Extinction culturelle



  • Bon appétit !

    Je suis assez étonnée de n’avoir rien vu passer ici sur le “mouvement” extinction culturelle lancé en France, suite à la future réforme des retraites donc je me permets d’ouvrir un sujet pour en parler (et si je l’ai pas vu j’accepte humblement ma punition :crying_cat_face: ).

    Pour en savoir plus c’est <ici>. J’ai envoyé le mail par soutien, sans trop savoir finalement à quel point ce qui est dit est vrai (est-ce qu’il y a une forme d’alarmisme ? De mécompréension de part et d’autre ?) mais j’ai tendance à croire que la situation est préoccupante.

    Qu’en pensez-vous, en tant qu’auteurs confirmés ou en devenir, et surtout en tant que lecteurs ? Est-ce qu’on peut encore considérer qu’auteur est encore un métier ? Est-ce qu’il faut faire un trait sur le fait d’en faire une carrière ? Est-ce qu’on reviendra à une situation où les seuls auteurs sont des rentiers qui n’ont pas besoin d’argent pour vivre ?


  • Plume d'Argent

    Hello @Litchie !
    J’ai vu passer ça au boulot, et j’avoue que pour le moment je suis en demi teinte sur le sujet… déjà parce que l’annonce de cette réforme est toute récente et sans vraiment d’informations développées pour le moment (Droit-Finance a fait une analyse de la loi qui est pas mal, et qui signale que tous les régimes spéciaux seront pris en compte) et donc peu d’informations fiables, ensuite parce que la France reste un pays où l’exception culturelle est considérée comme un patrimoine national, et après parce que… j’ai aussi une position en demi-teinte sur la notion « d’auteur de métier » et sur les revendications qui peuvent aller avec.

    /!\ qu’on s’entende bien : je suis totalement pour le droit à la retraite des artistes, au fait qu’ils soient traités à considération égale malgré revenus différents comme le permet la loi de 1975. Je pense sincèrement qu’il faut effectivement protéger ce droit et faire en sorte que les artistes qui atteignent le graal de vivre de leur art puisse aussi y survivre lorsqu’ils n’auront plus le pouvoir de créer ou d’exécuter leurs œuvres.
    Mais.
    Le mouvement de panique créé par « L’Extinction Culturelle » me dérange.

    Attention pavé !
    Et positions persos.

    Avant de démarrer ma réflexion globale sur la question, je vais devoir rappeler deux trois points qui risquent de faire grincer des dents mais qui sont essentiels dans ma façon de penser le sujet abordé :
    Vivre de sa plume est pour moi comme vivre de sa peinture, de sa danse, de son jeux sur les planches ou de sa musique, de son chant, de sa sculpture, de n’importe quelle œuvre artistique : c’est soumis à l’imprévisible, à la concurrence du talent et surtout à son terrible tamis, c’est se soumettre au tri, à l’échec, à l’instable, au recommencement, au rêve de millions d’autres qui voudraient eux aussi vivre et manger de leur rêve sans plus s’abêtir dans un métier métro-boulot-dodo qui les fait chier, les enfumes et les ensuques. C’est accepter l’instable, le vide, le risque et surtout le différent, que ça soit du point de vue de la norme, de la société, ou encore, tout simplement, de la rémunération et de la reconnaissance sociale.
    Pour moi il est impossible de conjuguer liberté d’artiste et paiement d’employé de rendement. De travailler comme on veut, quand on veut, comme on peu, de mettre 1 an ou 10 ans à produire une œuvre, et demander à être payé au smic horaire sans les contraintes qui vont avec, sans accepter les exigences de rendement d’un éditeur qui prend le risque financier tout en attendant patiemment qu’un jour, peut-être, l’artiste ponde enfin la pièce majeure qui explosera les ventes. Tout comme il me semble abstrait de voir un producteur de théâtre financer une troupe et des acteurs qui ne jouent pas pendant deux ans, ou qu’une groupe de musique se produise sans son chanteur parce qu’il a une panne d’inspiration.
    Un métier artistique, c’est un métier à risque, où on va souvent devoir faire autre chose à côté pour pouvoir manger, boire, vivre, dormir, respirer, et créer, justement à cause de ce tamis d’artiste, de ces millions de rêveurs et rêveuses qui forment les vagues du rêve culturelle mais dont, comme pour les marais salants, on ne voit vraiment que la fleur de sel, ces artistes qui peuvent vivre de leur talent, de leurs ouvrages, de leur musique, de leur jeux, de leur veines. Ensuite vient le sel, ces artistes qui peuvent se produire mais qui vivent d’autre chose, et après l’eau, qui sont tous ceux qui essaient et essaient encore sans jamais vraiment percer, mais dont le souffle ne s’arrête jamais, puisqu’elle revient à la mer, au sel, et tout recommence. Et qui bien trop souvent pensent que la fleur de sel devrait être la norme pour tout le monde, quel que soit la qualité de leur piquant.
    Un métier artistique, pour moi, c’est ne jamais oublier qu’on est plusieurs millions à vouloir faire la même chose, qu’on quo-dépend des autres et qu’ils dépendent de nous même, que la reconnaissance et la gloire, c’est pour un petit pourcentage, et que si on se lance dans l’aventure pour ça, alors on a tout faux et on va se casser la figure.
    Peut-être que c’est plus facile pour moi de garder tout ça en tête parce que je fais ce qu’on appelle un métier passion, parce que je « vis le rêve » et que je sais ce que ça fait. Que j’ai accepté de vivre en dessous du seuil de pauvreté et de dépendre en partie de l’état pour pouvoir manger et travailler dans le livre, monter ma boîte et manger des pâtes, taffer comme une fondue 60h par semaine pour avoir la victoire de voir dans les yeux d’un gamin qui aime pas lire l’envie de tourner la page, de faire grogner mes clients parce que je leur raconte la bonne histoire qu’ils vont se sentir obligés d’acheter, d’avoir le plaisir de me faire rémunérer en sourire, en amandes au curry, en râleries, en émerveillement et insultes du genre « Non mais taisez vous je veux plus vous écouter je vais encore tout prendre ! ». Parce que j’ai un taff qui me nourri l’âme tout en laissant mes poches vides, que les mîtes qui en sortent c’est autant de rappels que « Hey ! J’ai pas une thune, mais je sais pourquoi je me lève. Pour quoi je me crève. Pour quoi je rêve. »
    Peut-être que du coup ma vision est biaisée sur les sacrifices qu’il faut consentir pour suivre sa voie.
    D’autant plus que la fleur de sel, les artistes pouvant vivre de leur art, ne sont pas légion et ont une production ultra qualitative ou en grande quantité, et que le sel, celui qui pimente nos lectures, nos spectacles, nos concerts, investit du temps, de la passion, de l’amour, de la sueur mais pas d’argent ni de risque. La plupart ont un travail à côté, avec une sécurité sociale qui va, ou une cellule familiale qui les soutient et leur ménage le pouvoir d’écrire, et que, en sale bête que je suis, je pense qu’on à toujours le choix et qu’un métier métro-boulot-dodo n’est jamais une fatalité.
    Mais là dessus je crois que je suis un peu intégriste. Trop de caractère.
    Bref je divague.

    Le point est : un artiste est une exception de métier. Un art en soit, avec tout ce qui va avec de funambulisme et de risque. Comme l’auto-entrepreneur, comme les artisans, les métiers libéraux, les gérants… tu sais que ta retraite bah… C’est toi qui la construit, pas tes revenus, pas l’état. T’as choisi, vis avec. (Quand je vous dis que je suis un poil intégriste sur des trucs =D )
    Et un artiste qui vit de son art, c’est une exception. Une exception culturelle même. Justement.

