Interview Céline #NosImagineurs



  • Salut les Plumes !

    La sombre et sanglante folie d’Halloween n’est déjà plus qu’un souvenir, nous sommes officiellement passés à l’heure d’hiver, la nuit tombe plus vite et les températures se rafraîchissent gentiment mais sûrement. Bref, c’est le début d’une période un peu morne jusqu’à Noël…

    Besoin de vous évader, de voyager ? Ça tombe bien car, le voyage, c’est justement le thème du nouveau numéro de votre Journal favori !

    Et, pour nous en parler, quoi de mieux qu’une Plume qui sait très bien nous dépayser et nous faire rêver à travers ses écrits ? Merci d’accueillir @Célinours !

    1. Comment te décrirais-tu en tant qu’auteure ?

    La première question de l’interview est en fait la plus difficile. Je dirais que mon but, en tant qu’auteure, est de faire rêver. D’accord, il est possible d’avoir des doutes sur la part de rêves dans Le Quatrième Monde. Pour moi, les cauchemars font partie intégrante du rêve. Une histoire ne doit pas être forcément gaie. L’important, c’est que ce soit un dépaysement et qu’elle véhicule des messages d’espoir. En tout cas, ceux que j’essaie de faire passer.

    Du coup, je dirais que je suis une auteure qui essaie d’être généreuse. Je tente de faire ressentir plein de choses aux lecteurs (positives comme négatives). J’essaie de les entraîner dans mon univers; les faire pleurer, les faire rire, les faire réfléchir, les surprendre… Et j’espère vraiment que j’y parviens !

    2. Quels genres de difficultés peux-tu rencontrer dans tes écrits ?

    Euhm… plein ? Plus sérieusement, je pense qu’il y a deux groupes de problèmes : les problèmes liés à l’histoire/écriture et ceux qui sont liés à ma personnalité.

    Concernant les problèmes liés à l’histoire, il y a la complexité que je mets dans l’intrigue. Je m’emmêle moi-même les pinceaux. Au départ, j’ai une ligne directrice, mais j’introduis tellement de digressions qui ne sont pas prévues à la base qu’au final, ce n’est même plus crédible et difficile à dépatouiller.

    Ensuite, il y a l’équilibre entre l’action et les moments plus calmes. Je n’arrive pas toujours à doser, à savoir si ça avance assez vite, s’il y a des longueurs dans les dialogues…

    Il y a aussi le point de vue narratif. J’écris toujours à la troisième personne du singulier car je suis tout simplement incapable de faire autrement. Les choses se passent tout le temps selon le point de vue du personnage principal. Mais, parfois, j’introduis le point de vue d’un autre personnage et je m’y perds un peu. J’ai peur aussi de m’appesantir sur le ressenti des personnages au point de les rendre antipathiques ou tout simplement lourds.

    Enfin, concernant les problèmes liés à ma personnalité, mon pire ennemi est le manque de confiance en moi. Je ne me sens jamais vraiment à la hauteur. Certains jours, j’ai envie de jeter tout ce que je fais parce que je trouve ça nul à en pleurer. Parfois, ça me bloque totalement dans l’écriture. Je considère que ce n’est pas digne d’être lu et que je devrais tout arrêter.

    3. Et quel genre de commentatrice es-tu sur PA ?

    Il y a la commentatrice que je voudrais être et celle que je suis.

    Comme tout le monde sur PA, ma liste de lecture est incroyablement longue. Au départ – comme à chaque fois que je suis débordée par la quantité de choses à faire – je voulais tout commencer en même temps, parce qu’il y avait plein d’histoires qui me faisaient de l’œil. Puis, je me suis rendue compte que mon rendement et mon efficacité étaient proches du zéro absolu avec cette technique. Du coup, maintenant, je prends une histoire et j’essaie de lire tout ce qu’il y a en ligne, d’un coup.

    Concernant la commentatrice que je voudrais être, mon objectif est de donner un commentaire utile sur le fond (cohérence, compréhension…) et la forme (coquillettes, tournure de phrase…). Puis, il y a malheureusement la commentatrice que je suis : une fangirl (je sais, à 31 ans, c’est dramatique !). Et je jure que, parfois, il faut vraiment que je me fasse force pour ne pas simplement mettre des petits cœurs dans toute la case de commentaires (ce qui serait hautement utile pour l’auteur, nous en convenons tous). Du coup, j’opère d’une façon (que j’espère) méthodique : je prends des notes au fil de la lecture et je poste les remarques qui me semblent utiles et qui pourraient aider l’auteur. Je fais attention à expliquer aussi mon ressenti. Je crois que c’est important pour un auteur de savoir ce que le lecteur ressent pendant la lecture de son histoire.

