Interview EryBlack #NosImagineurs



  • Salut les Plumes !

    Depuis quelques temps, nous sommes sous l’influence d’une vague (que dis-je, d’un raz-de-marée !) de nouveaux venus sur notre site préféré. Mais plus on est de fous, plus on rit !

    L’auteure que je souhaite vous présenter aujourd’hui est arrivée parmi nous le 30 juin dernier, toute jeune et déjà pleine d’humour. Sa place, elle a su la trouver rapidement et le succès n’a pas tardé à se montrer : son roman SF a dépassé les 500 vues ainsi que la centaine de commentaires !
    A mes yeux, elle est parvenue à réinventer les histoires d’amour et je me suis engluée dans sa Toile pour ne plus en sortir…

    Merci d’accueillir @EryBlack !

    1. Dis-nous Ery, qu’est-ce qui te plaît le plus dans l’écriture ? Est-ce que tu imagines plutôt tes textes comme des films, des mangas, des BD… ou autre ?

    Sans doute la possibilité de décrire des choses qui n’existent pas : l’écriture est toujours une création, quand j’écris je suis comme un dieu qui se demanderait quel visage donner au monde (ok, désolée pour cette pulsion mégalomane !). L’écriture, c’est la possibilité de se libérer de tout ce qui existe déjà, mais ça me libère aussi de moi-même, ça m’emmène jusqu’à des frontières que je n’avais jamais atteintes. J’ai souvent peur qu’on me prenne pour quelqu’un de fade. Quand j’écris, je me différence des autres, je fais quelque chose que j’adore, qui ne nuit à personne et qui est même susceptible de divertir, de faire du bien à d’autres ! Et il y a encore tellement de choses qui me plaisent dans l’écriture ! Le fait qu’on puisse trouver un mot pour chaque chose existante, par exemple. Je trouve ça fascinant.

    En général, j’essaie de m’empêcher d’imaginer mes histoires comme des films, parce que je veux écrire des romans purs, je trouve ça trop facile d’écrire comme si on décrivait un film. Mais parfois, je n’arrive pas à m’en empêcher : je visualise ce que j’écris sous forme de film, de manga, voire de pièce de théâtre…

    2. Quelles sont tes attentes lorsque tu lis les écrits d’autres auteurs ?

    (Je mets de côté les considérations orthographiques, c’est pas très intéressant). Évidemment, je pourrais dire que j’attends d’un texte qu’il me plaise ; or très souvent, je suis incapable de dire que je n’ai pas aimé une histoire. Il y a presque toujours quelque chose qui m’y intéresse, ne serait-ce que dans l’intention. Donc je n’attends pas forcément qu’une histoire soit conforme à mes goûts personnels, au contraire, je ne demande qu’à être plongée dans un autre univers. Ouais, c’est ça au fond : ce que j’attends, c’est me faire embarquer par un texte. Peu importe qu’il soit réaliste, fantastique, flippant, banal ou poétique, tout ce que je veux c’est être dedans. J’ai parfois l’impression de me couper de l’espace-temps quand je lis : et c’est exactement ce que je recherche en lecture. Achever un texte, lever la tête et avoir l’impression de me réveiller !

    Et l’exigence un cran au-dessus, c’est que le texte me laisse quelque chose. Les liseurs sont faits de briques extraites des bouquins qu’ils dévorent : j’aime découvrir, sur PA, des textes qui me donnent de nouvelles briques !

    3. Tu as un bon nombre de lectures à ton actif, quel genre de commentatrice es-tu ?

    Je me fais jeter des tomates si je dis que je suis le genre flemmarde ? J’en ai un peu honte, mais le fait est que j’ai lu pas mal de textes sans les commenter… Ce que je trouve vraiment nul de ma part, parce que PA est basé sur l’entraide entre auteurs. Ça c’est la faute des plumes, y’a trop de level, tout lire et tout commenter prend trop longtemps. Mais je me suis promis que je ferai des efforts dans ce sens. Euh, je m’éparpille là, revenons à la question !

    Quand je laisse des commentaires, j’essaie de les développer un maximum en deux points. D’abord, des remarques constructives à propos de mots qui conviendraient mieux que d’autres, blabla, mais parfois y’a rien à dire à ce sujet, alors je me contente de quelques petits chipotages orthographiques. Puis, j’essaie de rendre compte de l’effet que m’a fait le texte, des références qu’il m’a rappelées, tout ça.
    Et surtout, je veux que chaque commentaire soit unique, je veux rendre à l’auteur la monnaie de sa pièce. Quand le texte m’a touchée, je voudrais que l’auteur ait autant de plaisir à lire mon commentaire que j’en ai eu à lire son histoire !

