apprécie bien plus la lecture du soir lorsque mon loulou pioche dans sa bibliothèque ceux-ci plutôt que d’autres dont-je-ne-citerai-pas-le-nom-parce-qu’il-faut-de-tout-pour-faire-un-monde.

    Dans les auteurs japonais, j’apprécie aussi énormément Komako Sakaï:
    Réveillés les premiers, Ne bouge pas, Un amour de ballon… Je fonds devant ses illustrations délicates:
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    Par contre, le seul album que je connais de lui avec des héros à poil (Jour de neige), je l’aime moins. Donc je m’arrête là, pour ne pas dévier du sujet.

    Quant à Claude Ponti… J’aime j’aime j’aime! Je ne sais pas ce que j’aime le plus: les illustrations foisonnantes et délirantes, la forme du texte avec une foultitude de jeux de mots par phrase (excellent exercice de diction pour les lectures du soir), ou le sens du texte, d’une imagination venue du fin fond de l’enfance. Les messages sont subtils mais bien présent: l’émancipation des enfants, le respect de leurs choix, de leur personne, le combat contre la méchanceté gratuite et l’autorité mal placée.

    Mais je ne veux pas squatter plus longtemps ton post @EryBlack , donc si tu souhaites poursuivre, sache que je suis derrière :wink:


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