    Mais concernant réellement la question posée, « l’Extinction Culturelle »

    Dont le nom je l’avoue me fais doucement grincer des dents. Très « pute à clique » pour alerter, paniquer, fédérer, régir… dans un pays où la culture s’invente et se réinvente tous les jours. Y’a 10 ans, l’internet devait tuer l’édition ; le SMS, l’écriture ; la télé, les cerveaux ; l’école, l’esprit critique… après c’est bien, ça interpelle… par contre, lancer ce mouvement là alors que le contenu de la réforme est pas encore connue dans les détails, surtout concernant les centaines de régimes spéciaux français, ça me semble un peu anticipé et pas forcément très pertinent : on ne sait pas encore ce qu’il va en être.

    et la question de la retraite pour cieux qui pourraient vivre de leur plume, pour le moment plusieurs points/questions sont à considérer avant que ne se lance la panique complète :

    • Le code Napoléon tout d’abord, qui régit les lois en France et qui fait qu’aucunes lois ne peut être abrogée/annulée/supprimée. On peut les amender, les modifier, les contre-dire, mais pas les supprimer. Ce qui fait qu’encore aujourd’hui mesdames, si on vous fait un procès pour port de pantalon eh bien… il est possible que l’accusateur puisse gagner, aussi absurde que cela puisse être, vu que c’est interdit par la loi, malgré amendement. Hors la loi dont il est question pour le régime artiste-auteur est justement inscrit dans la loi : pas facile d’ignorer cette partie du coup, lors de la réforme des retraites.
    • La pluralité des régimes spéciaux en France, que l’état ne peut tout simplement pas ignorer et qu’il va sérieusement devoir prendre en compte s’il ne veut pas que le mouvement gilet jaune ne devienne un mouvement terroristo-anarchiste
    • Le système de création de loi en France qui veut qu’une triple validation (assemblée-sénat-assemblée) soit faite pour qu’une loi, un amendement ou un article soit validé. D’où m’est avis le délais jusqu’à 2025 pour la création de la réforme. Qui sera lancée sous Macron, réfléchie sous le régime de la personne qui lui succédera, et appliqué par la présidence suivante probablement. Ce qui laisse le temps à pas mal de choses de bouger / respirer / débloquer / changer.

    Partant de là, on peut se détendre un peu et recommencer à réfléchir.

    Concernant le mouvement « Extinction Culturelle » qui annonce peut-être simplement l’extinction ou le changement d’un système en place (et pourquoi pas ? Est-ce que ça ne fait pas des années que les artistes, et surtout les auteurs, rêvent de changer le système du livre en France ? Et le système de l’art et de la culture?) je relève un petit truc qui me gêne : l’antinomie de la crainte.
    A la lecture de l’article, on se rend compte qu’on part du principe que les artistes auront des cotisations plus élevées ou toucheront moins de retraite parce qu’on conservera le même taux de cotisation diffuseur… qui est établie dans la loi de 1975, la même qu’ils ne veulent pas voir abrogée.
    Mais du coup si l’état ne la garde pas, est-ce que ça ne veut pas dire que tout ça va être repensé ? Que potentiellement on augmentera au contraire la part diffuseur ?
    Ou que l’état, comme ça semble annoncé, réfléchira à la question des régimes spéciaux justement ?
    Après tout, artiste fait partie des millions de corps de métier libéral qui existent, non ?

    Du coup, est-ce que la question se pose ne serait pas plutôt de la réforme/modification des contrats auteurs/éditeurs, et de comment l’état va faire en sorte que les prélèvements retraites se fassent ?
    De ce que je comprends, aujourd’hui les artistes ont une cotisation à 8,4% (7,30% de cotisation + celle du diffuseur qui est de 1,1%) + les 8% de la RAAP (soit 16,4% contrairement à ce que dit l’article, mais on est pas a 1 près…). Ils partent immédiatement du principe que la hausse de cotisation sera imputée aux auteurs seuls… pourquoi ? Les diffuseurs étant comptés considérés comme employeurs dans la loi de 1975 pour l’accession à la sécurité sociale, ils auront forcément une hausse de leur part de cotisation. Qui se répercutera vraisemblablement sur le prix des livres/places de spectacle et sur les marges allouées aux diverses parties de production d’un ouvrage s’il n’y a pas d’aide de l’état mais… pourquoi pas ?
    J’ai l’impression qu’il y a une panique de mouvement, de quelque chose va changer, tout en ne réfléchissant pas en amplitude, mais en fixité : plein de choses vont changer avec cette réforme, mais du coup on réfléchis avec les acquis et pas avec les possibles ; on voit le mauvais tout de suite et on campe sur les existants tout en essayant de penser en mouvement ; et tant qu’on à pas tous les paradigmes, c’est compliqué de se positionner, de s’affoler ou de se défendre de quelque chose.
    Autant je trouve que l’idée de rappeler que « hey, le métier d’artiste à un régime spécial ! » est très bonne et nécessaire, autant je trouve la panique artistique prématurée et un poil mélodramatique.

    J’avais dis que je ferais un pavé…

    Bref. La question de la retraite universelle interpelle et inquiète les milliers d’exceptions françaises, ce qui est normal. Elle fait paniquer ceux qui ont des petits revenus et peut d’espoir d’avoir une retraite digne de ce nom en vieillissant, ce qui est normal aussi. Mais je pense qu’elle est encore à réfléchir et à surveiller. Que vivre de son art comporte une partie de risque inhérente à la pratique et que le droit à la retraite reste, justement, un droit, en France.
    C’est important de le défendre, de le garder, de l’améliorer.
    Mais pas forcément de paniquer.
    Au contraire, regarder, analyser, réfléchir, faire en sorte qu’il se conserve sans non plus tout sniper comme ça vient, histoire de se protéger, peut-être, en approximatif.
    Et puis…
    D’un point de vue totalement contre-lutte-sociale, mais aussi totalement anti-panique :
    Est-ce qu’un droit à la retraite en baisse empêchera de créer ?…

    Est-ce qu’il faut forcément ne pas travailler pour écrire et vivre de sa plume/de son art ? Est-ce qu’il faut n’écrire que ce qu’on aime pour pouvoir vivre de ce qu’on écris ? Ou est-ce qu’il faut aussi accepter d’écrire autre chose ? Est-ce qu’artiste est incompatible avec travailleur ? Est-ce que tous les artistes publiés, écoutés, mis en scènes, enregistrés, diffusés, accompagnés, ne font que ça de leur vie ? Est-ce que toutes les personnes qui écrivent et publient sur ce forum n’ont pas de métier à côté ? Ou des cours ? Est-ce que toutes les personnes qui sont éditées ici ne font que ça ?
    De tête je peux citer plusieurs auteurs publiés et célèbres qui font un autre métier à côté sans que ça ne gêne leur production… du coup la peur de “l’écrivain rentier” est-elle vraiment rationnelle ?
    Ma position : attendre, voir, entendre, écouter, soutenir et surtout réfléchir.


  • Plume d'Argent

    @Vava-Omete ouahou, effectivement c’est du pavé XD
    Mais j’ai tout lu, et je suis 90% d’accord avec toi ! Et les 10% restants ? Ils ne savent pas trop, ils n’ont pas assez d’éléments en main…



  • @Vava-Omete Ah ouais sacré pavé :D ! Je vais essayer d’y répondre, mais pas point par point hahaha xD

    Je suis d’accord avec toi, globalement, mais je me pose certaines questions et ne suis pas d’accord avec tout.

    Par exemple, je trouve un peu dommage de considérer que c’est normal pour un artiste d’avoir un métier à côté ; parce que certains auteurs font un métier sans que ça gêne leur production ne veut pas dire que c’est le cas pour tous. D’aucun ont besoin de travailler, retravailler, peaufiner, et ne faire que ça pendant des jours et des mois pour arriver à un résultat. Donc oui, on risque de se priver de ces gens-là et donc fatalement de perdre une partie de la création. *

    Alors oui, en décidant de faire ce métier-passion, hors norme, on doit avoir conscience des risques mais… est-ce que ça ne signifie pas aussi qu’il y a un problème avec le modèle ? Et finalement, ce mouvement de panique, cet alarmisme, cette “excuse” de la question des régimes de retraite, est-ce que ce n’est pas justement le moment pour les auteurs (de manière large, écrivains mais aussi musiciens, artistes de tout genre) de dire “Il y a un problème. On ne peut pas continuer comme ça” et de remettre en question la chaîne, le statut, le modèle économique ?
    Parce que si l’incertitude de l’art a toujours existé, on vit actuellement une époque où la culture est devenue une marchandise presque comme une autre. Avec son industrie, son offre et sa demande et surtout… sa surproduction. Le cas des livres dont la durée de vie en librairie ne cesse de baisser, n’est-il pas symptomatique d’un modèle qui s’effondre ? L’artiste a aussi besoin de payer son loyer et de manger ; alors OUI, les horaires sont différents, la manière de travailler est différente, oui elle est plus libre et indépendante mais… est-ce que c’est une vraie raison pour dire “donc ça peut être bénévole ?”. Est-ce que le travail salarié DOIT être normé, codifié et subi ?

