Interview groupée "Florilège de PAroles" #NosImagineurs



  • Ça y est, les vacances sont là !

    Et, une fois n’est pas coutume, vous allez avoir droit à un numéro « spécial été », réalisé avec la participation d’une dizaine de Plumes (non, non, je ne vous dirai pas que j’ai dû modifier mon organisation au dernier moment… c’était parfaitement voulu voyons !)

    Une seule question et des réponses toutes différentes, captivantes, touchantes, intrigantes et merveilleuses, il y en a vraiment pour tous les goûts et je suis sûre que vous saurez apprécier chacune d’entre elles !

    « Monde sauvage, monde urbain, monde féérique, monde poison : quelle place et quel rôle accordes-tu à l’environnement dans tes textes ? Quelles sont tes sources d’inspiration, fictives ou réelles, pour créer tes propres environnements ? »

    @Laure

    Pour moi, il n’y a rien qui soit plus important dans une histoire que les personnages. Par contre, l’environnement est lui aussi essentiel ! Il m’est arrivé de lire des romans captivants, mais dont les décors étaient très peu décrits ; à cause de ça, dans ma tête, toute l’action se déroulait dans une énorme grotte très sombre. Ce n’est pas la fin du monde, mais disons que ça rend les choses moins intéressantes. Et puis, je pense que ça donne des atmosphères moins fortes que si j’avais eu une meilleure idée du décor.
    Pour éviter que ceux qui lisent mes textes rencontrent aussi ce problème, qui me frustre un peu, j’essaie de décrire assez précisément ce que j’ai dans la tête. Par contre, des commentaires reçus m’ont fait comprendre que la suggestion est souvent mieux que la longue description, et c’est donc ce que j’essaie maintenant (encore assez maladroitement) de privilégier.
    Pour l’instant, j’écris surtout dans le réalisme, ou à peu près, donc je m’inspire en majeure partie de lieux réels. Durant ma presque déjà longue vie, j’ai eu la chance de voyager et de voir pas mal de trucs, et quand je vois un endroit où un objet décoratif qui me rappelle de près ou de loin mon histoire, je le photographie et je mets ça dans un dossier. Comme ça, j’ai plein d’inspiration à regarder quand j’ai à décrire un lieu. Et puis, pour Astel, mon « idée de départ » a commencé à se développer grâce à une vraie chose que j’ai vue et qui m’a tout de suite paru merveilleuse : la fontaine du Fallsview Casino, près des chutes du Niagara. Allez-y, c’est très beau et très impressionnant !

    @Gueule-de-Loup

    Bonjour, bonjour ^^
    Alors pour répondre, je dirais que j’accorde énormément de place à l’environnement où évoluent mes personnages. Je suis une personne très pointilleuse sur la notion d’ « ambiance ». J’aime les petits détails du décor, les objets, les odeurs, le bruit des machines.
    Je parle beaucoup de la lumière et des reflets aussi, ça compte beaucoup dans la façon dont je visualise une scène. D’ailleurs quand j’ai commencé à monter le Multivers avec mon amie la plus proche, on visualisait plus ça comme une série télé que comme un livre. Du coup on parlait beaucoup d’effet de caméra, d’angle de l’image et de zoom.
    J’utilise également souvent des codes couleurs. Celui de la Ville noire sont le noir et le vert laiteux. Celui de Limbo est un monochrome de gris.
    Concernant le type de monde, je n’ai pas de préférence particulière: j’ai déjà écrit des histoires dans le monde réel, d’autres dans des mondes inventés. Ville Noire se situe entre un espèce de Steam Punk épuré et une ville ultra-moderne mais les annexes se passeront dans des ambiances totalement différentes: Il y en aura une qui se passera dans des d’arbres gigantesques et une autre qui suivra des pirates du désert.
    Enfin concernant les inspiration, je pense que A la croisée des Mondes de Pullman m’a ouvert des tas de nouveaux horizons chocolatés et a initié le concept du Multivers. Et pour Ville Noire, je citerai Huis clos de Sartre, pour le huis clos justement, même si le mien se passe dans une ville énorme.

    @Jowie

    L’environnement a un rôle crucial dans mes textes, car j’estime qu’il peut avoir une influence importante sur les personnages qui y ont grandi ou qui y évoluent. C’est un des facteurs qui peut forger ou expliquer certains aspects d’une personnalité. Vice-versa, une personne a également le pouvoir modifier son environnement jusqu’à un certain degré. Je trouve cette bidirectionnalité très intéressante et j’essaie de l’exploiter au maximum.
    Pour créer un environnement, je choisis d’abord un décor, un paysage, une ambiance. Je m’inspire de lieux visités ou de photos. Par exemple, pour Le Bal aveugle, je me suis fortement inspirée de la région autour de la ville de Zermatt et du Cervin (alias « la montagne représentée sur les Toblerones »). Par contre, pour Les Croyances de Bronwen, un récit fantasy, j’essaie de me représenter le lieu dans ma tête, de faire des croquis et d’ensuite faire des recherches pour compléter mes brouillons d’idées. Mais ça reste assez superficiel jusqu’à ce que je décide quelle dynamique je vais superposer au décor. Par “dynamique”, j’entends comment les personnages peuplant ce milieu vont fonctionner/interagir, et quelles en sont les règles. Pour cela, je recueille des anecdotes ou des impressions ressenties en rencontrant certains groupes de personnes et après, j’exagère et je déforme à ma guise. C’est tout bête, mais rien qu’en visitant sa propre famille, on peut déjà percevoir son fonctionnement (ex : qui parle le plus, qui tranche, qui a le droit de faire quoi, etc.). Ce que j’ai remarqué, c’est que dans mes deux projets, les petits villages prédominent. Étant moi-même de la campagne, j’ai toujours été intriguée par le côté « tout le monde sait tout » ou « t’es pas d’ici, toi » de certains villages, ainsi que la dimension que peuvent y prendre les commérages !