    4. Quel(s) lien(s) vois-tu entre l’écriture et notre thème du mois, le voyage ?

    Le dépaysement. Quand j’écris, je me plonge complètement dans un autre monde. Je rentre complètement dans ma bulle. On pourrait me faire accepter n’importe quoi, car j’entends mais je ne comprends pas ce qu’on me dit.

    Quand j’écris, je crée toujours des univers différents de la réalité car ça me permet effectivement de voyager. Parfois, j’aimerais moi-même me balader dans les univers que je crée, même s’ils n’ont pas toujours l’air très accueillants. J’adorerais m’asseoir au comptoir du Deadly Sweet Café et attendre qu’Irène me prépare un chocolat chaud. J’adorerais me disputer avec Windsor et visiter l’atelier onirique de Gédéon. Mais comme je ne le peux pas, je vis tout ça à travers mes personnages.

    Donc, écrire m’évoque le dépaysement, ainsi que le beau voyage qu’est l’évasion et la découverte de terres inconnues. C’est un moyen de vivre la vie autrement.

    5. Parlons maintenant de l’une de tes histoires que les lecteurs connaissent (peut-être) bien… Comment es-tu parvenue à créer Le Quatrième Monde (anciennement, Le Dernier Gardien) ?

    Ce n’est pas non plus une question facile, tout bien réfléchi ! L’inspiration vient de plein de petites choses, mises bout à bout. J’ai été très fortement impressionnée par Le Sixième Sens et, de façon plus générale, par la philosophie du travail de M. Night Shyamalan (même si je n’aime pas tout). J’ai aussi été une mangavore redoutable et j’ai développé une passion dévorante pour Count Cain/God Child, Ghost Hunt, Ghost Hound et surtout Tokyo Babylon.

    Et de là est née la première version du Quatrième Monde qui s’appelait alors Pandaemonium (c’est l’autre nom du Quatrième Monde dans l’histoire actuelle). L’univers dans lequel gravitent les personnages était identique, à peu de choses près, mais l’intrigue a totalement changé, ainsi que les personnages. Je pense que c’est la personnalité des personnages qui a fait mourir le projet dans l’œuf. En plus, à cette époque, je ne me sentais pas très bien dans ma peau. Ça a entrainé un long break dans l’écriture. J’ai arrêté d’écrire pendant presque cinq ans. Ensuite, les choses dans ma vie se sont améliorées, l’envie d’écrire est revenue. J’ai repris mon histoire et j’ai tout recommencé. Ensuite, comme beaucoup de Plumes ici, j’ai découvert La Passe-Miroir et Plume d’Argent. Et la motivation est revenue complètement.

    6. Durant le PaCNo, je crois savoir que tu as eu l’occasion d’effectuer de nombreuses modifications sur la forme et le fond de ton récit. Comment as-tu vécu ces changements ?

    Étonnamment bien, en fait. D’habitude, je suis très très très paresseuse dès qu’il s’agit de corrections. Ce n’est pas que je n’accepte pas les critiques ou la remise en question. C’est juste que je préfère créer plutôt que corriger. Mais là, le concours Galli m’a permis de voir ça plus comme un challenge que comme une corvée. J’avais vraiment envie de présenter quelque chose dont je pourrais être fière. Et, d’un coup, c’est devenu comme un nettoyage de garde-robe au moment du changement de saison, quand on vire la moitié de la penderie. Je me suis débarrassée d’une quantité impressionnante de choses inutiles (comparaisons, dialogues, ressentis excessifs…) et j’ai introduit des concepts nécessaires à une meilleure compréhension de l’histoire, puisque j’avais revu le découpage. Il me semble que ça a renforcé l’intrigue… Enfin, ça, ce n’est pas à moi de le dire.

    7. Le Quatrième Monde a aussi son lot de voyages… Voyages dans d’autres dimensions, voyages extra-corporels. Peux-tu nous en dire plus sur la manière dont tu as élaboré ces phénomènes ?

    Ah, cette question ! C’est un peu comme si je me disséquais le cerveau ! Ce n’est pas facile de répondre car je ne sais pas comment les idées me viennent, par quel processus. Un moment, elles ne sont pas là. Le suivant, elles sont là.