    En vrai je n’ai pas de réponse à toutes ces questions, je m’interroge vraiment et sincèrement. Je suis assez d’accord avec toi quand tu dis que la panique est prématurée et mélodramatique, mais je comprends aussi ce sentiment d’étouffement qui a l’air prépondérant chez les artistes depuis quelques années (de plus en plus d’auteurs plus ou moins connus qui se mettent à l’auto-édition par exemple), d’autant plus en ces temps gilets jaunesques. Et est-ce qu’attendre est vraiment une bonne solution ? Est-ce que justement, il ne vaut pas mieux “pour une fois” anticiper ? Penser que la création va disparaître est sans aucun doute exagéré, mais est-ce que ce n’est pas le bon moment, agir avant que les décisions soient prises ? Interpeller, pointer les problèmes du doigt, avant qu’ils ne posent problème ?

    ° À ce sujet, en mode 3615MAVIE, il est clair que si écrivain “devient” une activité purement bénévole (ou presque), je pense que je devrais abandonner mes rêves. Parce que je ne pourrais pas travailler 40h / semaine (comme c’est le cas maintenant) et écrire chaque jour et passer mes week-ends en dédicaces, dans des festivals… cumuler les deux est possible, mais pas pour tout le monde. Tiens d’ailleurs, curiosité liée mais je me demande quels métiers “à côté” font les auteurs publiés. Est-ce qu’il y a un type de métier qui revient ? Est-ce que ce sont des métiers en moyenne dans le privée, dans le public ? Avec des horaires souples ou de bureau, etc. ?

    PS : c’est un autre débat, mais je suis une convaincue absolue du salaire à vie donc mon avis sur le travail subi / bénévole est très très tranché, d’où mes questions sur la nécessité de changer de système, mais de manière bien plus large que juste les auteurs xD


  • Plume d'Argent

    @Litchie je suis d’accord avec le fait que tous les artistes ne travaillent/produisent pas de la même façon, mais de base, on est sur des métier a-norme, donc on est forcément sur des modèles qui ne peuvent pas coller (et revendiquer) au traitement normal que ça soit en matière de gestion du travail, de la rémunération, ou de la reconnaissance. La plupart des auteurs édités, et non pas simplement certains, ont un travail à côté, de même que la plupart des artistes, tout simplement parce qu’on est sur du contenu qui s’auto-génère.
    Certes, tu passes du temps, de la sueur, des larmes, des feuilles, des chaussons de danse, du bois, de la pellicule et du stress sur ton ouvrage, tes répétitions de danse, de chant, de jeux, de film… mais « c’est tout », c’est du temps.
    Ce qui va compter ensuite, concernant la rémunération, c’est le produit final, la pièce, le film, le concert, le livre… et ça, c’est pas toi qui engage le financement. C’est quelqu’un d’autre qui fait le paris que tu vas remplir la salle de concert, de théâtre, que tu vas vendre ton bouquin, et tout ça, c’est de la mise de fond que quelqu’un d’autre fait, sans savoir s’iel va pouvoir se rembourser derrière…

    Tu parles très justement des 40h de travail + salon le weekend… mais c’est ce que fond les auteurs en auto-édition qui n’ont pas derrière eux les machines des maisons d’édition pour créer l’ouvrage, faire la publicité, la diffusion, en parler aux libraires, faire connaître le livre, organiser des tourner ou des promotions… justement parce qu’iels ne sont pas passé par le chemin classique, qu’ils ont fait directement « producteur-acheteur » si j’ose dire, de façon à pouvoir avoir une autre rémunération… mais qui demande aussi une implication plus conséquente dans la vie de ton ouvrage.
    J’ai déjà arpenté le sujet en long large et travers, et avec @Mary on aura bientôt un article sur le circuit du livre, mais en gros, lorsqu’un artiste créé quelque chose, sa diffusion, sa démonstration, sa rémunération bah… c’est pas lui qui prend le risque financier.
    Alors oui, pour moi il est évident qu’une maison d’édition refuse de payer un auteur AVANT d’avoir le produit finit. Elles prennent déjà bien assez de risques financiers comme ça…
    Ensuite je ne dis pas, et ne dirais JAMAIS qu’un auteur doit être bénévole. Juste qu’il faut arrêter de croire que TOUS les auteurs devraient être payés pareils, et avant d’avoir rendu leur livre. Pour moi ça revient à dire qu’il faudrait que tous les acteurs de film soient payés pareil que Tom Cruise par exemple, simplement parce qu’il font aussi des films. Et puis qu’il faudrait les payer quand ils jouent pas parce qu’ils se préparent potentiellement à faire quelque chose d’exceptionnel.
    Mais ça c’est un autre débat =D
    D’autant que la question des retraites des auteurs ne concerne que les auteurs édités et donc rémunérés (sinon pas de cotisation possible), et non pas ceux en cours de gestation.

    Je ne sais pas si faire un métier a-norme (je préfère à hors norme =) ) soit vraiment une signification du fait qu’il y a un problème avec le modèle…
    Le propre d’une norme, c’est simplement de synthétiser le fait le plus récurant et de l’accepter comme cadre. Par exemple, la « norme » en Europe est d’avoir la peau blanche et les cheveux entre châtain clair à brun, ce qui ne veut pas dire qu’on va exécuter tous les blonds, les roux, les personnes de couleurs et les métis =D juste que c’est le cadre de base. Le métier a-norme, c’est justement celui qui joue avec le cadre, est sur le côté plutôt qu’au centre de ce dernier, et du coup, tu sais de base qu’il ne collera pas aux normes et qu’en le pratiquant, tu ne peux pas exiger d’être normé.
    Imagine que les commerces exigent de ne pas travailler le samedi et le dimanche. Comme la norme des travailleurs de semaine ? Qu’ils exigent de faire des horaires de bureau. D’avoir 5 semaines de fermeture. De ne travailler que sur les heures ouvrées. Ou que les restaurants et les bars exigent de ne plus être ouverts le soir ou le midi, parce que merde, on mange ? Les commerces couleraient, les gens criaient au n’importe quoi, et l’économie serait en berne. Du coup quand tu commences à bosser en commerce, tu sais que tu dis adieu à tes weekend normaux. Aux sorties le vendredi soir et aux barbuc des copains le samedi midi. Et que t’auras jamais le même rythme que la personne qui partage ta vie. Idem, si tu ouvres ton propre magasin, tu sais que tu signes pour plus de 35h pas rémunérées, parce que tu peux pas tout faire sur le temps accueil clientèle.
    Du coup… je suis peut-être un poil en angle obtus sur la question =D
    Pour moi le a-norme ne peux pas exiger de garder son côté hors cadre mais être traité entièrement comme s’il était dans le cadre. Mon cerveau fait un 404 sur le sujet.

    Par contre je suis d’accord avec le fait que tirer la sonnette d’alarme et réfléchir est essentiel, et que c’est important d’en discuter, d’en débattre, et de ne pas laisser filer les acquis. Comme tu le dis, et comme je l’ai dis, c’est un parfait moment pour interroger et réfléchir au modèle, et voir ce qui pourrait changer… sans pour autant se braquer justement sur les changements qui ne viendraient pas de l’intérieur (changement dont on ne sait pour l’instant rien du tout). Prendre de l’avance comme tu dis, mais de façon raisonnée plutôt qu’effrayée.
    Je maintiens aussi que dans tout métier artiste, tout le monde ne peut pas être traité de la même façon : le tamis du talent passe aussi par là. Sans cet misanthropie artistique, on verrait un bel étalage de la culture-boîte, comme celle que nous sert déjà la télé et les chaînes youtube au rabais.

    Il y a aussi une profonde contradiction avec la volonté de vivre de son art et le fait de rejeter le fait que oui, la culture est une marchandise. D’où vient l’argent que tu touches si tu ne vend pas ? D’où sort ton salaire d’auteur si le libraire ne diffuse pas ton ouvrage et l’éditeur n’investit pas dans la production de ton livre ? Comment vendre / vivre de son art si on ne le marchandise pas ? Pourquoi revendiquer de pouvoir vivre de son art ? Vivre de son art, est-ce que ce n’est pas déjà le monétiser ? Le penser marchandise parce que rapportant quelque chose ? Que ça soit argent, reconnaissance ou retraite ?
    On ne peut pas réfléchir vivre de son art sans réfléchir commerce à mon avis… tout comme on ne peut pas déplorer la surproduction de livres et râler parce que les maisons d’éditions croulent sous les manuscrits, dont le notre, et qu’on est pas édités.
    De nombreux libraires en France réagissent à cette sur-production en essayant de cibler au mieux leurs choix, leurs mises en avant, la visibilité d’un ouvrage après sa réception, et surtout sa vie ensuite, par le conseil et par le bouche à oreille. Y’a des milliers de sites et de dispositifs sur le net qui permettent aux livres de ne pas perdre en dynamisme (chez-mon-libraire, petits mots des libraires, les blogs de lectures, masse critique, babelio, sens critique etc etc) justement parce que cette surproduction a amené les gens à réfléchir autrement pour que les ouvrages restent visible plus longtemps.