    @Aéfaë

    Une des choses que j’aime le plus dans la lecture, c’est croire à ce que je lis. J’aime être tellement immergée dans l’univers que je peux toucher les nuages si l’envie me prend de lâcher mon livre d’une main pour palper l’espace au-dessus de moi. J’aime me matérialiser dans cet ailleurs qu’on a créé et que je créé tout à la fois, alors que mes yeux continuent à avancer au fil des pages. J’aime que tout prenne vie, soit concret, et ce même si l’on me raconte quelque chose de complètement farfelu ; comme l’invasion d’un festival de rock par une armée de canards psychopathes (oui, cette histoire existe). L’environnement contribue pour moi à la modélisation de l’histoire. Au-delà d’asseoir sa crédibilité, il impacte l’intrigue et les innombrables possibilités qu’elle permet aux protagonistes d’explorer. Le monde les modèle, eux-mêmes, car leur psychologie découle directement de son influence constante, de par leur vécu.
    Je suis actuellement plus axée dans une phase de recherches en ce qui concerne mon écriture. Je m’y perds très facilement. Mais je ne serai capable de rien sans comprendre un minimum où je suis dans ma tête. Ainsi, je n’ai pas de source unique. Je considère tout ce que je vois – l’illustration d’un livre de fantasy comme l’architecture de l’immeuble du voisin – comme une version d’une idée. J’adore laisser ensuite mon inconscient mélanger le tout et me faire des propositions. On croit souvent que je perds mon temps à rêvasser ou que je suis fainéante ; mais pas du tout. J’écris. Même les yeux fermés, assise au pied de mon lit, en souriant béatement, oui, je suis en train d’écrire.

    @Dédé

    Je dois dire que je ne suis pas très à l’aise dans les descriptions et dans le développement de mes différents univers. Cependant, j’essaie de me soigner…
    En créant des univers inspirés de la réalité, je m’appuie fortement sur ce qui existe déjà : des restaurants, des noms de villes, de rues, quitte à avoir Google Maps sous le coude pour visualiser l’univers en question. Cela demande un travail de recherches qui est énorme pour quelque chose qui reste sans doute dans l’ordre du détail pour le lecteur mais, ce travail, effectué de temps en temps, m’amuse jusqu’au moment où ça ne m’amuse plus et je retourne dans les univers que j’invente de toutes pièces.
    En revanche, il est vrai que j’ai encore du mal à développer pleinement ces univers créés par mes soins de A à Z. Je n’arrive pas à penser à tous les moindres détails avant de me lancer dans la phase d’écriture. J’ai besoin d’écrire et de me poser les bonnes questions en temps voulu. Je pense que c’est ça qui fait que mes backgrounds sont un peu bancals à l’heure actuelle (surtout que je ne m’aide de rien, la deuxième question à laquelle je réponds me fait prendre conscience de ça…) mais comme je l’ai dit au début : j’essaie de me soigner…

    @Dragonwing

    Étant une enfant de la ville, toutes mes histoires se déroulent principalement dans un contexte urbain. Pourtant la nature finit toujours par y reprendre ses droits : que ce soit dans un monde futuriste où les espaces verts ont envahi la ville, ou dans un univers où les humains se sont retranchés derrière des murs pour la préserver.
    Même quand ce n’est pas du tout le sujet que je cherchais à traiter, je ne peux pas m’empêcher d’utiliser la fiction comme un moyen de rechercher un équilibre entre ces deux mondes. Je construis des sociétés comme autant de maquettes pour me dire « Ça, ça pourrait marcher… Ça non. »
    Il en résulte que, côté création, je m’écarte peu de ce que je connais. Mes villes sont assez modernes, avec toutefois toujours un élément de décalage (technologique, mystique, magique…) qui les rend fondamentalement différentes des nôtres et qui finit par avoir une grande importance dans l’intrigue. Rien d’exotique en revanche dans ma faune et ma flore. Je ne me vois pas faire mieux que Mère Nature elle-même, je m’en tiens donc (jusqu’à maintenant, du moins) à ce qu’elle nous offre de plus beau !