    4. Et de ton côté, quels genres de difficultés peux-tu rencontrer dans tes écrits ?

    La réécriture. C’est une torture. Souvent, je suis obligée d’effacer des passages dont j’étais très fière il y a quelques années, parce qu’ils sont finalement médiocres, et c’est bizarrement douloureux, même si ça donne toujours quelque chose de mieux ! Aussi, j’ai tendance à beaucoup trop m’étendre, notamment au niveau des dialogues, et à passer trop vite sur les descriptions. Influence cinématographique ou volonté de faire avancer l’histoire avant tout ? Je ne sais pas, mais j’essaie de me débarrasser de cette manie. Après, il y a les grands classiques : quand je me lance dans une histoire et qu’une autre vient gratter à la porte, quand j’ai envie d’écrire mais que je développe le syndrome de la page blanche, quand j’arrive pas à trouver le temps qu’il faut… (On devrait inventer des noms aux maux d’écrivaillons, tiens !) Mais tout ça c’est surmontable. Ce qui me fait très peur c’est de perdre tout, un jour, genre devenir amnésique. Mais heureusement, c’est pas très probable. Je crois que la principale difficulté que je rencontre quand même, c’est aussi le manque de confiance en moi, comme dans une bonne partie des domaines. Et ça, c’est en train de changer énormément, notamment grâce à tous les commentaires géniaux qu’on m’a offerts ici !

    5. As-tu recours à des grigris, un doudou ou une danse spéciale pour faire venir l’inspiration ? Tu sais que tu peux tout nous dire.

    J’aimerais bien, la danse vaudou, c’est la classe ! Mais non, en général mes idées viennent simplement de mes cogitations. Parfois, ça me vient quand je marche dans la rue, ou bien en cours même. Et, certains matins, je me réveille avec une bouillie d’histoires dans la tête, certaines me hantent et je sens qu’elles méritent d’être écrites.

    Quand à la « petite » inspiration, je veux dire celle qui est nécessaire pour écrire quotidiennement, elle va et vient sans me demander mon avis. Mais la plupart du temps, elle fonctionne comme une boisson gazeuse. Si je laisse fermenter les bulles quelques jours, en réfléchissant à mon texte, je finis par avoir besoin d’exploser, et ça peut donner de bons résultats sur le clavier !

    6. Parlons maintenant de l’une de tes histoires que les lecteurs connaissent peut-être bien… Comment es-tu parvenue à créer Un Rêve ?

    Tout est dans le titre ! Je dormais sur un des matelas les plus géniaux du monde, tellement moelleux que vraiment, on s’enfonce dedans… Bref donc, j’ai vécu une de mes plus fortes expériences oniriques, je me suis réveillée avec la sensation d’avoir vécu toute une épopée pendant mon sommeil. En plus, j’avais fermé les yeux à la fin de mon rêve, du coup en les ouvrant en me réveillant, c’était vraiment comme si rien n’avait bougé autour de moi ! Mais comme les rêves sont mutins, je n’ai pu me rappeler que des bribes, et surtout la fin. Donc j’ai décidé de tisser autour de ces bribes, en prenant pour base d’autres rêves, des références en bouquins et en films… J’ai écrit tout un tas de versions, dont certaines qui avaient des allures de mauvaises fanfictions, avec des personnages insipides et des actions sans queue ni tête… Mais ça a fini par donner cette dernière version dont je commence à être satisfaite !

    7. Cette histoire a-t-elle déjà une fin ou tout est-il encore à inventer ?

    Vu que je me rappelle essentiellement de la fin de ce rêve, tout le reste n’existe que pour parvenir à cette issue. Je trouve ça un peu triste, c’est une histoire née avec pour seule vocation de finir ! Du coup, en la retravaillant pour PA, je fais le maximum pour que chaque moment existe vraiment, que chaque chemin ne mène pas à Rome en ligne droite quoi. En tout cas, la fin existe déjà depuis rudement longtemps, et elle ne doit pas changer, je veux rester fidèle au souvenir que m’a laissé le rêve. C’est le reste dont je m’occupe maintenant, tout ce qui mène à la fin, et là-dedans, croyez-moi, il y a des trucs à désinventer, à réinventer, à remplacer, à bichonner, à polir et repolir pour que ça donne quelque chose de lisible et d’appréciable. Mais c’est un immense plaisir de relire ces chapitres tous beaux tous neufs, en me souvenant de tous mes essais maladroits du début…

    8. C’est parti pour la minute célébrité : as-tu de grandes ambitions en tant qu’auteur (transmettre des messages de paix et de tolérance à travers tes textes, être traduite en 25 langues, que l’on achète les droits de ton œuvre pour le cinéma… ou autre) ?