    Je ne dis pas qu’il faut être bénévole. Jamais. Juste que tu ne peux pas prétendre être payé lorsque tu n’as rien produit. Malheureusement, l’argent ne tombe pas des fenêtres. Ce que la maison d’édition ou le producteur de film te paie, c’est de l’argent qui a été engrangé avant, sur des prises de risque, des coups de poker ou des valeurs sûres. Mais c’est aussi un possible investissement à perte. Donc pour moi, rémunérer un artiste avant qu’il ai finit son contenu est illogique, sauf si tu sais que cet artiste est une valeur sûre, ou que le projet qui t’es présenté est déjà suffisamment prometteur pour que tu prennes le risque.

    Le travail doit être normé parce que c’est ce cadre qui permet de savoir qui paie qui et combien, comment, jusqu’à quand, et où va l’argent. Par contre il ne doit jamais, JAMAIS, être subit. Et c’est là où je suis intégriste : on à toujours le choix. Ça fait peur. Ça fait mal. On se dit « merde, je vais jamais rien trouver d’autre, j’ai pas le choix de faire ce taff de merde ! ». Et pourtant, personne ne met le couteau sous la gorge de personne… tu as le choix d’être moins bien payé, de manger plus de pâtes, de devoir changer d’appartement parce que tu as décidé de changer de job, de prendre le risque… c’est pas un choix simple, c’est pas un choix agréable, mais c’est un choix possible.
    (Mh, extrémisme lalala… pardon >.>)

    Petite aparté, si tu deviens une autrice reconnue et rémunérée pour sa plume avant la sortie de ses livres parce que devenue une valeur sûre, tu auras quand même une obligation de rendu auprès de tes éditeurs;) et tu risquera justement de devoir travailler 40h/Semaine sur tes écris (bon, peut-être moins) et être en festival le weekend…
    Dans travail-passion il y a travail hélas…

    Pour ce que j’en sais pas, pas mal d’auteurs sont professeurs (Jaworski par exemple, Fabien Cerutti, Regis Goddyn), maître de conférence et chercheur (Damasio), mais certains sont entrepreneur (Stéphan Platteau), d’autres encore bossent dans l’ingénierie (Romain Lucazeau), ou la médecine (Laurent Poujois). Bon je maîtrise un peu mieux les auteurs de SFFF que de littérature blanche, du coup je ne sais pas trop ce qu’il en est dans les autres branches de la littérature. En tout cas la plupart de ceux que j’ai rencontré maintiennent qu’ils s’astreignent à des plages horaires d’écriture dans la journée/semaine/weekend où ils avancent leurs écris.

    Après il faut garder a l’esprit qu’en France, il y a une ENORME part de la population qui écris. 79 % des français d’après le magazine LIRE du mois de mars de cette année, dont « seulement » 4 % oseraient envoyer leur ouvrage à un éditeur, donc 4 % de presque 67 million [indice INSEE 1ier janvier 2019] donc 2 millions 117 milles personnes . A la louche. Ouf! Pour une sortie finale de 180 000 romans sur 2018 il me semble, soit 15 000 par mois.

    Mais là encore on digresse =)
    La question que pose réellement la réforme, c’est comment va évoluer l’acquis de sécurité sociale et de cotisation des artistes et auteurs sous contrat et rémunérés, par la question d’à quel moment de la production d’un contenu artistique l’artiste touche de l’argent.
    Donc pour moi on revient à la question de comment vont évoluer les contrats d’éditions, le réseau du livre et de production de ces derniers, mais aussi comment va fonctionner le monde de l’art par la suite. Et s’il n’est pas possible de négocier un mieux pour les retraites plutôt que de négocier un maintient.

    Sorry encore un pavé !
    Et merci à toi et @Audrey-Lys pour avoir eu le courage de le lire / me supporter =D
    Et pour répondre au salaire à vie :

    Franchement je ne vois pas comment ça pourrait être possible. Etant du côté gérance et compta de l’entreprise (genre, un salaire à 1150, ça demande a l’entreprise de sortir presque 2200e de marge pour pouvoir le payer [brut du salaire de l’employé + URSAFF], ayant connaissance de comment fonctionne actuellement le système des reversements et des impôts, et surtout de l’égoïsme forcené français du “je veux tel avantage, mais si pour ça faut que je perde un peu de confort, c’est niet” et le “ah comme ça je pourrais ne pas bosser !”, je ne met pas un copec dessus.
    Même si j’approuve l’idée en conscience. On a bien vu comment le communisme et le socialisme ont tourné, et pourtant, leur philosophie de base est excellente.



  • @vava-omete Mais encore une fois, dans ce que tu dis, le risque financier etc., j’en ai bien conscience, mais est-ce que l’argument du “c’est comme ça” (c’est le diffuseur qui prend le risque, c’est comme ça), n’est pas le signe que justement, on pourrait repenser cette chaîne ? Je ne dis pas non plus qu’il faut taxer le diffuseur et rémunérer l’auteur à 100%. Mais la question du risque prit par l’éditeur, le libraire, etc., est trop facile. L’auteur n’investit que du temps ? En quoi ce n’est pas un risque ? L’argent est donc plus important que le temps ? Je caricature, mais je veux surtout rappeler que c’est l’auteur qui reste à la base de tout ; donc il n’est pas normal que les auteurs “professionnels” se sentent pris à la gorge. Et il n’est pas normal que les diffuseurs puissent vivre des livres et pas les auteurs.

    Quand tu dis qu’il est évident qu’une maison d’édition refuse de payer un auteur AVANT d’avoir le produit fini, je comprends le raisonnement. Mais finalement, pourquoi ? Concrètement ? Quand j’ai un contrat dans une entreprise, je reçois mon salaire chaque mois et j’ai une obligation de résultat. Mais je reçois mon salaire sans que mon directeur ne valide le travail accompli (après bien sûr il y a le risque de licenciement, etc.). Je ne suis pas en train de dire qu’un auteur doit devenir salarié d’un éditeur. Et une obligation de résultat ne veut pas dire un travail fini. Et dans certains modèles à l’étranger, il me semble qu’un éditeur peut commander un livre à un auteur, même si je n’ai aucune idée de comment se passe la rémunération. Je ne dis pas qu’un rapport “employeur/employé” entre auteur et éditeur est la solution, je veux simplement dire qu’il existe d’autres modèles que celui qui existe actuellement en France.

    Pour ce qui est de ce que tu disais sur Tom Cruise, je crois que personne n’aspire à ce que tous les auteurs soient payés pareil. Ce n’est même pas le débat. Ce qui est demandé, c’est un statut, une protection ; parce que la grande moitié des auteurs édités vivent avec moins du smic.

    Je crois que justement, les auteurs n’aspirent pas à être traités comme des salariés “normaux”, mais appellent justement à un cadre légal de protection et veulent justement rappeler leur statut de travailleurs “à part”. Être “à part” ne veut pas dire non-protégé. Dans le mail qu’ils demandent à envoyer, ils rappellent :

    Je vous demande aussi de soutenir le renforcement du statut des artistes et des auteurs, voire la création d’un nouveau statut beaucoup plus protecteur.

    Donc l’idée n’est pas non plus pour les artistes d’être considérés comme des salariés “classiques”, mais d’avoir un cadre légal de protection pour ce métier a-normal :p Pour qu’écrire, faire de la musique, et de la culture, puisse être un vrai métier, et pas une passion “à côté”, “bonus”, “en plus de son vrai métier salariant”.

    Là par contre oui, je suis complètement d’accord, quand tu dis qu’il faut “Prendre de l’avance, mais de façon raisonnée plutôt qu’effrayée”. D’ailleurs c’est justement ce côté effrayé et alarmant qui m’a poussée à ouvrir ce sujet. Parce que finalement je n’y connais rien à toutes ces questions de cotisations, retraites, et je me dis qu’il y a de grandes chances que la plupart des auteurs publiés non plus. Donc il suffit que quelqu’un s’alarme et tous les copains vont s’alarmer pareil et on en arrive à des mélo-drames peut-être pour rien.