    @Rachael

    J’adore fabriquer des univers différents, décalés, exotiques. Ils peuvent être sauvages ou urbains, accueillants ou hostiles. Dans Naelmo, mon héroïne se promène dans un univers ultra technologique, où l’homme a investi des planètes plus ou moins adaptées à ses besoins ou construit des structures artificielles pour y vivre.
    J’aime décrire ces mondes, les difficultés qu’ils posent à leurs occupants (canyons infinis ou forêt pensante) et la façon dont ceux-ci s’y adaptent pour créer des sociétés originales. Quel genre de société ces endroits inspirent-ils aux humains qui les occupent ?
    Pour moi, l’inspiration est partout, dans l’observation d’abord ou dans son souvenir : la tiédeur d’un caillou au soleil, les odeurs des buis surchauffés au pied des falaises, la douceur d’une crosse de fougère, la blancheur de la grue de papier pliée. Tous les sens peuvent/doivent participer à l’observation et à la création des univers.
    L’inspiration est aussi dans l’Art : littérature, ou plus rarement peinture, photographie ou cinéma. Paradoxal ? Pas vraiment : dans l’écrit, on peut inventer des paysages, les nourrir à la fois par le texte et sa propre imagination. Au cinéma ou dans les représentations visuelles, on est obligé d’accepter l’univers déjà construit de l’auteur. Il peut être très beau, nous transporter ailleurs, mais il ne laisse plus beaucoup de place à l’imagination. Pour moi, c’est rarement un matériau propice, du moins consciemment.
    Quel rôle tiennent-ils : ce sont des environnements, et quelquefois des personnages, comme la forêt pensante d’Hevéla. Mais ils ne sont pas là pour « faire joli » : ils m’intéressent dans la façon dont les personnages les perçoivent et sont influencés par eux. Si dans une scène le décor a peu d’importance, parce que les personnages n’y accordent pas d’attention, eh bien, il n’y aura quasiment pas de description du lieu.

    Hermine

    Depuis toute petite j’ai toujours été fascinée et attirée par le monde sauvage. La nature est aussi tendre qu’effrayante, magnifique et terrible, mystique voire magique. C’est une source d’inspiration infinie, qui fait naître en moi beaucoup d’émotions différentes.

    C’est donc sans surprise que j’ai donné une place de choix au monde sauvage dans mon projet. Dans l’Éloge au Serpent, la forêt est crainte par les Hommes. Dans une société qui prône la raison et le contrôle des émotions, le monde sauvage y est considéré comme l’antithèse de la civilisation : monde de l’inconscience et de la folie, siège des émotions incontrôlées, asile des chimères et des démons. Les prêtres de ce monde pensent que la forêt progresse au fur et à mesure que les Hommes perdent la foi et la raison. Ces lieux dénués d’activité humaine sont évités par tous, car la légende dit que l’on s’y perd corps et âme. La quête de liberté et de vérité de mes personnages les conduira d’ailleurs au cœur de ces fameuses Montagnes…

    Mes inspirations sont assez évidentes : Miyazaki, Miyazaki, Miyazaki ! Princesse Mononoké et Nausicaä de la Vallée du Vent ont marqué mon imaginaire pour toujours. Pour ce qui est des lieux réels dont je m’inspire, il y a les forêts de Bretagne et d’Irlande ainsi que les montagnes allemandes. Les tableaux de Caspar David Friedrich m’ont beaucoup aidée à mettre en image les montagnes de mon roman, notamment le « Voyageur contemplant une mer de nuage ».

    J’éprouve une étrange nostalgie pour le monde sauvage, comme une envie de retour aux sources.

    @Mandorle

    Bien… Je n’ai pas vraiment commencé à écrire, à décrire réellement. Mais, dans mes quelques poèmes que j’ai pu rédiger, un seul traite réellement de l’environnement, lui donnant une dimension vivante, presque épique et mythologique.
    Dans l’univers que je suis en train de créer, une des premières choses que j’ai cherché à faire a été d’imaginer un bestiaire. J’ai donc décrit des animaux, des plantes, leur aspect et caractéristiques. Il me fallait un décor pour planter mes personnages et mon récit. J’imagine davantage ce dernier comme une découverte progressive du monde et de ses règles. C’est donc une place majeure qui est accordée à l’environnement, comme élément inconnu mais pas forcément menaçant.

    Je m’inspire très probablement des œuvres de Pierre Bottero, et des mythologies celtiques, ainsi que du shintoïsme japonais (à travers Miyazaki). Mais comme personne n’a encore lu mes textes, je ne peux vous le montrer. Il s’agit aussi sans doute de déformer à travers ma propre perception des paysages / êtres réels, et de les présenter sous un autre jour, méconnaissables.

    Ainsi s’achève cette interview collective.

    Je tiens à remercier chaleureusement les neuf Plumes qui ont accepté mon invitation et contribué à élaborer cet article un peu spécial. Un immense merci à vous pour votre participation enthousiaste et votre sincérité, ce n’était peut-être pas prévu au départ mais c’était vraiment une expérience géniale à vivre !

    Si vous aussi vous souhaitez nous faire partager vos expériences/anecdotes, n’hésitez pas à en parler sur le topic du Journal !

    Gardez vos plumes affutées,

    Slyth

    (interview du 13 juillet 2016)


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