    J’ai le droit de me mettre en mode mégalomane ? Yeaaah ! Effectivement, j’adorerais écrire LE bouquin qui ferait prendre conscience du bazar qu’on est en train de mettre sur Terre. En le lisant, tout le monde se dirait « Oh mais oui, je vais dès à présent me mettre au tri sélectif, investir dans l’énergie éolienne, aller embrasser tous mes voisins, fomenter une révolution qui renversera le capitalisme et brûler ma carte d’adhérent au FN (voire brûler le FN lui-même, tiens) ! » Pis aussi, (puisque tout est permis, je me lâche), écrire un bouquin qui serait un best-seller et tout le blabla, mais qui serait absolument inadaptable au cinéma, parce qu’il décrirait des trucs complètement impossibles à retranscrire en images. Et pan, dans les dents de l’industrie des médias !

    Plus sérieusement, je me demande parfois quels sont les messages de mes textes. Je voudrais bien être capable d’en véhiculer d’importants. Et d’autres fois, je me dis que j’écris avec pour seule vocation de faire rêver et voyager les gens, comme on m’a fait voyager moi-même. J’ai toujours rêvé d’être éditée, mais je n’ai jamais fait de démarches sérieuses pour y parvenir ; et maintenant que j’ai découvert PA, ça me paraît à la fois plus envisageable et moins important. Moins important, parce que sans être éditée, j’ai déjà eu des retours formidables de la part des plumes et, grâce à ça, je sais que ce que j’écris peut toucher. Et si c’était seulement ça dont j’avais besoin finalement ?

    9. Question de fan : Es-tu proche de tes personnages et, si c’est le cas, dans quelle mesure l’es-tu?

    Très bonne question ! Dans Un Rêve, c’est pas compliqué, l’héroïne est mon avatar onirique. C’est pour ça que j’ai essayé de gommer les passages qui la décrivent physiquement (ça devenait trop compliqué), et que je ne lui ai pas donné de prénom. C’est le moi un peu paumé et bringuebalé de mes rêves !

    Dans L’Abstraction, c’est différent. Je crois que chaque personnage représente une petite partie de moi (et ça je suis sûre que je ne suis pas la seule, comment donner naissance à un personnage sans y mettre un petit peu de soi ?). Mais j’ai aussi pris conscience que mon héroïne, Elle, est un reflet de mes propres interrogations, de mes propres « souffrances » d’adolescente-mal-dans-sa-peau. À la base, je n’en avais pas du tout l’intention : le monde dans lequel elle vit et que je lui ai fait détester, j’ai l’impression que je l’aimerais, moi. J’ai cru qu’en lui donnant le désir de vivre dans le monde réel, celui d’aujourd’hui, où la Toile n’existe pas encore, ce monde que je connais et que j’apprécie pas des masses, je pourrai m’auto-persuader que je vis dans un monde plutôt chouette. (C’est assez compliqué, désolée !) Sauf qu’au final, je me rends compte qu’Elle, c’est moi : constamment insatisfaite. Et puis bon, on va pas se leurrer, si je lui ai fait vivre une méga histoire d’amour, c’est bien parce que j’ai envie d’en vivre une aussi. Scrogneugneu.

    10. Pour finir, y aurait-il quelque chose en particulier que tu voudrais dire aux personnes qui sont en train de nous lire ? Un message à leur transmettre peut-être ?

    Je voudrais d’abord envoyer un MÉGAMERCI à Slyth pour m’avoir proposé de passer dans le PAen. Pour la nouvelle recrue que je suis, c’est un immense honneur, je te suis très reconnaissante d’avoir pensé à moi ! Et pour toutes tes réponses précises à mes incertitudes, et aussi pour l’élaboration du questionnaire, merci infiniment !

    Et puis je peux pas m’arrêter là pour les merci, tout le monde en mérite sur ce site : pour la super idée de départ, pour l’accueil plus-chaleureux-tu-meurs, pour la géniale ambiance du forum, pour le superbe Journal PAen (comment ça je suis fayotte ?), pour la qualité des textes et le véritable émerveillement que je ressens à lire certains des auteurs… Et pour être là aussi, simplement, tous attentifs derrière vos écrans, à partager tellement de choses avec les autres. Je suis immensément contente d’avoir rejoint cette petite famille du web !

    Ainsi s’achève cette interview.

    Un immense merci à toi Ery pour le temps que tu m’as accordé et ton enthousiasme débordant qui ne s’est jamais démenti tout au long de notre collaboration ! C’était un immense plaisir de pouvoir préparer cette interview avec toi et d’avoir l’opportunité de faire découvrir ton nouveau texte : Un Rêve.

    Je ne doute pas un instant que tu continueras à nous faire voyager dans ton univers comme tu le fais si bien et pour longtemps encore. Ta Toile n’a pas fini de s’étendre, c’est certain : je te souhaite le meilleur pour la suite !

    Et un grand merci à vous, fidèles lecteurs et lectrices ! En espérant que vous ayez passé un agréable moment devant votre écran, je vous dis à la prochaine pour une nouvelle interview !

    Gardez vos plumes affutées,

    Slyth

    (interview du 24 janvier 2014)


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