    Ah je ne rejette pas le fait que la culture est une marchandise, justement, c’est ce que je dis : c’est un fait. Ce à quoi je pensais c’est surtout qu’on se repose sur un modèle de cycle du livre etc., qui fonctionnait à une époque où la diffusion était moindre. En quelques décénnies, les choses ont beaucoup changé : Amazon, la fnac, etc. sont des acteurs qui ont boulversé le rapport à la culture. Il faut repenser la façon dont est créée et diffusée la marchandise culturelle et ne pas faire comme si les livres étaient rares et lus à petite échelle.

    // Divergence : je me rends compte en répondant que j’ai mis “le travail doit être bénévole” entre guillemets, mais je ne te citais pas toi hein ! J’ai bien compris que tu ne disais pas ça :D C’est une crainte des auteurs, et elle découle du fait que l’argument du métier-passion ressort beaucoup. Tu vis de ta passion, donc tu dois accepter de vivre chichement.

    Après. Je ne suis pas d’accord quand tu dis qu’on ne peut pas prétendre être payé lorsqu’on a rien produit. D’abord parce que les choses ne sont pas blanches ou noires (ce n’est pas parce que tu ne produis rien que tu ne travailles pas, ce n’est pas parce que tu ne produis pas dans un temps limité que tu ne produis pas, etc.). Je ne dis pas non plus que tu peux te déclarer écrivain et recevoir de l’argent sans n’avoir jamais sorti d’ouvrage.

    Et c’est sur ce point où on diverge, je pense, le plus. C’est que, pour moi, choix contraint n’est pas un choix. Effectivement, c’est possible de renoncer au confort en échange d’un job. Mais ce n’est pas toujours possible. Et là je pense aux personnes sous le seuil de pauvreté, etc. ; elles n’ont pas fait le choix d’avoir un job mal payé et d’y rester. Rester dans un job tout pourri parce que ton conjoint est au chômage depuis 2 ans et que t’as quand même besoin de payer le loyer de ton 60m2 parce que t’as deux gamins… pour moi c’est un choix contraint. Mais encore une fois, ce n’est pas le débat xD et au-delà de ça je trouve vraiment triste de vivre dans un monde où tu dois faire un choix entre le confort matériel et le confort mental (= faire un métier qui te plait). Et c’est peut-être le fond du problème. Pourquoi est-ce que cela devrait être un choix ?

    Apparté : attention, ce n’est pas travailler 40h/semaine ET les week-ends qui me dérange, c’est passer 1h30 dans les transports chaque jour, travailler 40h dans un bureau, puis rentrer, commencer ma deuxième journée, aller me coucher, recommencer, et profiter du week-end pour faire toutes les librairies du coin :p et tout ça bénévolement :D

    Donc on peut quand même penser qu’on est à un “tournant”. On arrive à une saturation du modèle français de la chaîne du livre ; le métier d’auteur ne va peut-être pas changer mais la façon dont on est pensée toute la rémunération autour du livre va devoir évoluer (d’une manière ou d’une autre) ?
    D’ailleurs, je ne suis pas non plus en train de penser que les pauvres petits auteurs/artistes sont exploités par les vilains diffuseurs. Je pense que les concessions sont à faire de part et d’autre. Accepter une liberté moindre en échange d’une meilleure rémunération ? Je ne sais pas, ce n’est qu’un exemple.

    Mais je trouve ça super intéressant comme conversation et ça fait plaisir d’avoir un pavé à lire xD d’ailleurs j’ai hâte de voir votre article sur la chaîne du livre, justement parce que je ne m’y connais pas assez pour avoir un véritable argumentaire ! :p

    Et pour terminer sur la disgression salaire à vie :

    Le salaire à vie ne PEUT PAS fonctionner dans le système actuel, justement. Tu ne peux pas te baser sur le système actuel des reversements et des impôts pour le faire fonctionner. Le socialisme et le communisme ont effecitvement mal tourné, mais pour moi le capitalisme est au moins aussi pernicieux. On a l’impression que c’est mieux, à court terme, mais à long terme, on détruit la planète, on aliène les gens… je ne dis pas que j’ai la solution, c’est trop compliqué à mon échelle. Je ne suis qu’une vile idéaliste qui constate que ce qu’on nous vend comme étant “le système le moins pire” et ce qu’on pense être normal (argent contre marchandise, économie de marché, etc.) ne l’est pas. Et tout le problème de la chaîne du livre est lié. Mais j’ai tendance à penser que le libéralisme est responsable de beaucoup trop de maux :D



  • J’ai pas toutes les données pour parler de la rémunération des auteurs, même si j’aurais plutôt tendance à soutenir leurs revendication, mais il y a quelques points dans ton premier post qui m’ont fait bondir @Vava-Omete.

    Tu as l’air de penser que les artistes, en théâtre et arts plastiques, passes 6 mois de l’année à se tourner les pouces (désolée si j’ai mal interprété ce que tu as écrit)… euh non. Une compagnie de théâtre, elle travaille tout le temps. Tout. Le. Temps. Quand elle n’est pas en train de créer, elle monte des dossiers pour vendre son spectacle et pour trouver des subventions, elle tourne, elle monte des actions auprès des publics en difficulté, elle cherche des résidences de création… C’est du 50h à 60h de boulots par semaine, et c’est rendu possible grâce à un formidable système français qui s’appelle l’intermittence : grâce à ce système, les artistes sont payés pour jouer, mais aussi pour répéter, créer, monter des projets, etc (ce qu’aucun programmateur n’accepterait de payer normalement). C’est un genre de service public (dans le sens où on cotise tous pour ce service), et c’est grâce à ça qu’on a une vie culturelle si foisonnante en France. Sans intermittence, les artistes de spectacle vivant seraient obligés de se trouver un boulot à côté, et ne pourraient pas créer autant qu’ils le font (c’est d’ailleurs le cas dans les autres pays d’Europe). Sans intermittence, on n’aurait pas Avignon, les festivals de théâtre de rue, Royal Deluxe, etc.
    Bref, je ne dis pas que les artistes vivent dans le luxe (beaucoup, comme toi, vivent sous le seuil de pauvreté), mais ça leur permet au moins de continuer à travailler un peu sereinement, et tout le temps. Et bien sûr ils cotisent, comme n’importe quel salarié (il a bon dos le mythe de l’intermittent fainéant).

    En arts plastiques, il n’y a pas ce système d’intermittence, c’est donc plus compliqué. Mais je connais plein d’artistes plasticiens, autour de moi, qui vivent comme ils peuvent, petitement, mais en continuant à faire ce qu’ils aiment. Il faut savoir qu’ils ne sont jamais, ou presque, payés pour produire ou pour exposer (sauf s’ils arrivent à vendre leur art ou à se faire mécéner, mais comme pour un auteur, c’est très rare). Alors, à côté, ils donnent des cours, montent des projets d’action culturelle auprès des publics spécifiques pour lesquels ils vont chercher des subventions, cherchent des résidences, montent des dossiers de création pour la DRAC, auto-financent des projets d’édition d’art, etc. Eux aussi, ils travaillent entre 50h et 60h par semaine, et comme ils n’ont pas le système d’intermittence, ils n’ont pas non plus le système de congés spectacle qui permet de cotiser pour prétendre à des vacances, donc bien souvent ils n’en prennent pas.