    Je pense que la possible existence de plusieurs mondes qui se côtoient a toujours fasciné les gens. Même Einstein a théorisé sur les voyages inter-dimensionnels, c’est pour dire ! J’aime imaginer qu’il y a quelque chose qui attend l’âme après la mort. Et, comme j’adore la mythologie, l’idée d’un Monde des Morts, parallèle au Monde des Vivants, est venue naturellement, je crois. J’ai un peu potassé le sujet. J’aime beaucoup la Kabbale, la Torah et le Talmud. Ce sont de formidables sources d’inspiration. La création d’un Entredeux Monde relève plutôt de mon côté scientifique (chassez le naturel…). Je me suis dit qu’il fallait bien un moyen « logique » pour passer d’un univers matériel (Monde des Vivants) à un univers immatériel (Mondes des Morts). J’ai donc créé un sas : c’est l’Entredeux Monde. Le Quatrième Monde est un peu à part. C’est le monde des oubliés, où la Rivière des Âmes ne prend pas sa source. Y voyager est assez compliqué car il est à l’agonie. Mais je ne vais pas en dire plus. Suspens oblige !

    Ensuite, dans cet univers, j’ai mis des Passeurs; les champions des voyages inter- et intra-mondes. Ils représentent pour moi un principe qui me tient à cœur : le fait que tout grand pouvoir devrait être conditionné. C’est aussi un peu un principe d’échange équivalent.

    8. Cette histoire a-t-elle déjà une fin ou tout est-il encore à inventer ?

    Elle a une fin ! Mais il y a encore beaucoup d’éléments de l’intrigue à inventer. J’ai ouvert beaucoup de portes dans le premier tome. Il y en aura bien d’autres dans le second. Il faudra que je vérifie les avoir toutes refermées dans le tome 3.

    En fait, la fin, c’est ce que j’avais en premier, avant de commencer à écrire. Je ne dis pas qu’elle ne peut pas changer un peu. Mais au moins, je sais où je vais… Je crois !

    9. Question de fan : « Quelle couverture imaginerais-tu si Le Quatrième Monde était édité (et il mérite de l’être !) ? »

    Eh bien, j’ai bien bûché sur cette question ! Je ne sais pas de qui elle est, mais je me suis mis le cerveau à l’envers pour trouver une idée sympa et, j’espère, pas trop kitsch.

    Donc, j’imagine bien le titre « Le Quatrième Monde » en lettres argentées et légèrement bleutées (pour rappeler la couleur des barrières des Passeurs). Mais le « o » de « monde » serait le symbole des trois mondes où coulent la Rivière des âmes, et auquel je fais référence plusieurs fois : trois cercles interconnectés, traversés par des vagues.

    Ensuite, la couverture serait essentiellement en noir et blanc. Les personnages principaux formeraient un cercle et regarderaient vers l’extérieur du cercle. Ils seraient plongés dans l’ombre et on ne les reconnaîtrait que par quelques signes distinctifs (le haut de forme de Gédéon, les cheveux presque blancs de Silas…). Liam ferait face au lecteur et serait le seul clairement visible car illuminé par la lueur fantomatique d’une barrière qui est en train de se former face à lui. La seule note de couleur serait son œil bleu (l’autre étant noir).

    Je crois que ça pourrait être sympa !

    10. Pour finir, y aurait-il quelque chose en particulier que tu voudrais dire aux personnes qui sont en train de nous lire ? Un message à leur transmettre peut-être ?

    Je voudrais vraiment remercier la communauté Plume d’Argent pour l’accueil chaleureux que toutes les petites Plumes en perdition reçoivent quand elles débarquent du no man’s land qu’est l’écriture en solitaire. L’aide que l’on reçoit n’a vraiment pas de prix. Les commentaires sont toujours constructifs, même si parfois ils peuvent être durs à entendre (lire). Ça permet de se remettre en question, car il n’y a que quand on pointe les erreurs que l’on peut s’améliorer et avancer.

    Jusqu’à présent, j’écrivais dans mon coin, sans avis extérieur. En découvrant PA, j’ai pu partager mon univers, recevoir des critiques constructives ainsi que de l’aide. Ça m’a bien décoincée et j’ose maintenant montrer ce que j’écris à ma famille.

    Donc, je crois que je voudrais dire merci, tout simplement.

    Ainsi s’achève cette interview.

    Mes plus sincères remerciements ainsi que toute ma reconnaissance vont en premier lieu à Céline qui s’est impliquée avec beaucoup d’enthousiasme dans cette interview tout en supportant une collaboration légèrement bancale avec moi qui vivait/vit une période chargée professionnellement.

    Je ne peux que te souhaiter la meilleure continuation possible, que ce soit avec la suite de ta saga ou ton tout nouveau projet, Larmes de lune !

    Et puis, merci du fond du cœur à vous les Plumes qui m’accueillez toujours les bras ouverts et, à travers ce Journal, me donnez l’impression d’être un peu importante mais, surtout, une bonne raison pour toujours revenir vers vous.

    Gardez vos plumes affutées,

    Slyth

    (interview du 11 novembre 2015)


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