    Après, le statut d’auteur est un peu différent, parce qu’il produit du contenu duplicable et qu’il s’inscrit à terme dans une logique de commercialisation à plus ou moins grande échelle (un peu comme les artistes musiciens en fait). Mais je pense qu’il doit y avoir moyen de réfléchir à un statut commun aux métiers de création qui, sans les mettre sur un piédestal, leur permette de vivre de ce qu’ils produisent, au moins…

    Et pour finir, un autre truc qui m’a fait bondir : tu utilises le terme “exception culturelle” à un moment. Or, sans refaire tout mon cours de l’an dernier sur le sujet (d’autant que j’en ai oublié les 3/4), l’exception culturelle, c’est simplement que dans les traités de libre-échange négociés entre la France et les États-Unis dans les années 90, les produits à caractère culturels ont été considérés comme produits à part et ont pu bénéficier d’une taxation spécifique. L’exception culturelle, c’est juste ça, ni plus ni moins. Rien à voir avec le statut des artistes donc. :) (En relisant, je me rends compte que tu faisais peut-être simplement un petit jeu de mot, et dans ce cas, my bad. Mais ça a peut-être permis à quelques uns d’apprendre un truc…)

    Voilà, désolée d’avoir digressé un peu à côté du sujet, mais étant au cœur de ces métiers, je voulais vraiment éclaircir ces points. :) Moi aussi je fais un métier-passion, je suis payée au SMIC depuis huit ans et je me retrouverai au chômage en octobre prochain parce que mon poste ne sera plus pris en charge par l’État, mais j’aimerais croire qu’il est possible dans le milieu culturel de sortir de ce fatalisme…


  • Plume d'Argent

    Juste un petit mot en passant. J’ai lu l’intégralité de l’échange, je trouve que c’est enrichissant, instructif, réfléchi. Je n’ai malheureusement pas le temps d’y répondre correctement, c’est un sujet qui me tient trèèès à cœur et je n’ai aucune envie de bâcler le travail donc je reporte ma réponse à plus tard. En attendant, merci @Litchie d’avoir lancé le sujet, merci @Vava-Omete, on s’entend sur plein de points et je te rejoins pas mal question intégrisme, il faut vraiment qu’on se fasse l’article sur le circuit du livre et le métier de libraire.
    @Keina je ne connais que très mal le monde des intermittents, mais je pense que si le statut est différent, la situation ne doit guère être enviable elle aussi. Petit point malgré tout : dans le monde du livre, l’expression “exception culturelle” a une signification bien particulière. Elle a trait à la perception des artistes, de leur travail, de leur talent, aussi, sans compter notre “merveilleuse” Loi Lang qui est, de fait, parmi les exceptions culturelles européennes. Notre circuit du livre est unique, et a fait plein de petits depuis 1981, à plus ou moins grande échelle, et elle est à la fois notre plus grande force et notre plus grande faiblesse.
    Je ne m’attarde pas plus, mais je reviendrai faire un tour par ici !



  • Attention, le statut intermittent est très particulier. Il est financé en partie indirectement par nos impôts (parce que leur caisse est déficitaire), mais principalement par les intermittents (ou par ceux qui les emploient selon le point de vue) avec les charges mises sur leur salaire. En gros ils ont une sorte de caisse de chômage à part, dans laquelle ils cotisent plus que les autre, mais qui a des conditions de déclenchement beaucoup plus simple, ce qui leur permet de continuer a avoir un revenu pendant les périodes creuses. (Évidemment, la première année, c’est dur, vu que les cotisations sont hautes et qu’on a pas encore cotisé, donc qu’on ne touche rien, et si on arrive pas à faire suffisamment d’heure on débloque pas le status donc on a cotisé dans le vent).
    Si on faisait des auteurs des intermittents, en gros il faudrait commencer par taxer très lourdement le premier livre qu’ils ont fait, puis ensuite, si la somme dépasse un certain seuil, leur reverser de l’argent pendant un an, et voir si ils arrivent à refaire un bouquin avec assez de succès pour renouveler le status. Je ne sait pas si ça serait bien mieux qu’aujourd’hui.

    Après, je ne connais pas trop le monde de l’édition de romans, mais un peu mieux celui de la BD (ou les auteurs ont globalement les mêmes problèmes). Et ma conclusion, c’est que même si on vend de plus en plus de BD, il y a de plus en plus d’auteurs. Du coup, même si la masse d’argent brassé par le monde de la BD a un peu augmenté, il faut le partager entre des auteurs de plus en plus nombreux, ce qui fait qu’à moins d’avoir fait un best-seller, un auteur de BD aura du mal à toucher 1.000€/mois. Si il est un peu connu, il pourra avoir une avance sur recette, mais ça ne lui fera jamais un SMIC horaire par rapport à la quantité de travail sur un album. Cette profusion de BD est, en tant que lecteur, super cool. Et ça veut dire qu’il y a de plus en plus de gens qui “vivent” de la BD, et d’unc ertain point de vue c’est plutôt une bonne nouvelle. Le problème c’est que du coup ils en vivent de plus en plus mal (on pourrait plus parler de “survivre de la BD” que de “vivre de la BD”). Et je me demande si il n’y a pas un peu le même phénomène dans le monde du roman.

    Sinon, pour répondre rapidement (c’est un peu lâche parce que je vais simplifier des choses alors que les posts de tous les intervenants sont très intéressants) :

    @litchie a dit dans Extinction culturelle :

    je trouve vraiment triste de vivre dans un monde où tu dois faire un choix entre le confort matériel et le confort mental (= faire un métier qui te plait). Et c’est peut-être le fond du problème. Pourquoi est-ce que cela devrait être un choix ?

    Je ne vais pas rentrer dans un débat sur la répartition des richesses (on s’éloignerait beaucoup du sujet) mais il y a une réponse simple à cette question : Si tout le monde pouvait choisir de faire un métier cool, personne n’irait faire de métiers chiants, et si personne ne “ramasse les ordures”(à remplacer par n’importe quel métier pas cool mais super nécessaire à la société) tout s’effondre.

    @Vava-Omete : Je vais pas citer de passage précis, mais je suis globalement d’accord avec ce que tu dis, et je trouve tes posts très clairs et très bien écrits.



  • @Mary je comprends bien, et je l’utilisais comme toi avant mes cours de droits culturels, mais justement, il se trouve que le terme est souvent utilisé à tort. Je renvoie à la définition sur wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Exception_culturelle où d’ailleurs on se rend compte que la France n’est pas forcément la seule à pratiquer l’exception culturelle… :)
    Par contre, effectivement le terme “exception culturelle française” est devenue une expression qui renvoie à ce dont tu parles… donc tu as aussi raison ! ^^ Mais perso, dans ce sens là je le trouve un brin prétentieux et je lui préfère le terme de “diversité culturelle”.



  • @dworkin a dit dans Extinction culturelle :

    @litchie a dit dans Extinction culturelle :

    je trouve vraiment triste de vivre dans un monde où tu dois faire un choix entre le confort matériel et le confort mental (= faire un métier qui te plait). Et c’est peut-être le fond du problème. Pourquoi est-ce que cela devrait être un choix ?

    Je ne vais pas rentrer dans un débat sur la répartition des richesses (on s’éloignerait beaucoup du sujet) mais il y a une réponse simple à cette question : Si tout le monde pouvait choisir de faire un métier cool, personne n’irait faire de métiers chiants, et si personne ne “ramasse les ordures”(à remplacer par n’importe quel métier pas cool mais super nécessaire à la société) tout s’effondre.

    Là encore c’est effectivement un autre sujet plus philosophique, mais je me sens complètement obligée de rebondir dessus :D je ne suis de base pas d’accord avec ça. Tout simplement parce qu’il suffit que plusieurs personnes occupent ces tâches chiantes. Pourquoi X devrait le faire pendant que Y se dore la pilule au soleil ? Déjà de plus en plus de robots remplaçent les Hommes pour certaines de ces tâches (ce qui pourrait potentiellement laisser X et Y faire ce qu’ils veulent de leur vie) ; et même si ce n’est pas le cas, ces tâches “indispensables” peuvent devenir des choses nécessaires que chacun effectue. Lundi c’est X, et mardi c’est Y. Bon bien sûr, je simplifie à fond et tout n’est pas aussi simple, mais c’est parce que paradoxalement je trouve qu’on a vraiment une conception du travail qui est très très simpliste (avec toujours cet argument imparable “c’est comme ça” :p ). Et je pense que c’est la base du problème de la rémunération de tous les métiers-passions. L’emploi doit être chiant, ingrat, ou mal payé (voire parfois les deux et c’est bien malheureux… heureusement l’inverse existe aussi) parce que… quelqu’un doit bien le faire (mais l’autre, de préférence).

    Par contre effectivement il me semble que, comme tu dis, le monde des BDs et des romans est assez proche, en tout cas ce que tu dis ressemble à ce que j’ai lu pour les écrivains. Est-ce que la solution ne serait pas de réduire la production ? Que les éditeurs publient moins ? Bien sûr, comme tu dis, il y aurait moins d’auteurs publiés, mais ceux qui le seraient en vivraient mieux ?


  • Plume d'Argent

    Que ce débat est passionnant ! Bon, je vais contribuer, mais je tiens à présenter d’avance de profondes excuses, car ce qui va suivre risque d’être extrémiste et un peu choquant.

    Bon, je vais entre autres parler du milieu du cinéma, qui est majoritairement soumis à ce régime râlogène mais finalement bien pratique qu’est l’intermittence (donc @Dworkin tu es autorisé à me lancer des tomates numériques si je dis une absurdité).

    Je n’agrée pas sur tout, mais dans l’ensemble, je rejoins @Vava-Omete, et ce pour une raison très simple, c’est que actuellement, dans les faits, quand on compare le nombre de lecteur au prix du livre au nombre de manuscrits au nombre de livres publiés, je ne vois pas comment les auteurs peuvent vivre de leur plume. Au point où on en est (attention phrase clivante), ça ne sert à rien d’invectiver le gouvernement où les réformes puisque de toute manière il n’y a pas assez d’argent en circulation pour que les auteurs puissent vivre de leur plume. D’un autre côté, dans toutes les professions artistiques non littéraires, il est possible pour les créateurs, les techniciens, les producteurs, les distributeurs, bref pour tout le monde, en gros et moyennant sacrifices, de vivre de leur métier. Bien sûr, ils ne font pas toujours des choses passionnantes, des fois ils doivent faire de la pub, du design de logos d’entreprise ou que ne sais-je encore, mais en gros, ils s’en sortent. (Encore une fois je tiens à prendre des précautions oratoires, je suis jeune, j’ai encore de l’espoir et des étoiles dans les yeux et je dis beaucoup de bêtises des fois.) La question qu’on pourra se poser est : pourquoi ?

    Pour moi, cela tient à deux choses. D’abord, c’est la faute des lecteurs, et c’est là que la comparaison avec le cinéma intervient. La plupart des gens qui vont au cinéma n’attendent rien d’autre de leur séance que de passer un bon moment, de voir des copains, de se détendre devant une comédie ou de kiffer devant un bon film d’action, de profiter de cette ambiance ineffable de la salle obscure, voire même de passer deux heures au frais en plein été. Et c’est tant mieux ! Parce que ça fait du cinéma, non pas une chose commerciale, mais simplement une chose quotidienne, et allez, sortons les grands mots, populaire. La plupart des gens ont un rapport tout sauf intellectuel au cinéma, et ça ne les empêche pas de débattre parfois très longuement sur le film une fois retournés à la lumière, de se sentir déçus ou émus, et parfois même de devenir de véritables cinéphiles. Pour moi, c’est quelque chose qui manque profondément dans notre rapport à la lecture, qui est quelque part beaucoup trop élitiste. Et ce à tous les niveaux de la chaîne du livre. Bien sûr, c’est quelque chose qu’il est impossible pour nous, petite Plumes, de changer, c’est quelque chose de sociétal qui passe plutôt par l’école, mais à mon avis, tant qu’on aura pas fait de la lecture un plaisir simple et même une distraction ou un entertainement pour celles.eux qui n’ont pas envie de chercher plus loin, les auteurs ne pourront jamais vivre de leur plume.

    Mon deuxième point touche cette expression “vivre de leur plume”. @Litchie, tu dis que tu “trouve[s] ça triste de vivre dans un monde où tu dois faire un choix entre confort matériel et confort mental”. Mais ça, ce n’est pas juste la chaîne du livre aujourd’hui, c’est toute notre société depuis des siècles. Certes, ça ne va pas en s’arrangeant, mais c’est loin d’être nouveau. Molière et ses comédiens étaient tous excommuniés. Beaumarchais comme Baudelaire avaient des métiers à côté (agent secret et traducteur), Balzac travaillait treize heures par jour, Rimbaud vivait chez sa mère, Verlaine dépendait de l’argent de la sienne, Yourcenar enseignait l’histoire de l’art et Simone de Beauvoir la philosophie… Il y a des contre-exemples, bien sûr, mais peu. La plupart des grands écrivains qu’on connaît avaient une source de revenus annexe, métier parallèle ou mécénat, et quand on y pense, la plupart des professions artistiques aussi. Les musicos sont profs de musique, les théâtreux profs de théâtre, les cinéastes courent après les interventions en école… De tous les artistes de tous genres que j’ai pu rencontrer (et il commence à y en avoir quelques uns), j’en connais peu, si ce n’est aucun, qui ne vit que du fruit de son art. Même quand on est cinéaste et qu’on fait effectivement de l’audiovisuel, il y a une chance sur deux pour que ce soit de la pub ou un téléfilm de commande sans âme dont le seul intérêt est de mettre du pain dans l’assiette. Pour moi, être auteur.trice et vivre exclusivement de sa Littérature avec un grand L, ça n’a pas tellement de sens étant donné que personne d’autre ne le fait. Certes, la vie que tu décris ne paraît pas déborder de sens non plus. Mais dans le système où nous nous trouvons actuellement, s’attendre à être payée pour ce que tu produis alors que quand on y pense personne ne t’a rien demandé non plus.

    Et puis, quand on y pense, et je vais cette fois-ci me concentrer exclusivement sur l’exemple du cinéma (un domaine qui se porte bien), même les technicien.ne.s-auteur.trice.s-cinéastes-etc qui ont la chance de ne travailler que sur des films intéressants et beaux et de toucher un salaire équivalent à celui d’un salarier lambda s’illusionnent complètement s’ils pensent avoir le même confort de vie que ledit salarié. Ils et elles auront toujours un mode de vie instable, ne sauront jamais où et quand se déroulera leur prochain tournage, auront toujours le risque de se voir appeler la veille de leur départ en vacance pour une opportunité en Birmanie qu’ils et elles ne pourront pas refuser, n’auront pas de vie de famille ou d’enfants… Et puisque tout ce débat est à propos des retraites, la plupart d’entre eux la prennent beaucoup plus tard que la moyenne. Ils et elles pourraient. Mais c’est la conséquence d’exercer un métier qui nous passionne, c’est qu’on ne veut pas s’arrêter.

    Je pense la faille dans le débat est autour de le dichotomie passion/confort. Parce qu’il existe des experts-comptables, des pâtissiers, des ingénieurs en sismologie, des profs qui sont sincèrement et absolument passionnés par leur métier et qui bénéficient entièrement du confort qui va avec. La dichotomie n’est pas autour de passion/confort, elle est autour d’art/confort. Et j’ai la conviction qu’à moins de vivre dans une société où la bohème est la norme, il y a quelque chose d’irréductible dans cette dichotomie.

    Pour finir, je tiens à m’excuser auprès de tous ceux que j’ai pu choquer ou blesser par ces propos. Je me rends compte de leur caractère extrémiste et encore une fois, j’en suis désolée.



  • Oh @Mouette tu pointes quelque chose de super intéressant quand tu parles de l’élitisme de la lecture ! C’est vrai qu’on en a pas parlé, les lecteurs eux-mêmes sont sans doute responsables (involontairement) des problèmes que rencontrent la chaîne du livre. Ceci dit je nuancerais ton propos, il existe des livres entertainement ; je pense à ceux qui vont acheter ou emprunter un fifty shades ou un Mussot pour le lire lire dans le train ou sur la plage, ces fameux romans de gare, qui existent sans prétendre faire de la Littérature mais une distraction.

    À bien y réfléchir, ce que tu dis est très vrai concernant la dichotomie passion/confort. Pourtant, y-a-t-il vraiment une opposition entre art et confort ? Dans les faits oui, mais comme le notait @Vava-Omete, des Tom Cruise ou des King (dans les romans) vivent très bien à la fois leur confort et leur art :D Maintenant clairement, eux ne sont pas la norme xD
    Après bien sûr, il y aura toujours une incertitude concernant les métiers de l’art, je crois que nous sommes d’accord. Quelque part, ça fait aussi partie de la beauté du métier. Mais je crois qu’on est pas obligé d’être dans des extrêmes :D (on peut avoir des statuts, des protections légales… des acquis sociaux, en somme, sans pour autant exiger de recevoir 10k mensuellement pour un roman vendu à 10 exemplaires en 1997 :D)

    Je rebondis aussi sur cette remarque : “s’attendre à être payée pour ce que tu produis alors que quand on y pense personne ne t’a rien demandé non plus.” ; parce que c’est à la fois très vrai et très faux. Déjà parce que dans le cas de l’art, l’éditeur ne demande pas à recevoir TON manuscrit, mais il demande à recevoir DES manuscrits. Et si les éditeurs éditent, c’est parce que des lecteurs demandent à lire DES manuscrits. Donc la demande existe, même si elle est floue et impersonnelle. D’autre part, à l’heure actuelle, on attend pas un besoin pour créer un produit ; on créé le besoin pour le produit. Si l’art est une marchandise comme les autres (et c’est le cas), c’est pareil. Donc ça me paraît normal de s’attendre à être payé(e) pour ce que tu produis, même si personne n’a toqué à la porte d’un individu lambda pour lui demander d’écrire un bouquin.


  • Plume d'Argent

    Je pense que le problème concernant le métier d’auteur vient du fait que comme l’a rappelé Vava, il y a énormément d’auteur en herbe qui espèrent voir éditer leur livres.

    Partons du principe par très équitable que “ce qui est rare est cher”. Et bien l’auteur est justement ce qui n’est pas rare du tout. L’offre est supérieure à la demande et du coup je pense qu’en tant qu’auteur on a peu de pouvoir pour faire pression puisqu’il y aura toujours des gens qui seront content d’éditer leur livre alors qu’ils ont un job annexe (et c’est leur droit après tout, nous sommes nombreux dans ce cas), voir même de renoncer à leur droit pour le plaisir d’être édité (ce qui est nettement moins cool).

    Ce qui ne veut pas dire que ce système est “juste”, ni qu’il ne peut être changé. Je pense juste que dans la situation actuelle, c’est mal engagé et qu’il faudrait beaucoup de changement dans le fondement de la société pour arriver à quelque chose.



  • @litchie a dit dans Extinction culturelle :

    . Pourquoi X devrait le faire pendant que Y se dore la pilule au soleil ?

    Mais c’est tout à fait possible. Je connais plusieurs personnes qui font des boulots alimentaires et qui au bout de deux ans se mettent au chômage pour vivre de leur passion. Le système français est relativement ouvert à ce type de vie.

    @Mouette
    Pour le cinéma, à mon avis, ça n’a rien à voir. D’abord, il existe des gens qui font du cinéma sans en vivre (j’en fait partie, et la moitié des gens avec qui je travaille sont aussi des passionnés qui n’en vivent pas). Mais il y en a beaucoup moins pour des raisons toutes bêtes : Le cinéma, ça coute super cher (pour donner un ordre d’idée, le prochain film sur lequel je serait bénévole a 8000€ de budget sortie de la poche du réalisateur, et on ne va réussir à le faire que parce que l’ensemble des techniciens possèdent déjà du matériel onéreux qu’ils mettent gratuitement à disposition du tournage). Du coup, la plupart des gens abandonnent quand leur compte en banque tombe à zéro. Ensuite le cinéma nécessite un travail en équipe, donc il faut arriver à rencontrer de nombreuses personnes prête chacune à investir beaucoup dans du matériel très cher et à passer beaucoup de temps à préparer un film qui ne rapportera jamais un rond. (et contrairement au roman, on sait que ça ne rapportera rien quand on commence, aucune œuvre “amateur” ne peut rêver d’être envoyé à un producteur, contrairement à un roman, qui lui, n’a pas besoin de moyens financiers extraordinaires pour attirer le regard d’un éditeur). Donc si tu n’as pas d’équipe, tu dois arrêter.
    Bref, le cinéma est un milieu qui brasse énormément d’argent, mais ça laisse aussi énormément de personne sur le carreau (je n’ai pas les stats de sortie d’école nationale, mais sur les écoles Montpelliéraines, on est je pense au dessus des 80%). La différence, pour les gens qui ont la malédiction de l’avoir pour passion, c’est que contrairement à la littérature, c’est un loisir encore plus complexe à conserver si on est pas professionnel.
    En conclusion, (désolé pour cette longue disgression sur le cinéma :s) il ne faut pas s’illusionner, tous les métiers artistiques attirent beaucoup plus de monde que ce qu’il y a de place. Qu’on répartisse mieux l’argent entre les personnes pour qu’ils soient plus nombreux à gagner leur vie, ou qu’on le répartisse moins bien pour que les gens aient un salaire plus décent est un débat intéressant, mais le constat reste : il n’y a pas assez d’argent pour que chacun puisse vivre de sa passion, et beaucoup de gens essayent de tout de même de vivre leur passion comme ils peuvent.



  • @Dworkin Je plussoie tout ce que tu as dit sur l’intermittence, j’ai mal expliqué la chose et tu m’as très bien reprise.
    @Mouette je suis tout à fait d’accord aussi quand tu dis que le métier d’artiste, pour ceux qui veulent prétendre en vivre, englobe aussi des trucs moins jouasses, comme donner des cours, intervenir en milieu scolaire, faire des trucs “alimentaires”. Tous les artistes pros que je connais font ça, et je pense que c’est exactement pareil pour l’écriture : les écrivains pros, du moins en France, vivent “de leur plume” aussi parce qu’ils proposent des interventions, des ateliers, font des scénars pour la télé, etc. Pour moi, ça fait complétement partie du deal de base quand on a envie d’exercer un métier d’art…



  • @Keina et @Mouette Ah oui complètement, le fait de “vivre de sa plume” c’est pas juste écrire des romans. Mais ces activités là (interventions, ateliers, etc.) sont directement liées à celle d’écrire, c’est très différent d’être développeur/euse web dans un bureau de jour et écrire ses romans la nuit. Et elles doivent être rémunérées (ce qui n’est pas systématiquement le cas).


  • Journaliste PAen

    Cette discussion est super intéressante et j’adhère à la plupart des choses que vous avez dites ! Je connais très peu le domaine du livre donc j’ai pas grand chose à ajouter, si ce n’est qu’en effet, même si cette réforme inquiète, vu qu’aujourd’hui personne n’est satisfait dans le livre, ça pourrait aller vers du mieux…
    Pour remonter un peu le moral au sujet des auteurs, je voulais juste mentionner un secteur (de niche, ok, mais un secteur quand même :P ) encore pire, celui dans lequel je travaillais avant de partir à l’étranger : le quatuor à cordes (en musique classique). Eh bien, en France, il n’y a que 3 quatuors qui vivent exclusivement de ça, c’est-à-dire sans être prof, musicien d’orchestre ou autre en plus. Ce qui fait 12 personnes :o Et dans le monde de la musique classique, des quatuors, y en a un paquet qui existent et qui vivotent sans réussir à décoller.
    Enfin voila, ça n’a pas beaucoup de rapport, mais la petitesse de ce chiffre me fait halluciner encore aujourd’hui ><
    Donc en effet, que les auteurs doivent faire autre chose en plus de leurs romans pour gagner leur vie, ça me paraît inévitable…


  • Plume d'Argent

    Je vais ajouter une petite pierre qui sera légèrement hors sujet, mais étant Suisse et n’ayant ni le nez dans les lois françaises ni ce système de support à l’artiste, et bien il me semblait pertinent de rappeler l’existence du mécénat. C’est difficile, faut soumettre des projets déjà bien préparés, accepter des refus avant de peut-être décrocher une bourse ou un soutient, mais ça existe et c’est un système que j’avoue pas mal apprécier. En musique classique c’est plus courant que en littérature, il n’empêche que ça ouvre la porte à des résidences d’artistes, à des compléments et vie, etc. Le mécénat et l’art ont toujours été de pair après tout =P

    Je comprends la nécessité et le désir de vouloir défendre les interventions des écrivains en salon, mais j’avoue avoir de la peine avec le concept de poser des lois pour par exemple faire du métier d’écrivain un 9-17h employé par les éditeurs ( l’idée d’être payé en avance pour un livre). Pour réduire les risques, un éditeur fera exactement ce qui se fait aux USA soit engager des personnes non pour un projet, mais toute une ribambelle, ce qui risque la perte de diversité.

    Un autre point sur l’écriture et sa différence avec les autres formes artistiques, c’est que pour l’instant ( à l’exception des anglo-saxons), les formations à l’écriture sont rares, ou construites sur des allumettes ( ce qui est normal, c’est nouveau, et exceptions faites, le Bachelor à Bienne par exemple). Dans les autres arts ces formations incluent l’aspect économique, le business, la publicité, la recherche et constructions de projet ce qui fait qu’on ne sort pas qu’avec un Bachelor de piano, mais une formation complète, un réseau et des capacités d’adaptation bien plus grandes. Le “story-telling” pourrait être enseigné pour ouvrir la voie dans les industries du jeux-vidéos, être utilisé dans les entreprises pour construire leur marque etc. Bref, je diverge, mais pour moi, outre l’aspect quantitatif absolument phénoménal en France, c’est aussi l’aspect qualitatif qui doit être remis en question. Cette idée de ne vouloir faire qu" écrire" je ne suis pas certaine de son réalisme puisqu’aucune autre branche artistique ne le fait.

    Vala vala, c’était mon petit hors sujet.


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